Porter le message de l’évangile au cœur d’une création évolutive (partie 2)

Posté par Bruno Synnott
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Jardin paradisiaque… premiers parents nus et auréolés… serpent rusé mal intentionné… manducation d’un fruit défendu… Voilà des symboles puissants pour parler de la condition humaine. Mais est-ce « pour de vrai » ? Est-ce que le mal et la souffrance dans le monde découlent réellement de ce que nos premiers parents ont mangé un fruit défendu dans un beau jardin ?!

Pour plusieurs de nos contemporains, ce récit apparaît trop simpliste. Toute la souffrance du monde peut-elle avoir été causée par la désobéissance d’un premier couple ? Les petits enfants d’Afrique meurt-il de faim à cause du péché d’Adam ? Le péché originel a toujours des airs de scandale lorsqu’on y pense : une humanité corrompue et séparée de Dieu dès la conception à cause d’une corruption de nature héritée d’Adam…

J’ouvre une petite parenthèse : Je ne veux pas entrer ici dans un débat à savoir si la doctrine augustinienne du péché originel est vraie ou fausse, car c’est probablement un peu des deux (nous en avons parlé ailleurs). Souvenons-nous juste de ce qui en est vrai et qu’exprime toute la Bible : chaque être humain à la naissance a besoin d’être sauvé et secouru par Dieu.

Mais la question demeure entière : pourquoi ? Et puis : D’où vient le fait que nous devons être secourus ? Pourquoi cette nécessité du salut de Dieu ? Pourquoi faut-il que cela vienne de Dieu et non de nous ? Est-ce du fait du péché d’Adam, du serpent et du fruit défendu et de la corruption de nature qui s’ensuit ? Oui…

Mais voilà : l’idée d’un jardin paradisiaque, d’un couple auréolé, d’un  serpent qui parle et la corruption de nature aux airs scandaleux… on vient de dire que  ça accroche.. Est-ce qu’il n’y a pas contraction ?! D’un côté, il semble qu’il faille admette le fait que le récit d’Adam renvoie à quelque chose de vrai, c’est-à-dire le besoin d’être sauvé. Mais d’un autre côté, je doute, à l’instar de la culture contemporaine, de la véracité historique du récit. Est-ce une position intellectuellement acceptable ?

D’abord, je suis très conscient que cela prête flanc aux attaques des deux bords. Premièrement du côté des scientifiques qui me reprocheraient mon attachement sentimental à une belle fable, en me proposant plutôt de pencher vers l’idée d’un processus évolutif où il n’est plus nécessaire d’invoquer « l’hypothèse de Dieu ». De l’autre, je prête flanc aux attaques de mes amis évangéliques qui me reprocheraient un manque de foi dans la parole de Dieu – crime de lèse-majesté.

Mais je reviens au message principal de ce blog : il est possible d’harmoniser la vérité symbolique du récit adamique avec la réalité du monde que nous découvrons par le regard de la science. Nos contemporains ont besoin de se familiariser avec le langage métaphorique et les chrétiens avec le langage rationnel.

eXploration_TheologiqueLa Bible permet les deux lectures. Par exemple, le nouveau testament permet une lecture symbolique du récit adamique. Paul voit clairement dans le symbole du serpent une figure à la fois du péché, du tentateur, de l’idolâtrie, des mauvais désirs et du destructeur (1 Co 10.7-10). Ce qui lui permet de dire : « Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ai été humaine » (1 Co 10.13). La faute des hommes – le premier y compris – vient d’une tentation dont l’origine est humaine.

C’est ce que Jacques dit aussi lorsqu’il écrit que

chacun est tenté quand il est attiré et entraîné par ses propres désirs » (Ja 1.14)

Si vous avez une Bible, tournez avec moi les pages jusqu’au 7ième chapitre de l’épître de Paul aux Romains au verset 7. Il est question du rôle paradoxal de la loi (Rom 7.7-12). Paul évoque donc le caractère paradoxal de la Loi. La loi et le commandement sont bons et saints, mais en même temps ils suscitent le péché et les mauvais désirs en l’homme.

 Je n’ai connu le péché que par la loi  (Rom 7.7).

Disons que cette phrase suffirait à elle seule à résumer le récit d’Adam et Ève.

Paul dit explicitement que le péché est une réalité qui apparaît avec le commandement. Avant le commandement divin adressé à l’homme « tu ne mangeras point le fruit… » (Ge 2.17) l’homme ne pouvait pas pécher. Non pas qu’il était parfait. Mais parce qu’il n’y avait pas encore de loi. Paul dit :

« sans loi, le péché est mort » (Rom 7.8)

Sans révélation de la volonté de divine, il ne peut y avoir de péchés.

Après le commandement (Ge 2.17) surgit la tentation (Ge 3). Paul, qui a le texte de la Genèse comme référent de la désobéissance, ajoute  ensuite que

 saisissant l’occasion offerte par ce commandement, le péché a produit en moi toutes sortes de désirs  (Rom 7.8).

Puis il reconnaît aussitôt son impuissance devant le péché :

Quand le commandement est venu, le péché a repris vis et moi je suis mort. (Rom 7.9).

C’est exactement ce qu’enseigne le récit adamique. Adam, c’est nous, c’est chacun de nous, c’est l’humanité naturelle qui, dès lors qu’elle connaît le commandement, ne peut résister au péché et a besoin d’être sauvé.

Voilà un autre point important à méditer pour bien saisir ce qui vient d’être dit :

Réfléchissez quelques instants au commandement divin adressé à l’homme peu après sa création :

tu ne mangeras pas…  (Ge 2.17).

Quel est selon vous l’intention de Dieu « qui ne tente personne » ? Le commandement n’a pas pour but de « tester » ou « tenter », ni encore moins de faire mourir l’humanité naissante. Il a plutôt pour but, comme le dit Paul en Rom 7.7-12, de révéler à l’humanité l’inévitable réalité qui s’attache à La révélation divine : l’éveil du péché. Il y a un prix à la révélation de Dieu : c’est la venue du péché.

D’une manière extrêmement poétique, mais vibrante, Paul appel cette réalité

« la douleur de l’enfantement » (Rom 8. 19-22).

Ce n’est pas l’homme ni même le serpent en Rom 8.20 qui livre la création au pouvoir du néant. C’est Dieu. L’Adam qui, jusque-là, ne pèche pas puisqu’il n’y a pas de révélation/commandement/loi, succombe inévitablement, dès que le commandement est donné, aux mauvais désirs suscités par le péché qui, justement, prennent appui sur le commandement. Et c’est là l’enseignement du récit adamique : l’homme a besoin de salut. Nul ne prétendra, sauf Pélage, que l’homme peut vaincre le péché par ses propres forces, non ?

On peut rétorquer que le commandement « tu ne mangeras pas » qui est suivi d’un avertissement « tu mourras certainement » sont tous deux adressés à un individu nommé Adam. Faux ! Cela est une mauvaise lecture. Regardez mieux. Ge 2.15-17 ne s’adresse pas à un individu, il s’adresse à « l’homme » (au sens de l’humanité). Ce détail, qui a échappé à de nombreux exégètes, trouve son accomplissement en Jean 19.5. Le « certainement tu mourras » s’adresse à « l’homme », certes, mais aucunement à un individu nommé Adam. «  l’homme » dont il est question, c’est Jésus représentant de l’humanité, et l’apôtre Jean veut bien le mettre en évidence pour les lecteurs qui connaissent la Genèse. « Voici l’homme » dit Pilate, ecce homo (Jean 19.5). L’homme véritable, l’image de Dieu, c’est Christ, pas Adam.

Une des grandes erreurs de notre époque est la méconnaissance du principe christocentrique des Écritures. La venue de Christ accomplie les Écritures (Mat 5.17). C’est vers Christ qu’il faut se tourner pour comprendre les promesses de Dieu, y compris le « tu ne mangeras pas » et le « certainement tu mourras ». De même, lorsqu’il est question de l’hostilité entre la descendance de la femme et le serpent en disant « celle-ci t’écrasera la tête et tu lui blesseras le talon » (Ge 3.15) c’est encore et toujours de Christ qu’il s’agit.

Cette interprétation de plus est confirmée par l’apôtre Pierre qui annonce que Christ est l’agneau prédestiné immolé pour nous depuis la fondation du monde (1 Pi 1.19-20) et par Jésus lui-même qui réprimande ses disciples stupéfaits en disant : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit cela et qu’il entra dans sa gloire ? » (Luc 24.25). C’est Jésus qui devait mourir « pour nos péchés ». Pas Adam.

Bref, tout cela pour dire qu’il est possible de comprendre la signification théologique du récit adamique sans tomber dans les spéculations historiques du récit qui repoussent nos contemporains loin de la Bible à cause d’une mauvaise compréhension des récits de création.

 

 


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