Comment les chrétiens interprétaient-ils le récit de la création dans la Genèse avant Darwin?

Date : ven 15 Mar 2013 Catégorie, Voir le Project
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En résumé

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La Genèse

La lecture littérale était-elle la seule en vogue par le passé ?

Etant donnée la grande différence entre l’évolution et le récit d’une création en six jours, beaucoup pensent que la théorie de Darwin a ébranlé les fondements de la foi chrétienne.

Historiquement,  l’interprétation littérale de Genèse 1-2 d’une création en six jours de 24 heures  n’était pas la seule adoptée par des penseurs chrétiens avant les progrès de la science moderne. Augustin(354-430), Jean Calvin (1509-1564), John Wesley (1703-171), et d’autres étaient les partisans du principe d' »accommodation ». Grâce à ce principe, On peut interpréter Genèse 1-2 d’une manière allégorique, en y voyant une façon compréhensible pour les premiers auditeurs d’exprimer la notion de création divine.

En réalité, Augustin a proposé que les six jours de la création décrivent en fait un jour unique de création. Thomas d’Aquin (1225-1274) a lui suggéré que Dieu n’a pas créé les choses dans leur état définitif, mais avec le potentiel de se développer selon sa volonté.

Toutes ces manières de comprendre le texte biblique et d’autres encore soutenues par des chrétiens sont compatibles avec le fait que Dieu a créé au travers d’un mécanisme évolutif.

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En détail

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« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. » — Genèse 1:1

 Introduction

Beaucoup pensent que la théorie de Darwin a ébranlé les fondements de la foi chrétienne à cause de la grande différence entre l’évolution et l’idée d’une création en six jours. En réalité, l’interprétation littérale en six jours de 24 heures de Genèse 1-2 n’était pas la seule adoptée par des penseurs chrétiens avant la publication de  L’Origine des Espèces. Le travail de nombreux théologiens et philosophes chrétiens bien plus anciens nous montre que la Genèse et la théorie de Darwin ne sont pas incompatibles.

La pensée Chrétienne primitive

Origène, un philosophe et théologien d’Alexandrie du 3ème siècle – l’un des plus grands centres intellectuels de l’antiquité –  nous fournit un exemple de la pensée primitive chrétienne à propos de la création.

Origène est bien connu pour Sur les Principes et Contre Celse, il y énonce les principales doctrines du Christianisme et les défend contre des accusations païennes. Sur les Principes nous propose la perspective suivante à propos du récit de la création dans la Genèse :

« Quelle personne intelligente considérera comme une affirmation sensée que les trois premiers jours, pour lesquels il est dit qu’il y eut un matin et un soir, existèrent sans soleil, sans lune et sans étoiles, alors qu’il n’y avait même pas de ciel le premier jour ? […] Personne ne doute qu’il s’agit là d’expressions figurées qui nous indiquent certains mystères au travers d’un semblant de récit historique. » 1

Origène  s’opposa à l’idée que le récit de la création doit être interprété comme un compte rendu  littéral et historique de la façon dont Dieu créa le monde.

Augustin d’Hippone, un évêque d’Afrique du Nord  du début du 5ème siècle est une autre figure centrale de cette période. Bien connu pour ses  Confessions, Augustin a écrit des douzaines d’autres ouvrages, dont plusieurs concernent Genèse 1-2. 2

Dans La Signification Littérale de la Genèse, Augustin affirme que les deux premiers chapitres ont été écrits en s’adaptant à la compréhension des gens de cette époque.3

« Les Écritures Saintes parlent peut-être dans un  style coutumier avec les limitations du langage humain en s’adressant à des hommes dont la compréhension est limitée… Le récit de l’auteur inspiré rend le message accessible à la capacité des enfants.» 4

Dans le but de communiquer d’une façon compréhensible à tous, l’histoire de la création a été racontée d’une façon simple et allégorique. Augustin pensait aussi que Dieu avait créé le monde avec la capacité de se développer – une manière d’interpréter qui est en harmonie avec l’évolution biologique.5

  La pensée Chrétienne plus tardive

Beaucoup d’autres interprétations non littérales de Genèse 1-2 sont apparues plus tard au cours de l’histoire. Thomas d’Aquin, philosophe et théologien bien connu du 13ème siècle, était un prêtre italien qui s’intéressait tout particulièrement à l’intersection entre la science et la religion. Thomas d’Aquin n’avait pas peur d’éventuelles contradictions entre le récit de la création de la Genèse et des découvertes scientifiques. William Carrol écrit :

« Thomas d’Aquin ne pensait pas que les premiers chapitres de la Genèse présentaient une difficulté quelconque pour les sciences naturelles, parce que la Bible n’est pas un manuel de science. Ce qui essentiel pour Thomas d’Aquin, c’est le « fait de la création, » pas le mode de formation du monde.»  6

L’interprétation de Thomas d’Aquin de l’histoire de la création est évidente dans Summa Theologica, dans lequel il répond à l’interrogation de savoir si les six jours sont en réalité la description d’un seul jour, une théorie suggérée par Augustin. Thomas d’Aquin ne prend pas partie dans le débat, mais essaye d’harmoniser les deux points de vue. Il argumente en faveur d’une vision de la création de toute chose avec un potentiel :

 « Le jour où Dieu créa les cieux et la terre, Il créa aussi chaque plante des champs, pas en réalité, mais en potentialité, « avant que Dieu n’ait fait pleuvoir sur la terre » … »7

Il est clair que Thomas d’Aquin était très influencé par Augustin.  L’interprétation d’Augustin de la création se retrouve aussi tardivement qu’au 18eme siècle – juste avant que Darwin ne publie  L’Origine des Espèces  dans le travail de John Wesley.

Wesley, pasteur anglican et leader du mouvement Méthodiste pensait comme Augustin que les Écritures avaient été écrites en des termes adaptés à leur auditoire. Il écrit:

« L’auteur inspiré de cette histoire [la  Genèse]  … [a écrit] pour les Juifs d’abord, en calculant son récit pour un état infantile de l’Eglise, en décrivant les choses d’après leur apparence extérieure visible, et en nous laissant être éclairés dans la compréhension de ces mystères cachés par des découvertes ultérieures de la lumière divine. » 8  Wesley argumenta aussi que les Écritures “ ne furent pas écrites pour satisfaire notre curiosité [dans les détails], mais pour nous conduire à Dieu.”9

La théorie de Darwin de l’évolution biologique ne serait pas nécessairement entrée en conflit avec les interprétations d’Origène, d’Augustin, de Thomas d’Aquin , de Wesley ou d’autres.  Voir Question 6 : Quelle a été la réponse des chrétiens à Darwin ?

Conclusion

L’histoire de la pensée chrétienne n’a pas été dominée par les partisans d’une interprétation littérale de la Genèse. Bien qu’une liste comparable de théologiens qui croyaient en une création en six jours pourrait être établie, les exemples cités ici nous montrent que de nombreux théologiens chrétiens, les plus importants, avaient adopté une interprétation allégorique de la Genèse  bien avant que la science ne montre des preuves confirmant ce point de vue.10

Les découvertes de la science moderne ne devraient pas être opposées à la Bible, mais devraient être considérées comme des indicateurs pour une compréhension juste de sa signification.   Augustin nous donne ce conseil :

 « Dans certains domaines qui sont obscures et bien au-delà de notre vision, nous trouvons dans les Écriture Saintes des passages que nous pouvons interpréter de façons différentes sans porter préjudice à la foi que nous avons reçu. Dans ces cas là, nous ne devrions pas nous précipiter tête baissée et affirmer notre position particulière, car si des progrès futurs dans les recherches nous donnaient tort, nous tomberions avec notre prise de position. Il ne s’agirait pas d’une bataille pour l’enseignement des Écritures Saintes mais pour nous même, désirant conformer ses enseignements aux nôtres, alors que nous devrions désirer conformer les nôtres à ceux de l’Écriture sacrée. » 11

Notes

  1. Origen, « Book IV, Ch. 3, » in First Principles, trans. G. Butterworth (London: SPCK, 1936), quoted in Ernest Lucas, « Interpreting Genesis in the 21st Century, » Faraday Papers, no. 11 (2007),  (accessed January 28, 2009). Also available online at « De Principiis (Book IV), » New Advent. (accessed January 28, 2009).
  2. Gillian Clark, Augustine, the Confessions, Landmarks of World Literature (Cambridge; New York, NY: Cambridge University Press, 1993).
  3. Bishop of Hippo Saint Augustine, The Literal Meaning of Genesis, Ancient Christian Writers, no. 41 (New York, N.Y.: Newman Press, 1982).
  4. Saint Bishop of Hippo Augustine, The Literal Meaning of Genesis, Ancient Christian Writers, no. 41 (New York, N.Y.: Newman Press, 1982).
  5. For a further discussion of Augustine’s perspective on creation, see chapter six of Francis Collins, The Language of God: A Scientist Presents Evidence for Belief (New York: Free Press, 2006), as well as chapters eight and fifteen
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