Les preuves historiques de l’existence de Jésus (3) : Témoignages externes sur les 4 évangiles

Posté par David VINCENT
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Introduction

Dans le premier article de ma série sur l’historicité de Jésus, j’avais évoqué les différents témoignages littéraires en faveur de l’existence de Jésus. En dehors, des quelques allusions des auteurs Judéens (Flavius Josèphe, les rabbins) et païens (Tacite, Suétone), les témoignages les plus importants proviennent de la communauté chrétienne elle-même, via notamment les quatre évangiles (mais pas seulement) que nous avons conservés dans nos Bible. La question de la fiabilité de ces évangiles est donc cruciale.

Dans cet article, je commencerai par évoquer ce que j’appelle le « témoignage externe » :

  • pourquoi ces quatre évangiles ?
  • D’où viennent-ils ?

 

La « filière asiate »

Le témoignage explicite le plus ancien est celui de Papias de Hiérapolis. Papias était le responsable de l’Eglise de Hiérapolis (près de l’actuelle ville de Denizli, en Turquie) au début du deuxième siècle, dans les années 110-130. Il a donc lui-même été enseigné par des gens qui ont directement connu les apôtres. Il nous apprend que Matthieu avait écrit son évangile en « langue hébraïque », ce qui peut être de l’hébreu ou de l’araméen, et que Marc était le traducteur de Pierre. L’évangile de Marc est donc la mise par écrit en grec du témoignage de Pierre, qui lui  parlait araméen.

Ces informations sont complétées quelques années plus tard par un autre asiate, Irénée de Lyon dans son ouvrage Contre les hérésies (III, 1, 1) qui nous parle cette fois des quatre évangiles :

 « Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Evangile, à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l’Eglise. Après la mort de ces derniers, Marc le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul consigna en un livre l’Evangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l’Evangile, tandis qu’il séjournait à Ephèse en Asie. »

Irénée était le responsable de l’Eglise de Lyon à la fin du deuxième siècle, mais il était aussi  originaire d’Asie Mineure et plus précisément de Smyrne, une ville, dont le responsable de l’Eglise, Polycarpe était un disciple de Jean. Cette communauté est d’ailleurs une des sept Eglises mentionnées dans l’Apocalypse (1 : 11). Cette grande proximité chronologique et cette transmission directe garantissent la fiabilité des informations.

 

Les autres filières

Pour la fin du deuxième siècle, nous disposons aussi du témoignage d’autres auteurs (Clément d’Alexandrie ou Tertullien par exemple), venant de diverses régions (Syrie, Rome, Egypte, Afrique du Nord).

Nous ne connaissons pas avec autant de précision la chaîne de transmission de ces auteurs, néanmoins nous pouvons constater que tous, malgré des origines géographiques très diverses, sont en accord sur les quatre évangiles retenus et leur origine. Ces informations sont d’ailleurs indépendantes les unes des autres, puis que si elles se rejoignent sur les points essentiels, elles diffèrent sur les détails. Ainsi, certains auteurs situent la mise par écrit de l’Evangile par Marc peu avant la mort de Pierre (ce qui aurait permis à ce dernier de la « contrôler »), tandis que d’autres estiment qu’il l’a au contraire fait peu après (pour justement « compenser » la mort de l’apôtre).

De plus, nous disposons de plusieurs témoignages (la lettre dite de Clément de Rome, Justin Martyr) qui montrent que dès le premier siècle, les chrétiens avaient pris l’habitude de lire les évangiles, qu’ils appelaient les « mémoires  des apôtres», et les lettres de Paul lors de leurs réunions.

 

Conclusion

Nous pouvons donc en conclure que le corps principal du Nouveau Testament (les Evangiles et les épîtres de Paul) a été très tôt fermement établi. Seuls quelques textes comme l’épître de Jude, la deuxième épître de Pierre ou les deux dernières épîtres de Jean, feront par la suite l’objet de discussions.

Dans le prochain article, je vous proposerai donc d’examiner les critères internes de fiabilité. Quelles objections ont pu être soulevées contre ces textes ? Sont-elles réellement pertinentes ?

 

thèmes de recherches sont l’historiographie chrétienne, l’histoire des doctrines et l’interaction entre la foi et les connaissances profanes.


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11 Commentaires

  1. michel dim 01 Mar 2015 Répondre

    Bonjour,

    « Preuves ‘historiques’ de l’existence de Jésus » ?
    Toujours les mêmes textes cités par les « pro » ou « anti » Jésus historique, chacun avec des arguments allant dans leur sens.
    C’est vrai qu’ils ne sont pas légions (les textes) …
    Vos articles me semblent, même si vous vous en défendez, orientés.
    Pouvez-vous assurer que nous disposons, aujourd’hui, preuve à l’appui, d’un texte ancien (d’origine chrétienne ou autre) citant Jésus (ou Jésus Christ ou le Christ) qui ne nous a pas été transmis par un copiste chrétien ?
    Pouvez-vous assurer que nous disposons, aujourd’hui, preuve à l’appui, d’un indice archéologique mettant en évidence l’existence de Jésus ?

    Que ce soit d’un Jésus qui serait le « Jésus-Christ » des Evangiles ou qui aurait servi à un développement éventuellement « mythologique » de ce dernier.

    Merci pour la réponse.

  2. Auteur
    David dim 01 Mar 2015 Répondre

    Bonjour Michel,

    Toute la culture ancienne gréco-romaine a été transmise, directement ou indirectement, par les copistes chrétiens. Comme sources anciennes non transmises par les chrétiens, il y a les sources rabbiniques.

    Pour ce qui est des indices archéologiques, lesquels vous sembleraient pertinents ?

  3. michel dim 01 Mar 2015 Répondre

    Bonsoir David,

    Uniquement par des copistes chrétiens : donc sans valeur résolument probante.
    Pour les sources rabbiniques, sauf erreur, elles sont très rares, floues (référence à un Yeshou indéterminé) et bien postérieures à la période d’existence de Jésus. Pas probant non plus.

    Enfin pour les indices (seulement des indices…), pourquoi répondre par une question ? ;-)
    N’importe lesquels bien sûr.

    Cordialement

  4. Auteur
    David lun 02 Mar 2015 Répondre

    Bonjour Michel,

    La démarche hypercritique que vous prônez est à mon sens un choix philosophique qui ne mène nulle part. Sans tomber dans un positivisme naïf, je pense quand même que les outils développés par la science historique (notamment allemande) depuis le XIXe siècle sont suffisamment fiables pour repérer les éventuelles interpolations. Et je ne suis pas seul à le penser, puisque tous les historiens, quelque ce soit leurs croyances personnelles, s’accordent l’existence historique de Jésus.

    Aujourd’hui la thèse de la non-existence de Jésus ne se trouve plus que dans les cercles athées militants, ce qui prouve bien que la question est plus philosophique qu’historique. C’est exactement le même problème que pour le « créationnisme » : il y a un blocage idéologique qui pousse l’individu à écarter toutes les preuves qu’on lui apporte.

    Poussée à son extrême, la méthode que vous proposez aboutit au négationnisme. Je vous laisse consulter le blog de Robert Faurisson et vous verrez que lui aussi propose de nombreux arguments pour réfuter « la thèse officielle ». Cet exemple, qui est certes extrême, a au moins l’intérêt de démontrer une chose : si on ne veut pas d’une idée, on peut toujours repousser toutes les évidences possibles.

    Concernant les sources rabbiniques, vous faites référence au Toledot Yeshou, qui est effectivement un récit assez tardif, probablement du Xe siècle. Mais il existe dans le Talmud plusieurs références beaucoup plus anciennes, dont une agrapha (parole de Jésus rapportée par une source non biblique).
    Dan Jaffé a regroupé ces témoignages dans ses différents livres.

    Enfin, pour ce qui est des preuves archéologiques ma question était surtout la suivante : quelle type de preuve voudriez-vous qu’un prédicateur itinérant laisse ? Cela n’a pas grand sens. On peut évoquer un certain nombre de preuves indirectes (existence de Pilate, etc.) mais je doute que cela réponde à votre question.

    Ce qui est certain c’est que dès les années 60, une foule assez importante était persuadée de l’existence historique d’un nommé Jésus qu’elle considérait comme le Messie. Est-il possible qu’en si peu de temps un personnage soit inventé de toute pièce ? Une telle idée poserait plus de problèmes qu’elle n’apporterait de solutions.

    Pour terminer, je dirai que si Jésus n’avait pas existé, il faudrait avant tout se poser une question : pourquoi avoir inventé un tel personnage ?

    D’un point de vue purement humain, pour des Judéens, l’idée d’un Messie qui meurt crucifié est certainement la chose la plus aberrante qu’on aurait pu inventer … et l’apôtre Paul en est bien conscient, c’est pour cela qu’il qualifie la croix de « folie » et qu’il parle de « mystère ».

    Sans entrer dans des considérations théologiques (par ailleurs passionnantes !) sur la signification de la crucifixion, il ne fait pour moi aucun doute que si Jésus avait été un personnage inventé, il ne serait jamais mort crucifié. Je comptais d’ailleurs développer cette idée dans un prochain article.

  5. michel lun 02 Mar 2015 Répondre

    Bonjour David,

    Votre réponse ne me convainc pas effectivement. Je pourrais commenter certaines de vos phrases (orientées par votre croyance nécessairement dans le vrai puisqu’issue de la Révélation) mais cela n’aboutira à rien puisque nous camperons toujours in fine sur nos positions.
    Néanmoins la vie d’un homme (je n’ai jamais dit qu’il n’avait pas existé) qui conditionne encore aujourd’hui la vie de centaines de milliers d’êtres humains, qui a « induit » le mode d’existence que nous vivons, au nom duquel, à la fois, les pires atrocités ont été commises et des preuves d’amour hors du commun se sont exprimées, ne mériterait-elle pas une analyse exceptionnelle dégagée de toute considération religieuse ?
    Il est vrai que des projets récents de ce type n’ont pas abouti.
    J’ai reçu l’éducation et tous les sacrements de la religion catholique romaine. Mais je vis au XXIème siècle.
    A présent je considère que le phénomène Dieu devrait être dégagé du fonctionnement de notre cerveau. C’est peut-être seulement maintenant que l’évolution nous en donne la possibilité…
    Mais combien y sont prêts ?
    Cette étape se révèle cependant une vraie libération et procure un indescriptible sentiment de paix et d’amour pour autrui sans le prisme contraignant d’une croyance et la carotte illusoire d’un salut et d’une vie après la mort…
    Mais je ne vous demande pas d’y adhérer et chacun reste maître de se façon d’appréhender le monde afin de participer à sa pérennité et son bien.
    Merci pour l’échange et au revoir.

  6. Auteur
    David lun 02 Mar 2015 Répondre

    Bonjour Michel,

    Votre réponse est intéressante car elle prouve que votre problème n’est pas historique mais idéologique, ce qui confirme exactement mes propos précédents. Ce qui vous dérange finalement, ce n’est pas tant l’existence ou non de Jésus ou même la véracité des évangiles, mais toutes les conséquences que cela a pu avoir dans l’histoire. C’est pour cela que vous parlez des « pires atrocités commises ».

    Pour l’anecdote, ce sont des historiens anti-cléricaux, comme Guignebert, qui ont définitivement clôturé le débat sur l’historicité de Jésus au sein du monde universitaire. Donc « l’ analyse exceptionnelle dégagée de toute considération religieuse » que vous proposez à déjà été menée, depuis bien longtemps, je vous rassure.

    Par ailleurs, vous commettez une deuxième confusion en vous référant à l’existence de Dieu. Ici, il est simplement question de Jésus en tant qu’homme, sans que la question du théisme soit ou non posée. Admettre l’existence historique de Jésus ne veut pas dire croire en Dieu. On peut tout aussi bien nier l’existence de Jésus et croire en Dieu, qu’admettre l’existence de Jésus et ne pas croire en Dieu, même si le second cas est beaucoup plus courant que le premier.

    C’est exactement le même problème avec les « créationnistes ». Ce qui les dérange, ce n’est pas tant la théorie de l’évolution en elle-même, que la plupart ne comprennent de toute façon pas, mais toutes les conséquences qu’elle a pour eux, et notamment le fait qu’elle contredise leur approche de la Bible et leur compréhension du monde.

    C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’est effectivement pas utile de prolonger la discussion. Des arguments historiques ou scientifiques ne permettent pas de surmonter les blocages idéologiques.

  7. Manu lun 02 Mar 2015 Répondre

    Bonjour,

    Comme disait le père Pouget, « on n’invente pas le Christ, car le Christ est trop gênant. » (Jean Guitton, Dialogues avec Monsieur Pouget, Grasset, 1954). C’est vrai quoi, « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux », c’est quand même gênant…

  8. michel lun 02 Mar 2015 Répondre

    Bonjour David,

    Une dernière intervention. Non pas de problème ou de confusion chez moi. Dans les commentaires que je ne voulais pas faire il y avait le suivant qui se place sur un plan strictement objectif. Vos articles se veulent une preuve historique de l’existence de Jésus. Pour les indices archéologiques vous faites une réponse non archéologique et non objective (propre d’un scientifique) (… Pilate…).
    Est-il vraiment si compliqué pour un (scientifique) chrétien de dire : non, nous n’avons de preuve archéologique de l’existence de Jésus ? Cela impliquerait-il qu’il n’ai jamais existé ? Non pas du tout.
    Mais votre réponse a été guidée par votre foi et non celle d’un scientifique.
    Les pires atrocités ne sont pas idéologiques, mais sont un constat (j’habite dans le Languedoc).
    Le reste de mon message précédent était à prendre comme un témoignage qui effectivement dépassait le cadre du sujet.

  9. Roque sam 08 Août 2015 Répondre

    Un petit commentaire sur le texte d’Irénée de Lyon dans son ouvrage Contre les hérésies (III, 1, 1) où il est question d’exodos traduit par  » mort  » (…  » après la mort des apôtres » …).

    Des études ont été faites sur la vocabulaire propre à Irénée de Lyon :
    1. Pour la  » mort  » Irénée utilise toujours thanatos ;
    2. Dans la totalité des écrit d’Irénée  » exodos  » ne signifie jamais  » mort « , mais toujours départ ou exode.

    Donc il faudrait abandonner cette traduction par  » mort  » et situer la rédaction des Evangiles beaucoup plus tôt – éventuellement lors de l’exode des apôtres hors de Jérusalem après la mort de Jacques le Majeur vers + 42 ou lors d’un autre départ de Jérusalem …

    Qu’en pensez-vous ?

  10. him sam 09 Juil 2016 Répondre

    Je crois qu’il y a un risque de confusion possible dans la question « Y a t il des preuves historiques de l’existence de Jésus? ». J’en propose une autre « Y a t’il des preuves historiques (ou autres) que Jésus avec les faits et gestes qui lui sont attribués dans l’Evangile a existé ? ». Par exemple savoir que Mahomet à existé a une porté très différente que de savoir que Mahomet a existé ET que l’archange Gabriel est bien venu lui parler ET qu’il est monté au ciel depuis le mont du temple à Jérusalem.
    Sinon on risque d’en arriver au mieux à : Jésus à existé, Mahomet à existé, Bouddha à existé. « And so what? ».

  11. Jorel dim 19 Mar 2017 Répondre

    Bonjour David,

    La chaîne de transmission que tu présentes allant jusqu’à Irénée de Lyon est très intéressante. Cependant, il semble que de plus en plus d’historiens s’accordent à dire que Jean l’apôtre n’est pas l’auteur de l’évangile dit selon Jean.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89vangile_selon_Jean
    https://www.youtube.com/watch?v=W7sblaM3QXk

    Qu’en penses-tu ?

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