Une journée historique!

Posté par Benoit Hébert
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Je suis rentré chez moi ce samedi 23 janvier avec le sentiment d’avoir vécu une journée historique dans l’histoire du mouvement évangélique français. Plus d’une centaine de chercheurs, étudiants, enseignants…ou tout simplement des  personnes intéressées ont participé à une série de conférences de haut niveau traitant de la compatibilité entre la théorie de l’évolution et la foi évangélique. La journée était organisée par le réseau des scientifiques évangéliques chapoté par les GBU. Le message était clair et convergent : il existe une complémentarité entre la science et la foi, et nous ne devrions en aucun cas opposer ces deux manières d’aborder la réalité physique et spirituelle.

Quelques temps fort de cette journée :

Matthieu Richelle, professeur assistant d’Ancien Testament à la faculté de Vaux sur Seine a abordé l’interprétation de Genèse 1. Il a défendu l’interprétation littéraire soutenue par un nombre croissant de théologiens : celle d’une « prose poétique » très structurée en deux séries parallèles de  trois jours qui n’ont pas vocation à décrire une séquence chronologique des évènements. Genèse 1 est un cadre permettant à l’auteur inspiré une description anthropomorphique accessible au peuple hébreux. J’étais particulièrement content d’entendre Matthieu Richelle se détacher de tout concordisme scientifique, c’est-à-dire de la volonté de chercher dans le récit de la création une correspondance anachronique entre les avancées de la science actuelle et le texte biblique. Matthieu Richelle a même parlé de l’existence du firmament (dôme solide évoqué dans la séparation des eaux de Genèse 1:6,7) …Il a aussi évoqué le fait que Genèse 1 n’est pas le meilleur passage pour parler de la création ex nihilo. L’évocation des mythes des peuples environnants a été très instructive. Matthieu a bien pris soin de montrer à la fois la reprise de certains motifs dans la Genèse, mais surtout le caractère polémique et démythologisateur du texte biblique. Bref, c’est l’interprétation que les fondateurs du site www.scienceetfoi.com soutiennent. J’aurais simplement aimé que Matthieu Richelle avance encore plus clairement sur le fait que le Saint Esprit a permis que l’auteur de Genèse 1 s’exprime avec les connaissances scientifiques de son époque (« selon leur espèce… « ), ce qu’il a largement sous entendu.

Des liens sur ce thème sur le site science et foi : http://www.scienceetfoi.com/images/fichier/23genesenonconc.pdf
http://www.scienceetfoi.com/images/fichier/16bibleenseigneastronomie.pdf
Pascal Touzet, généticien  et cofondateur du site www.scienceetfoi.com s’est ensuite exprimé sur les preuves biologiques de l’évolution. Il a pris soin de bien définir les termes, en particulier le concept d’évolution, la notion de théorie scientifique (pas une spéculation…). Il a évoqué les fossiles et autre espèces de transition et a surtout marqué les esprits par des exemples récents et pointus tirés de son domaine de prédilection : la génétique. Je ne suis pas sur que les non spécialistes aient saisi tout ce qu’il a voulu apporter, mais chacun a compris que les découvertes récentes de la génétique confortaient de manière spectaculaire l’origine commune des espèces et les mécanismes génétiques qui la sous tendent, même si il reste beaucoup à accomplir dans ce domaine. Beaucoup ont été impressionné par la clarté et le professionnalisme de son intervention. Merci Pascal !

http://www.scienceetfoi.com/images/fichier/11genetique2.pdf

Sébastien Fath, sociologue s’est exprimé sur l’histoire et l’impact du créationnisme et plus généralement sur les réactions suscitées par la théorie de Darwin dans les milieux évangéliques français, principalement baptistes. Après avoir souligné que certains baptistes français ont accueilli favorablement la théorie de l’évolution au 19ème siècle, il a montré que finalement, cette question n’a joué qu’un rôle marginal parmi toutes les controverses théologiques qui ont agitées les milieux évangéliques français. Ce n’est qu’après 1945 et sous l’influence de quelques missionnaires américains qu’une certaine influence créationniste s’est manifestée. Sébastien a ensuite souligné l’importance des deux ouvrages complémentaires de Henri Blocher et de Jean Humbert publiés à la fin des années 1980, en montrant que ces deux auteurs évangéliques avaient clairement pris position, le 2ème plus franchement encore que le 1er , en faveur d’un mécanisme créateur évolutif, s’opposant ainsi ouvertement à la thèse créationniste de la jeune terre. Sébastien Fath a souligné la diversité d’opinion qui subsiste dans le monde évangélique, citant le site www.scienceetfoi.com comme exemple pour ceux qui pensent que l’évolution et la Bible ne sont pas en opposition, et le site www.aucommencement.net comme exemple de site créationniste francophone. Sébastien n’a pas caché qu’il considérait que les créationnistes étaient plus que des « anti-scientistes » (une formule d’Henri Blocher), mais des « anti-scientifiques ». Il a conclu par un appel à l’unité et au respect réciproque parmi les chrétiens dans ce débat. Bravo et merci Sébastien !

http://www.scienceetfoi.com/images/fichier/14differentesreactionsalatheorieevolution.pdf

J’ai choisi d’assister au carrefour consacré au mouvement de l’Intelligent Design. L’exposé d’Alain Lombet était très équilibré. Il a surtout replacé ce mouvement dans son contexte et son objectif principal : celui de pouvoir faire passer le créationnisme sous une forme déguisée en tant que théorie scientifique dans les écoles publiques américaines. Il a donc mis en évidence l’aspect philosophique d’un mouvement qui s’affirme sans étiquette religieuse, et la pauvreté de la démarche « scientifique » qui la sous tend. Je suis sur que de telles initiatives permettront à plusieurs d’ouvrir les yeux sur cette dernière forme « d’avatar de créationnisme « scientifique » », selon sa formule.

http://scienceetfoi.com/intelligent-design.html
Certains sont venus à cette rencontre avec des idées déjà favorables aux idées qui ont été exprimées, d’autres étaient visiblement plus en recherche. L’exposé d’Henri Blocher a donc fourni quelques arguments bien sentis à ceux qui pensent que l’évolution est en contradiction fondamentale avec la révélation biblique. Il a montré que si dans les faits, cette théorie semble effectivement fournir des arguments à ceux qui veulent s’en servir contre le christianisme, cette appropriation idéologique est illégitime de droit. Le récit biblique n’est pas en conflit avec la science puisqu’il n’a pas vocation à nous décrire comment Dieu s’y est pris pour créer. La question des « bricolages de l’évolution » est également un faux problème puisqu’il repose sur une conception illégitime des méthodes de création de Dieu. Dieu a agi comme il l’a voulu, et d’ailleurs le résultat est plutôt impressionnant ! Le problème de la mort animale et de la souffrance des espèces impliquées dans le processus évolutif relève pour M Blocher d’une projection anthropomorphique de sentiments sur des êtres sans conscience d’eux-mêmes. L’ordre carnivore fait partie de la vision biblique de la création (Paumes 104). Henri Blocher pense donc que l’évolution en tant que théorie scientifique doit faire ses preuves comme toute théorie (en particulier à propos  des mécanismes qui la gouvernent), mais qu’elle est soutenue par un faisceau significatif de preuves, en particulier dans le domaine génétique. C’est toujours avec une jubilation particulière que j’écoute Henri Blocher, un moment de grande qualité.

http://www.scienceetfoi.com/images/fichier/24objectionstheologiques.pdf
La table ronde a réuni les principaux intervenants, sous la lecture des questions de David Brown, secrétaire général des GBU. La question de l’historicité d’Adam et Eve a été évoquée, et les intervenants n’ont pas caché qu’ils tenaient à cette historicité, qu’elle était difficile mais pas impossible à relier au schéma évolutif. Henri Blocher a souligné que la foi sait attendre sans avoir toutes les réponses à ses interrogations. Pascal Touzet a souligné que cette existence devait bibliquement être datée au néolithique…ce qui pose un certain nombre d’interrogations à propos du monogénisme auquel certains tiennent encore (cette dernière remarque est personnelle). Au détour d’une intervention Matthieu Richelle a souligné que nous pouvons interpréter le récit de la création d’Eve comme un récit figuratif, et que les âges des patriarches ayant vécu plusieurs centaines d’années sont probablement le reflet d’un usage symbolique des chiffres au Proche Orient Ancien.
Conclusion : Merci au RSE et à tous ceux qui ont fait de cette journée une vraie réussite à propos d’un débat tellement important pour l’image de la foi évangélique en France, pour l’éducation de nos enfants, et pour la cohérence de la foi de chacun. Je réalise le décalage entre ce qui a été apporté et l’image  trop répandue parmi les chrétiens d’une science moderne en contradiction avec leur foi. Nous avons encore du pain sur la planche pour que tout ceci atteigne le plus grand nombre !

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16 Commentaires

  1. Avatar
    laquitaine mar 26 Jan 2010 Répondre

    Oui Benoît, une journée très intéressante.
    Mais, j’avais l’impression qu’il s’agissait d’une journée préparatoire servant à déminer le terrain en disant en substance, « on peut être chrétien évangélique et accepter l’évolution sans renier sa foi ».
    Tout en étant traité par des spécialistes, les questions de fond n’ont pas été abordées, peut être pour éviter les polémiques.
    J’entend par questions de fond, le caractère tardif de l’interprétation littéraire, le raisonnement circulaire de l’anthropomorphisme des 6 jours, l’auteur et la date de rédaction des 3 premiers chapitres, les contradictions entre chap 1 et 2, les conséquences sur l’inérrance totale de la notion de firmament. Concernant l’athéisme, la notion de hasard a été balayé avec trop de rapidité. L’absence de dessein étant un argument central de l’athéisme. La notion d’évolution en tant que système explicatif global valable pour l’apparition de l’univers, la vie, la conscience a aussi été rapidement écarté sans démonstration.
    Il est vrai que le temps était limité.

    A bientôt.

    Thierry

    • Avatar Auteur
      benoît Hébert mar 26 Jan 2010 Répondre

      salut Thierry,
      C’est vrai, beaucoup de questions difficiles n’ont pas été abordées. Certaines par manque de temps je suppose, d’autres probablement parce que dans 2 ans, le RSE organise un journée de réflexion sur les origines de l’homme et que volontairement ce point n’a pas été approfondi. Je pense comme toi que le but principal était de déminer le terrain, et c’était très certainement une marque de sagesse, d’amour fraternel et de recherche d’unité de l’église par les organisateurs.
      Le caractère tardif de l’interprétation littéraire ne me gène pas, ce n’est qu’après Galilée qu’on a réalisé que la Bible était écrite dans un style « géocentrique » tout simplement parce qu’il s’agissait des conceptions scientifiques des auteurs inspirés. L’idée d’une non correspondance ( non concordisme) entre la science et la Bible et très récente dans l’histoire de l’interprétation.

      Qu’entends tu exactement par circularité de l’anthropomorphisme? Ton expression m’interresse…

      La question de l’auteur est, il est vrai explosive dans nos milieux. Remettre en cause le fait que Moïse ait écrit toute la Genèse s’apparente presque à une remise en cause de l’autorité biblique pour beaucoup d’évangéliques, pareil pour la date…Le livre de Conrad Hyers « The Meaning of Creation » est très éclairant sur ce sujet, celui de Denis Lamoureux aussi (« Evolutionnary Creation »). Ces théologiens n’hésitent pas à situer Genèse 1 au temps de l’exil à Babylone (source « Yhawistes »), alors que Genèse 2 (source « priestly »), écrit sur un ton pastoral aurait été écrit bien avant, ce qui expliquerait les divergences…
      Concernant le firmament, c’est vrai que toutes les conséquences n’ont pas été tirées à propos de la vision de l’innérance biblique. Comme Denis Lamoureux, je crois pour ma part en un concordisme théologique total, mais pas scientifique ni historique…Il y a sur le site http://www.scienceetfoi.com un article de Lamoureux très éclairant sur cette question, rubrique théologie.
      A propos de la notion de hasard, la différence n’a pas été clairement faite entre le hasard philosophique ou métaphysique inacceptable pour un chrétien et le hasard au sens de la description scientifique ou des évènements historiques comme Ruth qui « par hasard » alla glaner dans le champ de Boaz, ou la flêche tirée « par hasard » qui tua Achab. Ce hasard là rentre tout à fait dans la notion de providence….Le livre de Denis Alexander « Creation or evolution » aborde cette question, celui de Conrad Hyers aussi.
      J’ai découvert la notion de convergence dans l’évolution du paléontologue de Cambridge Simon Conway Morris qui m’a fait réfléchir sur cette question d’un point de vue purement scientifique.
      Le mystère de la conscience demeure, celui de la nature spirituelle de l’homme aussi. Pour ma part, je m’interroge toujours sur son caractère progressif ou brutal dans le processus évolutif…
      Toutes ces questions sont effectivement brûlantes. A ma connaissance, certaines ont été partiellement abordées par les théologiens et les scientifiques, d’autres demeurent encore un vrai mystère…
      Je suis entièrement d’accord avec toi, Thierry, les questions les plus brûlantes sont encore devant nous!

  2. Pascal Touzet
    Pascal Touzet mer 27 Jan 2010 Répondre

    Merci Benoit pour ce compte-rendu enthousiaste de cette journée du RSE! Et en effet, bien des questions demeurent, mais à chacun de construire un schéma aussi cohérent que possible pour quitter la schizophrénie dénoncée par Jean Humbert.
    Il reste que c’est par la foi que nous affirmons que Dieu a créé toutes choses!

    Pour conclure une phrase que j’aime bien de CS Lewis:

    “I believe in Christianity as I believe that the Sun has risen, not only because I see it, but because by it I see everything else.” C. S. Lewis.

    « Je crois au christianisme comme je crois que le soleil s’est levé, pas seulement parce que je le vois, mais parce que par lui tout est éclairé ». C.S. Lewis (ma traduction)

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    laquitaine jeu 28 Jan 2010 Répondre

    Bonjour,

    Concernant le raisonnement circulaire:
    Gen1 dit Dieu aurait comme l’homme oeuvré en 6j et un jour de repos, et Ex 20 sur le sabbat, puisque Dieu a créé en 6j et s’est reposé le 7ème, vous aussi faites de même.
    Qui imite qui?
    Concernant le caractère tardif (effectivement St Augustin croyait à une création simul, mais par pour des raisons théologique, mais philosophique) de l’interprétation littéraire, cela pose problème par rapport à l’intelligibilité de la révélation. Si Dieu se révèle c’est pour se donner à connaître. Si la révélation est incompréhensible pendant 3500 ans s’agit-il encore d’une révélation? Ou si la révélation n’est intelligible que par une élite intellectuelle elle n’est plus révélation.
    Merci pour ton super site.

    • Avatar Auteur
      benoît Hébert jeu 28 Jan 2010 Répondre

      Salut thierry,
      Très interressant ton argument sur le raisonnement circulaire!
      Effectivement, Dieu affirme avoir créé le monde en 7 jours dans exode 20, et c’est là un argument souvent cité par les créationnistes pour affirmer la création de l’univers en 6 jours littéraux de 24h. Ceci est tout à fait logique si on refuse au Saint Esprit toute possibilité d' »accomodation » ou de condescendance dans le processus d’inspiration. C’est le même problème que pour ceux qui tiennent au principe d’innérance absolu, en particulier au plan historique et scientifique. Pour eux, affirmer que Dieu s’est servi des connaissances scientifiques antiques, c’est dire qu’il ment! Je n’ai pas le choix que d’accepter pour ma part ce principe d’accomodation accepté par Calvin d’ailleurs, sinon toute cohérence entre ma foi et la nature devient impossible. Ainsi, le problème de la circularité devient un faux problème, dans la mesure où Dieu enseigne aux hommes le principe du Sabbath au travers d’un schéma qui ne reflète pas vraiment la manière dont il s’y est pris concrètement, mais il l’utilise surement parce que les Hébreux le croyaient. De la même manière, le récit de la création du firmament n’implique pas l’existence de ce dôme solide au dessus de nos têtes…et je ne suis pas sur que les Hébreux aient pris la création d’Adam et d’Eve pour une figure poétique! Je crois surtout que les préocuppations matérielles les préoccupaient beaucoup moins que nous.
      Concernant le caractère de la révélation, voilà peut-être qq pistes de réflexion. Le message théologique de la Genèse est exprimé d’une manière accessible à tous les hommes de toutes les époques: Dieu est le créateur, l’homme a péché et Dieu juge le péché…et il pourvoit lui même au moyen de salut. Mais oui, le fait de pouvoir séparer l’emballage scientifique antique de ce texte du message théologique est un privilège dont seuls ceux qui ont une certaine connaissance scientifique peuvent profiter. De la même manière que pendant trois quart de l’histoire de l’église, tous étaient persuadés que la terre était au centre de l’univers. L’impact théologique d’une telle croyance est visiblement mineure pour la foi chrétienne.

      • Avatar Auteur
        benoît Hébert ven 29 Jan 2010 Répondre

        Bonsoir Roger,
        Merci pour ce mot bien dans ton style (que j’aime bcp, tu le sais déjà). C’est vrai, les vrais interrogations que bcp se posent n’ont pas forcément trouvées de réponses dans un temps aussi court. Mais mon optimisme naturel me laisse tout de même penser que cet évènement permettra, comme un tremplin, à ceux qui étaient évolutionnistes et chrétiens évangéliques sans oser le dire d’exprimer tout simplement les raisons de leur choix. Et comme tu le dis si bien, c’est déjà beaucoup. Notre but n’est pas que tout le monde pense comme nous, mais que nous soyons une tendance théologique pleinement acceptée au sein du monde évangélique.

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    Roger Lefèbvre ven 29 Jan 2010 Répondre

    Salut Benoît.
    Je ne sais pas si cette journée sera considérée comme vraiment « historique » dans les annales du monde évangélique, mais si elle le devient un jour, je pourrai dire à mes petits-enfants : Papy y était !
    Pour être plus sérieux, je partage un peu le sentiment de Thierry : une impression de survol, de mise en bouche plutôt que de réel approfondissement des thèmes abordés, et surtout des sujets qui fâchent vraiment.
    Je ne parlerai pourtant pas de compromis, car lors d’un séminaire tout public comme celui-ci, les orateurs se doivent de rester accessibles à tous : les théologiens doivent pouvoir suivre les scientifiques et inversément.
    De toute façon, pour les plus exigents, il reste ce blog et votre site « Science et foi » !
    A vrai dire, ce que je retiens vraiment de cette journée, c’est l’impression d’enfin décoller par rapport aux tabous conservateurs et, à vrai dire, réactionnaires qui étaient traditionnellement maintenus dans nos milieux évangéliques.
    Quand bien même on n’était plus créationniste, on osait parler de son évolutionisme qu’après moulte précautions oratoires, un peu comme on avoue une maladie honteusedes à des personnes de confiance…
    Je ne suis pas encore prêt à défiler en cortège dans les rues de Paris ou de Bruxelles sous une peau d’orang-outan pour proclamer ma « fierté évolutionniste », mais au soir de cette journée, je me sentais un peu moins seul !
    Roger
    http://voxclamantis.skyrock.com/

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    gakari1 mar 08 Mai 2012 Répondre

    Bonjour,

    Pour ceux que cela intéresse, une vidéo de Lydia Jaeger qui concerne le créationisme chez les évangélique en France:
    http://www.youtube.com/watch?v=uQWAdDn0TH0&feature=youtube_gdata_player

  6. Avatar Auteur
    Benoit Hébert mar 08 Mai 2012 Répondre

    Bonjour Yannick,
    merci pour ce lien. J’aime bcp la conclusion de Lydia Jaegger qui nous ramène à l’essentiel: le message spirituel de la création sur lequel tous les chrétiens s’accordent, quelque soit leurs « opinions scientifiques ».

    Par contre, je m’aperçois que je ne suis plus dans la même logique concordiste qu’elle. Pour moi, comme pour de plus en plus de théologiens authentiquement évangéliques, le texte inspiré ne fait pas autorité en matière de science ni même d’histoire parce qu’il a été écrit avec les connaissances des auteurs inspirés.

    C’est là la fracture majeure qui existe entre la vision évangélique « traditionnelle » et celle que je défends aujourd’hui.

    C’est une profonde remise en question de nos présupposés concernant les conséquences de l’inspiration de la Bible.

    Sans l’acceptation d’un principe d' »accomodation », nous ne pouvons pas expliquer en particulier les 11 premiers chapitres de la genèse, le fait qu’ils ne reflètent pas des événements historiques tels que nous l’entendons habituellement.

    Cela prendra du temps, mais je suis sûr que nous y viendrons!

    Lyddia Jaegger affirme qu’aucun théologien évangélique français ne défend le créationnisme de la jeune terre. Si c’est vrai, il y a alors un gouffre énorme entre ce que croit le chrétien « de base » et bon nombre de pasteurs!

  7. Avatar
    Marc mar 08 Mai 2012 Répondre

    Oui j’avais noté ces nuances entre le RSE en général et l’approche incarnationnelle défendue dans ces pages en particulier.

    La conférence de Lydia Jaeger est assez proche de ce qu’on trouve sur son site ou celui du RSE dont les liens figurent dans la partie gauche de ce blog (au fait Benoit, y’a pas 2 g à Jaeger, tu vas la vexer…)

    Pour Lydia, « la pirouette » consiste à dire que bien souvent la bible ne parle pas de science alors que nous avons tendance à le croire.
    voir par exemple son approche du sujet dans http://ljaeger.ibnogent.org/uploads/articles/Le%20Pasteur%20et%20%20Evolution.pdf
    cf en page 5 dans le chapitre La science dans la Bible ?

    « La Bible est entièrement fiable quand elle se prononce sur des sujets scientifiques : reste encore à décider quand elle le fait effectivement. Si la lecture évangélique ne peut pas exclure de la véracité biblique les affirmations bibliques touchant à la science, elle ne doit pas non plus tirer hâtivement des renseignements scientifiques de l’Écriture.
    […]
    Alors que nous croyons que tout ce qu’enseigne la Bible est vrai, nous ne croyons pas qu’elle enseigne tout. »

    Ca évite certainement d’affronter brutalement la notion « d’erreur » dans les Ecritures, mais ça laisse une certaine incohérence avec un risque d’avoir des interprétations à géométrie variable à un moment ou à un autre…Alors que la démonstration prône le modèle littéraire comme approche de lecture (pour les écrits qui s’y prêtent), on retombe dans le « piège » du concordisme qu’on cherchait justement à éviter !

    Ceci dit, cette conférence comme l’article cité ici s’inscrivent dans une démarche qui nous aide vraiment à progresser dans l’équilibre Science / Foi.

    Je partage l’avis de Benoit dans sa conclusion, le gouffre est bien là ! ET il englobe (malheureusement) certainement encore un bon nombre d’enseignants de la Bible (« faute de connaissance le peuple périt »)

  8. Avatar Auteur
    Benoit Hébert mar 08 Mai 2012 Répondre

    Merci Marc pour la correction de ma faute d’orthographe! Je cherchais justement à ne pas en faire!

    Le concordisme scientifique et historique mène à une impasse pour expliquer le « firmament », le récit de la tour de Babel et l’origine « miraculeuse des langues », le déluge biblique qui est bel et bien universel, Adam et Eve…

  9. Avatar
    Marc mar 08 Mai 2012 Répondre

    Ben c’était pas trop pour la faute dans le Post (j’en fais assez pour n’avoir rien à dire…) mais surtout pour le lien de ta section « Blogs personnels » :-o

    Oui pour ta remarque, mais je pense que sur ces thèmes Lydia (ça m’évite d’écorcher son nom…) s’en sortira en évoquant la motivation allégorique de ces textes et donc une lecture littéraire non concordiste. La question est plutôt : quand la bible parle-t-elle de science ?

    • Avatar Auteur
      Benoit Hébert mar 08 Mai 2012 Répondre

      C’est corrigé! Merci Marc.

      Le concordisme historique et scientifique est la conséquence logique de la conception de l’inerrance biblique défendue par la majorité des évangéliques. Y toucher et c’est toute une conception de l’inspiration de la Bible qu’il faut repenser!

  10. Avatar
    Marc mar 08 Mai 2012 Répondre

    Tout juste Benoit, c’est bien là où j’en suis !!

    Cette « mutation » – si elle doit avoir lieu – ne peut pas se faire en un jour… (ni même en 6 ! ;-))

  11. Avatar
    gakari1 mer 09 Mai 2012 Répondre

    Peut-être qu’affronter cette notion d’erreurs dans la bible serait en totale contradiction avec ce qui fait la colonne vertébrale de la théologie évangélique, l’innérance et serait comme un cheval de Troie dans le combat contre le libéralisme.

  12. Avatar Auteur
    Benoit Hébert mer 09 Mai 2012 Répondre

    Oui Marc, ça prend généralement plusieurs mois voire plusieurs années dans mon cas!

    @Gakari,

    Affronter la notion « d’erreur » en terme de science et d’histoire est choquante pour l’esprit cartésien occidental moderne. J’aime beaucoup cet extrait de la conclusion d’un article de Peter Enns concernant le déluge

    « A la fois pour des raisons contextuelles et scientifiques, l’histoire biblique du déluge n’est clairement pas une affirmation d’information historique vitale. C’est une expression puissante de l’identité théologique au milieu des autres peuples du monde.

    Je comprends que ceci ne satisfasse pas tout le monde. Certains pensent que si il faut accorder une valeur théologique aux lecteurs d’aujourd’hui, alors ce déluge doit être historique par nature. J’espère que ce n’est pas le cas. Si la valeur théologique de l’histoire du déluge dépend du fait que toute la population terrestre ait été balayée il y a quelques milliers d’années, nous avons un problème. Nous aurons dressé un obstacle infranchissable entre l’état actuel de nos connaissances, scientifiques et bibliques, et tout espoir d’une foi chrétienne viable connectée à la Bible.

    Une position qui affirme la nécessité de l’historicité tout au long de la Genèse n’est pas une position de foi par défaut. C’est une hypothèse, tout comme d’autres, simplement dénuée de pouvoir explicatif, eu égard à l’état actuel de nos connaissances.

    Cette hypothèse repose sur certaines suppositions. (1) Un Dieu disant la vérité serait d’abord concerné par l’exactitude historique au travers de chaque portion de la Bible. (2) Un Dieu de révélation ne se reposerait pas sur des histoires mésopotamiennes anciennes mais aurait donné à Israël de l’information fraîche. (3) Le fait que les auteurs bibliques qui ont suivi ont supposé que le déluge tel qu’il est présenté dans la Genèse était de nature historique devrait résoudre pour nous aussi la question de l’historicité de ce déluge.

    Ces suppositions ne sont pas garanties, et je les pensent indéfendables. (1) Dieu semble apprécier les histoires tout autant que l’Histoire. (2) Dieu parle en utilisant les racines culturelles du moment. (3) Les auteurs bibliques qui ont suivi, même dans le Nouveau Testament, étaient aussi des personnes vivant dans l’Antiquité. Il faut donc nous attendre à les entendre parler dans de tels termes.

    Pour anticiper une objection prévisible : l’argument de la « pente savonneuse » ne tient pas ici. Affirmer que le déluge est davantage une histoire que de l’Histoire ne signifie pas que la crucifixion et la résurrection ne sont pas des événements historiques. La Genèse et les évangiles correspondent à des genres littéraires très différents, écrits à des moments différents pour des raisons différentes. Ne pas faire ce genre de distinctions basiques est peut-être à la racine de certains conflits d’interprétation concernant la Genèse. »

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