Le théisme « arminien »

Posté par Bruno Synnott

>4 Articles pour la série : Le théisme ouvert
Print Friendly, PDF & Email

 La question

Le problème de départ de notre série était celui-ci : Dieu peut-il être à la fois omniscient, i.e. posséder un savoir complet sur tout ce qui peut être connu, et garder en même temps son omnipotence, c’est-à-dire son pouvoir total dans tout ce qui n’est pas intrinsèquement impossible de faire ? Le dilemme pourrait aussi être reformulé ainsi :

  • 1/ si Dieu connaît depuis l’origine le déroulement du monde jusqu’à son terme – passé, présent et futur – comment pourrait-il encore en changer le cours par la suite ?
  •  2/ si Dieu peut changer le cours de l’histoire pendant que celui-ci se déroule, à cause du libre-arbitre de l’homme ou de la contingence des événements, alors comment peut-il connaître son aboutissement de manière absolue ? Continuons l’exploration théologique…

 

 La réponse du théisme « Libre-arbitre »

Pour répondre à cette question, le théisme arminien ou « du libre-arbitre »  (en anglais : free will theism) apporte, à côté du théisme « calvinisme », une réponse solide et cohérente avec l’ensemble des textes bibliques. Il reprend les éléments du théisme traditionnel, mais tente de les rééquilibrer en tenant compte de la notion de libre-arbitre. Il est résolument plus ouvert à la contingence, Dieu et l’homme interagissant librement dans le cours de l’histoire.

Une compréhension différente de l’omniscience

Dans le théisme calviniste, l’omniscience et l’omnipotence divine sont intimement liées. Puisque Dieu détermine le cours des choses, il connaît aussi toute chose. Dans le théisme « libre-arbitre », l’omniscience de Dieu n’impose pas de nécessité  :

 « bien que la compréhension de Dieu soit certaine et infaillible, elle n’impose aucune nécessité aux choses, non, plutôt elle établit en eux une contingence. » [1].

Ici la Toute-Puissance et l’omniscience prend en compte le libre-arbitre.

On parlera plutôt de prescience. Car au lieu d’exercer une souveraineté absolue, par laquelle il détermine et connaît tout ce qui a lieu dans le cours de l’histoire (du cheveu qui tombe de nos têtes aux catastrophes naturelles en passant par le nombre des élus), Dieu dans sa prescience connaît d’avance ceux et celles qui répondront librement à la grâce prévenante, qui est une grâce commune donnée à tous, rendant chacun capable de répondre positivement ou négativement à l’invitation de croire et de suivre Jésus-Christ, le Fils de Dieu.

La prescience de Dieu est dans ce contexte la connaissance à l’avance de ce que les hommes feront de la grâce prévenante. Dans le théisme arminien, la foi des hommes est donc  causale (contrairement au  théisme calvinisme) ; elle précède ainsi l’élection [2]. Ainsi la position théiste « libre-arbitre » relativise l’immuabilité et l’impassibilité de Dieu. Alors que la position traditionnelle affirme que Dieu décrète toute chose et que tout se déroule selon le plan divin, dans le théisme « libre-arbitre » les décrets éternels de Dieu tiennent compte de la contingence et du libre-arbitre.  Dans son plan, Dieu a tenu compte de la prière et à l’attitude des humains [3] et on voit d’ailleurs cela dans la Bible [4].

Dans la position traditionnelle, Dieu n’est jamais affecté ou surpris par ce que font les humains [5], dans le théisme dit « libre-arbitre » Dieu se laisse émouvoir lorsque sa volonté est bafouée ou lorsque l’homme crie à l’aide, comme on le voit en Ex 32. 9-14; 1 Sa 2.30; Jonas 4.2; Juges 10. 10-16.

D’ailleurs on pourrait d’ailleurs se demander si un Dieu qui ne serait jamais affecté par sa création serait un Dieu qui aime vraiment ? Peut-on aimer vraiment si on n’est pas affecté par l’autre ? Un Dieu impassible serait-il un Dieu insensible ? Or le Dieu de la Bible est un Dieu qui souffre (Actes 17.3; Lec 24.25). C’est le paradoxe unique de la foi chrétienne: Dieu a été crucifié pour nos péchés et est ressuscité pour notre justification (Rom 4.25). Or s’il se laisse ainsi émouvoir et affecter par la souffrance, il n’est jamais dépassé par les émotions comme les humains.

 Comment le théisme arminien répond-t-il au dilemme du départ ?

Dieu demeure-t-il Tout-Puissant et omniscient ? Oui, et il tient compte de la liberté et la contingence dans sa  prescience et détermine les choses en conséquence.

Il y a toutefois deux éléments du théisme « libre-arbitre » assez semblable au théisme traditionnel qui seront remis en question par le théisme dit « ouvert » qui sera abordé dans le prochain article de la série. D’abord cette idée que Dieu soit « intemporel » (Dieu se situe en dehors du temps et donc peut connaître l’issue de toute chose) et deuxièmement l’idée de prescience que Dieu connaisse d’avance l’issue définitive du futur contingent des humains.


[2] 1 Pi 1.1-2

[3] Ex 32. 9-14; 1 Sa 2.30; Jonas 4.2; Juges 10. 10-16

[4] 2 Rois 20; Jac 4.2;

[5] Un exemple de la surprise de Jésus devant l’incrédulité des siens : Marc 6.5-6


Navigation dans la série<< Le théisme « calviniste »
Le théisme « ouvert » >>

1 Commentaire

  1. Benoit Hébert lun 06 Oct 2014 Répondre

    Merci Bruno pour cet « exposé » de la position théologique qui me paraît à ce jour la plus satisfaisante et la plus équilibrée d’un point de vue biblique, et aussi de l’expérience, même si elle garde une part de mystère.

    « dans le théisme « libre-arbitre » les décrets éternels de Dieu tiennent compte de la contingence et du libre-arbitre. Dans son plan, Dieu a tenu compte de la prière et à l’attitude des humains et on voit d’ailleurs cela dans la Bible. »

    Les réactions les plus vives ont eu lieu quand tu as abordé le « théisme calviniste ». J’espère que des voix s’exprimeront aussi sur le « théisme arminien », pour en souligner les forces mais aussi les difficultés…

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*