"La Bible affirme, les sciences confirment" (2/2), par Georges Daras

Posté par Benoit Hébert

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Introduction (Benoît Hébert)

J’aime ceux qui me font réfléchir à ce que je crois, même si sur le moment je suis parfois dérangé. Si vous êtes chrétien « évangélique », vous éprouverez certainement ce sentiment à la lecture des articles de Georges Daras.

Daras est « titulaire d’un master en théologie, chrétien de sensibilité protestante, et habite Bruxelles. »

Son blog  » exégèse et théologie » « a pour but principal d’ouvrir une fenêtre sur des questions exégétiques, historiques et théologiques, relatives au monde biblique. .. »

A la lecture de plusieurs articles, on découvre que Daras n’est pas un « évangélique traditionnel », il se qualifie lui même d' »évangélique critique ».

Je livre donc à votre réflexion cet article que Georges Daras a accepté de publier sur ce blog, espace où des arguments contradictoires peuvent s’exprimer. Ses propos n’engagent que lui et sont le témoins des débats théologiques et bibliques qui animent le monde protestant.

 

« La Bible affirme, les sciences confirment » (2/2), par Georges Daras

« •—Le Pentateuque

On peut le comprendre, les auteurs évangéliques n’ont pas de réel intérêt pour la recherche académique et son évolution sur les origines du Pentateuque. C’est pratiquement en vain qu’une telle recherche existe, puisque le rédacteur principal du Pentateuque a toujours été, est définitivement et sera à jamais, Moïse. Quand ces auteurs — exégètes, historiens ou dogmaticiens — abordent le sujet, c’est dans le seul et unique but de rappeler à leurs lecteurs que la théorie documentaire est erronée et contraire à la foi. Bien que la profondeur du traitement diffère en fonction de l’ouvrage et du public visé, les conclusions sont toujours les mêmes.

 

Recherche en crise, fin de la recherche?

Un fait significatif mérite d’être relevé. Depuis les années 90, les publications évangéliques — livres ou articles — critiquant la recherche sur le Pentateuque ne manquent pas de relever la phase de remise en question qui traverse effectivement le monde universitaire (7). C’est le cas de Brian Tidiman qui, dans son Précis d’histoire biblique d’Israël (p. 28-29), signale que “le crédit accordé à ces théories, longtemps admises dans le monde universitaire, se perd depuis quelques années, parfois chez leurs propres partisans”. Ce que Tidiman ne dit pas, ou plutôt dissimule, c’est que ce qui “se perd” en réalité, c’est la théorie “classique” des sources, non le fait — admis par tous les spécialistes — qu’il y ait plusieurs sources, plusieurs fragments et divers auteurs à l’origine du Pentateuque. Même chose chez le dogmaticien luthérien Wilbert Kreiss, dans un article paru dans La Revue réformée (8), qu’il serait plus exact de qualifier de prêche. Fort de citations habilement sélectionnées d’universitaires engagés dans cette crise, il déclare:

  • “Le glas semble avoir définitivement sonné pour l’hypothèse documentaire et ses variantes.” (p. 67)

Comme Tidiman, il donne l’impression que le tout de la recherche est à jeter à la poubelle — si je puis m’exprimer ainsi —, que les spécialistes enterrent leurs théories et font leur mea culpa, pour n’avoir plus qu’à revenir à la traditionnelle attribution mosaïque du Pentateuque(9). Rien n’est plus faux. Ce qui est remis en question, c’est un modèle explicatif particulier — certes dominant —, pas la recherche en soi. La recherche sur le Pentateuque évolue, se poursuit, et de nouvelles pistes sont proposées (10). En fait, ce que voudrait Kreiss, c’est purement et simplement l’abolition des méthodes historico-critiques, pour revenir à la “‘critique’ légitime de l’Écriture” telle que la pratiquait Luther (p. 52)! Ce qui, évidemment, ne risque pas d’arriver.

 

Sois orthodoxe et tais-toi!

Le second élément que je retiens, c’est bien entendu la prétendue incompatibilité des théories développées par la recherche biblique avec l’inspiration de la Bible, telle qu’elle est conçue et définie par les évangéliques. Tidiman écrit:

  • “Ce traitement du Pentateuque va souvent de pair avec le refus de reconnaître son inspiration divine”. 

Kreiss va dans le même sens:

  • […] la conviction de tous ceux qui ont participé à la genèse des différentes techniques de la méthode historico-critique est qu’il n’existe pas de dogme de l’inspiration qui la classe dans une catégorie à part et la soustraire à une telle critique. — (p. 53)

Kreiss sait se montrer extrêmement ferme envers quiconque aurait des doutes:

  • “C’est une théorie à laquelle nous n’avons pas le droit de souscrire. Notre foi en l’origine divine et l’inspiration de la Bible nous l’interdit.” (p. 66; il souligne)

Kreiss appelle aussi à la repentance et au retour à l’orthodoxie(11):

  • La traditionnelle hypothèse documentaire […] a perdu aujourd’hui toute crédibilité dans les lieux spécialisés qui avouent leur perplexité et ne savent pas dans quelle direction orienter leurs recherches. Peut-être pourraient-ils tout simplement souscrire à la foi traditionnelle en l’authenticité mosaïque du Pentateuque, si les a priori philosophiques de leur théologie ne leur interdisait [sic] pas… — (p. 60)

Comme l’a dit — si je ne me trompe — un hérétique des temps modernes, Alfred Loisy: une homélie ne peut être réfutée!

 

Conclusion

Il est communément admis par les auteurs évangéliques que le caractère inspiré de la Bible lui confère un statut particulier, à part de tout autre ouvrage, tant du point de vue de la foi que du point de vue de la recherche scientifique. Si je peux comprendre et parfaitement admettre que la Bible soit un livre à part du point de vue de la foi, je ne vois pas pourquoi il faudrait la soustraire à la critique historique ou lui réserver un traitement spécial. Je ne vois pas davantage en quoi consisterait cette différence dans la pratique et le concret de la recherche. Sauf si cette différence ne se joue pas dans le cours de la recherche mais dans ses présupposés dogmatiques, ce qui est manifestement le cas de la théologie évangélique. C’est entendu: La Bible est historique; Moïse a écrit le Pentateuque. Deux faits élevés au rang de doctrines.

La mosaïcité du Pentateuque soulève aussi la question de la pseudépigraphie qui, par principe, ne peut être admise par un évangélique, car celle-ci est de facto assimilée à une tromperie mettant en cause l’intégrité morale de Dieu. Si Jésus attribue le Pentateuque à Moïse, alors c’est indiscutablement Moïse qui doit l’avoir écrit, sans se demander si cette attribution ne doit pas plutôt être comprise comme étant de l’ordre du traditionnel, non comme l’indication d’une vérité factuelle.

Suite à ce qui a été exposé dans cet article, il n’y a rien d’étonnant à ce que les exégètes et historiens qui ne partagent pas les convictions évangéliques fassent très peu si ce n’est pas du tout référence à leurs travaux. Comment le leur reprocher? Pourtant, grâce aux exigences scientifiques de la recherche universitaire, notamment biblique, cette dernière rassemble en son sein des spécialistes issus du catholicisme, du protestantisme et du judaïsme indistinctement. Bien sûr, je vois l’argument venir: ce sont tous des libéraux!

Les évangéliques ne cesseront jamais de me fasciner.

 

Notes

 

7. Sur le sujet, voir l’ouvrage collectif sous la direction de Albert de Pury et Thomas RömerLe Pentateuque en question, Genève, Labor et Fides, 2002 (3e éd. revue et augmentée), premièrement paru en 1989, reprenant une série de conférences de 3e cycle données en 1986/87. Tidiman et Kreiss y font référence.

8. “Que penser de la critique du Pentateuque?”, La Revue réformée n° 186, 1995, p. 51-67.

9.  C’est le même genre de raisonnement qui est appliqué par les créationnistes à la théorie de l’évolution. Ses inconnues et ses faiblesses l’invalideraient totalement, en faveur bien évidemment du modèle “scientifique” créationniste. Kreiss fait lui-même le parallèle:

  • Se pourrait-il que la critique du Pentateuque connaisse le sort de la théorie de l’évolution articulée par Darwin? Qu’elle survive dans l’esprit de beaucoup de gens, bien qu’elle soit scientifiquement indémontrable et même discréditée, parce que, faute de vouloir souscrire au créationnisme, on ne lui a pas trouvé de substitut satisfaisant?” (p. 62)

Quel hasard que les évangéliques qui rejettent la recherche du Pentateuque, et les méthodes historico-critiques en général, soient à peu près les mêmes qui rejettent la théorie de l’évolution… Cela dit, je ne conteste pas que l’on puisse porter un regard critique, au contraire, ni même rejeter telle pratique ou telle théorie. Ce que je conteste, ce sont les raisons invoquées et la logique dogmatique sous-jacente.

10. Voir p. ex. en ligne l’histoire de la recherche tracée par Thomas Römer: “La formation du Pentateuque selon l’exégèse historico-critique” (sans date; vers 1994-95 si l’on s’en tient aux dates des publications citées dans les notes). À partir du bas de la page 10 (“La contestation de la théorie documentaire”), il expose les raisons de cette contestation et les nouvelles voies d’exploration. Pour une histoire plus récente de la recherche, je renvoie à la 4e édition de l’Introduction à l’Ancien Testament publiée en 2009.

11. Sur l’argument de l’orthodoxie, j’espère écrire un article à part entière. »


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25 Commentaires

  1. Auteur
    Benoit Hébert lun 30 Jan 2012 Répondre

    Bonjour Daras!

    Encore un article décapant!

    J’ai moi aussi constaté que remettre en cause le fait que Moise ait écrit la Genèse ou le Pentateuque suscitait des réactions passionnelles…

    Je l’ai moi même cru jusqu’à ce que je comprenne la puissance des preuves linguistiques, donc tirées du texte biblique lui même, des deux auteurs très probables de Genèse 1-11. C’est pourquoi j’ai publié sur ce blog toute une série d’articles sur le sujet. Voici qq liens.

    http://www.scienceetfoi.org/2011/06/27/moise-a-t-il-ecrit-genese-1-11/

    http://www.scienceetfoi.org/2011/07/04/quand-la-genese-a-t-elle-ete-ecrite-et-en-quoi-ceci-a-t-il-de-limportance-2/

    http://www.scienceetfoi.org/2011/07/07/les-deux-auteurs-de-genese-1-11/

    http://www.scienceetfoi.org/2011/09/07/les-preuves-bibliques-et-linguistiques-des-deux-auteurs-de-genese-1-11-14/

    Daras, tu m’as envoyé un article de Bernard Rordorf, théologien protestant genevois, qui traite précisément du rôle, des limites des études historico-critiques de la Bible, et de l’incompréhension de bcp à leur sujet. Te serait-il possible de nous en faire part ici?

  2. Peel Olivier lun 30 Jan 2012 Répondre

    Cher Benoît, Cher Daras,

    C’est avec intérêt que j’ai suivi vos débats et vos démonstrations. Il est vrai que je n’ai pas encore pris position par rapport à ce qui a été dit.

    Je suis conscient, à titre d’évangélique, qu’il est difficile de remettre en question l’orthodoxie générale. C’est à un point tel qu’on vous nie, qu’on préfère penser que vous n’existez pas. Comment tuer quelqu’un? Nier son existence!

    Ceci est dit.

    je ne suis pas tracassé à l’idée qu’il ait eu deux auteurs pour écrire le Pentateuque. Ceci ne signifie pas pour moi que les textes n’aient pas été transmis par Moïse sous forme de tradition orale. Selon moi, il reste un mystère sur ce qui c’est passé sur cette montagne entre Moïse et Dieu. Je ne sais pas ce qui a d’aussi incroyable à admettre cela. De plus, il y a une série d’historiens de l’antiquité ainsi que des archéologues qui remettent en question la chronologie habituelle de l’Exode. Selon plusieurs, l’Exode se serait déroulé beaucoup plus tôt que l’époque de Ramsès. Une théorie qui a du mal à passer.

    Si le monde évangélique a tendance à vouloir maintenir son orthodoxie, il en va de même de ceux qui défendent la critique historique. D’un côté comme de l’autre, il manque cruellement d’humilité.

    Je suis également en questionnement mais je veux rester prudent et surtout ne pas m’avancer trop vite. La recherche évolue vite et une vérité aujourd’hui peut être fausse demain.

    Olivier Peel

  3. Auteur
    Benoit Hébert lun 30 Jan 2012 Répondre

    Bonjour Olivier!

    merci de partager tes réactions! Je n’ai pas l’impression de remettre en cause l’orthodoxie générale! Les idées à propos desquelles nous débattons sont largement abordées telles que nous le faisons dans certains cercles théologiques évangéliques.

    Comme je te l’ai déjà dit, mon étude personnelle de ces dernières années s’est limitée à Genèse 1-11 et ses sources.

    Mais cela m’a fait prendre conscience que le rejet évangélique massif de la critique historique était une réaction à d’autres excès. Il est peut-être temps de trouver un équilibre!

  4. Auteur
    Benoit Hébert lun 30 Jan 2012 Répondre

    Rebonjour Daras,

    En relisant ton article, je suis tout à nouveau frappé par la similitude de méthode entre Tidiman et Kreiss et les créationnistes anti évolutionnistes.

    La technique favorite de ces derniers consiste à tirer hors de son contexte un extrait d’un article scientifique traitant d’une controverse à propos d’un point particulier, puis à le présenter ainsi au grand public qui n’est au courant de rien et dire: » vous voyez bien, « l’évolution est une théorie en crise puisque même les spécialistes ne sont pas d’accord entre eux! »

    Ce que l’on omet de dire, c’est que dans l’esprit d’aucun de ces chercheurs, le fait de discuter de tel ou tel point particulier ne remet en cause le cadre général de la théorie!

    Bref, la fin justifie les moyens!

  5. Marc lun 30 Jan 2012 Répondre

    Bonjour Daras (Benoit et tous)

    Je rebondis sur une citation de ton article que voilà :
    « Si Jésus attribue le Pentateuque à Moïse, alors c’est indiscutablement Moïse qui doit l’avoir écrit, sans se demander si cette attribution ne doit pas plutôt être comprise comme étant de l’ordre du traditionnel, non comme l’indication d’une vérité factuelle. »

    pour faire une remarque d’ordre plus générale par rapport à toutes ces discussions :

    Malgré le fait que je perçoive une recherche approfondie de la vérité et une prise de hauteur sur les « traditions évangéliques », je ne peux m’empêcher de me demander si ces débats ont tout simplement bien lieu d’être…
    En effet, si Jésus lui-même n’attire pas notre intention sur la constitution du canon de l’AT et ne remet pas en cause les idées reçues sur la « paternité » mosaïque du pentateuque, n’y a-t-il pas un message de sa part pour nous indiquer que l’essentiel est ailleurs ?
    Ces thèmes méritent-ils tant d’énergie de notre part au détriment des progrès qu’il nous reste à faire dans la connaissance de sa Personne et de notre foi pratique, sans compter qu’ils contribuent à priori plus à diviser qu’à unir ?

  6. Auteur
    Benoit Hébert mar 31 Jan 2012 Répondre

    Bonjour Marc,
    Ces questions ne sont pas le centre de notre foi et n’ont pas vocation à l’être ou le devenir! et elles ne devraient pas nous diviser!

    Oui, l’essentiel est ailleurs!

    Pourtant, ce sont des questions qu’il ne faut pas négliger, parce qu’elles ont de grandes conséquences au niveau de la cohérence de notre foi, de l’image de notre communauté, de son rapport à la science et à l’histoire.

    Le monde évangélique est stigmatisé par certaines de ces questions. Et c’est malheureusement parce que certains de ses membres ont pris des positions extrêmes et indéfendables qu’ils nous faut réagir et creuser la question.

  7. gakari1 mar 31 Jan 2012 Répondre

    Assez d’accord avec Marc. 
    Si on occulte l’essentiel dans la lecture de ces articles, on fait fausse route, et cela peut aussi mener à une impasse dans notre recherche de Dieu.

    Mais en même temps, je crois qu’il faut distinguer 2 choses qui peuvent être complémentaires mais qui sont différentes dans leur essence: la vie de Christ en nous qui nous parle de l’essentiel par les événements de la vie, les écritures, la prière; et l’exégèse ou la critique textuelle.
    Un peu comme les théologiens distinguent le Jésus de l’histoire (analysé sous tous ses aspects par l’etude des évangiles et d’autres textes contemporains) et le Jésus de la foi, Celui en qui nous mettons toute notre espérance et qui est ressuscité.
    Non pas qu’il faille être schizophrène, mais que les deux méthodes d’apprentissage sont différents et ont leurs failles ou leur domaine d’étude.

    Concernant les articles de Daras que je n’aurais pu lire, il y a 3 ans, il fait les mettre dans le contexte (c’est ce que je pense mais contredisez-moi si vous pensez le contraire). Ils sont contestataires de la théologie évangélique fondamentaliste (ou juste évangélique quelques fois) un peu comme le fondamentalisme est un mouvement contestataire au libéralisme et à l’athéisme scientiste. (je sens là que Daras va me détester :-) ) Ils évoquent donc des points qui remettent les choses à leur place, les pendules à l’heure. Non pas que ces points soient essentiels, mais que le fait de dire des erreurs par rapport à ceux-ci peuvent entraîner les dérives que l’on connaît dans le mouvement évangélique (adeptes du texte reçu, dispensationalisme, place de la femme dans l’église, dérives sectaires, etc.). Comme le fait de ne se fier qu’à la science humaine entraîne d’autres dérives (relativisme aigu, ultra-libéralisme, etc.)
    Ils ont donc leur importance, je crois, et ils le sont vraiment pour moi.

    Yannick

  8. Daras mar 31 Jan 2012 Répondre

    @Benoît (message du 30 janvier),

    Ton observation est tout à fait juste. Je retrouve souvent cette technique que tu décris. C’est jeter le bébé avec l’eau du bain. Par ailleurs, cette technique est également appliquée de l’intérieur, du genre: douter de l’existence d’Adam remet celle de Jésus en cause. C’est la logique du tout ou rien.

    @Marc,

    Je te rejoins! On a dans les cercles évangéliques l’art de débattre et de statuer doctrinalement sur des questions périphériques. Mes articles sont une réaction et une dénonciation d’un tel état de fait. Cela dit, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse.

    @Yannick,

    Vous avez bien saisi le sens de mon propos.

  9. Daras mer 01 Fév 2012 Répondre

    Hello Benoît!

    J’ai omis de répondre à la question que tu m’as adressée dans ton premier message. J’y répond donc brièvement en donnant mon avis plutôt que me référer à Rordorf.

    Voici une définition proposée dans le Dictionnaire encyclopédique de la Bible (entrée « historico-critique, exégèse », Brepols, 2003):

    Définition:

    « L’exégèse h-c. [= historico-critique] peut être définie comme un ensemble de démarches visant à interpréter le texte biblique en le situant dans son contexte historique. Par son option critique, elle s’appuie sur la raison et se démarque ainsi à la fois des lectures “naïves” et des lectures “traditionnelles” liées ou non aux théologies officielles du judaïsme ou des Églises chrétiennes; sans prétendre atteindre une impossible objectivité, elle s’efforce de s’en approcher par le recours à des méthodes empruntées aux sciences humaines. Par son option historique, elle veut retrouver autant que possible ce que cherchaient à dire les auteurs des textes, qui s’exprimaient évidemment dans le cadre culturel de leur époque et en fonction d’une situation concrète. […] L’exégèse h.-c. […] étudie la Bible comme document historique et témoignage de la pensée croyante qui l’a portée. »
    Source: http://www.knowhowsphere.net/sr.asp?Init=1

    Pourquoi les évangéliques s’en démarquent (du moins partiellement)?

    Parce que la Bible est la Parole inspirée (verbalement) de Dieu et qu’il est donc inapproprié de l’étudier comme n’importe quel document ou oeuvre de l’Antiquité. Ils acceptent très mal que des méthodes « profanes » (comme s’il y avait des méthodes sacrées…) puissent s’appliquer aux textes inspirés et prétendre fournir des résultats fiables. Ce qui dérange davantage les évangéliques ce sont certains de ses résultats. D’après les chercheurs, il est par exemple impossible de faire remonter la rédaction du Pentateuque à Moïse comme le soutiennent les évangéliques, qui est daté grosso modo autour de l’Exil (entre le VIIe et le IVe siècle); de même qu’on trouve dans l’Ancien Testament plusieurs couches ou fragments rédactionnels (les spécialistes distinguent p. ex. 3 rédacteurs pour le livre d’Ésaïe; ou encore deux récits différents imbriqués dans le récit du Déluge ou celui de la traversée de la Mer Rouge); certaines paroles ou paraboles de Jésus sont la création de l’Église primitive; l’authenticité des épîtres à Tite, à Timothée et la 2e de Pierre sont fortement contestées, etc.
    Comme les évangéliques ont pour option fondamentale de considérer comme vrai et exact tout ce que dit et contient la Bible, ils sont évidemment obligés de rejeter tout ce qui ne va pas dans leur sens et de systématiquement verser dans l’apologétique. Ce qui ne les empêche pas de se référer à l’historico-critique quand ça les arrange. C’est un peu comme avec la science et l’archéologie: tout ce qui conforte leur opinion est forcément exact, et le reste est forcément dans l’erreur. Ils sont davantage préoccupés de défendre leur théologie que de chercher la vérité en accord avec la réalité et l’observation de cette réalité. Eux diront qu’ils sont fidèles à la Bible tandis que l’h-c. cherche à la détruire. Ils prêtent indûment à l’h-c. des intentions malveillantes, alors qu’il s’agit tout simplement d’étudier la Bible avec les méthodes qui correspondent le plus adéquatement à sa nature et ses particularités. Donc, paradoxalement, ce sont les méthodes h-c. qui sont fidèles à la Bible en ce qu’elles l’étudient telle qu’elle est, alors que du côté évangélique on tient avant tout à un postulat (doctrine de l’inerrance) auquel la Bible et le monde entier doivent se conformer.
    __________

    En fait j’avais proposé cette réflexion dans le forum du TopChrétien (voir http://forums.topchretien.com/viewtopic.php?p=1125888#p1125888)

    • Auteur
      Benoit Hébert jeu 02 Fév 2012 Répondre

      Bonsoir Daras,

      Il est clair que pour tous les chrétiens, la Bible n’est pas un livre comme les autres, parce qu’il est inspiré par le Saint Esprit. C’est tu le sais très bien la raison pour laquelle les évangéliques refusent de mettre ce texte sur un « pied d’égalité » avec les autres textes. Ils sont aussi en réaction avec certains excès de la critique biblique qui, au nom de la « rationalité » va jusqu’à nier la résurrection de Jésus ou ses miracles relatés dans les évangiles. Les raisons qu’ils avancent ont donc un certain bien fondé au regard de la foi!

      J’ai personnellement réalisé que le rejet de toute critique historique était une erreur, en particulier à cause de preuves que l’on trouve dans le texte biblique lui même. Par exemple les preuves bibliques très puissantes des deux auteurs de Genèse 1-11, les deux récits imbriqués du déluge…Et j’ai présenté un certain nombre de ces preuves sur ce blog.

      J’ai aussi réalisé que croire en l’historicité de tous les textes de la Bible était tout simplement intenable intellectuellement. Aucun déluge universel n’a inondé la terre, les hommes ne descendent pas biologiquement d’un couple unique qui aurait vécu au Moyen Orient au Néolithique, les langues ne sont pas nées au pied d’une tour à Babylone quelques millénaires avant J.C., Noé et ses fils ne sont pas les ancêtres des peuples, les hommes ne vivaient pas des centaines d’années il y a quelques milliers d’années, les animaux n’étaient pas végétariens, les hommes non plus d’ailleurs…

      Donc renoncer à l’inerrance historique est aujourd’hui pour moi une évidence.

      Je suis donc à la recherche d’un équilibre entre une critique historique qui connaît ses limites, et un respect de l’autorité de la Parole de Dieu. Par exemple j’ai bcp de mal avec la notion de « paraboles inventées par les premiers chrétiens »!

      Il me semble donc qu’il faudrait communiquer positivement à propos du rôle et des limites des méthodes historico-critiques. Réaliser ce qu’elles apportent véritablement et ce qu’elles sont incapables d’affirmer.Expliquer aussi pourquoi ces méthodes ne portent pas atteintes à la notion d’inspiration, et pourquoi elles s’appliquent aussi à ce texte, par ailleurs différent des autres.

      Le caractère nécessairement provisoire et hypothétique de certaines d’entre elles rend les choses encore plus délicate. Mais c’est le prix à payer de toute démarche de recherche.

      Le texte de Rordorf m’a beaucoup servi dans ce sens!

  10. Daras jeu 02 Fév 2012 Répondre

    Benoît,

    Merci pour ton commentaire. Tout d’abord, je salue la manière dont tu as évolué dans ton parcours, dans une authentique liberté et honnêteté intellectuelles.

    Ensuite, plusieurs remarques:

    1. Pour moi aussi la Bible n’est pas un livre comme un autre; elle est unique et essentielle à ma foi! Cependant, cela ne veut pas dire qu’elle est à part des autres productions humaines! L’erreur évangélique consiste à penser que l’inspiration implique une différenciation matérielle de la Bible d’avec les autres productions humaines. Comme si le processus matériel de sa rédaction relevait d’une intervention divine (comme le Coran), alors que rien ne le prouve et que tout montre le contraire. L’inspiration de la Bible ne se situe pas à ce niveau matériel, mais dans ce qui a motivé les écrivains bibliques à écrire, c’est-à-dire leur foi en Dieu.

    2. Les méthodes historico-critique s’appliquent à cet aspect matériel de la Bible, au processus de rédaction, à l’histoire des textes, à leur contenu en relation à leurs différents contextes historiques et culturels, etc. Il n’est pas question de parler d’inspiration à ce niveau-là de la recherche. L’inspiration est une affirmation théologique, pas un objet d’étude datable et localisable. Il est donc par principe impossible à ces méthodes de confirmer ou d’infirmer la vérité et l’inspiration des Écritures, parce que ce n’est pas leur domaine d’investigation. De même que, inversement, il est impossible d’intervenir dans le champ d’investigation de ces méthodes à coup de vérités dogmatiques: on n’a jamais fait de l’histoire ou de l’archéologie en élaborant des traités dogmatiques sur l’inspiration!

    Ce sont donc deux niveaux de connaissance séparés (l’un de foi, l’autre de raison) mais néanmoins complémentaires.

    J’insiste pour dire que les méthodes historico-critiques ne sont pas le tout de l’interprétation de la Bible! Ce n’est qu’une étape nécessaire située en amont du travail d’interprétation et d’appropriation croyante des Écritures, qui se poursuit en aval par d’autres approches littéraires et théologiques pour aboutir jusque dans le coeur et dans la vie des croyants.

  11. Auteur
    Benoit Hébert ven 03 Fév 2012 Répondre

    Merci Daras pour toutes ces précisions,

    Je vois une vraie analogie entre l’usage des sciences « dures » : physiques, génétique… et celui des méthodes historiques et archéologiques.

    Les chrétiens sont parfois dérangés parce que les scientifiques découvrent comment Dieu a créé par des méthodes purement rationnelles. Ces scientifiques n’étant pas forcément chrétiens d’ailleurs.

    Ces croyants mettent en compétition leur foi en la création avec une description scientifique…

  12. Peel Olivier ven 03 Fév 2012 Répondre

    La lecture des messages me laisse quelque peu sans voix. Je veux bien que la science apportent un plus dans la connaissance tangible du monde mais de là à vouloir faire dire à la Bible ce qu’elle ne dit pas, il y a un pas que j’oserai franchir. C’est votre choix!
    Pas du tout d’accord avec ce que Daras dit à propos de l’inspiration. Confondre l’inspiration des Ecritures de la Bible et celle du Coran, c’est grossier. Je n’ai jamais étudier en théologie que Dieu avait dicté la Bible! Que Daras ne voit en la Bible qu’un livre que l’on peut critiquer comme n’importe quel autre livre, c’est son droit. Mais dire que l’on ne peut déclarer que la Bible est inspirée de Dieu car c’est non démontrable, ne veut pas dire que cela ne l’est pas. Et vous le dites vous-mêmes (Il est donc par principe impossible à ces méthodes de confirmer ou d’infirmer la vérité et l’inspiration des Écritures, parce que ce n’est pas leur domaine d’investigation.) Désolé, mais la critique historique n’a rien d’une science exacte. Désolé aussi Benoît mais je ne vois pas d’analogie entre la critique historique, la physique et l’archéologie.

    Désolé d’être un peu ferme cette fois mais j’ai l’impression que nos idées ne se rejoignent plus sur ces points. Mais rien ne nous y oblige.

  13. Auteur
    Benoit Hébert ven 03 Fév 2012 Répondre

    Bonsoir Olivier,

    As-tu bien pris le temps de lire?
    Faire dire à la Bible ce qu’elle ne dit pas?? Où en a-t-il été question?

    Il n’a jamais été question de remettre en cause l’inspiration des écritures, bien au contraire!

    Tout ce qui a été dit, c’est que par sa méthodologie même, la science ne peut pas affirmer que Dieu est le Créateur pas plus que la critique historique ne peut affirmer que le texte est inspiré, ce n’est pas son but ni son rôle, c’est tout!

    Ce n’est pas pour autant que les chrétiens doivent renoncer à faire de la science et les historiens à étudier l’histoire! Ni qu’ils doivent inventer une science « chrétienne » ou une histoire « chrétienne ».
    Croire à l’inspiration comme croire au Créateur relève de la foi!

    Démontrer par le texte biblique et des études linguistiques que le récit du déluge est composé de deux récits différents n’a rien à voir avec remettre l’inspiration du texte en cause, c’est simplement comprendre comment le texte a été constitué et quelle est son histoire…

  14. Daras sam 04 Fév 2012 Répondre

    Bonsoir Olivier,

    Il me semble qu’il y a malentendu.

    1. Je ne confonds pas l’inspiration de la Bible avec celle du Coran pour la simple et bonne raison que le Coran est pleinement et strictement dicté à Mahomet (pas de place pour une quelconque inspiration). Mon allusion au Coran entendait dénoncer une conception erronée de l’inspiration, conception selon laquelle l’inspiration aurait une incidence matérielle, je dirais plus volontiers qu’elle laisserait une trace ou un indice matériels tangibles, dans le processus de rédaction de la Bible. Prenons un exemple pour illustrer ce propos: pour mettre en avant la notion de dictée du Coran, les musulmans prétendent volontiers que Mahomet était un illettré. Cela constitue à leurs yeux une preuve (parmi d’autres) que le Coran vient de Dieu (Allah). Dans ce cas, la dictée du Coran (je ne parle pas d’inspiration) aurait pour corollaire le fait que Mahomet soit illettré, indice matériel qui entre parfaitement dans la logique de la dictée. Dans le cas de la Bible où je parle d’inspiration (qui n’est pas une dictée!), cela reviendrait à dire que l’inspiration aurait pour corollaire un indice extérieur, une trace matérielle tangible de son effectivité. Y en a-t-il dans le cas de la Bible? Je ne pense pas.

    2. Ensuite, je n’ai jamais nié l’inspiration de la Bible. Seulement, je ne conçois pas cette inspiration à la manière de certains évangéliques

  15. Peel Olivier sam 04 Fév 2012 Répondre

    Benoît,

    En effet, je crois avoir lu un peu vite et entre les lignes. Veuille m’en excuser.

    J’ai, à présent, relu attentivement les textes et je comprends mieux, après ta dernière intervention, ce que tu veux faire passer comme idée.
    En quelques mots, tu penses que Genèse 1 à 11 est un cadre théologique particulier. Il y a eu une construction habile de ces 11 premiers chapitres par au moins deux auteurs – qui est démontrer par la technique de l’histoire critique ainsi que par la philologie – construction faite également sous l’inspiration de l’Esprit-Saint – qui n’est démontrable ni par la science ni par les méthodes de la critique historique. Est-ce bien cela?

    Il me semble que c’est ce que Daras veut partager également dans son dernier commentaire et dans ses articles. Je suis plus sceptique sur les dates de rédaction. C’est un autre sujet.

    Toutefois, comment expliquer que cela ne se cantonne qu’à Genèse 1 à 11? Il est possible que cette construction continue pour le reste des Écritures.

    Mais il y a une chose dont on ne tient pas compte c’est le rôle de la transmission orale. Quoique l’on pense, il a fallu que Genèse 1 à 11 vienne de quelque part. Dire que le texte fut rédigé vers le VIIe siècle me semble trop tard. Les découvertes récentes en archéologie semblent remettre en cause cette approche. Quel fut le rôle de Moïse dans tout ceci? Fut-il impliqué dans la transmission orale du texte? Oui ou non? En réalité on ne peut le dire. Mais on ne peut tout évacuer. Enfin, il me semble.

    Bien à toi,

    Olivier

  16. Peel Olivier sam 04 Fév 2012 Répondre

    Cher Daras,

    Je viens de prendre connaissance de ta réponse. Ta dernière explication est claire. Nous sommes d’accord.

  17. Auteur
    Benoit Hébert sam 04 Fév 2012 Répondre

    Cher Olivier,

    Ta vive réaction nous aura permis de mieux nous expliquer et de mieux nous comprendre, c’est très bien!!

    Encore une fois, je ne saurais me prononcer sur autre chose que Genèse 1-11 en ce qui concerne l’analyse historico-critique, parce que je n’ai pas assez étudié la question.

    Denis Lamoureux a formulé un certains nombre d’idées qui m’ont rendues service. Il fait une distinction assez nette, sans être non plus complètement étanche entre l’historicité de Genèse 1-11 et le reste de la Bible. Plus on va vers le nouveau Testament, plus il semble que les critères « modernes » d’historicité soient vérifiés. L' »Histoire » commencerait donc avec Abraham. Ce qui ne veut pas dire que tout dans l’A.T. réponde forcément à nos critères journalistiques modernes. Il y a par exemple encore des relans d’utilisation des chiffres dans les grands âges d’Abraham et de Sara, voire de Josué et de Moïse.

    La notion de « compétence cognitive » développée par Denis Lamoureux dans cet article m’a été d’un grand secours!

    L’analyse de l’utilisation de plus en plus « moderne des nombres dans la Bible développée par Caroll Hill est également très éclairante.
    « The fact that the numbers in Genesis may have been “contrived” or “intentional” rather than “real” is difficult formany people to accept. Does this compromise the integrity of the Bible and mean that the Bible cannot be trusted?
    Does it mean that it cannot be taken “literally”? No, it means only that the text must be approached from the culture of the people who wrote it. We have to try and “get into the minds” of these ancient people and understand what made them tick—just like modern missionaries must try and understand the world view of the people they are trying to evangelize.
    In the case of Genesis, we must try to understand the text from the world view of the ancient Near East of ~2000 BC, not from the world view of the early 1600s AD (King James) Europe or the scientific world view of the twentieth through twenty-first centuries. Peoples of the ancient Near East simply did not think along the same lines, or express themselves in the same manner, as the European races.

    The important question to ask is: Is Genesis, and the record of the patriarchs from Adam to Abraham, to be considered mythological or historical? Ironically, by interpreting the numbers of Genesis “literally” Christians have created a mythological world that does not fit with the historical or scientific record. Or as Hyers aptly put it: “unwittingly, ‘literal’ or ‘concordist’ views are secular rather than sacred interpretations of the text.”

    The “literal” (or numerical) view is secular while the “symbolic” (or numerological) view is sacred because that is how the original biblical author(s) intended for it to be. To faithfully interpret Genesis is to be faithful to what it really means as it was written, not to what people living in a later age assume or desire it to be. It is also ironic that the mythological world created by many well-intentioned and serious “literal”
    Christians, based partly on the numbers in Genesis, has caused millions of people to reject the Bible and the truths contained therein.
     »

    J’aime aussi beaucoup les articles de Paul Seely en réponse aux arguments concordistes de Hugh Ross à propos de Genèse 1-11.

    « In light of the above, I think we can see why Ross could not make concord between Genesis 1–11 and modern science. The divine revelation in Genesis 1–11 is packaged in outdated Mesopotamian traditions and the
    science of the times. We are reading the divine revelation given to a people from a historically distant and far different cultural background. We need to appreciate the cultural context of those first readers and of God’s condescension to them. Instead of insisting that God and Scripture live up to our expectations that the Bible fit the findings of modern science, we would do better to accept and learn from what God has actually done, read the Bible strictly for the purposes for which it was given, and pursue science with an eye to uncovering the truths of creation to the glory of God. »

    C’est sûr, la situation est moins « confortable » que si tout dans la Bible était « vrai » historiquement parce qu’inspiré par le Saint Esprit. A vrai dire, nous ne pouvons que constater ce que Dieu a jugé bon de faire dans sa Parole, qui sommes-nous pour contester avec Lui?

  18. gakari1 lun 06 Fév 2012 Répondre

    Bonjour, 

    Pour me faire l’avocat de l’autre partie, je dirais qu’il y a qd même quelques points qui me tracassent dans la critique textuelle. Pour être franc, je n’ai pas lu bcp de livres de ct. 
    Dans mes recherches personnelles concernant l’historicité littérale de Genèse, j’ai voulu m’attaquer aux évangiles. J’ai donc acheté qqs livres de ct qui concernent le Jésus historique.
    J’ai trouvé le développement du contexte historique de cette époque fabuleux, en général. Cela a pu même m’expliquer certaines parties des évangiles qui me paraissaient obscurs.
    Mais en général, c’étaient des livres mythistes (j’ai appris le nom plus tard).
    Et c’est ce que je reprocherai à la ct, comme c’est une analyse « raisonnée », tout ce qui est en dehors des clous est mis de côté : plus de naissances virginales, de miracles, de résurrection, Paul n’est plus un apôtre sincère mais un idéologue chevronné, etc.
    Peut-être, lorsque le texte le permet, serait-il possible de faire un mélange croyance-science, quelque fois ?

    Aussi, on peut voir les limites de la ct quand Jésus, d’un livre à l’autre, passe du révolutionnaire nationaliste au penseur philosophique, etc.

    D’ailleurs, après ces lectures, et qqs recherches sur internet, sur les différentes quêtes du Jésus historique,  je me suis trouvé sur le blog de Daras (en passant par le pharisien libéré), et en suivant ses conseils, j’ai commencé la lecture des tomes « Jésus, un juif marginal » de John Paul Meier que je recommande à tous aussi. Il y a des choses choquantes pour un évangélique et en même temps, beaucoup de bon sens.

    Yannick

  19. Daras lun 06 Fév 2012 Répondre

    Bonjour Yannick,

    Ton intervention nécessite une petite rectification: ce que dans les sciences biblique on appelle « critique textuelle » concerne les manuscrits bibliques. Son but est de restituer un texte qui soit le plus proche possible de l’original, grâce à la comparaison des différentes variantes, leur ancienneté, la qualité des manuscrits, leur nombre, etc. Tu as l’air de confondre exégèse et critique textuelle. Les livres sur le Jésus de l’histoire sont des travaux d’exégèse historico-critique. Un point de critique textuelle pourra éventuellement être discuté s’il s’avère important, mais cela demeure fort rare. Voilà pour la rectification.

    Ensuite, de quels livres « mythistes » parles-tu? Je rappelle que le mythisme est l’idée selon laquelle Jésus n’a jamais existé. L’exégèse historico-critique n’a jamais conduit à de telles extrémités. Les tenants du mythisme sont en règle générale des amateurs peu éclairés en matière de sciences bibliques.

  20. gakari1 lun 06 Fév 2012 Répondre

    Merci Daras,
    En effet, j’ai fait un gros mélange en ce qui concerne la critique textuelle et l’exégèse historico-critique.
    Désolé.
    Il faut donc lire ce que j’ecris en remplaçant le premier terme par le second.

    Je dois aussi faire une confusion de termes en ce qui concerne les thèses mythistes, il me semblait que ceux qui pensent que les évangiles et épitres ne sont que des écrits totalement falsifiés par l’eglise primitive et qui font de Jésus une personne presque à l’opposé de ce que nous présente le nt font aussi parti des mythistes.

    Ce que je voulais exprimer, c’est que, certains des livres d’exegese hc (du moins certains que j’ai pu lire comme celui de James Tabor, de mémoire), ne prennant pas du tout en compte ce qui paraît irrationnel dans les écritures, se perdent dans des histoires alambiqués, des explications qui ne reflètent plus du tout le texte mais plutôt l’idéologie de l’exegete (ce qui est de toute façon, forcément le cas, même dans une moindre mesure).

    Il vaut mieux donc être bien renseigné pour lire de telles études.

    Yannick

  21. Daras lun 06 Fév 2012 Répondre

    Yannick,

    Maintenant je vois mieux ce que tu veux dire.
    Disons que dans la recherche du Jésus historique, il y a un courant « orthodoxe » dont font partie Meier, Schlosser, Perrot, etc., puis il y a un autre courant (Vermes, Crossan, etc.) auquel tu fais sans doute allusion qui habille Jésus de différents costumes du type cynique galiléen, révolutionnaire politique, hassid charismatique, etc. Puis tu as les extrémistes qui mettent en valeur des théories marginales et fort peu probables (c’est peut-être dans cette catégories qu’il faut placer Tabor).

    Je comprends et rejoins donc parfaitement ta critique. Cependant, ce n’est pas l’application des méthodes historico-critiques qui est en cause, mais la vraisemblance de ce que soutiennent certains de ses praticiens.

  22. Yogi mar 07 Fév 2012 Répondre

    @ Daras : Je vois mal que la « vraisemblance » puisse être un guide fiable pour le croyant, qui doit dès l’origine s’asseoir sur les règles de vraisemblance tant physique (naissance virginale, résurrection) que logique (omniscience divine vs libre-arbitre humain).

    Seule la foi, l’intime conviction subjective, me paraissent aptes à le guider dans ces territoires où les règles de la logique et de la réalité tangible n’ont plus cours.

  23. Daras mar 07 Fév 2012 Répondre

    Bonjour Yogi,

    Quand j’ai parlé de « vraisemblance » dans mon précédent message, c’est dans le cadre des méthodes historiques d’investigation et de leur application, non de ce qui est de l’ordre du surnaturel ou de la foi. C’est un jugement porté sur les hypothèses et les thèses émises par les historiens (qui peuvent concerner quelque chose de banal), non sur tel ou tel événement extraordinaire ou une affirmation théologique.

  24. gakari1 mer 15 Fév 2012 Répondre

    Bonsoir à tous,

    Concernant le 1er commentaire d’Olivier Peel et la datation de l’exode, voici un lien intéressant. C’est un cours de JD Macchi en mp3 sur l’histoire d’Israel (critique).
    Il est professeur à la faculté de théologie de Genève.
    J’ai l’impression que ce n’est pas tout récent, ce qui est embêtant pour de l’histoire et de l’archéologie, mais cela reste très intéressant :
    http://www.unige.ch/theologie/distance/courslibre/atintro2008/lecon1/index.html

    Yannick

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