Richard Dawkins interviewé par l’Express : « Mon combat contre la religion fait partie intégrante de mon combat scientifique. »

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Richard Dawkins, célèbre zoologiste et surtout auteur de nombreux best-sellers de vulgarisation scientifique a été interviewé par  Delphine Saubaber et Jacqueline Jencquel, deux journalistes du magazine l’Express. Cette première interview pour un média français est disponible sur le site de l’Express.

Fidèle à lui-même dans son athéisme militant, Richard Dawkins accumule de façon flagrante les amalgames entre ses convictions anti-foi en Dieu et son amour pour la science. L’analyse de son discours est un très bon exemple pour quiconque veut exercer son aptitude à déjouer les dichotomies, ces faux choix entre deux positions caricaturales : la science et la curiosité intellectuelle d’un côté,  la foi en Dieu et l’obscurantisme intellectuel de l’autre côté.

Les deux journalistes ont d’ailleurs bien mené cette interview, et ont  saisi le côté paradoxalement « religieux » de la démarche de Dawkins.

Pour sa première interview publiée en France, Richard Dawkins a reçu  L’Express entre sa bibliothèque monumentale et sa table jardin. Il est est entré  dans la lumière, en 1976, avec un livre, Le Gène égoïste, vendu à plus de 1  million d’exemplaires. Il y revisitait la théorie darwinienne de l’évolution,  qui ébranla les bases de la biologie, au XIXe siècle, en expliquant l’origine du  vivant de manière scientifique et non plus religieuse. Cent cinquante ans après  Darwin, dans le monde de l’après-11 Septembre, Dawkins continue de prêcher en  fervent scientiste

Nous avons publié de nombreux articles concernant les arguments étonnement simplistes de Richard Dawkins contre la foi en Dieu. Nous le faisons d’autant plus librement que nous partageons avec lui le même émerveillement pour la création,  l’amour pour la science, et  la même analyse scientifique à propos du créationnisme « scientifique », en l’exprimant toutefois de façon différente.

Richard Dawkins retombe encore et toujours dans les mêmes clichés.

  • La théorie de l’évolution nous expliquerait « pourquoi », plutôt que « comment » nous sommes apparus sur la terre.

« La théorie de Darwin éclairait la vie de manière puissante,  le pourquoi de notre présence sur terre.  »

De façon très clairvoyante, les journalistes mettent en évidence cette confusion des discours: « N’est-ce pas parce qu’elle se situe sur un autre plan, celui de la foi et du  sens de la vie, alors que la science se place sur celui du savoir? »

  • La vie serait le produit d’un processus métaphysiquement non dirigé. Affirmation qui sort complètement du cadre du discours scientifique. Cet argument est d’autant plus « subtil » qu’il est associé à la dénonciation du mouvement de l’Intelligent Design, que nous récusons nous aussi.

« Par ailleurs, le créationnisme connaît un nouvel avatar, plus subtil, dans les  sociétés occidentales : « le dessein intelligent ». Sa thèse? La vie est trop  complexe pour être issue d’un processus non dirigé tel que la sélection  naturelle. L’évolution des espèces est admise mais ne peut être que l’oeuvre  d’un concepteur supérieur. Et cette théologie naturelle s’attaque à  l’enseignement dans les écoles.  »

  • Un monde sans religion serait un monde sans violence (euh…et Staline, Kim Jong-il, Mao, Pol Pot…)

« Imaginez un monde sans religion : pas d’attentats suicides, pas de  croisades, pas de chasses aux sorcières, …, pas de guerres  israélo-palestiniennes, pas de persécutions de juifs, pas de « crimes d’honneur »… »

  • Une explication scientifique constituerait une alternative à une interprétation spirituelle de la réalité

« Quant au divin horloger qui aurait tout orchestré, la biologie darwinienne  explique très bien comment a eu lieu l’évolution, pourquoi un singe est devenu  un singe qui sait grimper aux arbres, pourquoi un poisson est devenu un poisson  qui sait nager dans la mer, pourquoi les êtres vivants sont des mécanismes  compliqués qui ont l’air d’avoir été créés dans un but déterminé mais qui ne  sont là que pour se perpétuer et survivre. La religion ne l’explique pas.  »

  • Si nous réalisons au fond ce qu’implique la vision d’un univers sans Créateur, il n’y a plus qu’à sombrer dans le désespoir existentiel (sur ce point je suis d’accord!)

« Si vous êtes trop réaliste, vous devenez trop conscient de l’absurde, et vous  vous demandez à quoi bon la vie.  »

 

Alister McGrath  a apporté des réponses très pertinentes aux arguments de Richard Dawkins  qui sont toujours d’actualité

« Dawkins écrit avec érudition et sophistication sur les problèmes de l’évolution biologique, il maîtrise visiblement les subtilités de sa matière et la littérature étendue sur le sujet. Pourtant, quand il s’agit de Dieu, nous avons l’impression d’entrer dans un monde tout différent. Les raisonnements rigoureux basés sur des preuves semblent loin derrière, et sont remplacés par des affirmations exagérément enthousiastes et enflammées, épicées de quelques simplifications stupéfiantes et excessives et plus d’une déformation (accidentelle, je suppose) pour faire des affirmations superficielles. Plus fondamentalement, Dawkins ne parvient pas à démontrer la nécessité scientifique de l’athéisme. Paradoxalement, l’athéisme luimême apparaît être une forme de foi, présentant une correspondance conceptuelle remarquable avec le théisme.

Mon approche sera simple. Mon but est de remettre en question le lien intellectuel entre les sciences naturelles et l’athéisme qui sature les écrits de Dawkins… »

lire l’article complet :  L’évolution a-t-elle éliminé Dieu?

 

 

 

 

 

 

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50 Commentaires

  1. Avatar
    Marc mer 07 Mai 2014 Répondre

    Quand la mauvaise foi est aux commandes, ce n’est jamais bon pour la crédibilité !..

    On peut saluer la prestation journalistique de l’Express pour sa neutralité voire sa clairvoyance, ça méritait d’être souligné… Merci Benoit !

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    rodolphe jeu 08 Mai 2014 Répondre

    Lorsque Mac Grath affirme:
    « Plus fondamentalement, Dawkins ne parvient pas à démontrer la nécessité scientifique de l’athéisme. Paradoxalement, l’athéisme lui même apparaît être une forme de foi, présentant une correspondance conceptuelle remarquable avec le théisme. »

    >> Mc Grath semble ici oublier que la réponse tient en 2 mots: « matérialisme méthodologique »

    ou encore:
    « Mon but est de remettre en question le lien intellectuel entre les sciences naturelles et l’athéisme qui sature les écrits de Dawkins… »

    >> Oui, on peut aussi essayer de remettre en cause le lien qui réunit la tête du chat avec sa queue !

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    Yogi jeu 08 Mai 2014 Répondre

    C’est bien de publier les questions des journalistes, ce serait bien aussi de publier les réponses de Dawkins.
    Ainsi à la question bateau et irréfléchie « N’est-ce pas parce que [la religion] se situe sur un autre plan, celui de la foi et du sens de la vie, alors que la science se place sur celui du savoir ? », Dawkins répond pertinemment « Mais pourquoi faudrait-il un sens à l’Univers ? ». Autrement dit la notion même de « sens » est une invention humaine et la question ne veut rien dire.

    « La vie est le produit d’un processus non dirigé » est une affirmation parfaitement scientifique en ce sens qu’on a montré que les mutations soumises à sélection étaient aléatoires. Et « aléatoire », ça se définit, ça se mesure, et ça se contrôle.
    Que les croyants souhaitent penser que Dieu, soucieux de ne pas être découvert, se cache dans cet « aléatoire » et fasse en sorte que toutes sortes de mutations non viables soient produites afin de dissimuler les mutations viables voulues par le Créateur, c’est bien leur affaire.

    Concernant Kim Jong-il, étant donné que sa biographie officielle mentionne qu’à sa naissance le glacier du mont Paedku a émis un son mystérieux, puis s’est brisé pour laisser échapper un double arc-en-ciel, suivi de l’apparition de la plus haute étoile du ciel, on peut se demander s’il ne s’agit pas d’un régime religieux :-)

    Quant à la citation « Si nous réalisons au fond ce qu’implique la vision d’un univers sans Créateur, il n’y a plus qu’à sombrer dans le désespoir existentiel » : désolé, je ne l’ai pas trouvée dans l’article. D’où vient-elle ?

  4. Avatar Auteur
    Benoit Hébert ven 09 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Yogi,

    J’ai mis un lien vers l’article de l’Express, et chacun pourra s’y référer pour lire l’interview dans sa totalité. Il est évident que je ne vais pas tout copier dans mon article…

    J’ai mentionné cette question « bateau » parce qu’elle montre justement que les journalistes ne voient pas (comme beaucoup) comme une évidence la confusion entre la connaissance scientifique et les réponses aux questions existentielles ultimes: la vie a-t-elle un sens? vaut-elle la peine d’être vécue?…

    « La vie est un processus non dirigée » est une affirmation ambigüe. Dans la bouche de Dawkins et des plus Darwiniens que Darwin, elle n’a pas seulement le sens scientifique que tu nous rappelles, et que l’on pourrait tout aussi bien appliquer à tous les mécanismes chaotiques tels que le climat (ce qui ne pose aucun problème philosphique aux Christianisme). Dawkins et les disciples du Nouvel Athéisme veulent en faire une affirmation métaphysique extra scientifique, cela ne t’as pas échappé ;-) ?

    Allez, une de mes citations préférée de Darwin (Autobiographie)

    « Une autre source de conviction dans l’existence de Dieu connectée à la raison et non aux sentiments, me donne l’impression d’avoir beaucoup plus de poids. Elle est due à l’extrême difficulté ou plutôt à l’impossibilité de concevoir cet univers immense et merveilleux, y compris l’homme et sa capacité à regarder en arrière et loin dans le futur, comme le résultat d’un hasard aveugle et de la nécessité. Quand je réfléchis ainsi, je me sens contraint de regarder à une Cause Première ayant une intelligence analogue, à un certain degré, à celle d’un homme ; et je mérite d’être appelé un théiste. »

    Concernant le désespoir existentiel, je n’ai jamais prétendu qu’il s’agissait d’une citation, mais de la conséquence logique de la phrase entre guillemets:

    « Si vous êtes trop réaliste, vous devenez trop conscient de l’absurde, et vous vous demandez à quoi bon la vie. »

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    Yogi ven 09 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Benoît,

    Ah oui en effet, cette citation de Darwin est très bien ! Mais pourquoi la tronques-tu ? Les paragraphes suivants sont :

    « Cette conclusion était forte dans mon esprit à l’époque où, pour autant que je me souvienne, je rédigeais l’Origine des espèces ; et c’est depuis ce temps qu’elle s’est, très graduellement et avec de nombreuses fluctuations, affaiblie. Mais apparaît alors le doute – peut-on faire confiance à l’esprit de l’homme pour tirer de si grandioses conclusions, alors qu’il a, comme je le crois pleinement, été développé à partir d’un esprit aussi faible que celui possédé par l’animal le plus bas ? […] Il ne faut pas non plus négliger la probabilité que l’inculcation constante de la foi en Dieu dans l’esprit des enfants produise un effet si fort, et peut-être en partie héréditaire, sur leur cerveau encore incomplètement développé, qu’il leur serait aussi difficile de se débarrasser de leur croyance en Dieu que pour un singe de se débarrasser de sa peur et haine instinctive des serpents.
    Je ne prétends pas jeter la moindre lumière sur ces problèmes complexes. Le mystère du début de toutes choses nous est insoluble ; et pour ma part je suis satisfait de rester un agnostique. »

    La citation mérite d’être lue dans sa totalité, je trouve. Il était en effet difficile pour Darwin de s’extraire de son éducation et de son milieu chrétien, et on ne peut qu’admirer la conscience qu’il en a et la prudence dont il fait preuve. Beaucoup à mon avis feraient bien de s’en inspirer.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Religious_views_of_Charles_Darwin#Autobiography_on_gradually_increasing_disbelief

  6. Avatar Auteur
    Benoit Hébert ven 09 Mai 2014 Répondre

    Tout à fait Yogi, merci pour cette citation qui montre bien que Darwin n’était pas athée.

    Nos lecteurs trouverons sur ce site un superbe article de Denis Lamoureux racontant la complexité et l’évolution de la pensée religieuse de Darwin.

    Des citations montrant ses doutes et ses questionnements les plus profonds sont admirablement présentées.

    http://www.scienceetfoi.com/ressources/darwin-atheisme-nouvel-dieu/

    Des enfants d’athées restent athées, des enfants de croyants deviennent athées, des enfants de chrétiens deviennent chrétiens, des enfants d’athées deviennent chrétiens…le tout est de savoir pourquoi on croit ce qu’on croit!

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    rodolphe ven 09 Mai 2014 Répondre

    Je m’excuse d’insister, mais personne n’a jusqu’alors été en mesure de m’expliquer comment il est intellectuellement possible de construire un paradigme sur la base d’un concept aussi indécidable que Dieu.
    Je sais, le terme « indécidable » en exaspère plus d’un sur ce site, mais c’est pourtant tout ce qu’on peut honnêtement dire sur un créateur transcendant.
    Je réitère donc ma question: comment peut-on en dire autant à propos d’un sujet sur lequel il n’y a rien à savoir ?
    Merci pour vos pertinentes réponses.

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      Marc ven 09 Mai 2014 Répondre

      Rodolphe, si ce sujet t’intéresse vraiment, il faut lire Collins comme je te l’ai déjà proposé.

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    Krak ven 09 Mai 2014 Répondre

    Je me permets ce commentaire à la volée en découvrant avec intérêt votre site.
    Mener un « combat contre la religion » me parait absurde. Le matérialisme méthodique n’a rien à dire de Dieu qui se connait d’abord par la foi. Je conçois l’objection des affirmations de la foi qui contredisent la connaissance mais rationnellement cette objection ne devrait pas être passionnée au risque de devenir elle-même ce qu’elle récuse. La foi n’est pas un obstacle à la connaissance et à la raison. Certaines formes de foi dressent certes des obstacles et ce sont elles qui devraient seules soulever des objections et récusations. Le rationalisme lui-même ne domine pas notre vie sociale. La contingence nous constitue fondamentalement, physiologiquement, ontologiquement et si l’imagination nous laisse envisager des espaces et des temps hors de notre dimension, nos existences appartiennent bien à une dimension particulière. Dans cette contingence, la vie reste un mystère de sorte qu’il me parait bien réducteur de nier la réalité de la foi comme une voie pour le percer. Dans cette contingence, la science a peu à dire du bien, du mal et du social. Elle sert de plus en plus à certains pour repousser les toutes les limites et un matérialisme rigoureux même théiste devrait mener ses tenants au nihilisme libertaire absolu… La contingence nous rattrape et je constate que l’athée le plus déterminé est pétri d’irrationalités subjectives.

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      Yogi ven 09 Mai 2014 Répondre

      @ Krak :
      Selon moi la religion est philosophiquement la négation de l’homme et pratiquement une menace sur le devenir de l’humanité, mais je crains que ce débat déborde alors le cadre de ce billet et de mon temps disponible.
      Par contre je serais volontiers preneur d’un exemple d’une « irrationalité subjective » qui encombrerait selon vous les athées.

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    rodolphe ven 09 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Krak,

    « Le matérialisme méthodique n’a rien à dire de Dieu qui se connait d’abord par la foi. »
    >> Si le matérialisme méthodologique n’a effectivement rien à dire (non pas sur la foi en tant que phénomène mental) mais sur Dieu en tant que concept indécidable, les croyances en revanche n’ont jamais été des vecteurs d’accès à la connaissance. Pourquoi donc préciser « Dieu se connait « d’abord » par la foi » ?
    Et de quel Dieu parlez-vous ? Celui des chrétiens, des indiens d’Amazonie…

    « La foi n’est pas un obstacle à la connaissance et à la raison. »
    >> Donc, selon vous, qu’est-ce qui justifie d’agrémenter la connaissance d’un « ornement métaphysique » si ce n’est la propriété naturelle de notre cerveau à produire du sens même lorsqu’il n’y en a pas ?

    « Je constate que l’athée le plus déterminé est pétri d’irrationalités subjectives. »
    >> Vous pouvez développer ?

    Enfin, aucune guerre sur ce site, juste des joutes intellectuelles.

  10. Avatar
    rodolphe ven 09 Mai 2014 Répondre

    Marc,

    « Rodolphe, si ce sujet t’intéresse vraiment, il faut lire Collins comme je te l’ai déjà proposé. »

    « Of course » que ça m’intéresse. J’ai d’ailleurs parcouru ton résumé sur Collins.
    Mais décidément, je ne vois rien de très convaincant, surtout après avoir lu Victor Stenger !

  11. Avatar Auteur
    Benoit Hébert sam 10 Mai 2014 Répondre

    @ Rodolphe et Coco,

    j’ai modéré plusieurs messages.

    Celui de Coco, parce qu’il manquait de respect dans un qualificatif…Si tu le reformules, je le republierai ainsi que la réponse de Rodolphe.

    La réponse de Rodolphe parce qu’elle n’avait plus de sens sans le message de Coco.

    Le commentaire de Rodolphe dans commentaires et suggestions pour pur sarcasme sans intérêt.

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    rodolphe sam 10 Mai 2014 Répondre

    Salut Benoit,

    Chef, oui Chef !

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    Krak sam 10 Mai 2014 Répondre

    Je renvoie la réponse faite le 09/05, et dont l’envoi a dû se perdre, pour répondre aux questions qui m’étaient posées.
    @Yogi écrit : « Selon moi la religion est philosophiquement la négation de l’homme et pratiquement une menace sur le devenir de l’humanité ». Cette affirmation quasi mystique est précisément un exemple de « irrationalité subjective » dont je parle. Je la perçois comme une trivialité de l’humanité qui se révèle en chacun d’entre nous. Le matérialisme méthodologique est une conquête récente dont l’efficacité est indiscutable mais qui ne prévaut pas dans la vie sociale de l’humanité et des individus. L’évolution a prévu d’autres ressorts. Les travaux de Damasio ont notamment montré l’imbrication des domaines cérébraux et la prégnance des ressources les plus archaïques. C’est aussi mon expérience personnelle.
    @Rodolphe
    J’ai précisé : « Dieu se connait d’abord par la foi » parce que le rationaliste conteste Dieu par des arguments qui concluent sur l’absence de démonstration rationnelle sans toutefois pouvoir faire la preuve de son inexistence. La contradiction des démarches n’est pas nouvelle. Pourtant, un croyant a la certitude de l’existence de Dieu tout en tirant parti de ses facultés rationnelles. Un matérialiste tire parti de ces mêmes facultés avec la conscience du non-sens de son existence. Il ne gagne donc rien.
    Vous qualifiez la foi d’« ornement métaphysique » et demandez sa justification en disant cette faculté comme un avatar du fonctionnement du cerveau. L’objection butte précisément sur la foi qui affirme la réalité de la révélation. C’est (encore) une liberté de notre humanité. Nous la contemplerons dans l’au-delà ou à la fin des temps ! Si non, notre échange n’aura eu aucun sens.
    La profession de foi rationaliste ne donne aucun sens à l’existence puisque nous serions des avatars de l’univers et de l’évolution. Faire l’impasse sur la dimension spirituelle de l’existence, c’est aussi une liberté. Il me semble qu’elle mène à une impasse. Ce qui me gêne, c’est l’irruption croissante de ce rationalisme militant dans le champ social. Sur le sujet, je crains qu’il pourrait justement conduire à la déshumanisation de l’homme jusqu’à sa chosification !
    Cordialement.

    • Avatar
      Yogi sam 10 Mai 2014 Répondre

      @ Krak :
      J’aurais aimé que vous donniez un exemple « d’irrationalité subjective » que vous auriez constatée chez les athées, par exemple chez Dawkins, avant d’évoquer les miennes.

      Vous vous doutez bien qu’en ce qui me concerne je conteste ce qualificatif. Pour faire court selon moi la capacité à explorer, à remettre ses préjugés en cause et à raisonner est le propre de l’homme, et la religion toujours selon moi tend à l’en amputer. C’est en cela qu’elle est la négation de l’homme. Vous pouvez ne pas être d’accord mais je ne vois rien « d’irrationnel » dans ma position.
      Quant à la menace sur l’avenir de l’humanité elle se traduit de multiples façons, je ne citerai que l’exacerbation et la création de conflits, ou la promotion de principes valides pour une tribu nomade de l’antiquité mais mortels à l’échelle planétaire. Là encore, vous pouvez ne pas être d’accord mais je ne vois rien d’irrationnel dans mes propos.

      Je suis donc, pour ma part, toujours en attente de savoir à quelles « irrationalités subjectives athées » vous faisiez référence avant mon intervention.

  14. Avatar
    Coco Panache sam 10 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Benoit :)
    manquer de respect, moi ? mais pas du tout ! je m’inclue dans les mal-croyants, et ne revendique absolument pas d’être parfait en ce domaine ! de plus, je m’adresse à des personnes qui professent activement l’aléatoire de l’origine de toute vie, donc qui sont étrangères aux catégories du Bien, du Sens, de l’Esprit, et qui ne peuvent absolument pas être touchées par le qualificatif de mauvais-croyants qu’ils revendiquent plutôt. Moi si doux et humble, manquer de respect, quelle étonnement ! :)

    • Avatar
      Yogi sam 10 Mai 2014 Répondre

      @ Coco Panache :
      « des personnes qui professent activement l’aléatoire de l’origine de toute vie » : oui.
      « donc qui sont étrangères aux catégories du Bien, du Sens, de l’Esprit » : faux. Le « donc » est erroné. Le Bien, le Sens, l’Esprit émanent de l’homme et en cela existent.
      « qui ne peuvent absolument pas être touchées par le qualificatif de mauvais-croyants qu’ils revendiquent plutôt » : en effet, plutôt :-)

  15. Avatar Auteur
    Benoit Hébert sam 10 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Coco,
    peu de gens connaissent le vrai sens de « mécréant » et je doute que peu se sentent flatté par une telle appellation…donc j’aimerais autant que tu l’évites sur ce blog ;-)

  16. Avatar
    rodolphe sam 10 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Krak,

     » Dieu se connait d’abord par la foi parce que le rationaliste conteste Dieu par des arguments qui concluent sur l’absence de démonstration rationnelle sans toutefois pouvoir faire la preuve de son inexistence. »
    >> Votre réponse ne me semble pas satisfaisante pour plusieurs raisons.
    Vous semblez légitimer la foi en arguant le fait que la science semble échouer à connaître Dieu.
    Premièrement, Mais Dieu n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un objet d’étude pour les sciences !
    Deuxièmement, si l’absence de preuve ne constitue pas une preuve de l’absence, elle constitue néanmoins un faisceau d’indices robuste et incontournable.
    Troisièmement, il ne faut pas confondre l’immatériel et l’irrationnel. Les rationalistes ne nient pas l’immatériel. Un photon est immatériel (sans masse) c’est pourtant une entité physique !

     » Un croyant a la certitude de l’existence de Dieu tout en tirant parti de ses facultés rationnelles. »
    >> Le fumeur aussi sait très bien que fumer tue ! L’analogie est discutable, certes mais elle met en évidence les différents modes de fonctionnement « en parallèle » (rationnel/émotionnel) de notre cerveau.
    Par exemple, on peut être communiste et aller à l’église, avoir peur du vide et prendre l’avion, être un scientifique et avoir une vie spirituelle, aimer le sport mais devant dans son canapé devant la télé , etc…

    « Ce qui me gêne, c’est l’irruption croissante de ce rationalisme militant dans le champ social. Sur le sujet, je crains qu’il pourrait justement conduire à la déshumanisation de l’homme jusqu’à sa chosification. »
    >> Excusez-moi, mais il faut être soit très pessimiste sur l’avenir de l’humanité soit avoir une mémoire de poisson rouge pour affirmer cela. Vous semblez oublier que le rationalisme est une conséquence du mouvement humaniste dont l’ambition a été précisément de promouvoir toutes ces qualités qui font de nous des humains libres, responsables et doués de raison.

    Personnellement, je ne vois rien de dramatique au fait que nous soyons les gagnants d’un Loto à l’échelle cosmologique. Donc, profitons donc du temps qui nous est imparti pour le meilleur et pour le plus grand nombre en ayant à l’esprit que nous ne sommes qu’en location en ce bas monde, avant que notre technologie rende le transhumanisme réalité.

  17. Avatar
    Yogi sam 10 Mai 2014 Répondre

    J’ajouterais que l’argument « sans toutefois pouvoir faire la preuve de son inexistence » est vide de sens. On ne peut pas non plus faire la preuve de l’inexistence de grenouilles qui se transforment en princes. Croire en quelque chose apporte absolument zéro indice quant à son existence.

  18. Avatar
    Pascal dim 11 Mai 2014 Répondre

    « Voici, tu as donné à mes jours la largeur de la main, Et ma vie est comme un rien devant toi. Oui, tout homme debout n’est qu’un souffle. » Psaume 39:5.

    Donc inutile, même pour Richard Dawkins, de se casser la tête. Nos combats ne durent qu’un instant, et malgré les prétentions explicatives de ce scientifique, le mystère de l’émergence de la conscience dans la Vie, donc d’êtres capables de se poser de telles questions et d’en débattre comme par exemple sur ce blog, demeure totale.

    Croire en Dieu, c’est avoir l’humilité d’accepter qu’il y a des mystères pour nous insondables, mais que quelque part, il existe une clef.

  19. Avatar
    rodolphe lun 12 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Pascal,

    Non, Croire en Dieu, c’est projeté nos attentes métaphysiques sur notre ignorance.

  20. Avatar
    Pascal lun 12 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Rodolphe,

    L’ignorance est inhérente à la condition humaine, puisque nous ne pouvons pas nous observer de l’extérieur de cette condition.
    La science n’expliquera jamais tout, puisqu’elle est une création humaine, et que l’humain est limité.
    Par contre, oui je crois en un Dieu créateur, qui nous a d’ailleurs fait à son image, dans le sens où à travers nous – mais pas forcément nous seulement – , la Nature devient consciente d’elle-même.
    De toutes façons tout ceci relève d’un débat sans fin, et la foi elle-même n’est du domaine de l’intellect, mais de l’esprit.

  21. Avatar
    rodolphe lun 12 Mai 2014 Répondre

    Pascal,

    Tout d’abord, désolé pour le « Croire en Dieu, c’est projeté… » au lieu de
    « Croire en Dieu, c’est projeter… »

    Ensuite:
    « Nous ne pouvons pas nous observer de l’extérieur de cette condition. »
    >> Attention à ne pas prendre de raccourcis « géométriques » (intérieur/extérieur) qui n’ont pas beaucoup de sens à propos d’un concept comme « la condition humaine ». Il y a quelques siècles, le monde connu se résumait à la Terre (plate et avec des bords), et ce n’est que dans la 1ère partie du XXème siècle (Edwin Hubble en 1924) que nous savons qu’il existe des milliards de galaxies dans un espace en expansion dans l’endroit que nous appelons l’Univers.
    La connaissance n’est pas tributaire de la condition humaine, ce serait plutôt l’inverse !

    « Avec les humains la Nature devient consciente d’elle-même. »
    >> Nous sommes tous d’accord la-dessus, encore serait-il honnête de préciser que cette conscience est encore bien balbutiante à l’échelle du Tout.
    En effet, le fait que la complexité ait pu produire sur Terre (et peut-être ailleurs dans l’Univers) des êtres suffisamment conscients de leur environnement n’est dû
    qu’à une très longue chaîne d’évènements heureux, tous très improbables et dont la réalisation n’a impliqué que temps, espace, hasard et déterminisme.
    Que vient faire Dieu là-dedans ?

     » La foi elle-même n’est du domaine de l’intellect, mais de l’esprit. »
    >> Il très courant d’entendre ce genre d’affirmation qui entend légitimement faire une distinction entre « intellect » et « esprit ». Pourtant, cette catégorisation n’est absolument pas pertinente en science cognitive, ce qui en définitive rend vide de sens votre proposition. Les croyances (et pas nécessairement religieuses) sont d’ailleurs des objets d’études en psychologie cognitive.

  22. Avatar
    Pascal lun 12 Mai 2014 Répondre

    Rodolphe bonsoir,
    juste pour revenir sur le fait que j’écrivais que nous ne pouvions nous observer de l’extérieur de notre condition humaine, je ne pensais pas du tout à un raccourci géométrique ou topologique définissant les concepts d’extérieur et d’intérieur. Je pensais plutôt à la physique quantique qui nous a appris, preuves à l’appui, que la réalité – à l’échelle des particules élémentaires tout du moins – ne peut être observée sans que cela n’altère l’état, voire la nature de l’objet étudié. Ceci a des conséquences énormes et est une démonstration du fait que nous ne pourrons jamais être de simples spectateurs d’une réalité qui existerait indépendamment de nous.
    J’irai même un peu plus loin en disant que beaucoup de notre science humaine n’est qu’une projection de nos schémas mentaux sur la réalité ou encore que les mathématiques et les lois physiques n’existent que dans nos têtes ! Là je risque de m’attirer les foudres de quelques scientifiques et pourtant, cette approche, hasardeuse et téméraire, pourrait bien ne pas être complètement erronée.
    Pour ce qui est de la foi, je préfère continuer le débat avec vous un autre jour…

    • Avatar
      Yogi mar 13 Mai 2014 Répondre

      @ Pascal : Faire appel à la mécanique quantique pour débattre des capacités cognitives humaines me paraît hasardeux, d’autant que, pour autant que nous sachions, les règles quantiques ne s’appliquent pas au niveau macroscopique.

      Il me semblerait autrement plus urgent et préliminaire d’interroger la foi à la lumière de ce que nous savons sur les biais cognitifs humains avant de s’interroger sur nos éventuelles limites dues à la mécanique quantique.

      (Par ailleurs et au passage, il me paraît évident que les mathématiques existent en dehors de nos têtes, puisque le simple fait qu’il existe « quelque chose » amène me semble-t-il nécessairement la dénombrabilité, donc les nombres entiers, donc la notion de nombres premiers, donc déjà une bonne branche de l’arithmétique, pour ne prendre qu’un exemple trivial).

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        Pascal mer 14 Mai 2014 Répondre

        Bonsoir Yogi,

        la physique quantique a pourtant une portée conceptuelle énorme qui dépasse le seul cadre des sciences physiques. Cela dérangeait beaucoup Einstein en son temps, qui n’eut de cesse d’essayer de lui trouver des failles.
        Donc, même s’il est hasardeux certainement, d’essayer de lui faire dire plus qu’elle n’en dit au départ, je pense qu’on peut tenir compte de certains de ses aspects révolutionnaires, ici, que la réalité observée est différente de la réalité non observée (au niveau des particules élémentaires tout du moins).
        Quant aux biais cognitifs humains, il me semble pertinent de ne pas nier leur existence, comme il me semble prudent de se rappeler que la psychologie cognitive fait partie des sciences humaines, des « sciences molles » (comme on se le disait entre étudiants en « sciences dures »), en ce sens que ses avancées ont plus de difficultés à survivre à l’épreuve du temps. (Je ne sais plus où j’ai lu à ce propos que la psychanalyse n’avait plus trop le vent en poupe de nos jours ?)
        Donc, réduire la foi à un biais cognitif humain comme vous semblez le suggérer, non merci cher Monsieur.

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    rodolphe mar 13 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Pascal,

    « Beaucoup de notre science humaine n’est qu’une projection de nos schémas mentaux sur la réalité »
    >> Tu fais sans doute référence au réalisme modèle dépendant.
    Là encore, je ne vois pas trop de sens dans cette affirmation car un modèle résulte toujours de la mise en cohérence entre hypothèses et faits.
    Au risque de te contrarier, je pense plutôt, qu’à l’instar d’un objet qui se reflète dans une vitre, c’est une forme approchée de la réalité qui se projette dans les modèles et pas l’inverse !
    Pour autant, si les modèles ne sont pas LA réalité, ils ont néanmoins permis jusqu’alors de mettre en évidence, en vrac : l’héliocentrisme, l’âge de la Terre et de l’Univers, la dérive des continents, l’évolution des systèmes biologiques, la relativité, le fonctionnement de l’atome…
    La radio, la télévision, le téléphone portable, le radar, le laser, le GPS, l’ordinateur, le voyage spatial, les vaccins, sont autant d’applications qui n’auraient jamais vu le jour sans modèles scientifiques !

    « Les mathématiques et les lois physiques n’existent que dans nos têtes ! »
    >> Les mathématiques sont un langage. A ce titre, et comme tous langages, les mathématiques permettent de mettre en évidence les relations qui existent entre les quantités qui caractérisent le monde physique. Et comme le langage naturel qui nous permet de nommer des objets à priori imaginaires (fées, elfes, démons, Dieu, Diable), les mathématiques permettent également de définir de purs concepts (ex : l’infini, les nombres irrationnels comme Π ou e) sans équivalence dans le monde physique. (l’infini est un drame pour les physiciens)
    Quant aux lois physiques, je dirais qu’elles sont à la réalité ce que la syntaxe est au langage. Dirais-tu que la syntaxe est étrangère au langage ?

  24. Avatar
    rodolphe mer 14 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Pascal,

     » Les mathématiques et les lois physiques n’existent que dans nos têtes !  »
    >> Une autre réfutation possible de ta proposition:
    Nos têtes (comme tu dis) font partie de la réalité.
    Par associativité, mathématiques et lois physiques font donc partie de la réalité.

    Bonne méditation.

  25. Avatar
    Pascal mer 14 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Rodolphe,

    j’ai cinq petites minutes devant moins pour poursuivre ce passionnant débat.

    En prétendant que beaucoup de notre science humaine n’est qu’une projection de nos schémas mentaux sur la réalité, je n’ai pas insinué que cette science était inefficace. Il y a, comme tu le rappelles, tellement de victoires éclatantes de la science, qui montrent que nos modèles sont efficients.
    C’est par contre, quand l’humain se plait à concevoir l’Univers dans son ensemble et dans la globalité de son histoire, que je commence à être dubitatif.
    Les scientifiques du XVIIIe siècle pouvaient-ils imaginer quels bouleversements conceptuels se produiraient les
    siècles suivants ? Certainement pas. A tel point qu’ils imaginaient la science comme quasiment achevée déjà, capable de tout expliquer, pour peu que l’on dispose des paramètres initiaux nécessaires. Le positivisme était total et ne subsistaient que quelques coins d’ombre. Ces coins d’ombre ont cependant accouché de la relativité et de la physique quantique.
    Que pouvons-nous dire de ce que sera la science humaine en l’an 2500 ?
    Il me semble détenir une petite piste pour répondre à cette question, et c’est ce que j’évoquais plus haut en disant que les mathématiques et les lois physiques n’existent que dans nos têtes. Je crois que la réalité ne se laissera jamais réduire aux schémas mentaux élaborés par l’humain. Il restera toujours un epsilon de décalage entre le modèle et la réalité, epsilon provenant de ce que nous observons la réalité de l’intérieur de celle-ci et non de l’extérieur.
    J’imagine que nous aboutirons à une sorte de théorème de Gödel généralisé et à un ensemble de propositions finalement indécidables.
    Tout ce qui permet de dépasser les limites de l’intelligence humaine pour appréhender la réalité, n’est plus du domaine de la science, mais de celui de la foi.

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      Marc mer 14 Mai 2014 Répondre

      Salut Pascal,

      Il semblerait que les choses ne soient pas si tranchées concernant les mathématiques et les lois physiques.
      2 écoles s’affrontent.

      L’une prône que ces modèles ne sont que le fruit d’abstractions mentales qui approcheraient la réalité, l’autre que ces lois préexistent à l’univers et donc á l’esprit humain.
      Les 2 approches restent compatibles avec un Dieu transcendant, la deuxième semble gagner de plus en plus de suffrages parmi le corps scientifique, ceci questionne d’ailleurs beaucoup les agnostiques et je lui trouve un caractère apologétique assez puissant !

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        Pascal mer 14 Mai 2014 Répondre

        Bonsoir Marc,

        je ne savais pas que ces deux approches opposées avaient déjà leurs partisans ! Merci pour cette précision.
        Par contre, si je suis plutôt partisan des thèses défendues par la première école (et que j’avais appuyées en disant que les mathématiques et les lois physiques n’existent que dans nos têtes), celles de la deuxième affirmant que les lois physiques préexisteraient à la naissance de l’Univers, ne me convainquent guère !
        Les formules de Maxwell par exemple existeraient donc déjà avant que la première particule chargée capable de produire un champ électromagnétique soit créée ? Oui pourquoi pas. Mais qui a créé les modes de génération et d’interaction que décrivent les formules de Maxwell ? L’intelligence de l’Univers lui préexisterait donc ? Bigre, cela donne le vertige tout cela…

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    rodolphe mer 14 Mai 2014 Répondre

    Pascal,

    « Je crois que la réalité ne se laissera jamais réduire aux schémas mentaux élaborés par l’humain. Il restera toujours un epsilon de décalage entre le modèle et la réalité, epsilon provenant de ce que nous observons la réalité de l’intérieur de celle-ci et non de l’extérieur. »

    Chacun est libre de le penser, si tant est que la réalité ait un extérieur et un intérieur… Et dans ce cas, un créateur (Dieu) serait alors cet epsilon… Etrange !
    Mais est-ce le cas et ne s’agit-il pas là d’une vision naïve (et pour tout dire très euclidienne) de la réalité qui consiste à lui conférer des « bords » à la manière d’une vulgaire boite ?
    Pour ma part, j’envisage tout au contraire la réalité comme « LE grand Tout », c’est à dire l’ensemble sans bord et aspatiotemporel de tous les possibles et idéal ultime de la connaissance. (c’est d’ailleurs la définition donnée par le dictionnaire de l’Univers – au sens large – comme étant l’ensemble de ce qui existe)
    Encore une définition (donc une production de l’esprit), me diras-tu, mais qui a précisément le mérite de ne pas réduire la réalité en fonction de nos connaissances limitées. C’est en quelque sorte une définition idéale ou théorique mais en aucun cas pratique !
    En ce sens, athées et croyants invoquent une réalité transcendant l’espace-temps
    mais la différence réside en ce que les premiers admettent les conséquences logiques de cette définition de la réalité. Selon ce point de vue, la réalité est tout simplement irréductible et nécessairement autonome.

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    Pascal mer 14 Mai 2014 Répondre

    Bonsoir Rodolphe,

    peut-être ai-je usé de termes inappropriés en parlant d’intérieur et d’extérieur par rapport à la réalité.
    J’ai lu – tu as peut-être lu également – il y a bon nombre d’années, un livre très pertinent appelé « Flatland » où des êtres sans épaisseur vivent sur une surface, donc à deux dimensions. Certains faits étranges leur suggèrent l’existence d’une troisième dimension qu’ils ne peuvent appréhender de façon directe, étant cantonnés à leur univers.
    Nous pourrions nous comparer à ces habitants de Flatland. Dans ce cas l’extérieur de leur réalité serait d’avoir une vue d’une certaine « hauteur » de leur monde plat, et son intérieur est la vision qu’ils en ont en tant qu’êtres sans épaisseur.
    Pour moi Dieu n’est pas l’epsilon de distance entre des observations de l’intérieur et de l’extérieur – au sens précédent – de notre réalité. Cet epsilon traduit simplement le fait que la compréhension totale du monde, est comme l’horizon en haute mer, toujours s’éloignant, au fur et à mesure que l’on croit s’en rapprocher.
    Pour en revenir à la foi, puisque nous sommes tout de même sur un blog consacré aux rapports entre la science et la foi, je crois en Dieu, principe créateur ou ordonnateur, de nature transcendante, en qui réside la clef de tous les mystères que nous révèlent la nature, ou plus simplement clef de nos destinées en ce « bas »-monde.
    Je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin, est-il écrit dans la Bible, et voilà ce à quoi j’adhère, en tant que chrétien. Cela ne m’empêche pas d’étudier et d’aimer la science, ni de m’élever contre les créationnistes qui prennent certains passages bibliques au pied de la lettre, faisant fi de tout ce que la science nous laisse de preuves irréfutables.
    Bonne soirée…

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      Yogi jeu 15 Mai 2014 Répondre

      Je crois que vous faites un saut un peu rapide depuis un « principe créateur ou ordonnateur en qui réside la clef de tous les mystères que nous révèlent la nature », qui peut parfaitement être une matrice mathématique se matérialisant aléatoirement en divers espaces spatio-temporels de natures et de dimensions variables dotés de lois propres, pour en faire une divinité anthropomorphe s’intéressant à ma vie sexuelle.

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        Pascal jeu 15 Mai 2014 Répondre

        Bonjour Yogi,

        puisqu’une matrice mathématique aurait selon vous engendré l’Univers, qui donc aurait ajusté les coefficients de la matrice ? Dans quelle intention ? (Cela me rappelle le film Matrix cette histoire de matrice !)
        Ou n’y a-t-il pas d’intention ? Dans ce cas, rien n’ayant de sens, de finalité, tout est absurde ! Les galaxies sont là… parce que c’est joli !
        Je pense que ce débat fort passionnant que nous menons, est aussi vieux que l’humanité, et aucun de nous ne convaincra l’autre.

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        Pascal jeu 15 Mai 2014 Répondre

        Je me disais tout à l’heure suite à ces échanges, que lorsque ma dernière heure sera venue, je rendrai mon âme à Dieu, et non pas à une matrice mathématique ! Cela manque singulièrement de poésie !

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        Yogi jeu 15 Mai 2014 Répondre

        Bonjour Pascal,

        L’hypothèse de l’existence d’une « matrice » (tissu fondamental d’une loi ou deux pouvant accidentellement donner lieu de temps à autre à un univers baryonique) étant infiniment moins forte que l’hypothèse de l’existence d’un « créateur » (entité prodigieusement évoluée, issue on ne sait d’où, vivant on ne sait comment et animée d’une « intention »), elle est infiniment plus probable.

        Par ailleurs j’entends bien votre ardent désir que l’univers ait été créé à votre intention par une figure paternelle surpuissante et doucement aimante. Je ne vois cependant pas de raisons de penser que l’univers doive obéir à votre désir, aussi ardent soit il.

  28. Avatar
    Yogi jeu 15 Mai 2014 Répondre

    @ Pascal
    Je ne vois pas ce qui permettrait de supposer, et encore moins d’affirmer, que les principes de la mécanique quantique s’appliqueraient en dehors du cadre de cette discipline, et ce d’autant plus que nous sommes aujourd’hui incapables de dire ce que signifient ces principes.

    En tous cas la théorie la plus complète actuellement spécifie que ce n’est pas « l’observation » (chose que l’on a jamais su caractériser, cf Schrödinger) qui provoque l’effondrement de la fonction d’onde, mais l’interaction avec l’environnement. Les théoriciens qui ont le plus réfléchi à la question se bornent pour le moment à conclure « shut up and calculate », et certainement pas à spéculer sur la notion d’observateur conscient.

    Concernant les sciences cognitives, je crois que vous confondez l’observation des phénomènes et leur interprétation. Ainsi les réflexes pavloviens, les biais de pression sociale ou de confirmation, etc … sont des phénomènes parfaitement connus, documentés et reproductibles, et d’ailleurs constatables par tout un chacun. Ce qui prête à discussion c’est l’interprétation et les mécanismes sous-jacents à ces phénomènes, domaines dans lesquels en effet les théories freudiennes peuvent être discutées. Pas l’existence de ces biais.

    Et refuser d’étudier l’influence de ces biais sur la croyance religieuse, sous couvert d’un  » non merci cher Monsieur », me paraît un peu court.

  29. Avatar
    rodolphe jeu 15 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Pascal,

    Pour aller un peu plus loin dans l’analyse, j’ajouterai que ce n’est pas l’idée d’un « principe créateur » en soi qui oppose athées et croyants mais son interprétation.
    Or, il existe des voies théoriques (cosmologie quantique) qui ne requièrent aucune entité surnaturelle pour expliquer l’émergence d’un Univers (sous certaines conditions) à partir du vide quantique.
    Tu illustres d’ailleurs très bien ce point avec les habitants de Flatland !

    • Avatar
      Pascal jeu 15 Mai 2014 Répondre

      Bonjour Rodoiphe,

      je me suis déjà penché un peu sur ces théories nouvelles pouvant expliquer la création de matière par les fluctuations quantiques du vide. Mais quand bien même trouverait-on un jour une théorie explicative satisfaisante, nous n’aurons répondu qu’à la question du « Comment », celle du « Pourquoi » demeurant sans réponse.
      Je préfère, pour ma part, garder ma foi solidement ancrée en Christ, car Il détient pour moi, la réponse à cette dernière question.
      Bonne journée

  30. Avatar
    rodolphe jeu 15 Mai 2014 Répondre

    Pascal,

    Oui, nombreuses furent les personnes à l’époque de Galilée qui pensaient cela…
    Par ailleurs, une  » théorie explicative satisfaisante  » (je te cite) comme son nom l’indique ne doit pas se contenter d’être descriptive, elle doit aussi répondre à la question:  » Quelle est la cause du phénomène que je cherche à comprendre ? »
    En ce sens, dès lors que les conditions initiales d’un phénomène sont connues, il est vain d’y chercher une « cause finale » ou intention.
    Par exemple, aucun des phénomènes connus depuis le Big Bang jusqu’à nos jours, de la particule subatomique aux galaxies les plus lointaines en passant par l’apparition de la vie ne semble requérir autre chose que hasard et nécessité.
    Il n’y a que les organismes vivants suffisamment complexes pour faire des choix volontaires, montrer des intentions, se référer à des valeurs, etc…
    Auto-organisation et émergence suffisent donc à produire la complexité.
    Pourquoi en est-il ainsi ?
    Cette question renvoie directement à la compréhension des conditions initiales qui ont présidé à l’émergence de notre Univers et donc, une fois de plus, à une interprétation correcte de ce qu’on appelle, abusivement selon moi  » principe » anthropique alors qu’il s’agit tout au plus d’un « constat » anthropique qui reste à expliquer.
    Pour finir, je te conseille de lire Victor Stenger (« Dieu, l’hypothèse erronée ») qui propose, à l’aide de la méthode scientifique, de montrer en quoi notre monde ne ressemble pas à celui qui résulterait de l’action d’un créateur infiniment bon, omnipotent et omniscient.

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      Yogi jeu 15 Mai 2014 Répondre

      @ rodolphe : Dès lors que le créateur est également infiniment cachottier, tout est possible ;-)

  31. Avatar
    Pascal jeu 15 Mai 2014 Répondre

    « Par exemple, aucun des phénomènes connus depuis le Big Bang jusqu’à nos jours, de la particule subatomique aux galaxies les plus lointaines en passant par l’apparition de la vie ne semble requérir autre chose que hasard et nécessité. »

    Rodolphe, je pense que le hasard n’obéit à aucune nécessité, ce serait antinomique.
    Quant à l’idée que la complexité du vivant serait une réaction d’auto-organisation automatique, je n’y crois guère. Il y a un moteur sous-jacent que Teilhard de Chardin a parfaitement illustré dans « Le phénomène humain ». Les myriades d’atomes de carbone, hydrogène, oxygène et azote qui constituent une paramécie, mises pêle-mêle dans un verre, n’engendreront pas la paramécie, sauf au bout d’un temps infiniment long.

    • Avatar
      Yogi jeu 15 Mai 2014 Répondre

      @ Pascal :
      « Dans un verre » sans doute, surtout si vous le mettez dans votre réfrigérateur -:) Les mêmes molécules mélangées dans des milliards de milliards d’océans, sur des milliards de milliards de planètes, bombardées pendant des milliards d’années par des milliards de milliards de météorites, des milliards de milliards d’orages électriques, de frictions gravitationnelles, etc etc, ça se discute.

  32. Avatar
    rodolphe jeu 15 Mai 2014 Répondre

    Pascal,

    Premier point:
    lorsque j’utilise le mot « hasard », ce n’est pas pour désigner « l’absence de cause » mais notre incapacité à prédire certains évènements (théorie du chaos, contingence et le hasard plus fondamental de la mécanique quantique)
    Dans cette acception qui distingue 3 types de hasard, il n’y a donc pas d’antinomie dans l’utilisation conjointe du hasard et de la nécessité. (le cas échéant, il faudrait corriger Jacques Monod…)

    Second point:
    Vous évoquez Teilhard de Chardin et son « illustration » dans « Le phénomène humain » (qui est avant tout un essai philosophique et théologique) du moteur à l’origine de la complexité.
    Nous sommes alors en 1955 et la structure de l’ADN vient d’être découverte deux ans auparavant par James Watson et Francis Crick. 15 ans plus tard et après de considérables progrès dans notre compréhension de la biologie moléculaire, Jacques Monod publie « Le hasard et la nécessité », (essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne) dans lequel il développe le concept de téléonomie, réfutant par la même le concept de téléologie.

    Quelques unes de ses citations:
    « La nature n’est ni morale, ni immorale, elle est radieusement et glorieusement, amorale. »
    « Le hasard pur, le seul hasard, liberté absolue mais aveugle, à la racine même du prodigieux de l’évolution, cette notion centrale de la biologie moderne n’est plus aujourd’hui une hypothèse, parmi d’autres possibles ou au moins concevables. Elle est la seule concevable, comme seule compatible avec les faits d’observation et d’expérience. »
    « L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. »
    « L’ancienne alliance est rompue ; l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. »

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    rodolphe jeu 15 Mai 2014 Répondre

    Yogi,

    Tu penses donc que le createur nous mentirait par retention d’information ?
    (humour)

  34. Avatar
    Pascal ven 16 Mai 2014 Répondre

    Cher Rodolphe,

    je ne suis pas chrétien de convenance, mais d’évidence en raison de mes propres expériences. Et la foi est une folie comme il est écrit dans la Bible.
    Donc plutôt que de polémiquer avec vous, sachant que vous aurez de toutes façons de meilleurs arguments intellectuels que moi, je vais juste adresser une prière à Dieu, afin que d’une manière ou d’une autre, Il se révèle à vous.

    Bonne journée

  35. Avatar
    rodolphe ven 16 Mai 2014 Répondre

    Bonjour Pascal,

    Comme dirait Elie Semoun dans un célèbre sketch: « Merki ! »

    Plus sérieusement, on peut effectivement devenir croyant de mille manière, et l’adoption d’une religion en particulier est le plus souvent déterminée par le simple hasard de son lieu de naissance (si on observe la répartition géographique des religions), ce qui démontre s’il en était besoin, le caractère très subjectif des croyances, pas nécessairement religieuses d’ailleurs.

    Enfin, « je ne suis pas chrétien de convenance, mais d’évidence »
    Attention, l’évidence « apparente » n’est pas meilleure conseillère que la convenance.

    La pensée du jour:
     » Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as. »
    Koan Zen

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