Luc Ferry au débat de Sciences et Avenir « Dieu et la science »

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L’équipe Science & Foi n’a malheureusement pas eu l’occasion d’assister « au Grand Débat de Sciences et Avenir « Dieu et la science » qui s’est déroulé les 10 et 11 avril 2015 dans le magnifique Collège des Bernardins, à Paris. Il a connu une telle affluence que les organisateurs n’ont pas pu accueillir tous ceux qui auraient voulu y assister. »

En tout cas, le succès de cet événement démontre que les thèmes abordés sur le site www.scienceetfoi.com suscite un réel intérêt chez nos contemporains.

Vous trouverez ici de courts extraits vidéo du discours inaugural du philosophe Luc Ferry, égal à lui-même, en humaniste non croyant mais pas vindicatif .

Plusieurs thèmes sont abordés

  • « Une lecture non littérale des textes sacrés » :

Nous souscrivons bien entendu à cette approche en ce qui concerne les textes bibliques nous parlant de la création du monde, puisque nous sommes des « non-concordistes ». Luc Ferry cite Origène, que nous reprenons dans cet article

« Origène est bien connu pour Sur les Principes et Contre Celse, il y énonce les principales doctrines du Christianisme et les défend contre des accusations païennes. Sur les Principes nous propose la perspective suivante à propos du récit de la création dans la Genèse :

« Quelle personne intelligente considérera comme une affirmation sensée que les trois premiers jours, pour lesquels il est dit qu’il y eut un matin et un soir, existèrent sans soleil, sans lune et sans étoiles, alors qu’il n’y avait même pas de ciel le premier jour ? […] Personne ne doute qu’il s’agit là d’expressions figurées qui nous indiquent certains mystères au travers d’un semblant de récit historique. »

 brain with arms, legs and handcuffs

Il y a une certaine ironie à constater qu’un philosophe athée est plus pointu dans son « herméneutique » que certains croyants ! De façon tristement réductrice, Luc Ferry questionne la possibilité même à un philosophe d’être chrétien…

  • « Luc Ferry explique que « la raison ne peut pas prouver Dieu ». Le philosophe rappelle ainsi qu’« une hypothèse n’est scientifique que si elle est réfutable ». Or, ni l’énoncé « Dieu existe » ni son opposé « Dieu n’existe pas » ne peuvent être réfutés ! »

Luc Ferry glisse subrepticement du terrain de la science à celui de la philosophie, voire la théologie. Il passe en revue les preuves « philosophiques » classiques de l’existence de Dieu avant de les réfuter. La confusion dans le cadre de cette introduction entre science et raison est vraiment gênante. Les questions d’ordre philosophique auraient mérité un traitement clairement à part. Nous prolongeons la réflexion dans deux petits articles

La raison peut-elle mener au vestibule de la foi ?

Pourquoi la foi et la raison devraient marcher ensemble : Extrait

« Nous ne pouvons pas limiter l’investigation du réel qu’aux seules choses visibles et mesurables. Le scientifique et pasteur anglican John Polkinghorne déclare que

La science soulève des questions qui pointent au-delà d’elle-même et transcende son pouvoir d’investigation

La science et la raison naturelle conduisent au vestibule de la foi en soulevant des questions d’ordre spirituel qui sortent de son champ de compétence.

Deuxièmement, limiter l’investigation du réel à la science et à ce qui peut être prouvé scientifiquement est une forme d’enfermement de la raison.

  • Pourquoi n’existerait-il pas autre chose indémontrable par la raison ?
  • Pourquoi n’existerait-il aucune transcendance à la raison ?

Ce choix a priori de l’enfermement est en soit un acte de foi. Ce choix bloque un champ d’investigation d’un niveau de réalité supérieur. »

heart with arms and handcuffs on hands

C’était sans doute trop demander à Luc Ferry de mettre autant de zèle à dénoncer le scientisme qu’il ne le fait à combattre le créationnisme…

  • « Enfin, l’ancien ministre de l’Éducation nationale fait sienne la position développée par le paléontologue américain Stephen Jay Gould, celle du « non-recouvrement des magistères? » (ou « NOMA », selon l’acronyme anglais) : « Surtout que religion et science n’interviennent jamais l’une dans l’autre », a-t-il lancé. »

Cette vision des relations science/foi nous paraît étriquée. Sans qu’un domaine empiète sur l’autre, on peut envisager un dialogue enrichissant entre ces deux domaines complémentaires.

Nous développons cette idée : quelle est la relation appropriée entre la science et foi ?

« La vision de Gould (NOMA) est injustement restrictive parce que la foi étend ses cordages bien au-delà du domaine des valeurs. En fait, la foi chrétienne contient des affirmations d’ordre métaphysique, comme l’existence d’entités surnaturelles : Dieu, la loi morale, la vie après la mort, etc.

Il n’est pourtant pas suffisant de montrer que le non chevauchement des magistères contient une mauvaise définition de la science et de la foi. L’objectif central de cette vision des choses est d’affirmer que la science et la foi n’interagissent pas, n’ont pas besoin d’interagir, et ne devraient pas interagir. Nous donnons des exemples du contraire ci-dessous. »

 

Comme je l’explique dans cette vidéo (« la science a-t-elle éliminée Dieu ? »), la démarche scientifique repose sur des axiomes indémontrables auxquels la vision chrétienne du monde donne tout son sens (l’existence d’un ordre à découvrir à découvrir, le fait que nous soyons mentalement capables de découvrir cet ordre…)

Dommage qu’il n’y ait pas non plus eu un mot sur les bienfaits que la démarche scientifique peut apporter à l’interprétation des textes bibliques, rien (en tout cas dans mes extraits choisis) sur les limites de la démarche scientifique et les questions existentielles légitimes que chacun se posent et qui ne trouvent de réponse que dans une démarche métaphysique…de foi ou de non foi : le sens (ou l’absence de sens) de la vie, les fondements ultimes de nos valeurs, le bien et le mal….

Q_vestibule_Foi_v

Pour « compléter » les propos de Luc Ferry. Je vous propose de découvrir l’approche du théologien et scientifique de l’université d’Oxford Alister Mc Grath à propos de la « théologie naturelle », expression qui prend un sens tout différent que celui qu’on a pu lui donner par le passé. Il ne se place pas là sur un terrain purement scientifique, mais comme Luc Ferry, il aborde la question du sens que ne manquent pas de susciter les découvertes de la science.

 

L’idée maîtresse d’Alister McGrath rejoint par certains aspects les préoccupations de Luc Ferry, mais va bien au-delà, en proposant de faire dialoguer la science et la foi dans une vision chrétienne unifiée du monde satisfaisante pour l’intellect, mais aussi pour l’âme et pour l’esprit !

« Durant les 50 dernières année, un consensus s’est fait jour pour reconnaître que la « nature » ou le « naturel », loin d’être des entités autonomes et objectives, telles que le supposait la philosophie des Lumières, sont des notions conceptuellement malléables, ouvertes à des interprétations multiples…

[La nature] est une entité interprétée, qui demande une réinterprétation, en étant « vue » d’une autre façon…

La théologie naturelle est ainsi comprise comme l’action de « voir » la nature à partir d’une perspective spécifiquement chrétienne. Ceci implique le rejet de la version de la théologie naturelle inspirée par les Lumières comme une tentative de démontrer les attributs et l’existence de Dieu à partir des données de la nature. La nature est plutôt vue à partir d’une perspective chrétienne traditionnelle, avec ses notions spécifiques de Dieu, de nature, et d’agent humain. McGrath soutient qu’on peut observer un degré significatif de résonance ou de consonance entre la théorie et l’observation. En d’autres mots, il existe un accord empirique important entre la vision trinitaire de la réalité et ce que chacun peut observer.

Ceci ne constitue pas une preuve de la véracité du Dieu du christianisme…La théologie naturelle ne doit pas être comprise comme une tentative de déduire l’existence de Dieu de la nature, mais de la mise en évidence de la capacité de la foi chrétienne à donner sens à ce que nous observons. »

Science and Religion, A New Introduction  chez Wiley-Blackwell p227

Nous développons cette idée dans cet article, compte rendu d’une conférence à laquelle nous avons assisté en juillet 2014 à Oxford.

 Conclusion:

Parlant d’un sujet à propos duquel personne ne peut être vraiment « neutre » (et nous non plus!), Luc Ferry a dénoncé à juste raison certaines dérives. Dans cette dénonciation, il a malheureusement été quelque peu dissymétrique. Il n’est apparemment pas partisan d’un dialogue constructif entre foi et science, ce que bien sûr nous jugeons regrettable!

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18 Commentaires

  1. Avatar
    Georges Daras mar 28 Avr 2015 Répondre

    Attention au petit lapsus: « L’idée maîtresse d’Alister McGrath rejoint par certains aspects les préoccupations de Jules Ferry, … » ;)

    • Avatar
      Marc Fiquet mar 28 Avr 2015 Répondre

      Merci Jules (heu Georges) c’est corrigé…

  2. Avatar
    Jonathan lun 11 Mai 2015 Répondre

    Pour info, la vidéo entière est disponible ici :
    https://www.youtube.com/watch?v=-JxlJ70jz2w

    Je ne pense pas qu’il y ait eu de confusion ou de glissement illicite dans son intervention.

    Si vous suivez bien la structure du discours, le détour philosophique et ce traitement des preuves de l’existence de Dieu ne sont là que pour invalider le 3ème type d’approche foi/science à laquelle il fait référence, celle des théoriciens du Dessein Intelligent qui tentent d’utiliser la science pour prouver Dieu indirectement.

    Son objectif était de mettre en lumière le caractère fallacieux de toute entreprise rationnelle qui prétendrait pouvoir démontrer Dieu à partir de la raison et de l’expérience, et ainsi invalider l’approche ID en son principe même.

    En réfutant l’argument ontologique, qui selon Kant est subrepticement introduit dans les conclusions des deux autres preuves classiques, Ferry estime avoir complètement réfuté les thèses de l’ID puisque que cette approche n’est au fond qu’une nouvelle variante de l’argument téléologique/physico-théologique.

    Mais pressé par le temps, il n’a pas pu relier ces points de façon explicite.

    Personnellement, je ne vois rien à y redire.

  3. Avatar Auteur
    Benoit Hébert lun 11 Mai 2015 Répondre

    C’est vrai Jonathan qu’il est difficile de faire un commentaire complet de cette introduction quand on ne dispose que d’extraits…

    Ceci dit les approches philosophiques de l’existence de Dieu me paraissent quand même d’une autre nature que les preuves de nature « scientifique » recherchées par les partisans de l’ID.

    Difficile en effet de traiter des sujets aussi complexes dans un temps aussi court.

    • Avatar
      Jonathan lun 11 Mai 2015 Répondre

      C’est justement ça le problème et la confusion, les « preuves » de nature scientifique des partisans de l’ID sont de la métaphysique-philosophie et non de la science. Ils peuvent prétendre arriver à l’existence de Dieu par de la science pure, mais c’est une méprise, ils font de la philosophie et non de la science. C’est d’ailleurs la remarque de Ferry @49:38 de la vidéo complète, et c’est la justification implicite de son détour philosophique.

      On peut dire qu’il y a une distinction dans le sens où les partisans de l’ID déduisent la nécessité d’une intervention divine à partir d’impossibilités théoriques (complexité irréductible/cosmic fine tuning), mais ça ne reste qu’une variante très grossière de la preuve téléologique : partir des caractéristiques et de la structure de la réalité physique pour y trouver une forme ou une autre de design (ou de finalité) et ainsi démontrer l’existence de Dieu.

      D’ailleurs si tu consultes les articles Stanford ou Wiki EN à propos de la preuve téléologique, tu verras qu’on y classe les thèses ID comme étant la dernière itération de l’argument, sans aucune ambiguïté ou aucune distinction de nature entre les deux.

      Or la preuve téléologique est d’ordre purement philosophique.

  4. Avatar Auteur
    Benoit Hébert lun 11 Mai 2015 Répondre

    Merci pour toutes ces précisions Jonathan!

    Nous sommes bien d’accord à propos du fait qu’au fond, l’a démarche de l’ID est philosophique/métaphysique et non scientifique. (tu connais bien notre position vis à vis de l’ID.

    Si l’unique but de Luc Ferry était de le montrer, alors je l’ai mal compris…J’ai cru percevoir chez lui une pointe d’antithéisme, dans la veine de son rejet de voir philosophie et foi faire bon ménage…Donc en gros, la philo et la réflexion intelligente ne font pas partie du discours de la foi..

    • Avatar
      Jonathan lun 11 Mai 2015 Répondre

      Oui on est d’accord, même s’il est de loin le moins vindicatif des penseurs athées, surtout si on le compare à Comte-Sponville ou Onfray, sa définition de ce qu’est la philo est franchement discutable.

      Pour lui la philo = esprit critique indépendant de toute révélation extérieure. Avec ce critère réducteur, Descartes, Leibniz, Augustin, Pascal, Thomas d’Aquin et tous les autres ne sont donc pas des philosophes car ils souscrivaient d’une façon ou d’une autre à une autorité extérieure. Ridicule et absurde.

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        rodolphe mar 12 Mai 2015 Répondre

        Bonjour,

        Oui la philosophie se définit comme l’art (la science) de questionner de manière critique et la foi comme une forme d’adhésion inconditionnelle à une vérité révélée.
        Qui a-t-il de réducteur dans le fait de rappeler ces principes de bases (1ère année de philo) qui posent de façon évidente l’opposition foi / philosophie.
        Oui, de grands penseurs occidentaux ont pu avoir une conception théiste. Que doit-on en conclure ?
        Cette situation ne s’explique-t-elle pas dès lors qu’on prend en compte le contexte historique où philosophie et science ont été jusqu’au siècle des Lumières deux pratiques fermement subordonnées à l’Eglise, seule dépositaire de la vérité ?
        L’alchimie n’a-t-elle pas précédé la chimie, l’astrologie n’a-t-elle pas précédé l’astronomie, le géocentrisme n’a-t-il pas précédé l’héliocentrisme, le fixisme n’a-t-il pas précédé le transformisme ?
        L’absurde et le ridicule ne sont-ils pas plutôt dans le camp de ceux qui nient cette réalité historique de la tardive émancipation intellectuelle de l’homme ?

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    Marc mar 12 Mai 2015 Répondre

    Mon cher Rodolphe, je suggère que tu puisses faire au moins une année de Philo avant de confondre idéologie partisane et consensus universitaire ;-)
    A te lire, la foi serait une caractéristique ancestrale digne de l’âge des cavernes…Mais que pourrions-nous affirmer d’une doctrine matérialiste et aliénante pour l’homme rejetant toute transcendance sans pouvoir en démontrer la pertinence ?

    Il ne suffit pas pour un mouvement de succéder à un autre pour être élevé au rang de vérité supérieure, sinon nous pourrions faire l’apologie du nazisme et de la plupart des dictatures sur ces mêmes bases,..

    Revenons à l’origine étymologique du mot pour convenir que l’amour de la sagesse réunit bien les deux domaines de la religion et de la philosophie.
    De nombreux philosophes théistes se rencontrent encore fort heureusement de nos jours dans notre contexte culturel, et Ferry précise assez clairement « pour moi on ne peut pas être philosophe et chrétien », et bien pour d’autres oui, à commencer par le célèbre Paul Ricoeur qui laisse une oeuvre remarquable sur le problème du mal et l’existentialisme chrétien entre autre.

    • Avatar
      rodolphe mer 13 Mai 2015 Répondre

      Bonjour Marc,

      Pour être honnête, je m’attendais un peu à cette réaction épidermique.
      Rien d‘étonnant à cela lorsqu’on se voit opposer des fondamentaux qui peuvent fâcher.
      Tu dis :
      « Que pourrions-nous affirmer d’une doctrine matérialiste et aliénante pour l’homme rejetant toute transcendance sans pouvoir en démontrer la pertinence ? »
      Je pense que nous serons d’accord pour dire que tout excès, et ce, quelle que le système de pensée considéré est condamnable dès lors que les droits humains fondamentaux ne sont pas respectés.
      Je ne pense pas que ce soit le cas dans notre beau pays ou la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, la République et la laïcité sont les fondements d’un « Vivre ensemble » où chacun est libre d’exercer (ou pas) le culte de son choix.
      Mais peut-être considères-tu que nous vivons dans une société matérialiste aliénante et qu’un retour à une cléricalisation de la sphère publique est souhaitable ? (voir les objectifs affichés par le Discovery Institut avec le « Wedge Document »)

      « Il ne suffit pas pour un mouvement de succéder à un autre pour être élevé au rang de vérité supérieure »
      C’est tout à fait exact. Ce critère n’est pas suffisant et je ne l’invoque d’ailleurs pas même si mes exemples peuvent le laisser entendre.
      Mon intention était simplement de montrer que les progrès scientifiques (la connaissance) se sont souvent heurtés à la « vérité révélée » dont l’Eglise prétend être la dépositaire et ont souvent été l’occasion de séparer le surnaturel de la science. (astrologie, etc…)
      Pourquoi alors cette fausse objection avec le nazisme ?

      « Revenons à l’origine étymologique du mot « philosophie » pour convenir que l’amour de la sagesse réunit bien les deux domaines de la religion et de la philosophie. »
      Tu prends la peine de définir le mot « philosophie » mais tu oublies en route celle du mot « sagesse ». Je me permets donc cette précision essentielle:
      Lien Wikipedia : (pour ceux qui ne sont pas agrégés en philosophie)
      « La sagesse est un concept utilisé pour qualifier le comportement d’un individu, souvent conforme à une éthique, qui allie la conscience de soi et des autres, la tempérance, la prudence, la sincérité et le discernement s’appuyant sur un savoir raisonné. »
      Une « tempérance », une « prudence », un « discernement » s’appuyant sur un « savoir raisonné. » … C’est un peut tout l’inverse de la foi, non ?

      Maintenant, tu m’opposes le fait qu’on peut être à la fois philosophe et croyant.
      Certainement, de la même manière qu’on peut être à la fois scientifique et croyant.
      Pourtant, le NOMA de Gould ne cesse pas de s’appliquer, à fortiori lorsqu’on confond sphère publique et sphère privée.

      • Avatar Auteur
        Benoit Hébert mer 13 Mai 2015 Répondre

        Bonjour Rodolphe,

        Dans cet article, Alister McGrath répond aux arguments de Richard Dawkins qui sont à peu près les mêmes que les tiens.

        http://www.scienceetfoi.com/ressources/evolution-elimine-dieu-atheisme/

        « La foi et les preuves
        …Commençons par étudier sa définition de la foi, et demandons-nous d’où elle vient. La foi « est une confiance aveugle, en l’absence de toute preuve. » Mais pour quelle raison devrions-nous accepter cette définition ridicule ? Où est la preuve que les croyants définissent leur foi de cette façon ? Dawkins joue à l’effarouché sur cette question, et il ne fait référence à aucun auteur croyant pour étayer cette définition hautement improbable, qui semble avoir été conçue dans l’intention délibérée de faire passer la foi religieuse pour une bouffonnerie intellectuelle…

        Après avoir élevé cet homme de paille, Dawkins l’abat au sol. Ce n’est pas un exploit trop difficile ou trop exigeant pour l’intellect. On nous dit que la foi est infantile –tout juste bonne à endoctriner les esprits malléables des jeunes enfants, mais profondément immorale et intellectuellement risible dans le cas des adultes. Nous avons grandi, il nous faut avancer maintenant. Pourquoi croirions-nous en des choses qui ne peuvent être prouvées scientifiquement ? La foi en Dieu, c’est comme croire à St Nicolas ou à la petite souris. Lorsqu’on grandit, on s’en débarrasse.

        Cet argument de cour de récréation s’est retrouvé accidentellement dans une discussion d’adultes. C’est de l’amateurisme et ce n’est pas convaincant. Aucune preuve empirique sérieuse ne montre que les gens voient St Nicolas ou la petite souris et Dieu dans la même catégorie. J’ai arrêté de croire à St Nicolas et à la petite souris quand j’avais à peu près 6 ans. Après avoir été athée pendant des années, j’ai découvert Dieu à l’âge de 18 ans, et je n’ai jamais regardé cette expérience comme une sorte de régression infantile. Comme je l’ai noté dans mes recherches pour The Twilight of Atheism (Le Crépuscule de l’Athéisme), beaucoup de personnes se mettent à croire en Dieu tard dans leur vie –lorsqu’elles sont des « adultes ». Il me faut encore rencontrer quelqu’un qui s’est mis à croire à St Nicolas ou à la petite souris tard dans sa vie… »

        • Avatar
          rodolphe mer 13 Mai 2015 Répondre

          Bonjour Benoit,

          Tu me renvoies là à un gros pâté (article de Alister Mc Grah) que je vais prendre le temps de lire attentivement avant de répondre.
          Dans l’attente, tu ne réponds à aucun des points importants que j’évoque, à savoir:
          1. De la différence entre philosophie et métaphysique.
          2. De la liberté de culte et la distinction sphères publique et privée
          3. La laïcité comme rempart contre la cléricalisation de la société.

          J’aurais apprécié un point de vue personnel sur ces sujets…

      • Avatar
        Marc mer 13 Mai 2015 Répondre

        Rodolphe,

        Pourquoi s’obstiner à opposer foi et raison alors qu’elles marchent très bien ensemble comme le rappelle Benoit ?

        Ta réponse confirme en elle-même cette lapalissade : on ne peut pas parler de ce que l’on ne connait pas !
        Je ne dis pas ça sur un ton péjoratif, mais objectif (et peut-être aussi pour t’inviter à une expérience de foi qui règlerait d’un coup tous tes faux dualismes ;-) )

        Je cite :
        « Je me permets donc cette précision essentielle:
        Lien Wikipedia : (pour ceux qui ne sont pas agrégés en philosophie)
        « La sagesse est un concept utilisé pour qualifier le comportement d’un individu, souvent conforme à une éthique, qui allie la conscience de soi et des autres, la tempérance, la prudence, la sincérité et le discernement s’appuyant sur un savoir raisonné. »
        Une « tempérance », une « prudence », un « discernement » s’appuyant sur un « savoir raisonné. » … C’est un peut tout l’inverse de la foi, non ? »

        =>Je te loue de ce que tu as habilement évité de taxer la foi de non sincère (du coup tu manges un bout de ta citation wikipediesque) mais pour les autres qualificatifs, juge plutôt de ces définitions tirées de la Bible qui me semble être une bonne source pour parler de la foi chrétienne :

        Tempérance :
        2Pierre1 :5 […] à cause de cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science,
        6 à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété,
        7 à la piété l’amour fraternel, à l’amour fraternel la charité.
        8 Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ.

        Petite précision avant que ton cœur ne lâche (!) dans cette version de traduction qui date un peu, le mot science est à prendre dans son sens désuet de connaissance, il ne s’agit pas d’une référence à la science moderne au sens où on pourrait l’entendre…
        Tu peux voir comment l’apôtre Pierre, contemporain de Jésus relie la tempérance et d’autres attributs de la raison à la foi chrétienne..

        Pour la prudence, nous pourrons nous référer aux paroles mêmes de Jésus :
        Matthieu 10:16 Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes.

        Quant au discernement, il s’agit bien d’une caractéristique essentielle demandée au croyant, comme ici par la bouche de l’apôtre Paul s’adressant à l’église naissante de Philippe :
        Philippiens 1 :9 […] que votre amour augmente de plus en plus en connaissance et en pleine intelligence
        10 pour le discernement des choses les meilleures, afin que vous soyez purs et irréprochables pour le jour de Christ,

  6. Avatar
    rodolphe mer 13 Mai 2015 Répondre

    Brefs commentaires sur les points 1 et 2 évoqués dans l’article de Alister Mc Grath.
    Nous aurons bien l’occasion de débattre sur les autres points une prochaine fois.

    1. Le darwinisme a-t-il éliminé Dieu ?
    En s’appropriant une citation de Gould « la science ne peut tout simplement pas (par ses méthodes légitimes) trancher sur le problème du contrôle transcendant de Dieu sur la nature. » Alister Mc Grath entend relativiser ou affaiblir les affirmations antithéistes de Richard Richard Dawkins.
    Ici, l’argument de Gould est d’ordre philosophique (référence à une transcendance) et pourrait d’ailleurs s’appliquer à tout autre domaine que la biologie. Gould va ici droit au but en montrant le caractère indécidable de Dieu, ce qui ne signifie pas que la science ne peut pas fournir d’éléments convaincants montrant l’autonomie de la nature !
    C’est d’ailleurs en ce sens que les arguments de Richard Dawkins sont construits, ils relèvent essentiellement de l’interprétation scientifique caractérisée par son abstinence métaphysique.
    Alister Mc Grath entend ici défendre la position théiste en opposant à des arguments scientifiques un argument philosophique. Mais on ne répond pas à un coup de fusil par des incantations.
    Ni la philosophie ni la science ne peuvent fournir de réponse sur l’existence de Dieu, non pas que ces réponses soient trop difficiles à apporter mais parce que la réponse n’appartient simplement pas à ces catégories mais à la théologie.

    2. La foi et les preuves.
    Richard Dawkins évoque la foi comme « une confiance aveugle, en l’absence de toute preuve. » alors que Alister Mc Grath en retient cette définition qui selon lui « synthétise les éléments centraux de la compréhension de la foi caractéristique des chrétiens. »
    « La Foi affecte toute la nature humaine. Cela commence avec la conviction de l’esprit basée sur des preuves adéquates; cela continue avec la confiance du coeur et des émotions basée sur la conviction, et cela est couronné par le consentement de la volonté, par laquelle la conviction et la confiance sont exprimées dans la conduite. »
    « Preuves « adéquates », « conviction », « émotions », « confiance du cœur »
    Voilà autant d’expressions censées remplacer avantageusement l’expression « confiance aveugle ».
    Reste la question des « preuves adéquates »… Mais Aliste Mc Grath reste muet sur le sujet. Mais ceci ne m’étonne pas trop. En effet, comme Dieu ne peut être prouvé, comment pourrait-il exister des preuves adéquates ?

  7. Avatar
    Manu mer 13 Mai 2015 Répondre

    « La précision du réglage de certaines constantes fondamentales et de certaines conditions initiales est proprement époustouflante. Prenons par exemple la densité initiale de matière dans l’univers. […] Le réglage de la densité initiale de l’univers doit être d’une précision stupéfiante, comparable à celle dont devrait être capable un archer pour planter une flèche dans une cible carrée de un centimètre de côté qui serait placée aux confins de l’univers, à une distance de 14 milliards d’années-lumière ! Cette précision est de l’ordre de 10 puissance -60. Autrement dit, si l’on changeait un chiffre après soixante zéros, l’univers serait stérile : ni vous ni moi ne serions là pour en parler. » (Trinh Xuan Thuan, Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles, Plon/Fayard, 2009, pp. 38-39)

    La foi, « confiance aveugle » ? Qui est aveugle, celui qui croit que l’univers est créé par Dieu, ou celui qui croit qu’il est le produit du hasard aveugle ?

  8. Avatar
    rodolphe lun 18 Mai 2015 Répondre

    Bonjour,

    @Manu,
    Aussi étonnante qu’inutile cette objection qui fait référence aux « réglage » des constantes initiales de l’Univers. (« ajustement » aurait été plus juste)
    a) Etonnante car il n’y a que les partisans du dessein intelligent ou mouvement apparenté pour évoquer cet argument d’ignorance. (l’idée que certaines structures ou processus seraient mieux expliqués par un créateur que par des processus naturels)
    A ce sujet, voir le programme « MonkeyGod » et ses simulations d’univers.
    (60% d’entres eux produisent des étoiles permettant l’apparition de la vie !)
    lien:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ajustement_fin_de_l%27univers
    (1.1 Réglage fin des constantes de l’univers)
    b) Inutile car, même si une future théorie apportait une explication à cette situation, ce ne serait toujours pas, selon la création évolutive, un élément suffisant pour affaiblir encore un peu plus l’idée d’un créateur. (vous remarquerez que je n’ai pas dit « Une preuve de l’inexistence de Dieu !)
    Pourquoi donc évoquer ce pseudo argument ?

    @Marc,

    Pas tout à fait Marc.
    a) S’il est vrai qu’on ne peut pas parler de ce qui n’est pas connaissable (on peut mais ça ne mène pas à grand chose), on peut en revanche tout à fait parler de ce qu’on ignore simplement par manque de connaissances sur le sujet, par exemple en formulant des hypothèses ou en faisant des expériences. Vois-tu la nuance ?
    b) Quant aux citations que tu reprends de la Bible dans le but de restaurer la définition contemporaine du mot « foi », je ne peux que constater que la suite de l’histoire ne sera pas vaiment la mise en pratique de ces beaux principes:
    je veux parler en vrac: des croisades, de l’inquisition et de l’usage de la torture, des guerres de religion, de la longue période d’obscurantisme avec mise sous tutelle de la philosophie et de la science durant tout le Moyen-âge, etc…
    Ne penses-tu pas qu’il serait à la fois plus honnête et plus simple de ne pas finasser sur les mots et d’admettre la définition contemporaine (merci Wikipedia) comme étant « la conviction en la véracité d’un ensemble de croyances » ?

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    Manu lun 18 Mai 2015 Répondre

    Bonjour Rodolphe,

    Le programme MonkeyGod a été produit par Victor J. Stenger, auteur notamment d’un livre au titre singulier : Dieu, l’hypothèse erronée : comment la science prouve que Dieu n’existe pas (H&O, 2009). On peut se demander pourquoi l’auteur de ce programme n’a pas obtenu le prix Nobel, car c’est quand même un exploit que de générer des univers dont 60 % produisent des étoiles permettant l’apparition de la vie ! Il est vrai que ses univers jouets sont fondés sur différentes valeurs de seulement quatre constantes physiques… Soyons sérieux !

    Quant à l’ajustement fin de l’univers, c’est une vérité soulignée entre autres par les astrophysiciens Trinh Xuan Thuan (qui est bouddhiste) et Hubert Reeves (qui est agnostique), scientifiques qui ne sont pas « partisans du dessein intelligent ou mouvement apparenté » et qui semblent un peu plus sérieux que Victor Stenger.

    Maintenant, cher Rodolphe, personne ne vous oblige à croire en Dieu, vous êtes libre !

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      rodolphe (posta01) lun 18 Mai 2015 Répondre

      Bonsoir Manu,

      C’est tout a fait exacte, chacun est libre de croire ou de ne pas croire.
      Et mon but est moins de chercher a convaincre que de pointer des pseudo arguments comme celui de l’ajustement fin.
      La realite sur ce point est simplement que nous ne savons pas. Inutile donc d’agiter une ignorance pour soutenir une these.
      Quant aux univers jouets de Stenger, ils ne prouvent rie. Ils nous montrent simplement que la « table de mixage » de l’univers semble admettre d’autres reglages compatibles avec la vie.

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