« Pourquoi Dieu ne s’en ira pas »: l’analyse d’Alister McGrath du « Nouvel Athéisme »

Posté par Benoit Hébert

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Le titre du livre d’Alister McGrath « Why God won’t go away ? » est assez difficile à traduire précisément : Pourquoi Dieu ne s’en ira pas, ne s’éloignera pas, ne s’enfuira pas, reviendra toujours ?

Le sous-titre précise la question centrale du livre

« Le Nouvel Athéisme court-il sur le vide ? »

Au-delà d’analyser les causes historiques, sociologiques et spirituelles de l‘émergence de ce mouvement philosophiques, Alister McGrath m’a passionné par ses réponses, son analyse du rôle de la rationalité, des limites de la science et de ses méthodes, et de l’incapacité même de cette dernière à répondre aux grandes questions existentielles de valeur et de signification : « La vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Quelle est sa valeur et sa signification ? »

Alister McGrath voit dans les événements du 11 septembre 2001 l’élément déclencheur d’une peur collective qui a permis aux auteurs du Nouvel Athéisme d’avoir un écho médiatique dans leur campagne anti-foi.

« Certains auteurs, comme Richard Dawkins, argumentaient depuis des années que la religion était purement irrationnelle et dangereuse, sans grand impact. Et soudain, ses arguments athées paraissaient à la fois attractifs et plausibles. Quelqu’un ou quelque chose devait être rendu responsable des événements du 11 septembre, et le fanatisme religieux islamique était une possibilité évidente. Et dans l’expression de cette colère face à cet attentat, le fanatisme religieux Islamique se simplifia d’abord en fanatisme religieux et puis tout simplement en religion.

Dawkins a joué un rôle central dans ce changement d’humeur politique dans les cercles occidentaux libéraux, parce que le 11 septembre confirmait tout ce qu’il avait toujours cru : la religion était dangereuse précisément parce qu’elle était irrationnelle, et lorsque qu’elle ne pouvait remporter la victoire par ses arguments, cela se faisait par la terreur. Quatre jours après les attentats, Dawkins écrivit : « Remplir le monde d’une religion, ou des religions abrahamiques, est comme remplir les rues d’armes chargées. Ne soyez pas surpris qu’elles soient utilisées. »

Beaucoup ont considéré que ces commentaires étaient ridiculement simplistes. D’autres, pourtant, on vu Dawkins comme un penseur brillant désireux de dire la vérité. La religion est dangereuse. Elle ne doit pas être respectée mais crainte-et neutralisée chaque fois que c’est possible.» (XI-XII)

Alister McGrath voit le bon côté des choses

« Le Nouvel Athéisme a soulevé des questions d’importance fondamentale, comme la rationalité de la foi, la relation entre la religion et la science, les liens possibles entre la religion et la violence, et la place de la religion dans la société occidentale. Pendant plusieurs années, ces questions étaient perçues comme inintéressantes et non pertinentes. Ce n’est plus le cas. Une conversation des plus intéressantes a commencé, et je suis sûr que les partisans du Nouvel Athéisme ne seront pas dérangés de voir d’autres se joindre et poursuivre cette discussion plus loin. Il y a tellement plus à dire.

Pourquoi ? Tout simplement parce que Dieu ne s’en ira pas […] La religion est de retour dans le débat public. Beaucoup se demandent aujourd’hui si le Nouvel Athéisme n’apparait pas lui-même comme usé et las, répétant des arguments habillés pour paraître nouveaux et radicaux. »(XIII)

Avant de répondre sur le fond, Alister McGrath prend le temps de revenir sur la pensée des quatre auteurs anglo-saxons (Richard Dawkins, Daniel Dennett, Sam Harris et Christopher Hitchens) cités plus haut qui ont eu le plus d’impact médiatique.

J’avoue avoir été choqué de découvrir certains propos de Sam Harris.

« La partie vraiment dérangeante du livre de Sam Harris ( La fin de la foi ) concerne ses propres opinions, pas ses critiques de la religion. Dans une section, avant de justement remarquer que les croyances façonnent les comportements, il affirme que « certaines propositions sont tellement dangereuses qu’il pourrait même être éthique de tuer des gens parce qu’ils y croient. Ceci pourrait peut-être paraître une affirmation extraordinaire, mais cela ne fait qu’énoncer un fait ordinaire à propos du monde dans lequel nous vivons. » (End of Faith, pp 52-53). Tuer de telles personnes, nous dit-il, pourraient être considérer comme un acte d’auto-défense.

L’Inquisition, la Gestapo, les Talibans et le KGB n’auraient pas pu le dire mieux…J’espère que Sam Harris ne deviendra pas Président des Etats-Unis ! » (Why God won’t go away, p. 10)

Bien entendu, l’analyse d’Alister McGrath ne s’arrête pas à ces propos outranciers, nous aurons l’occasion d’y revenir en évoquant les réponses de fond qu’il apporte aux arguments  plus profonds de Dawkins et al. concernant la foi chrétienne et la violence, la rationalité de la foi et son rapport à la science.

A suivre…


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