La vie n’est pas une science exacte !


Print Friendly, PDF & Email

Nous poursuivons notre compte rendu de l’ouvrage de l’historien et théologien anglais Alister McGrath traitant du Nouvel Athéisme. Nous avons déjà traité des rapports entre la foi et la violence. Abordons maintenant les relations entre foi et raison. Ancien athée, Alister McGrath a embrassé la foi chrétienne alors qu’il était étudiant en science naturelle à l’Université d’Oxford.

Il nous rappelle la position des partisans du Nouvel Athéisme.

« Le Nouvel Athéisme fait de la rationalité l’une de ses caractéristiques principales et nie agressivement en insistant que toute autre alternative puisse être considérée comme rationnelle. Il faut pourtant dire que ceci correspond davantage à une vision populiste plutôt qu’académique. La plupart des athées en dehors du mouvement du Nouvel Athéisme concèdent à la foi les limitations de la raison et la rationalité de visions du monde non athées. Ils affirmeront peut-être que leur athéisme a plus de sens que d’autres options, mais ne qualifieront certainement pas de d’irrationnelle la croyance en Dieu. »

La rationalité de la croyance en Dieu

Les choses sont-elles aussi simples que ne les présente Richard Dawkins ?

« La foi est la grande excuse pour fuir la nécessité de penser et d’évaluer les preuves. La foi est la croyance en dépit, et peut-être à cause du manque de preuves…La foi n’est pas autorisée à se justifier par des arguments. »

Dans un débat, Richard Dawkins a défié Alister McGrath de lui prouver que Dieu existe

« Si je pouvais le prouver, alors il le croirait. »

Pourtant, les choses ne sont pas aussi simples

« Il y a en fait plutôt peu de choses que l’on peut prouver par la science et la raison, et Dieu n’en fait pas partie. Pas plus d’ailleurs que tout ce qui a une importance ultime-y compris les valeurs centrales et les idées de l’athéisme. »

Isaiah Berlin (1909-1997), philosophe britannique, a regroupé les convictions humaines en trois catégories.

  • Celles que l’on peut établir par l’observation empirique
  • Celles que l’on peut établir par déduction logique
  • Celles que l’on ne peut prouver par aucune des méthodes précédentes.

« Les deux premières catégories concernent d’une part ce qui peut être établi de façon fiable par les sciences naturelles, et ce qui peut être prouvé par la logique et les mathématiques d’autre part. La troisième catégorie concerne les valeurs et les idées qui ont façonné la culture et ont procuré du sens à l’existence humaine, mais qui ne peuvent pas être prouvées par la science ou la raison.»

La déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies (1948) nous en fournit un très bon exemple

« Tous les hommes naissent libres et égaux en droits. Ils sont dotés de raison et d’une conscience et devraient agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Cette affirmation ne peut pas être prouvée « logiquement ou scientifiquement », pas plus que la conviction que la démocratie est meilleure que le fascisme, ou que l’oppression est mauvaise. Mais beaucoup de personnes sages soutiennent pourtant ces valeurs dans leur travail, faisant confiance dans le fait que ces idées sont tout d’abord justes, mais aussi importantes. Comme le critique littéraire Terry Eagleton l’a dit :

« Nous soutenons beaucoup de croyances qui n’ont pas de justification pleinement rationnelles, mais qu’il est néanmoins tout à fait raisonnable de soutenir. » »

La foi du Nouvel Athéisme

« Le Nouvel Athéisme refuse de faire face à l’idée dérangeante que toute vision du monde –religieuse ou pas- va bien au-delà de ce que la science peut établir. C’est simplement ainsi que les choses sont. Les « questions ultimes » concernant la valeur et la signification des choses ne s’en iront pas. Le Christianisme tout comme le Nouvel Athéisme reposent sur des convictions qui ne peuvent être prouvées. »

La raison humaine et l’invention de Dieu

« Pour les auteurs chrétiens, la foi n’est pas une révolte contre la raison, mais une révolte contre l’emprisonnement de l’humanité derrière les murs froids du dogmatisme rationaliste. La logique et les faits peuvent seulement « nous amener jusqu’à un certain point, mais il nous faut faire le reste hors de ce chemin en direction de la foi. » La logique humaine est certainement adéquate rationnellement, mais elle est aussi existentiellement déficiente. La foi déclare qu’il y a plus dans la vie cela. Cela ne contredit pas la raison, mais la transcende. »

L’homme à l’image de Dieu ou bien Dieu à l’image de l’homme ?

Alister McGrath souligne que les partisans du Nouvel Athéisme font du Dieu de la Bible, et en particulier de l’Ancien Testament un Dieu plutôt repoussant.

« La Dieu de l’Ancien Testament est certainement le caractère le moins agréable de toutes les fictions : jaloux et fier de l’être. Un surveillant pitoyable, injuste et sans pitié. Un nettoyeur ethnique vindicatif et assoiffé de sang, misogyne, homophobe, raciste, infanticide,…, mégalomane, sadomasochiste, capricieux… »’Dawkins)

Pourtant, il y une grave fêlure dans le raisonnement de Dawkins ou de Hitchens. Tout le mal sur la terre est la faute de ce Dieu méchant.

« Mais si Dieu est une invention, un personnage fictif, alors tous les reproches faits à ce personnage qui n’existe pas retombent sur ceux qui l’ont inventé : les êtres humains. Ce n’est pas Dieu qui a initié et exécuté l’Holocauste. Il s’agissait bien des hommes au sommet de leur rationalité et de leur moralité. »

Hitchens a écrit

« Dieu n’a pas créé l’homme à sa propre image, mais c’est l’inverse. »

Alister McGrath en déduit ironiquement que

« Le Nouvel Athéisme est dans un position moral et intellectuelle inconfortable. Plus il qualifie la foi d’immorale et d’irrationnelle, plus il souligne l’irrationalité et l’immoralité de ses créateurs…Quand je lie Hitchens et Dawkins, je me demande parfois si en fait ils ne préféreraient pas que Dieu existe. »

Alister McGrath évoque ensuite la référence aux idées des Lumières, et aux conséquences inattendues des idées de Marx, Freud et Darwin sur la pensée du Nouvel Athéisme.

A suivre…


Navigation dans la série<< La foi et la violence, l’analyse d’A. McGrath des arguments du Nouvel Athéisme.
Les limites de la science, de la raison. Les Lumières et la postmodernité. >>
Avatar

2 Commentaires

  1. Avatar
    Georges mer 28 Août 2013 Répondre

    Bonsoir Benoît,

    Merci pour cette série d’extraits du livre de McGrath. La notion de « preuve » ici évoquée m’a fait penser à un aphorisme de Bernard Marchadier:

    « L’athée militant est toujours, par quelque côté, sot, parce que ses preuves visent à nier ce qui n’a pas besoin de preuves pour s’imposer aux esprits. »

    Dans Notes claires pour une époque fumeuse (p. 111).
    > http://www.editions-adsolem.fr/livre.php?id=81

    Pour info, un livre très intéressant est paru récemment: Dieu existe. Arguments philosophiques., d’un certain Frédéric Guillaud. Je te laisse consulter le lien:
    > http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=9778

    À bientôt!

    Georges

  2. Avatar
    Yogi ven 30 Août 2013 Répondre

    Bonjour Benoît,

    Il me semble qu’il y a quelques confusions dans tout cela. Ainsi il paraît clair que « Tous les hommes naissent libres et égaux en droits » est un principe, un postulat proposé comme règle sociale, qui ne peut être démontré et qui n’appelle pas à l’être. C’est un discours performatif, un peu comme « je vous déclare mari et femme » : ça ne se démontre pas, ça « est », ça crée un cadre social, ça définit un principe de droit.

    En revanche, démontrer que « la démocratie est meilleure que le fascisme, ou que l’oppression est mauvaise » est certainement possible pour peu que l’on se donne la peine de définir ce que l’on appelle « bon » et « mauvais ». Si par exemple le « bon » reflète une forme de mesure du « bien-être moyen » des populations concernées, la preuve rationnelle de ces affirmations est certainement accessible.

    Par contre je ne vois pas le rapport de tout cela avec l’athéisme, il s’agit plutôt de science politique et de droit civil.

    Quant à l’argument « Mais si Dieu est une invention, un personnage fictif, alors tous les reproches faits à ce personnage qui n’existe pas retombent sur ceux qui l’ont inventé : les êtres humains », il me semble tomber à plat pour Dawkins, lequel considère que Dieu est un « mème », une sorte de « virus mental » qui se propage dans les populations et les pousse régulièrement à des comportements répréhensibles.
    Selon cette analyse, « Dieu » est un produit de la culture humaine un peu comme le virus de la variole qui provient des animaux domestiques suite à l’invention de l’élevage. Les hommes en sont bien à l’origine, mais ne sont pas directement « responsables » des ravages qu’il provoque.

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*