Si Dieu a créé l’univers, qui a créé Dieu?

Date : ven 07 Juin 2013 Catégorie, Voir le Project
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En résumé

3D Question Mark Hole

L’univers se suffit-il à lui-même ou porte-il l’empreinte d’un créateur ?

Beaucoup d’arguments prétendant démontrer l’existence de  Dieu ont été proposés au cours des siècles. Pourtant, la réponse à beaucoup de ces arguments est »Si Dieu a créé l’univers, qui a créé Dieu? ».

Ceci suggère que certains arguments en faveur de l’existence de Dieu ne font que repousser la question des origines un cran en arrière.

La Bible et la doctrine chrétienne répondent à cette interrogation en affirmant que Dieu est éternel et incréé, mais une telle réponse satisfait rarement les non croyants. Une réponse philosophique consiste à considérer Dieu comme la cause première; l’athéisme doit faire face au dilemme de ce que ou qui cette cause première pourrait bien être.  Un créateur non créé pourrait bien être en définitive une explication plus plausible de l’univers dans lequel nous sommes. Notre univers paraît avoir un commencement, et être bien adapté pour l’apparition de la vie, en accordant une place pour l’amour et la finalité. Toutes ces apparences rendent plausible une croyance en Dieu a priori

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En détail

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Introduction

L’existence de Dieu est un problème philosophique récurrent et populaire.  Beaucoup d’arguments en faveur de l’existence de Dieu ont été proposés au travers  des siècles, souvent sur la base de certaines caractéristiques du monde naturel. Il y  a aussi eu des tentatives pour montrer que Dieu n’existe pas, ce qui est un problème  plus complexe. Il est bien plus facile de montrer qu’il existe un cygne noir quelque  part sur Terre plutôt que de démontrer qu’il n’y en a pas ! G.K. Chesterton a fait cette  remarque:

“L’athéisme est le dogme le plus osé, car c’est l’affirmation d’une négation  universelle.”1

Les arguments populaires en faveur de l’existence de Dieu incluent l’argument  cosmologique, l’argument ontologique, l’argument à propos de la loi morale, et  l’argument à propos de la conception de l’univers. Ce dernier argument est une  version plus générale que la perspective étroite de la complexité irréductible au cœur  du mouvement de l’Intelligent Design. Chacun de ces arguments apporte un certain  éclairage sur l’existence de Dieu.

Pourtant, la réponse à beaucoup de ces arguments  est parfois :

“ Si Dieu a créé le monde, qui a créé Dieu?”

C’est une question qui mérite toute notre attention. Elle suggère que certains  arguments en faveur de l’existence de Dieu repoussent simplement la question une  étape en arrière. Cela suggère que le Dieu créateur nécessite lui-même une  explication. Richard Dawkins est l’un des partisans les plus fervents de cet argument.

Une réponse à partir de la doctrine chrétienne ?

La doctrine chrétienne nous apprend que Dieu est éternel et qu’Il n’a donc pas  de commencement. Les Psaumes nous parlent clairement de la nature éternelle de  Dieu, en affirmant sans jamais défendre son existence:

“Avant que les montagnes soient nées, et que tu aies donné le jour à la terre et au  monde, depuis toujours et pour toujours tu es Dieu.”(Psaumes 90:2)2

“Car mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d’hier, quand il passe, et comme une  veille de la nuit.”(Psaumes 90:4)3

Ces versets, et beaucoup d’autres comme eux, mettent en évidence la  complexité de la relation de Dieu au temps. Les théologiens ont débattu sur la  relation de Dieu au temps pendant des siècles et continueront sans doute à le faire.  C’est une question à laquelle nous ne pouvons probablement pas apporter de  réponse complète. Dans une réponse raisonnable, Dieu est le créateur du temps lui-même, il existe donc en dehors du temps et il voit l’histoire d’un seul  bloc. Les  versets ci-dessus sont souvent utilisés pour soutenir ce point de vue.

D’un autre côté,  ceci est critiqué par des érudits de la Bible comme Clarke Pinnock, John Sanders et  Gregory Boyd 4 , qui soulignent que Dieu est décrit comme agissant dans le temps.  Par exemple, lorsque Dieu négocie le sort de Sodome et Gomorrhe avec Abraham  (Genèse 18), ou bien regrette d’avoir fait les humains (Genèse 6 :5-8). Dieu parait  alors réagir aux événements se déroulant dans le temps. Bien sûr, étant donné la  difficulté pour notre esprit limité par le temps pour saisir ce problème philosophique, il  n’y a pas de raison valable pour laquelle Dieu ne pourrait pas agir à la fois en dehors  et aussi dans le temps.

Une réponse à partir de la définition même de Dieu ?

Des réponses doctrinales convainquent rarement ceux qui ne croient pas en  Dieu. Dans d’autres religions que le Christianisme, certains rejettent le fait que Dieu  soit en dehors du temps. Il faudrait tout de même expliquer l’origine d’un être en  dehors du temps. Si Dieu est le créateur de toutes choses, et qu’il nécessite lui-même une cause, nous faisons face à une cascade infinie de causes.

La seule façon  d’éviter ce problème est de postuler, comme dans la doctrine Chrétienne, que Dieu  est la cause première de toute chose et qu’il est suffisant par lui-même pour  expliquer sa propre existence, ceci est contenu dans la définition même de Dieu.  Ce point de vue est certainement attractif, mais il ne convainc pas les  sceptiques qui sont plus enclins à penser que l’univers lui-même contient la raison de  sa propre existence. Si cela pouvait être vrai pour Dieu, pourquoi pas pour l’univers ?

Il y a certainement des raisons d’être septique à propos l’intuition basée sur notre  sens commun que tout doit avoir une cause ou bien que tout a une raison pour être  tel qu’il est. Cette supposition ancienne a été remise en cause par la physique du  vingtième siècle qui a mis à jour un univers quantique dans lequel les choses ne  paraissent pas avoir de raison d’être telles qu’elles sont.  La supposition issue de notre bon sens que tout doit avoir une raison ou une  cause souffre aussi de ce qu’on appelle l’erreur de composition. Cette erreur ressort  lorsque nous supposons que la propriété des parties s’applique au tout. Par  exemple, nous ne pouvons pas déduire que la race humaine a une mère du fait que  tous les membres de la race humaine ont une mère. De même, un ensemble d’objets  sphériques n’est pas nécessairement sphérique. En relation avec l’origine du monde,  ce n’est pas parce que chaque partie de l’univers a une cause individuellement que  l’univers dans son ensemble en a une.

De nouvelles discussions passionnantes ont vu le jour depuis que nous avons  réalisé que l’univers a un commencement. D’une certaine façon, un univers avec un  commencement semble impliquer une cause. Mais si l’univers a surgi à partir de rien,  il devient très problématique de parler de sa cause. Certains cosmologistes  argueraient que notre univers est le résultat de fluctuations quantiques sans cause.  Ces fluctuations n’ont pas de causes dans un sens traditionnel, ainsi il n’y aurait pas  de cause nécessaire à l’univers. Les vides quantiques que l’on obtient en retirant de  l’espace toutes les particules et l’énergie, sont bien réels. Ils ont une activité et suivent des lois. Notre univers est peut-être né d’un tel vide, mais le vide lui-même  reste inexpliqué.

Dans Life of the Cosmos, le cosmologiste Lee Smolin suggère que les trous  noirs peuvent donner naissance à de nouveaux univers.5  Il propose que notre  univers a émergé d’un trou noir dans un autre “méta-univers.” Peut-être notre univers  donne-t-il naissance à d’autres univers? Un tel processus, bien que très spéculatif,  nous avertit contre des extrapolations de la notion commune de causalité pour tirer  des conclusions métaphysiques sur la nature de toute réalité.

Une réponse tirée de la plausibilité

La différence entre les positions théistes et athées sur ce sujet est de supposer que  tout –y compris l’univers- doit avoir une cause. L’athée se demande alors qui ou ce  qui est cette cause première. Pour le chrétien, cette réponse est Dieu, mais une  raison satisfaisante se trouve dans le fait que Dieu lui-même n’a pas besoin d’une  cause. Dans la conception Augustinienne, Dieu n’est pas limité par le temps ou  l’espace, il n’a donc pas besoin d’une cause première.  L’argument peut être formulé d’une manière plus conforme à l’intuition post  moderne sur la causalité et l’importance des points de départ. Supposez qu’en tant  que croyant vous posiez la question suivante :

« Quel est le type d’univers qui est le  plus compatible avec la foi dans un Dieu éternel ? »

Dans ce cas, la réponse affirme  mais ne prouve pas la réalité de Dieu. Notre univers a eu un début, il est  minutieusement réglé, pour l’apparition de la vie, l’amour et l’intention y ont une  place. Toutes ces apparences sont compatibles avec une foi a priori en Dieu.

Voir « Qu’est-ce que le « réglage fin » de l’univers, et comment ce réglage peut-il  nous servir de « pointeur vers Dieu » ? »

Maintenant, placez vous du point de vue athée. Dans ce cas, l’univers doit  être différent de ce qu’il est. Il ne peut pas avoir de commencement, être réglé pour  la vie et l’amour, l’intention, le but, la direction ne peuvent être qu’un épiphénomène  illusoire- le sous produit étrange de la chimie et de la physique. L’image toute entière  a une apparence de désolation claustrophobique.  Bertrand Russell, l’un des plus honnêtes parmi les brillants athées du vingtième    siècle a capturé ce sens de la désespérance dans A Free Man’s Worship:

“L’homme est le produit de causes qui n’avaient aucune vision de l’objectif qu’elles  étaient en train d’atteindre ; le fait que l’origine, la croissance, l’espoir et les peurs de  l’homme soient l’aboutissement accidentel de la collision entre atomes; qu’aucun feu,  aucun héroïsme, aucune intensité de pensée ou de sentiment ne puisse préserver la  vie d’un homme au delà de la tombe; que les travaux de tous les âges, toute la piété,  toute l’inspiration, tous les éclairs du génie humain, soient destinés à s’éteindre dans  la mort du système solaire, et que le temple de tous les projets humains soit  inévitablement enseveli dans les débris d’un univers en ruine- toutes ces choses,  sont si certaines d’arriver qu’aucune philosophie qui les rejette ne peut espérer tenir debout. Ce n’est que dans l’échafaudage de ces vérités, seulement sur le fondement  ferme de la désespérance stérile, que le salut de l’âme peut dorénavant être  construit.” 6

En contraste avec ce point de vue, le chrétien affirme que toutes les  merveilles du monde sont bien réelles, qu’elles appartiennent au Créateur et qu’elles  reflètent la gloire de celui qui soutient mystérieusement toute chose.

Conclusion

Le monde décrit par la science moderne est bien plus subtil et nuancé que le  monde dans lequel les théologiens et les philosophes ont vécu dans les siècles  passés, et ont formulé des arguments à propos des relations mystérieuses entre  Dieu, le monde physique, le temps et la causalité. Néanmoins, aucun développement  dans les sciences contemporaines ne pose de défi particulier au fait que Dieu soit le  créateur.

Certaines découvertes, comme celle du réglage très minutieux des lois  physiques, sont en résonance avec la création. Les suppositions basées sur le sens  commun qui ont embrumé la discussion ont toutefois besoin d’être reconsidérées en  face des développements scientifiques récents.

Nous devons être humbles  intellectuellement en faisant des affirmations à propos de Dieu en tant que créateur.  Nous pouvons affirmer avec confiance que nier que Dieu est le créateur repose sur   des difficultés encore plus insolubles et fournit en définitive une base moins  satisfaisante pour comprendre un monde dans lequel le sens et le but jouent des  rôles importants.

Notes

  1. G.K. Chesterton, Orthodoxy (New York: Dodd, Mead, & Company, 1908;  Vancouver, B.C.: Regent College Publishing, 2004).
  2. Psalm 90:2 (New American Standard Bible).
  3. Psalm 90:4 (New American Standard Bible).
  4. Richard Rice, Clark Pinnock, William Hasker, David Basinger, and John  Sanders, The Openness of God: A Biblical Challenge to the Traditional  Understanding of God (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 1994); Gregory  Boyd, God of the Possible: A Biblical Introduction to the Open View of God (Grand Rapids, MI: Baker Publishing Group, 2007).
  5. Lee Smolin, The Life of the Cosmos (Oxford University Press, 1999).
  6. Bertrand Russell, Mysticism and Logic (London: George Allen & Unwin, 1917),  47-48.

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