Lettre à un ami athée (11): de la diversité des dénominations chrétiennes

Posté par Roger Lefebvre
Article 11 sur 14 pour la série : Lettre à un ami athée
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Cher Ami,

 

Dans cette onzième lettre, j’aimerais revenir à quelques considérations sur la multiplicité des dénominations chrétiennes et sur la manière de s’y frayer un chemin. Encore faudrait-il que chacun ait l’honnêteté – à défaut de la capacité – de reconnaître ses propres lacunes… « Connais-toi toi-même ! » disait déjà Socrate… Mais ce n’est pas évident ! Car l’homme est ainsi fait qu’il préfère rencontrer les gens qui le confortent dans ses idées et ses défauts que ceux qui le remettent en question. Cela est vrai des philosophies en général, cela est aussi vrai des religions et plus particulièrement des dénominations au sein du Christianisme.

 

C’est ainsi qu’instinctivement, la plupart des gens recherchent une forme de piété qui réponde à leur tempérament. Sont-ils mystiques, ils s’intégreront à une communauté contemplative… Sont-ils avides de manifestations surnaturelles, ils préféreront un groupe charismatique… Sont-ils du genre intellectuel ou adepte du « libre examen », une église libérale les satisfera sans doute… Sont-ils formalistes, ils aimeront les cultes liturgiques des grandes églises historiques… Sont-ils légalistes, ils s’orienteront vers une communauté fondamentaliste, plus soucieuse de certitudes que de vérité… Ont-ils besoin d’être sécurisés, ils se soumettront sans problème à la conduite d’un leader à la forte personnalité… Etc.

On pourrait multiplier les exemples, mais ceux-ci suffisent à montrer que bien peu de croyants – mais pas moins que d’incroyants – sont vraiment prêts à se remettre en question. Cela suffit aussi à expliquer le succès des sectes, même à notre époque de matérialisme et de rationalisme athée ! Sans essayer « d’évangéliser » qui que ce soit, j’aimerais donc partager quelques remarques d’ordre général avec les non croyants qui s’interrogent sur la vraie nature de la foi chrétienne.

 

Tout d’abord, il n’est pas nécessaire d’être croyant pour admettre que si Dieu existe vraiment, il ne sera jamais démontrable ; car si tel était le cas, il ne serait plus Dieu : il ne serait pas le Créateur distinct de la création, il ne serait qu’un élément de la création ou, si l’on préfère, de l’univers…

 

D’autre part, si Dieu présente des caractères infinis, il est par nature inaccessible à notre finitude… Par contre – d’un point de vue quasi mathématique – rien n’empêche ce Dieu infini de se révéler aux êtres finis que nous sommes… Toutefois, si cet être infini qu’est Dieu souhaite se révéler à l’être fini que je suis, il est évident que lui appartient, plutôt qu’à moi, l’initiative de fixer le « comment » et le « quand » de cette rencontre… D’où la particularité essentielle de la foi chrétienne, qui est de croire qu’il y a deux mille ans, Dieu s’est ainsi révélé à l’humanité en la personne de Jésus-Christ…

 

Cela dit, je ne cherche jamais à convaincre un non croyant de l’existence de Dieu. Il n’y a pas plus de preuves de son existence que de sa non-existence… Aussi, j’ai passé l’âge de jouer aux cow-boys et aux indiens… Non ! Je me contente d’inviter les personnes « en recherche » à lancer un défi à ce Dieu – dont l’existence demeure hypothétique pour eux – et de le faire en lui disant : « Dieu ! Si tu existes vraiment : révèle-toi à moi ! »… Jusqu’à présent, je ne connais aucune personne intellectuellement honnête – c’est la seule condition requise – à qui Dieu n’ait pas répondu d’une façon ou d’une autre… Dans mon prochain courrier, je t’en dirai tout de même un peu plus long sur la façon d’y parvenir.

 

Bon courage et à bientôt !

 

R.L.


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Roger Lefebvre

7 Commentaires

  1. Pascal mar 16 Juil 2013 Répondre

    J’aime beaucoup votre « défi », tel que vous l’exposez à la fin de cette lettre !
    Et Dieu à ce moment-là, cesse d’être inaccessible et se révèle à l’humble chercheur, pour peu, qu’humble et sincère, il le soit.
    Soyez béni pour ce message, et certain également que j’userai de votre « truc », à chaque fois que je croiserai un athée convaincu ou un croyant dans le doute !
    Mais je ne peux m’empêcher de me poser la question : pourquoi un croyant perdrait-il du temps à essayer de convaincre un incroyant de l’existence de Dieu ?
    Est-ce l’angoisse de savoir que certains ne partagent pas ses intimes convictions ? Par souci d’uniformisation de la pensée ? Par certitude d’être dans la vérité et les autres dans l’erreur ? En ces temps de ramadan, où de nombreux musulmans expriment leur foi, je ne peux m’empêcher de me demander : sont-ils tous dans l’erreur et moi, en tant que chrétien, dans la vérité ? Ou finalement, la vérité posséderait-elle de multiples facettes, y compris celle de l’athéisme ?

  2. Marc mar 16 Juil 2013 Répondre

    Bonjour Pascal,

    Roger est parti pour qq jours de vacances bien méritées et se trouve hors connexion…

    Sans vouloir me substituer à lui, je trouve ta question très pertinente sur notre motivation à témoigner de notre foi en Jésus. Je ne pense pas que nous perdions du temps dans nos discussions avec les incroyants car c’est bien là le message du Christ au travers des évangiles (évangile = bonne nouvelle ; pourrions-nous nous taire ?)
    Comme essaie de le faire ressortir Roger dans ses interventions, la Bible ne laisse d’ailleurs guère de place aux religions (même chrétienne je dirais) en soulignant l’importance de l’expérience personnelle et du Christ comme fondement de Tout et seule voie de Salut.

    Comment alors éviter de sombrer dans une dictature théocratique qui peut parfois tenter même bien des chrétiens, respecter les opinions et même les opposants les plus virulents ? C’est bien là la réflexion à laquelle voudrait nous inviter cette série de lettres

  3. Yogi jeu 01 Août 2013 Répondre

    > « Tout d’abord, il n’est pas nécessaire d’être croyant pour admettre que si Dieu existe vraiment, il ne sera jamais démontrable » : Ah si, il suffirait qu’il se manifeste.

    > « Jusqu’à présent, je ne connais aucune personne intellectuellement honnête – c’est la seule condition requise – à qui Dieu n’ait pas répondu d’une façon ou d’une autre » : Si, comme vous l’affirmez, il n’y a pas de preuves de l’existence de Dieu, je crains que cette phrase n’ait pas de sens.
    Tout au plus pouvez-vous dire « Jusqu’à présent, je ne connais aucune personne intellectuellement honnête à qui il ne soit pas arrivé quelque chose que j’aie choisi d’interpréter comme une réponse de Dieu ».

  4. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre sam 03 Août 2013 Répondre

    Salut Pascal.
    Marc a très bien défini ma pensée et déjà anticipé ma réponse. En fait, je visais surtout certains croyants qui s’efforcent de prouver l’existence de Dieu avec des arguments pseudo scientifiques. Or, il me semble que si Dieu était vraiment « démontrable » tous être sensé croirait en lui… Ou du moins à son existence (ce qui n’est pas la même chose). Jacques nous dit que « le diable aussi croit en Dieu », mais que ce n’est pas cela qui le sauvera : aussi, « il tremble » !
    En fait, la foi (au sens biblique et chrétien du mot) implique une relation retrouvée entre Dieu et le croyant, avant de spéculer sur son « salut éternel » qui demeure l’affaire de Dieu. Le Nouveau Testament affirme que la restauration de cette relation homme/Dieu n’est possible qu’en s’appropriant l’oeuvre de rédemption en Jésus-Christ. Et ceux qui prennent cette affirmation au mot constatent que « ça marche » !
    Si bien que je ne poserais pas la question des autres religions ou conviction en termes « d’erreurs » mais de relations : Conduisent-elles à une relation personnelle retrouvée avec Dieu ? Il ne me semble pas que l’Islam (puisque tu prends cet exemple) le prétende. Il me paraît s’inscrire dans l’approche de toutes les religions (y compris le Christianisme quand il n’est « qu’une » religion) : à savoir se concilier les faveurs de la divinité à travers la pratique de rites et de pratiques sensées plaire à la-dite divinité. On est loin de la relation « épouse/époux » qui est la référence biblique de la foi chrétienne biblique.
    Maintenant, pour revenir à la question du salut des non-chrétiens, je ne peux que répéter ma conviction qu’il appartient à Dieu d’en juger et pas à nous-autres pauvres humains. Certains passages bibliques laissent entendre qu’ils seront jugés selon leurs oeuvres… Est-ce que cela implique un salut possible ? Je me garderai bien de trancher, m’en remettant à l’amour et à la justice de Dieu.
    Je voudrais juste terminer en rappelant que la foi chrétienne concerne d’abord notre vie ici-bas. Elle n’est donc pas qu’un « opium du peuple » pour la vie future. C’est dès maintenant que l’homme a la possibilité de connaître une réelle intimité avec Dieu qui donne pleinement son sens à une vie terrestre qui sans cela pourrait en manquer cruellement.
    Sur ce : Dieu te garde en sa grâce !
    A plus,
    Roger

  5. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre sam 03 Août 2013 Répondre

    Bonjour Yogi.
    CQFD ! Bien vu Yogi… Mais !
    (Bon : on se tutoie, ce sera plus simple pour le bon belge que je suis, une fois !)
    Mais, disais-je : il ne faut pas perdre de vue que la mise en valeur d’une preuve relève d’une démonstration intellectuelle et que la foi relève d’une relation et donc de l’expérience.
    A priori, comme ça à froid, je suis totalement incapable de te prouver l’existence de mon épouse. Pourtant je puis t’assurer que nos relations dépassent et de loin le niveau de « l’interprétation »… À preuve : les trois belle filles que nous avons faites ensemble. (Oui : je l’ai un peu aidée !)
    Plus sérieusement, il est vrai que le relationnel fait la part belle à l’interprétation ( de tout ce que l’autre dit ou ne dit pas, de tout ce qu’il fait ou ne fait pas, etc.) Mais l’existence de cette autre n’est pas remise en cause du fait de l’absence d’une démonstration scientifique et rationnelle de son existence.
    Mais je comprends ta logique : qu’est-ce qui me prouve que tu existes, par exemple. Tu pourrais n’être qu’un programme informatique sophistiqué que naïvement j’interprète comme étant un être humain s’intéressant à ma prose… Idem avec Dieu !
    Cela dit, il est vrai que la relation homme/Dieu est d’un autre ordre que la relation homme/femme, encore que…
    Encore que : essaye d’expliquer ce qu’est l’orgasme à un enfant de cinq ans qui t’interroge sur ce que c’est « faire l’amour ». Tu pourras lui expliquer que c’est agréable, que ça fait du bien, etc… Mais en définitive, tu seras bien obligé de te défiler en disant : « Tu verras quand tu l’expérimenteras toi-même ! »
    C’est un peu la même difficulté que rencontre un croyant qui vit une relation avec Dieu (au niveau spirituel, s’entend !) lorsqu’il doit essayer de définir ce qu’il vit à travers sa foi.
    Il est difficile de parler d’une dimension relationnelle que l’autre n’a pas (encore ?) expérimenté… D’où cette apparente lâcheté et ce défi (tu n’es pas obligé de le relever) qui termine ma petite bafouille ci-dessus !
    Sur ce bon weekend, et peut-être à bientôt,
    Roger

  6. Yogi lun 05 Août 2013 Répondre

    Bonjour Roger,

    Notons tout de même que ta femme appartient (je suppose ;-) ) à la classe des « êtres humains », dont l’existence me paraît prouvée et dont j’ai moi-même déjà vu de nombreux exemplaires.
    Même si ta femme est unique, pétrie de qualités difficiles à imaginer ;-) et que l’on ne trouve chez personne d’autre, l’hypothèse de son existence ne me paraît pas déraisonnable.

    Le Dieu chrétien quant à lui appartient à la classe des « divinités », dont l’existence d’aucun exemplaire n’a (pour le moment) été prouvée nulle part.
    D’ailleurs, toi-même tu nies que les autres divinités connues existent vraiment, alors que des milliards de personnes nous l’affirment.
    Comme si tu niais l’existence de toutes les autres femmes tout en soutenant que la tienne, elle, existe.
    Cette position me paraît délicate.

    Mais qu’à cela ne tienne, je relève le défi !
    Comme je voudrais être sûr de ne pas me tromper, je me suis constitué une liste des divinités connues https://fr.wikipedia.org/wiki/Divinit%C3%A9 En les prenant par ordre alphabétique, en lançant à chacune d’elles « Si tu existes vraiment : révèle-toi à moi ! » et en laissant, mettons, une semaine à chacune pour se manifester, je devrais arriver à « Jésus » d’ici un an et demi. Je te tiens au courant !

  7. Roger Lefebvre Auteur
    Roger Lefebvre mer 07 Août 2013 Répondre

    Salut Yogi,
    Pour l’appréciation de ma chaste et vertueuse épouse, je te trouve assez objectif : merci pour elle ! D’autant qu’en définitive, après 46 ans de vie commune (et quelques orages), je n’ai pas changé d’opinion. ;-))
    Mais trèves de confidences ! En fait, comme je le disais à Pascal (juste avant toi) la spécificité (me semble-t-il) du Christianisme est de restaurer une relation personnelle et d’amour entre Dieu et l’homme en dehors de toute pratique (rites,etc.)religieuse : ce qui, à ma connaissance, n’est ni l’ambition, ni la démarche des autres religions, même pas les monothéistes, dont le propos est généralement de se concilier les faveurs de la divinité et de se préserver des influences néfastes par la pratique de tout un fatras de règles, de rites et de pratiques dont on se demande ce qu’un dieu pourrait bien faire, en définitive.
    Mais bon, je ne voudrais pas te décourager : à quel n° es-tu arrivé avec tes quelques milliers de dieux répertoriés ? ;-))
    Plus sérieusement : je fais part ici d’une conviction (et surtout d’une expérience), mais je n’oblige personne à les partager !
    Bonne journée et à plus tard, peut-être…
    Roger

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