Histoires révélées et récits historiques

Posté par Roger Lefebvre
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Introduction (B. Hébert)

Dans cette série consacrée à l’ouvrage Le faux problème de l’évolution, nous avons choisi de vous faire partager quelques extraits.

C’est donc sorti de son contexte, que vous pourrez découvrir  le  paragraphe suivant qui traite d’un sujet brûlant dans la théologie évangélique traditionnelle, dans un chapitre qui s’intitule:

Du relativisme historique aux certitudes de la foi

Le crédit accordé aux Écritures Saintes doit-il se limiter aux récits « strictement historiques » ?

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Histoires révélées et récits historiques

 

Aussi, laissons là le contentieux qui sépare les croyants des incroyants, pour nous limiter à la tension qui subsiste encore au sein des milieux évangéliques : bien que peu glorieuse, elle demeure la raison d’être de cette étude. En général, les chrétiens évangéliques accordent tous un label d’historicité aux récits qui se présentent comme des témoignages au premier degré, tels ceux des quatre évangiles, par exemple ; encore que l’évangéliste dont chacun porte le nom ne fut sans doute pas le rédacteur final. Ces derniers, toutefois, se sont fondés sur des traditions orales ou partiellement écrites remontant à Marc, Matthieu, Luc et Jean ; d’où l’intitulé des évangiles « selon » Matthieu, « selon » Marc, etc. non les évangiles « de » Matthieu, « de » Marc, etc. De plus, l’évangile selon Luc, par exemple, ne peut être de première main dans la mesure où, celui que Paul appelle le médecin bien-aimé ne faisait pas partie des disciples qui suivaient Jésus. Plutôt qu’un témoignage direct, son évangile fut plutôt le fruit d’un travail que l’on qualifierait aujourd’hui de « journalistique » ou d’enquête.

Enfin, s’il est vrai que les évangiles ont pour ambition de nous rapporter les paroles et les actions du Seigneur, il serait illusoire de penser que leurs auteurs ont voulu le faire à la façon de ce que nous qualifions aujourd’hui d’historique. Leur sens de l’historicité ne visait pas vraiment une réelle précision de temps et de lieu, mais poursuivait plutôt un souci de fidélité à l’enseignement du Seigneur et de démonstration de sa puissance divine. Si bien que certains éléments sont tout simplement ignorés des évangiles, alors que dans notre optique moderne de l’historicité, ils auraient pu paraître importants. Les évangiles n’en sont pas moins dignes de confiance quant aux éléments qu’ils nous rapportent, fût-ce de façon partielle.

Par contre, on est loin du compte pour les récits bibliques qui, par définition, ne peuvent s’appuyer sur aucun témoignage direct, ou même indirect. Or, tel est bien le cas de tous les récits couvrant la période qui précède l’apparition de l’homme sur la terre. Il va de soi, en effet, qu’aucun être humain n’aurait pu assister à la création de l’univers, ni être le témoin de sa propre création. Si bien que quiconque admet le caractère inspiré et inerrant de ces textes, doit aussi reconnaître qu’ils le sont en tant que révélation d’un enseignement spirituel et non en tant que récit historique puisque, par définition, un récit historique s’appuie toujours sur des témoignages humains, fût-ce au travers de certains artéfacts et d’autres vestiges archéologiques.

Faut-il le redire, cette conception, d’une Révélation divine en rapport avec l’enseignement spirituel plutôt qu’avec l’historicité du récit est tout naturellement le point de vue des lectures allégorique, symbolique ou mythique. Car, si ces textes relèvent d’une Révélation divine, et non de témoignages humains, ce sont ceux qui les traitent en récits historiques qui en trahissent la vocation spirituelle et en réduisent la portée de façon triviale, en lui donnant une dimension matérialiste étrangère au récit. Tel est le cas de la croyance en une création du monde en six jours, par exemple ; ou celle de Dieu donnant la vie en soufflant dans les narines de l’homme qu’Il a formé de la poussière du sol ; ou encore, pour celle de la femme tirée d’une côte de l’homme profondément endormi.

La fidélité au Texte, aussi bien que l’honnêteté intellectuelle devraient nous contraindre à traiter ces passages comme toutes les autres révélations bibliques. Celles de Daniel ou de l’Apocalypse, par exemple, nous proposent la vision d’événements qu’il ne viendrait à l’idée de personne – du moins je l’espère – de prendre au premier degré. Car le propre de ces révélations, c’est d’avoir été écrites sur un mode allégorique, et donc d’être des histoires requérant une lecture au second degré.

Pour les récits historiques, par contre, une lecture au premier degré s’impose comme la seule valable. Encore que nous aurions mauvaise grâce à nous montrer vétilleux sur des éléments parfois assez flous d’un contexte que le rédacteur nous donne dans le seul but de fixer un cadre au récit proprement dit. Car d’un récit historique, en effet, on peut seulement dire qu’il est vrai ou qu’il est faux en fonction de la fiabilité des témoins. Ainsi, quand la Bible affirme que Jésus est né de la vierge Marie ou que le matin de Pâques son tombeau était vide, il est clair que les narrateurs parlent au premier degré. Ils n’usent pas d’images ou d’une certaine façon de parler : pour eux, cela s’est vraiment passé ainsi, même si certaines circonstances annexes demeurent difficiles à cerner avec exactitude.

Sur ce point particulier, l’apôtre Paul tient des propos on ne peut plus catégoriques.

« Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine. Il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l’égard de Dieu, puisque nous avons témoigné contre Dieu qu’il a ressuscité Christ, tandis qu’il ne l’aurait pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent point. Car si les morts ne ressuscitent point, Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés, et par conséquent aussi ceux qui sont morts en Christ sont perdus. » (1 Corinthiens 15.14-18)

D’ailleurs, si la résurrection de Jésus n’avait pas eu lieu, la question de l’honnêteté des témoins – ou de leur santé mentale – deviendrait une question incontournable. Par contre, quand l’apôtre Jean annonce qu’un dragon à sept têtes couronnées et à dix cornes va balayer le ciel de sa queue pour précipiter le tiers des étoiles sur la terre, et qu’il se tiendra devant la femme qui enfante pour dévorer son enfant, tout le monde voit bien qu’il s’agit du langage allégorique propre aux révélations divines, et qu’il faut lire ces textes comme des histoires symboliques, c’est-à-dire au second degré. (Cf. Apocalypse 12.3ss.)

 

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Présentation générale de l’ouvrage sur cette page

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