Lettre à un ami athée (10) faut-il confondre foi et législation?

Posté par Roger Lefebvre
Article 10 sur 14 pour la série : Lettre à un ami athée
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Cher Ami,

 

Comme promis, j’aimerais revenir ici à la fâcheuse manie, qu’ont certains chrétiens, de prétendre imposer leur morale à tous leurs concitoyens. Je ne parle pas ici de l’hégémonie politique à laquelle aspirent certaines dénominations chrétiennes : elles font la honte du Christianisme. Rien n’est plus éloigné de la pensée de Jésus que cette soif de pouvoir et de puissance ! Non, je songe ici à des croyants sincères, aussi convaincus du bien-fondé de leurs convictions religieuses que du caractère bienfaisant de leurs choix moraux. Aussi, à défaut de pouvoir convertir la terre entière à leur religion, ils croient devoir imposer à tout le monde les options morales qui en découlent… C’est donc en toute bonne foi – si j’ose dire – qu’ils poursuivent cet objectif via la législation de leur pays.

 

Tout ceci montre bien que la négligence de toute distinction entre la foi et la morale engendre une regrettable confusion entre la religion et la législation. La foi chrétienne inclut une morale, certes, mais elle ne se limite pas à une morale… bien que ce soit la tentation de beaucoup de croyants. Il est d’ailleurs significatif d’observer que, chez les croyants les plus superficiels, ce n’est pas la foi en Dieu qui préside à leur conduite, mais la législation de leur pays. Car à leurs yeux, comme au regard de la plupart des gens : tout ce qui devient légal devient aussi moral. Cela explique sans doute les appréhensions et donc la volonté de certains responsables religieux d’harmoniser la législation de leur pays avec ce qu’ils considèrent comme la volonté Dieu.

 

Pourtant, ce légalisme religieux est sévèrement condamné par Jésus. L’apôtre Paul le définit même comme « ayant l’apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force »… Aussi, les athées et les agnostiques qui, d’instinct, s’en méfient, ont raison de le faire : sans le connaître, ils ne font que suivre le conseil donné à Timothée : « Eloigne-toi de ces gens-là ! »

 

En fait, il est évident que toute législation doit tenir compte des convictions de chaque citoyen, afin d’accorder à chacun la liberté nécessaire pour vivre en accord avec ses propres convictions. Toutefois, dans la mesure où cette législation ne présente aucun caractère contraignant, rien n’oblige les chrétiens pratiquants à se conformer aux lois qu’ils trouvent trop libérales, ayant été édictées pour répondre à l’attente d’une majorité de concitoyens agnostiques, athées ou même chrétiens « sociologiques »…

 

D’ailleurs, en matière d’éthique, le législateur aurait fort à faire s’il voulait se conformer à un point de vue chrétien unanime. Car, dans ce domaine, comme en beaucoup d’autres, il faut reconnaître que les positions adoptées par les diverses dénominations chrétiennes – et plus encore par les chrétiens eux-mêmes – varient à l’infini…

 

Mais ceci me ramène à un problème soulevé plus haut, à savoir : l’imbroglio des diverses dénominations chrétiennes et l’incapacité de s’y retrouver pour qui n’est pas un spécialiste de la question. C’est la question à laquelle j’aimerais répondre la prochaine fois.

 

A bientôt !

 

R.L.


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Roger Lefebvre
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