Adam était-il un personnage historique?

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Introduction

Denis Lamoureux

Dans son livre Evolutionary Creation, Denis Lamoureux répond à la question suivante : « Adam était-il un personnage historique ? ». Sa réponse est directe :

« Adam n’a jamais existé, et ce fait n’a aucun impact d’aucune sorte sur les croyances fondamentales du christianisme. »

L’article qui suit est la compilation d’une série de trois articles parus sur le blog de la fondation BioLogos. (lien vers l’article original)

 

Adam était-il un personnage historique?

 

Partie 1: La création de la vie de Novo

La création de novo est une conceptualisation ancienne des origines que l’on trouve dans la Bible. Ce mot est formé à partir du latin de signifiant « à partir de » et du mot novus « nouveau ». Plus précisément, il s’agit d’une vue des origines qui décrit des choses et des êtres qui sont tout à fait nouveaux. Il s’agit d’une activité de création rapide et complète. Ceci apparaît dans une majorité d’anciens récits de création et implique un ou des êtres divins qui agit rapidement dans une série d’interventions dramatiques, créant des structures cosmologiques (soleil, lune, étoiles) et des organismes vivants (plantes, animaux, hommes) qui sont matures et entièrement formés.

Si on considère les preuves scientifiques limitées à la disposition des peuples anciens, cette conceptualisation des origines était parfaitement logique. Comme pour tout récit concernant nos origines, y compris les nôtres aujourd’hui, les anciens posaient des questions essentiellement étiologiques (du grec aitia : la cause, la raison de ceci). Ceci incluait : d’où viennent ces choses ou ces êtres ? Pourquoi sont-ils ainsi ? Qui ou quoi est responsable de leur origine ? Il n’y avait aucune raison pour  que les anciens peuples croient que l’univers avait des milliards d’années, et ils n’étaient pas conscients du fait que les organismes vivants évoluaient pendant de très longues périodes, comme nous le montre le registre fossile. Au lieu de cela, l’âge du monde était limité à la durée de leurs généalogies, dont beaucoup étaient retenues uniquement grâce à leur mémoire, et donc étaient plutôt courtes. L’évolution biologique n’était même pas envisagée parce qu’aux yeux des anciens, les poules produisaient des œufs qui donnaient toujours des poulets, les brebis donnaient naissance à des agneaux, et les femmes étaient invariablement les mères d’enfants humains. Les organismes vivants étaient donc immuables : les espèces étaient fixes et ne changeaient jamais.

Dans leur conceptualisation des origines, les peuples anciens utilisaient ces expériences et ses observations quotidiennes et les rétro-projetaient dans le passé jusqu’à l’origine de la création (du latin retro : en arrière, jacere : jeter). Il s’agit du même type de raisonnement que l’on utilise pour enquêter sur une scène de crime. Les preuves actuelles sont utilisées afin de reconstruire le passé. De cette façon, les anciens arrivaient à la conclusion très raisonnable que l’univers et la vie devaient avoir été créés rapidement et complètement depuis relativement peu de temps. Il s’agissait là de la meilleure science de l’époque.

Comprendre cette notion de création de novo est l’une des clés qui permet de comprendre Genèse 1 et le débat à propos des origines. Ce récit de la création fait 10 fois référence aux créatures vivantes se reproduisant « selon leur espèce ». Les créationnistes de la jeune terre et les créationnistes progressifs argumentent sur le fait que cette phrase est une preuve biblique incontestable contre l’évolution biologique, parce que Dieu a créé des groupes d’organismes séparés. Ils regroupent ces  « espèces » ou « baramins » (de l’hébreu bara : créer, min : espèce, genre). Pourtant, cette croyance anti-évolutionniste populaire à propos d’une intervention dramatique de Dieu pour créer des groupes séparés d’organismes vivants ne tient pas compte de la mentalité ancienne et des anciennes catégories intellectuelles. L’expression  « selon leur espèce » est le reflet d’une ancienne compréhension phénoménologique des organismes vivants (Note : il ne faut pas confondre cette notion avec notre perspective phénoménologique moderne. Ce que les anciens voyaient était pour eux la réalité, comme le « mouvement » littéral du soleil dans le ciel. Par contraste, nous savons que ce que nous voyons n’est qu’un effet visuel apparent, mais pas eux.) Les peuples anciens constataient que les oiseaux se reproduisaient en oiseaux, qui eux-mêmes produisaient des oiseaux, etc… Ils retro-projetaient cette expérience dans le passé et arrivaient à la conclusion logique qu’il devait bien y avoir eu un premier oiseau créé de novo par le Créateur. Ainsi, la création de novo des organismes vivants, comme les oiseaux de Genèse 1, est basée sur une classification statique de la vie dans des catégories immuables, comme les percevaient les peuples anciens tels que les Hébreux. Plus spécifiquement, ceci reflète une biologie ancienne ; et en particulier une compréhension ancienne de la taxonomie. Ce fait biblique a une implication très dérangeante.

La compréhension ancienne de la biologie a un impact profond sur la conceptualisation de l’action divine qui créé les êtres vivants en Genèse 1. Dit plus précisément, l’action créatrice divine est exprimée dans des catégories taxonomiques anciennes. De le même façon que Genèse 1 décrit la création d’un univers en trois partie ainsi qu’au travers de la notion ancienne de création de novo ( i.e. Dieu qui utilise le firmament pour séparer les eaux d’en bas des eaux d’en haut grâce au firmament créé le deuxième jour, Dieu place aussi le soleil, la lune et les étoiles dans le firmament le quatrième jour), l’observation courante de voir des organismes se reproduisent « selon leur espèce » façonne profondément la description concernant l’origine de la vie. L’auteur de Genèse 1 attribue l’origine des espèces primitives de plantes et d’animaux à des actes créatifs de novo du Créateur. En d’autres mots, la science ancienne dirige la conceptualisation de l’activité créatrice divine de l’auteur inspiré par le Saint Esprit. Les peuples anciens constataient que les espèces de base d’organismes vivants ne changeaient pas, et qu’ils ne se reproduisaient que « selon leur espèce ». Il était donc parfaitement logique pour eux de connecter ces deux observations et d’arriver alors à la conclusion que les espèces devaient avoir été créées rapidement et complètement formées. Nous serions arrivés à la même conclusion qu’eux si nous avions vécu à leur époque. Donc voici le fil conducteur : Genèse 1 ne nous révèle pas comment Dieu a effectivement créé la vie.

Cette idée est certainement dérangeante, voire menaçante pour beaucoup de chrétiens. Mais le principe du message véhiculé éclaire cette situation. Ainsi, le Saint Esprit est descendu au niveau de l’auteur de Genèse 1 et a utilisé comme véhicule la science ancienne en ce qui concerne les origines biologiques dans le but de révéler le message central de foi qu’il était bien le Créateur de la vie. Bien sûr, certains diront : Dieu ment-il dans la Bible ? Absolument pas ! Mentir signifie que l’on est animé de mauvaises intentions dans le but de tromper. Le Dieu de la Bible n’est ni mauvais ni trompeur. Dans sa grâce, le Saint Esprit est descendu au niveau des anciens Hébreux et a utilisé leur conceptualisation ancienne des origines- la création de la vie de novo– pour communiquer de manière aussi efficace que possible les vérités spirituelles, inerrantes qui ont le pouvoir de changer notre vie. La science ancienne des origines est un récipient qui nous livre les « eaux de la vie » (Jean 4 :10) pour étancher la soif de nos âmes. Pour conclure, Dieu s’adapte dans la Bible et ne révèle tout simplement pas comment il a fait les plantes, les animaux…et les hommes.

 

 

Partie 2 : La création d’Adam De Novo

Des générations de chrétiens ont cru fermement que la création d’Adam et Eve dans Genèse 2 est une description du bref récit des origines de l’homme le sixième jour de la création de Genèse 1. Cette interprétation traditionnelle littérale affirme que l’histoire humaine débute avec les événements localisés dans le jardin d’Eden. Selon les créationnistes de la jeune terre et les créationnistes progressifs, ces passages nous donnent des preuves bibliques indiscutables contre l’évolution de l’homme. Toutefois, la création de novo des organismes vivants (voir la partie 1 de cette série) correspondait à la science de l’époque dans le Proche Orient ancien, et ceci remet en question l’historicité de la création des hommes telle qu’elle est décrite dans la Bible.

Comme tous les récits des origines, Genèse 2 est étiologique. Ce récit nous offre une explication de l’existence des choses et des êtres connus à l’auteur inspiré par le Saint Esprit ainsi qu’à ses premiers auditeurs – la végétation, les animaux terrestres, les oiseaux et les hommes. Et comme dans tout récit ancien typique des origines, le Seigneur Dieu les a créés de novo ; c’est-à-dire, ils ont été créés rapidement et complètement formés. Mais Genèse 2 se focalise surtout sur les origines de l’humanité. Adam est formé « à partir de la poussière du sol » (v.7). Il faut remarquer que l’usage de la terre dans le but de former rapidement des êtres humains apparaît dans d’autres histoires de création du Proche Orient ancien. Par exemple, le récit d’Atrahasis des origines nous dit qu’une déesse a mélangé de l’argile avec le sang d’un dieu assassiné pour façonner sept mâles et sept femelles. Dans Enki et Ninmah, un être divin alcoolisé utilise la terre pour fabriquer un être humain imparfait. Et de l’argile est aussi utilisé pour former un homme dans l’épopée de Gilgamesh. Les dieux de beaucoup de ces récits païens créent l’humanité dans le but de s’affranchir du travail. Le message est que les hommes et les femmes sont essentiellement des esclaves des dieux. De manière très contrastée, Genèse 2 nous présente un message de foi : Dieu prend soin de l’humanité. Il satisfait ses besoins physiques et psychologiques en leur donnant de la nourriture et de la compagnie. Le Dieu d’amour se révèle dès les toutes premières étapes de la révélation biblique.

Donc que suis-je exactement en train de dire à propos d’Adam ? Oui, la formation d’un homme à partir de la poussière du sol en Genèse 2 :7 correspond à une compréhension ancienne des origines. L’existence d’Adam ultimement basée sur la science ancienne, et cette création rapide et complète à partir de la terre prenait tout son sens à partir d’une perspective phénoménologique ancienne. Les anciens observaient que les hommes ne se transformaient jamais en d’autres créatures, et que les hommes donnaient naissance à d’autres hommes, qui donnaient naissance à d’autres hommes, qui donnaient naissance à d’autres hommes, etc.

Il était raisonnable pour eux de rétro-projeter (du latin retro : en arrière, jacere : jeter), ou d’extrapoler dans le passé ces observations quotidiennes jusqu’au début de la création et de conclure que le Créateur avait fait un couple original d’âtres humains. De plus, les peuples anciens voyaient que lorsqu’un organisme mourrait, il se décomposait et tombait en poussière. Cette observation, couplée avec leur propre activité de façonnage de poteries à partir de l’argile, leur fournissait un cadre conceptuel concernant la fabrication d’hommes et d’autres organismes vivants à partir de la terre. En fait, Genèse 2 utilise le mot hébreux yāṣar pour décrire la formation d’un homme, des animaux, et des oiseaux à partir du sol (v. 7,8, 19). C’est le même mot utilisé pour décrire l’action du potier, et ce mot apparaît même dans d’autres passages où Dieu est ce potier qui forme l’homme dans ses mains (Esaïe 16:29, 45:9, 64:8; cf. Jérémie 18:1–6).

La création de novo d’Adam est un exemple d’ « accommodation » du Saint Esprit, c’est-à-dire d’adaptation du Saint Esprit au niveau des anciens Hébreux dans le processus de révélation. Dieu utilise leur conception ancienne des origines de l’homme, qui est la meilleure science de l’époque, comme un véhicule pour révéler qu’il est le Créateur. Et tout comme il utilise l’astronomie ancienne, lorsqu’il sépare les eaux d’en haut des eaux d’en bas grâce au firmament en Genèse 1, la formation d’Adam à partir du sol n’a jamais eu lieu. Il ne fait aucun doute que cette idée est choquante pour la plupart des chrétiens. Mais le principe du message véhiculé nous offre une perspective sur cette situation. La façon dont Dieu a créé est secondaire par rapport au fait qu’il nous a créés. Adam est simplement un ancien véhicule qui nous livre des vérités éternelles et spirituelles qui ont le pouvoir de changer nos vies.

Le but central de Genèse 2 est de révéler des messages de foi infaillibles à propos de la condition spirituelle de l’homme. Ce chapitre est radicalement différent des croyances païennes des nations environnant les Hébreux, inspiré par le Saint Esprit, ce chapitre est le complément de Genèse 1 qui révèle que les hommes ont été créé à l’image de Dieu (v. 26-27). Genèse 2 souligne notre privilège et notre statut particulier dans le monde, parce que nous sommes les seules créatures dans une relation personnelle avec Dieu. Ce second récit de la création nous apprend aussi que les hommes et les femmes ont été créés pour jouir du mystère du mariage. Dit d’une façon si belle : »car l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. » (v.24). De façon encore plus essentielle, Genèse 2 révèle que le Créateur a mis des limites à la liberté humaine. Il ordonne à Adam : « Tu ne mangeras pas de l’arbre du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. » (v. 17). En d’autres mots, nous sommes redevables devant Dieu, et notre échec à respecter ses attentes a des conséquences sérieuses.

Adam était-il un personnage historique ?

L’apôtre Paul croyait-il qu’Adam était un personnage réel ? Mais oui, bien entendu. Paul était un juif du premier siècle et comme tous les juifs autour de lui, il reconnaissait l’historicité d’Adam. En fait, il plaçait le péché d’Adam et sa mort en parallèle avec le don divin du salut et la résurrection de Jésus d’entre les morts. En Romains 5 :12 et 15, il écrit que : « …par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé sur tous les hommes, parce que tous ont péché, … si par la faute d’un seul, beaucoup sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don qui vient de la grâce d’un seul homme, Jésus–Christ, ont–ils été abondamment répandus sur beaucoup. »(Romains 5:12-15) Paul dit aussi dans 1 Corinthiens 15 :21-22 que « puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ »

Il est donc tout à fait compréhensible que la plupart des chrétiens croient qu’Adam était un personnage réel. C’est exactement ce que l’Ecriture dit à la fois dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament. Pour défendre leur position, ces croyants proposent trois arguments faisant référence à l’apôtre Paul.

1ils utilisent un argument de confirmation. Ils affirment que puisque Paul croyait dans l’existence d’Adam, alors l’Adam des tous premiers chapitres de la Genèse doit avoir été un personnage réel. Autrement dit, la croyance de Paul dans l’historicité d’Adam confère une réalité historique à Adam.

2Ces chrétiens utilisent un argument de cohérence. Ils affirment que puisque Paul fait référence à Jésus en tant que personnage historique dans Romains 5 et 1 Corinthiens 15, alors la cohérence veut que les références à Adam dans ces chapitres ne peuvent qu’être des références à un personnage historique.

3 Ces croyants soulignent le fait qu’il est question du message de l’évangile dans ces passages du Nouveau Testament, il est dit explicitement dans 1 Corinthiens 15 :1-7 et introduit par l’expression : « l’évangile que (Paul) je vous ai annoncé » (v.1) et « par l’évangile par au travers duquel vous êtes sauvés » (v.2). Ils affirment que l’on ne peut pas seulement trier et choisir les versets dans la Bible quand cela nous fait plaisir, et ainsi accepter l’évangile mais rejeter l’existence d’Adam. Apparemment, ces trois arguments paraissent très raisonnables. En fait, je les ai moi-même utilisé pendant des années quand j’étais un créationniste de la jeune terre particulièrement zélé.

Mais considérons ces arguments populaires. Premièrement, l’argument de confirmation. Beaucoup de chrétiens affirment que si Paul croyait dans l’existence d’Adam, alors Adam a forcément été une personne réelle. Mais que Paul croyait-il d’autre ? Dans l’un des passages les plus importants du Nouveau Testament, le merveilleux hymne « kénotique », Paul affirme qu’au nom de Jésus, tout genou fléchira et toute langue confessera que Jésus est Seigneur (1) dans les cieux, (2) sur la terre et (3) dans le monde souterrain (Philippiens 2 :11-12). Paul acceptait clairement la structure de l’univers en trois parties. Mais cette croyance particulière confère-t-elle l’existence à cette compréhension de la structure du cosmos ? Et puisqu’il croyait que le monde était structuré en trois parties, faut-il aussi que nous le croyions ? Plus précisément, Paul acceptait le fait qu’il y ait une région souterraine où certains êtres habitaient. Sa croyance procure-t-elle l’existence à un tel endroit avec de tels individus sous la surface du sol ? Et si nous décidons de rejeter l’univers en trois parties de Philippiens 2, mais d’accepter Jésus comme Seigneur, seront-nous accusés d’être inconsistants ? Ou pire, de trier et de choisir les versets dans la Bible qui nous conviennent ? je doute que quiconque répondrait « oui » à l’une de ces 5 questions.

Deuxièmement, l’argument de cohérence prétend que puisque Paul faisait référence à Jésus en Romains 5 et 1 Corinthiens 15, alors les références à Adam ne peuvent être que des références à un personnage historique réel. Pourtant, cette manière courante de penser manque de faire la distinction entre l’histoire réelle (l’existence de Jésus), et une compréhension ancienne des origines de l’homme (la création de novo d’Adam). Autrement dit, l’argument courant dit de cohérence est en réalité incohérent ! Il confond, ou assimile des événements historiques bien réels du premier siècle de notre ère avec de la biologie ancienne. Ce serait suivre un raisonnement du même type que d’utiliser l’hymne kénotique de Philippiens 2 pour affirmer que puisque Jésus était bien un personnage historique, alors l’univers en trois partie des versets 10 et 11 l’est aussi ; et puis d’étendre l’astronomie ancienne présente dans ce passage du Nouveau Testament jusqu’en Genèse 1 pour affirmer que Dieu a effectivement créé un monde en trois partie. Je suis sceptique sur le fait que quiconque fasse appel à l’argument de cohérence de cette façon. Mais laissez-moi maintenant invoquer l’argument de cohérence d’une façon que l’on n’entend pas fréquemment dans les cercles chrétiens. La cohérence requiert que puisque Paul acceptait l’astronomie et la géologie de son époque, il est logique de croire qu’il acceptait aussi la biologie de son époque. L’univers statique en trois parties correspondait à la science de son temps embrassée par l’apôtre et ses lecteurs, et il en était de même à propos de l’immuabilité (fixité) des espèces vivantes qui se reproduisaient « selon leur espèce ». Paul fait référence à cette conceptualisation ancienne de la biologie (taxonomie) en 1 Corinthiens 15 :39 en affirmant : “Toute chair n’est pas la même chair ; mais autre est celle des hommes, autre la chair des animaux, autre la chair des oiseaux, autre celle des poissons.”  Puisqu’il voyait les organismes vivants comme des espèces créées séparément, il est tout à fait cohérent qu’il comprenait l’origine de la vie au travers de l’ancienne notion biologique de création de novo. En fait, l’apôtre présente cette science ancienne des origines de l’homme en Actes 17:26 lorsqu’il affirme : « Il a fait que toutes les nations humaines, issues d’un seul (homme) habitent sur toute la face de la terre »

Paul croyait assurément que la vie humaine avait débuté avec la création rapide et complète d’Adam. Autrement dit, il acceptait la biologie de son époque. Vu sous cet angle, je doute qu’il y ait des chrétiens qui acceptent aujourd’hui l’astronomie et la géologie anciennes si clairement présentée dans la Bible, et la cohérence affirme aussi qu’ils ne devraient pas accepter l’ancienne biologie dans la Parole de Dieu.

Troisièmement, il est nécessaire de souligner que Jésus et son sacrifice sur la croix ne sont pas dépendant de l’existence d’Adam. Il n’y a aucun doute que Paul croyait en l’existence d’Adam et de Jésus. En particulier, l’apôtre reconnaissait que l’évangile est basé sur l’existence du Seigneur, sur sa mort physique et sa résurrection d’entre les morts. Pour résumer l’évangile de façon concise, Paul écrit :

“Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez dans les termes où je vous l’ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain. Je vous ai transmis, avant tout, ce que j’avais aussi reçu : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, et il a été vu par Céphas, puis par les douze. Ensuite, il a été vu par plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques–uns sont décédés. Ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres.”

“Et si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine, et votre foi aussi est vaine. … Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés” 1 Corinthiens 15:1–7, 14, 17

Notez SVP: il s’agit là de l’évangile tel qu’il est présenté dans la Bible, il n’y est pas fait mention d’Adam en aucune manière, ni sur son existence. La foi chrétienne est basée sur Jésus, pas sur Adam. Cette religion s’appelle le christ-ianisme et pas l’Adam-isme.

Notez aussi que ce passage fait référence à beaucoup de gens qui ont vécu à une époque bien connue dans l’histoire (le premier siècle de notre ère) qui ont véritablement rencontré le Seigneur (Pierre, les douze, 500 frères, Jacques et Paul). Ce n’est pas le cas d’Adam. Bien sûr, Paul croyait en l’existence d’Adam, et il le mentionne plus loin en 1 Corinthiens 15. Mais l’existence d’Adam est basée sur la notion de création de novo, la science de l’époque des origines pour Paul et ses lecteurs. C’est pourquoi, de la même façon que nous devons séparer et non pas confondre, le message de foi affirmant que Jésus est Seigneur avec la réalité d’un univers en trois parties présenté en Philippiens 2, nous devons aussi séparer, et pas confondre la réalité historique de sa mort et de sa résurrection corporelle avec le fait que l’existence d’Adam est enracinée dans une biologie ancienne des origines de l’homme.

En considérant les trois arguments ci-dessus, il est possible de suggérer une nouvelle approche de Romains 5 et 1 Corinthiens 15 en utilisant le principe du message véhiculé.

 Message : vérités spirituelles infaillibles, les hommes sont pécheurs, Dieu juge les hommes pour leur péchés, Jésus est mort pour les pécheurs, est réssuscité d’entre les morts et offre l’espoir de la vie éternelle.

Véhicule : ancienne biologie des origines, création De novo d’Adam.

Le message central de Romains 5 et de 1 Corinthiens 15 est celui-ci: nous sommes des pécheurs et Dieu nous juge pour notre péché: mais la bonne nouvelle de l’évangile est que la vie éternelle nous est offerte au travers du sacrifice de Jésus et de sa résurrection corporelle d’entre les morts. Afin de faire passer le plus efficacement possible ces vérités spirituelles à propos du péché de l’homme et du jugement divin sur ce péché, le Saint Esprit s’est adapté au niveau de Paul en utilisant comme véhicule une notion biologique ancienne tirée des premiers chapitres de la Genèse- la création de novo d’Adam. Il est sûr qu’il s’agit là d’une façon anti intuitive et très inhabituelle de lire l’Ecriture. Ces passages dans la parole de Dieu ne nous révèle pas comment Dieu a effectivement fait les hommes, mais qu’il nous a créés ; que nous sommes des pécheurs et que nous avons besoin d’un sauveur, que le Seigneur nous a envoyé dans sa grâce pour mourir sur la croix pour nous- voici l’évangile de Jésus Christ. Amen !