Et si Adam n’avait jamais péché ?

Posté par Roger Lefebvre
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Vision traditionnelle du récit d’Adam et Eve

La plupart des croyants attachés à une lecture traditionnelle de la Bible admettent généralement que toute l’humanité est issue d’un premier couple d’humains que la Genèse appelle Adam et Ève. Cette conviction va généralement de pair avec la doctrine du péché originel, telle que définie par Augustin. Nos « premiers parents » auraient été créés dans un état d’impeccabilité spirituelle et donc morale absolue, état qu’ils auraient perdu par leur propre faute en désobéissant à la seule interdiction que leur avait imposée le Créateur. En plus des sanctions personnelles, ils se virent collectivement privés de l’accès à l’« arbre de vie » et perdirent l’immortalité à laquelle le projet divin les avait tout d’abord destinés.

 

Cette corruption de la nature originelle de l’homme s’est alors transmise à toute leur descendance, si bien que depuis ce jour, tous les humains naissent mortels et privés de la communion avec leur créateur. À ce stade, souscrire à la distinction que certains font entre une « corruption » réputée héréditaire, et une « culpabilité » qui ne le serait pas, paraît quelque peu oiseuse, dans la mesure où la corruption conduit nécessairement à la faute, la faute à la culpabilité, la culpabilité à la sanction, et la sanction à la mort physique puis éternelle.

 

S’accommode à des créationnismes de divers degrés

Avec l’une ou l’autre variante de détails, ce schéma est généralement compatible avec les conceptions qu’adoptent la plupart des croyants à propos de nos origines. Qu’ils soient strictement « créationnistes » (un univers créé en six jours de 24 heures, il y a quelque 6.000 ans), qu’ils soient « concordistes » (chaque jour biblique correspondant à une ère géologique), ou qu’ils soient partisans du « dessein intelligent » (une évolution conduite par Dieu intervenant miraculeusement à toutes les étapes), tous admettent l’idée d’une humanité issue d’un premier couple ayant péché et transmis cet « état » à toute l’humanité.

Rappelons que pour Augustin, le « péché originel » est un « état » transmissible et non un péché « commis », mais « état » entraînant la damnation de tout qui n’était pas baptisé.

 

En conflit avec les découvertes de la science et la création évolutive

Par contre, qu’en est-il pour ceux qui adoptent la conception d’une « création évolutive » – parfois appelée « évolution théiste » – c’est-à-dire l’idée d’un Dieu « concepteur » de l’univers, soutenant sa création par des lois naturelles mais non « interventionniste » de façon miraculeuse depuis le big-bang jusqu’à nous ? On se trouve alors confronté à une évolution progressive, impliquant l’émergence, non pas soudaine, mais tout aussi progressive de la conscience morale au sein d’une primo-humanité. Autrement dit, les premiers homo-sapiens ne furent pas un seul premier couple, mais un groupe d’individus isolés, apparus en conformité avec un processus évolutif de « spéciation », aujourd’hui largement attesté et donc admis.

 

 

Que dire de la doctrine du « péché originel » ?

Mais alors, « quid » du récit biblique du « péché originel » et de la « chute » ? Est-ce à dire que la « chute » n’a jamais existé ? Et dans ce cas, la Rédemption en Christ a-t-elle encore un sens ? Mettons tout de suite les choses au clair : le fait d’adopter le concept d’une « création évolutive » n’exclut en aucune façon l’évidence de l’existence et de l’universalité du péché au sein de l’humanité, et donc la nécessité de sa Rédemption en Jésus-Christ… Et cela, même si l’on ne cherche pas à expliquer l’origine du péché en l’associant à une « chute » dont la Bible ne parle jamais en ce sens. Car, plus important encore, la nécessité de la Rédemption est liée à l’universalité du péché, et non à l’une ou l’autre explication de son origine dans le monde. De toute façon, la présence du tentateur en Éden prouve bien que l’origine du péché est antérieure à la présence de l’homme en ce bas-monde.

 

Maintenant – et indépendamment des diverses conceptions que l’on peut avoir concernant l’origine de l’univers, de la terre, et de l’humanité – notons bien la manière dont les premiers chapitres de la Genèse nous présentent des indices qu’il est intellectuellement et spirituellement impossible d’ignorer sans verser dans une négligence coupable. Il y en a d’autres, mais les plus évidents crèvent les yeux : le fruit de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal », celui de « l’arbre de vie » qui confère la vie éternelle, le « serpent qui parle » comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, la découverte de « leur nudité » par Adam et Ève

 

Comment refuser d’y voir la parabole évidente du vécu de chaque être humain ? Ne sommes-nous pas à l’image de nos « premiers parents » quand nous prétendons échapper à la volonté de Dieu pour décider par nous-mêmes de ce qui contribue au bien ou au mal dans nos vies. Dès lors, confrontés par l’Esprit à la Révélation des Saintes Écritures, nous n’avons plus d’autre espoir de salut que dans la grâce de notre Créateur, telle qu’elle s’est manifestée dans la personne et l’œuvre du Christ Jésus.

 

Mais cet appel à plus de sobriété dans la lecture des premiers chapitres de la Genèse ne rencontre manifestement pas l’agrément de croyants qui semblent confondre la fidélité à la Parole de Dieu, avec la soumission aux thèses augustiniennes et aux décrets conciliaires. Cette loyauté à l’égard de la Tradition de l’Église historique est toute à leur honneur, malheureusement elle s’inscrit dans une théologie manquant singulièrement de bon sens. C’est donc à cette incohérence que nous allons nous attacher maintenant pour en démontrer l’inanité. En effet, dans la logique d’êtres humains créés impeccables et vivant de façon immortelle dans le jardin d’Éden, que se serait-il passé si le plan attribué au Créateur s’était déroulé de façon idéale, c’est-à-dire sans la désobéissance et la sanction de nos « premiers parents » ?… Et surtout, sans leurs effets collatéraux spirituellement dévastateurs pour toute leur descendance !

 

Un peu de fiction pour mieux comprendre

Pour cela, il nous faut rembobiner le film du récit biblique à l’envers et remonter à la tentation d’Ève par le « serpent ancien ». Mais cette fois, puisant son discernement, sa sagesse et sa force dans la parfaite harmonie qu’elle vit avec son Dieu, Ève résiste vaillamment à la séduction du malin. De plus, aide bien précieuse que Dieu vient d’accorder à l’homme, Ève met Adam en garde contre la ruse du diable et de ses discours fallacieux. Fort bien ! Les voilà donc poursuivant une vie paisible dans le jardin d’Éden, ayant des enfants qu’ils élèvent de façon pieuse et fidèle, dans la communion du Seigneur qui vient chaque jour s’entretenir avec eux à la fraîcheur du soir.

 

Et ainsi, le temps passe et les générations se succèdent… Pardon ! Et les générations « s’ajoutent » les unes aux autres… N’oublions pas que dans le jardin d’Éden, tout ce petit monde a accès à l’« arbre de vie » et demeure donc immortel. Si bien que depuis la création de nos « premiers parents » jusqu’à ce jour, la population s’est considérablement accrue dans le jardin d’Éden et commence même à s’y trouver quelque peu à l’étroit. Aujourd’hui, compte tenu d’une mortalité importante au cours des générations passées, nous sommes un peu plus de sept milliards d’individus sur terre. Montrons-nous modestes pour estimer que, sans cette mortalité, la population en Éden serait trois fois plus nombreuse, soit quelque vingt milliards d’individus. Abstraction faite des frontières constituées par les deux fleuves inconnus, ce jardin était déjà limité par le Tigre et l’Euphrate : soit plus ou moins l’Irak moderne. Compte tenu de la superficie de ce pays (448.742 km2) et en le considérant comme intégralement habitable, cela ne ferait jamais qu’une vingtaine de mètres carré par habitant… À partager avec la population animale ! Osons le dire : le paradis terrestre ressemblerait aujourd’hui à un camp naturiste surpeuplé et serait devenu une sorte d’enfer sur la terre !

 

Fort heureusement, compte tenu du caractère hautement spirituel de ses habitants, cette promiscuité n’engendrerait ni conflits de voisinage, ni meurtres, ni de guerres, si bien que nous n’aurions jamais eu besoin que Dieu se fasse homme et vienne mourir sur une croix pour expier les péchés que nous n’aurions jamais commis. Par contre, le Créateur vivant physiquement au milieu de son peuple, il n’y aurait pas eu le don du Saint-Esprit venant dans le cœur des croyants, pas d’adoption en Christ, pas de plénitude de l’Esprit, pas de charismes… La Bible serait devenue sans objet, puisqu’il n’y aurait jamais eu besoin d’Alliances avec Dieu : pas plus l’Ancienne que la Nouvelle… Donc, pas de peuple d’Israël et pas de Révélation non plus… Nul besoin de Rédemption et donc, pas d’Église, corps du Christ… Pas de mort, pas de fin du monde, pas de jugement dernier, pas de résurrection en Christ, pas de corps spirituel semblable à celui du Christ ressuscité, et donc pas de règne avec lui dans la Gloire…

 

Suis-je en train de dire : « Finalement, heureusement qu’Adam et Ève ont péché ! »… Certainement pas, puisque pour moi, ce récit est une allégorie qui nous renvoie chacun et chacune à notre propre péché, nous confrontant inexorablement à l’acceptation ou au rejet de la rédemption qui nous est offerte en Christ. Je n’ai donc aucune raison de regretter quelque chose qui, n’étant pas historique, n’a pu avoir lieu. Pas plus la désobéissance de nos « premiers parents » que leur obéissance, d’ailleurs, car dans cette dernière éventualité, le pire resterait encore à venir. Certes, dans la perspective de leur fidèle soumission au Seigneur, on pourrait sans doute envisager une postérité qui aurait été tout aussi fidèle, de la façon qui vient d’être décrite.

 

Et si une partie de l’humanité seulement avait péché ?

Mais dans la mesure où Adam et Ève pouvaient pécher, il serait plus réaliste d’envisager l’apparition d’une désobéissance survenant chez l’un ou l’autre de leurs descendants. Cette éventualité devrait même être considérée comme la plus probable, puisque d’un point de vue mathématique, cette probabilité aurait augmenté de façon proportionnelle au nombre de leurs descendants. Auquel cas, nous aurions aujourd’hui deux humanités bien distinctes. D’une part, une population pécheresse telle que l’humanité actuelle, en partie convertie à Jésus-Christ ; et d’autre part, une population demeurée fidèle et vivant toujours avec Adam et Ève dans le Jardin d’Éden, quelque part du côté de l’Irak… Jardin qui aurait miraculeusement échappé à la destruction au cours des siècles et des nombreux conflits ayant opposé les civilisations qui se sont succédé dans cette région du monde.

 

Peut-on imaginer l’extravagance de la situation ! Or, on nous présente généralement le « péché originel » comme le drame qui fut la cause d’un « paradis perdu » pour toute l’humanité… Un « paradis » qui, comme on vient de le voir, se présenterait aujourd’hui comme l’enfer sur terre. L’absurdité même de ce constat ne devrait-elle pas nous faire réfléchir au bien-fondé de la Tradition doctrinale qui y conduit ? Or, quelle est cette doctrine ? Une théorie imputable à Augustin cherchant à justifier le baptême des nouveau-nés par le biais d’une interprétation discutable de Romains 5.12-21. Car, abusant de l’ambiguïté présente dans l’un ou l’autre de ces versets, il s’était autorisé à faire de la Rédemption en Jésus-Christ une réponse au « péché originel » commis en Adam, alors que la pensée générale de l’apôtre Paul est très clairement d’en faire la réponse au péché de tous les humains. D’ailleurs, même si pour l’apôtre, homme de son époque, le péché à bien dû commencer par un premier couple, il n’en fait jamais un facteur héréditaire, tel que le prétendu « péché originel ».

 

Tout homme étant pécheur, la Rédemption en Jésus-Christ garde donc toute sa pertinence. Dès lors, il n’est donc pas question de « jeter le bébé avec l’eau du bain », mais seulement d’abandonner le littéralisme qui nous a été imposé par la Tradition de l’Église à propos des premiers chapitres de la Genèse. Comme on vient de le démontrer – « reductio ad absurdum » –, le plus élémentaire bon sens nous impose d’en éviter toute lecture littérale. Et cela, même quand on fait abstraction des éléments symboliques indéniables qui se trouvent présents dans le récit, attirant notre attention sur son caractère allégorique. Et comme ce littéralisme se révèle totalement incohérent, il nous faut bien admettre l’absurdité de la théologie qu’elle a engendrée dans le Christianisme, à savoir, une théologie du salut entièrement fondés sur la transmission héréditaire du « péché originel »… Péché par ailleurs ignoré du Judaïsme comme de l’ensemble de la Révélation biblique.

 

Ce dernier point se comprend parfaitement quand on réalise – et admet – qu’un « péché originel » se serait révélé moins problématique que la situation soi-disant « édénique » à laquelle il aurait dû mettre fin. « Dites que l‘arbre est bon et que son fruit est bon, ou dites que l’arbre est mauvais et que son fruit est mauvais, car on connaît l’arbre à son fruit. » (Jésus, en Matthieu 12.33) Fondé sur un littéralisme aberrant, le « péché originel » attribué à des Adam et Ève historiques ne conduira jamais qu’à une impasse théologique. Dès lors, il n’est même pas nécessaire de recourir à la conception d’une « création évolutive » pour admettre l’enseignement clairement exprimé dans ce Texte, considéré comme seule et véritable « Parole de Dieu »… À l’exclusion du « magister » de l’Église romaine qui y ajoute les écrits des Pères de l’Église, les décrets des conciles et les déclarations des papes en matière de foi : les trois autorités auxquelles nous devons aujourd’hui encore la doctrine du « péché originel », dont les héritiers de la Réforme n’ont pas pu ou osé se départir !

 

Conclusion

Or, quelle que soit la façon dont l’humanité est apparue sur la terre, il nous faut bien reconnaître que le récit de la « chute » nous renvoie à nous-mêmes ? si bien qu’Adam et Ève, c’est moi, c’est toi, c’est nous ! C’est chacune et chacun d’entre nous tous qui, d’une façon ou d’une autre, à un moment ou à un autre, avons voulu échapper à la volonté de Dieu pour décider par nous-mêmes de ce qui est bien ou mal pour notre vie. Nous tous qui, dès lors, n’avons d’autre espoir de salut que dans la grâce de notre Créateur, telle qu’elle s’est manifestée dans personne et l’œuvre de Jésus-Christ.

 

 

 

 

Roger Lefebvre

29 Commentaires

  1. Didier Millotte mer 29 Nov 2017 Répondre

    Merci pour cet article pertinent.

    Il est effectivement de grande importance de revoir nos conceptions courantes et nos interprétations de certains textes des Ecritures, comme les premiers chapitres de la Genèse. Comme vous le dites, il nous faut abandonner le littéralisme qui nous induit en erreur et nous donne une mauvaise compréhension des textes. Que ce soit sur le sens du récit du jardin d’Eden comme du livre de l’Apocalypse par exemple. Cette compréhension littérale a des conséquences désastreuses sur nos compréhensions de ce que Dieu fait, sur sa création. Beaucoup de nos convictions sont issues de doctrines venant du catholicisme, d’erreurs de compréhensions et d’interprétations qui n’ont pas été réformé comme elles l’aurait dues. Mais peut-on en vouloir aux réformateurs de ne pas avoir tout vu ? Qui aujourd’hui voudra prendre à nouveau un chemin de réforme pour aller jusqu’au bout cette fois, vraiment jusqu’au bout ? Plusieurs ont commencé. Souvent, on veut réformer certains points sans se rendre compte qu’on défend encore des convictions erronées que le texte biblique n’enseigne pas. Il nous faut une compréhension plus juste et plus profonde du sens des textes et de l’oeuvre de Dieu dans sa création.

    L’histoire du jardin d’Eden est bel et bien une parabole (un mashal en hébreu – les textes bibliques sont plein d’images qu’on a pris au premier degré passant à côté de leur sens), une métaphore exprimant une réalité. Dans ce cadre, on ne peut plus croire que le serpent est un individu (comme l’arbre de la connaissance du bien/mal soit réellement un arbre) et que « la chute » et le mal serait antérieur au récit du jardin. Là encore, c’est ce qu’on nous a enseigné à tort, ce qui va de paire avec la tentation, le péché originel, Adam et Eve comme deux individus. Il aurait été peut-être plus juste de traduire « la convoitise qui serpente dans le coeur de l’Humain » au lieu de « serpent »dans Genèse 3. Nous avons de gros souci de traductions (qui va jusqu’à ce que certains mots n’ont pas été traduits). Le concept de chute est une notion erronée également, c’est une notion gnostique et non pas biblique. Le péché n’est pas une chute.

    Ce que cet article n’aborde pas c’est la nature du premier Adam de Genèse 2 et 3, La nature de l’être humain tel qu’il est premièrement créé, tel qu’est l’Humanité dans son histoire, tel que nous sommes à notre naissance. Il nous faut bien comprendre que l’Adam (Adam signifie Humanité en hébreu) de départ, n’a pas pas la compétence, n’a pas la capacité de ne pas pécher. Il ne pouvait pas faire autrement que pécher, désobéir, se tromper lui-même et être trompé parce qu’il n’est pas « Homme spirituel », il n’a pas encore le discernement de l’Homme accompli, de l’Homme spirituel qui lui permettrait de voir et de faire le bon choix. Le premier Adam est en relation avec Dieu, le second Adam est en communion avec Dieu, ça fait toute la différence. L’Adam qui peut ne pas pécher, c’est le second Adam, c’est l’Homme en communion avec Dieu par l’Esprit en lui, c’est Christ dans le désert, c’est l’Humanité aboutie, complète, conduite par l’Esprit de Dieu. C’est là le but de la création.

    L’Humanité n’a pas été créé aboutie, terminée, parfaite, mais dans un premier état (le premier Adam) qui doit aboutir à l’Homme spirituel, le second Adam (l’Homme-Christ et l’Homme en Christ) qui lui seul peut éviter le péché et faire pleinement la volonté de Dieu :
    http://didiermillotte.blogspot.fr/2016/08/adam-et-eve-crees-parfait.html

  2. Manu mer 29 Nov 2017 Répondre

    Merci pour cet article courageux. Je suis d’accord avec tout, sauf avec l’idée selon laquelle le Christ est mort pour expier nos péchés, ce qui est, là encore, une croyance traditionnelle qu’il faut avoir le courage de remettre en cause.
    Je m’interroge sur l’image en tête de l’article : des nus sur le site de Science & Foi ! Mais on ne voit que le buste topless d’Adam et Eve, alors la question (impudique) se pose : Adam et Eve ont-ils un nombril ?

  3. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre jeu 30 Nov 2017 Répondre

    Oh, là,là ! Ce n’est pas parce que je dénonce une aberration de la Tradition que je prétends faire le tour de la question des origines et du péché de l’humanité.

    Je suis d’accord avec Didier pour dire que la notion de « chute » concernant le péché d’Adam est étrangère à la Bible. Je serais également assez bien d’accord à propos de ce qu’il dit de la nature des premiers humains. Encore faut-il voir ce que l’on entend par « péché ». Il me semble que l’on peut pécher contre Dieu, contre son prochain et contre soi-même, dans la mesure où le mal que l’on peut faire, dire ou penser se situe à l’un de ces trois niveaux, soit séparément, soit conjointement à deux ou trois d’entre eux.

    Dans cette perspective, je pense aussi que la notion de « péché » doit être associé à la notion de responsabilité morale. On ne dit pas d’un lion qui tue une antilope qu’il commet un péché ; pas plus qu’un enfant de 3 ans commet un péché en mettant le feu aux rideaux de sa chambre pour voir ce que cela va faire. La question pour un enfant est de savoir à quel âge il devient responsable de ses actes ? Globalement, ce sera aussi l’âge auquel on pourra dire qu’il devient coupable et donc pécheur. Mais alors il faudrait distinguer le péché du sentiment de culpabilité ? Car celui-ci peut ne pas être « naturel et légitime » mais bien « artificiel et illégitime », du fait qu’il serait induit par un conditionnement du milieu socioculturel. (« Le petit Jésus va être très triste si tu ne manges pas tes épinards ! »)

    En ce qui concerne l’évolution des hominidés, j’aurais tendance à raisonner de même, si ce n’est qu’il est difficile de dire à quel stade la conscience morale est apparue?… Est-ce seulement à partir des homo-sapiens ? Est-ce déjà avant ? Est-ce aussi chez les néandertaliens ? Ceux-ci enterraient également leurs morts (du moins dans la période tardive). Dès lors, faudrait-il aussi associer la notion de « péché » à celle de mysticisme : la croyance en un au-delà (ou un être suprême ?) rémunérant le présent, par exemple ?

    Autant de questions qui m’encouragent à prendre acte de la présence du péché au sein de l’humanité, sans prétendre expliquer quand et comment il y est apparu. Cela dit, je suis assez d’accord avec Didier pour parler de l’Adam de la Genèse comme d’un homme « en relation » avec Dieu plutôt qu’ « en communion » avec Dieu… S’il avait réellement été en communion, il n’aurait pas péché aussi facilement. Ce qui prouve, s’il en était encore besoin, que croire en l’existence d’un être suprême, quelle que soit sa définition ou son appellation, n’a jamais fait de quelqu’un un « croyant » (grec « pistos ») au sens biblique du terme, puisque cela implique une relation de confiance et d’amour, c’est-à-dire une réelle communion.

    Maintenant, est-ce qu’il faut réserver le qualificatif d’homme « spirituel » seulement à celui qui est capable de pécher ? Il me semble que Paul le présente comme un croyant qui puise dans la communion de l’Esprit Saint, la capacité de maîtriser ses instincts et ses pulsions égocentriques, pour l’opposer à l’homme « charnel » soumis à sa nature instinctive et égoïste. Or, il ne semble pas être irresponsable de ses actes, du seul fait qu’il a conscience de faire le mal sans pouvoir le maîtriser totalement, ou sans chercher le secours de Dieu pour y parvenir… Tant il est vrai que la vie chrétienne se résume souvent en un constant travail sur soi ! Personnellement, je me garde donc d’être trop catégorique sur la question, dans la mesure où même les chrétiens spirituels restent très charnels sous certains aspects.

    Pour en venir à la remarques de Manu à propos des nus sur le blog de Science&foi, (« Veuillez cacher ce sein que je ne saurais voir! » disait le Tartufe de Molière) j’ai un ami qui disait que « l’impudeur commence où finit la beauté », mais je lui laisse la responsabilité de cette définition très discutable… encore que ! ;-)

    Plus sérieusement, en ce qui concerne la rédemption de nos péchés en Jésus-Christ, j’ai la faiblesse de croire à la parole de Jésus affirmant que « le Fils de l’homme est venu pour donner sa vie comme la rançon de plusieurs ». (Marc 10.45 // 1 Timothée 2.6) Cela dit, je ne pense pas que la vie et la mort de Jésus puissent se résumer à cette seule signification/interprétation, évidemment.

  4. Manu ven 01 Déc 2017 Répondre

    Ma remarque sur le nombril d’Adam va évidemment au-delà du détail anatomique. Chacun sait que le nombril est une cicatrice qui se forme sur l’abdomen suite à la chute du cordon ombilical. Si Adam et Eve sont les premiers êtres humains et qu’ils ont un nombril, cela signifie qu’ils ont des parents primates préhumains et qu’ils ont hérité d’eux un certain nombre de caractères (des théologiens ont appelé « péché originel » certains de ces traits qu’ils ont jugés mauvais).

    Dürer, Cranach, Michel-Ange et Rubens, entre autres, ont eu raison de peindre Adam et Eve avec un nombril. Ils ne croyaient pas si bien faire. Car la génétique atteste que les humains ont pour ancêtres des primates préhumains. Par exemple, les humains, comme les autres primates haplorrhiniens, ont dans leur génome une version défectueuse du gène GLO qui ne leur permet pas de synthétiser la vitamine C. Il nous faut donc la puiser dans notre alimentation, sous peine de scorbut. Cela fait partie de notre héritage biologique.

    L’homme peut, grâce à Dieu, et donc doit, transcender sa nature animale, recevoir l’Esprit saint, naître de nouveau pour passer du stade d’homme ancien/animal au stade d’homme nouveau/spirituel, mais dans ce processus d’anthropogenèse, le péché est inévitable. Et si Adam n’avait jamais péché ? Et si le cavalier n’avait jamais chuté ? Et si l’archer n’avait jamais manqué la cible ?

  5. Didier Millotte ven 01 Déc 2017 Répondre

    « Oh, là,là ! Ce n’est pas parce que je dénonce une aberration de la Tradition que je prétends faire le tour de la question des origines et du péché de l’humanité. » = Bien entendu Roger. Et moi de même. Soyez assuré de la bienveillance de mes commentaires. J’exprime des convictions avec enthousiasme étant passionné sur ce sujet. Je suis ravi de trouver sur ce site des articles intelligents, sensés, qui nous aide à réfléchir.

  6. Didier Millotte ven 01 Déc 2017 Répondre

     » Encore faut-il voir ce que l’on entend par « péché ». » = Effectivement. Beaucoup de nos notions sont à revoir (comme le salut, le péché, le bien, le mal, la justice… Trop influencé par la morale religieuse et le droit romain). Nous devrions mieux comprendre ce que signifie le péché dans la pensée hébraïque des auteurs des Ecritures. C’est un point auquel je n’ai pas fini de réfléchir. Le plus souvent on associe le péché au mal. Or, dans la parabole du Jardin d’Eden, il n’y a pas d’un côté l’arbre du bien et d’un autre l’arbre du mal. Ce n’est pas l’arbre du mal qui est interdit et celui du bien qui serait conseillé. Le bien et le mal sont un seul et même fruit associé à la mort. Le bien de l’Humain qui n’est pas un avec Dieu, ce n’est pas la vie. « Celui qui n’a pas le fils n’a pas la vie. » ce qui ne l’empêche pas de faire le bien au sens moral et d’obéir à des commandements de la Torah. Nous avons une compréhension religieuse et moral du péché, du bien et du mal à cause de notre arrière-plan culturel et religieux catholique. Mais si le péché était tout autre chose ? Plus lié à la mort qu’au mal ?

  7. Didier Millotte ven 01 Déc 2017 Répondre

     » je suis assez d’accord pour parler de l’Adam de la Genèse comme d’un homme « en relation » avec Dieu plutôt qu’ « en communion » avec Dieu… S’il avait réellement été en communion, il n’aurait pas péché aussi facilement. Ce qui prouve, s’il en était encore besoin, que croire en l’existence d’un être suprême, quelle que soit sa définition ou son appellation, n’a jamais fait de quelqu’un un « croyant » (grec « pistos ») au sens biblique du terme, puisque cela implique une relation de confiance et d’amour, c’est-à-dire une réelle communion. » » = Tout à fait. Si l’Adam était un avec Dieu il n’aurait pas péché du tout. C’est ce qu’à fait Jésus dans le désert qui est le parallèle de la parabole du Jardin d’Eden, le même évènement vécu par le second Adam, l’Homme spirituel. La communion avec Dieu est une union en Esprit (« Celui qui s’attache au Seigneur est avec lui un seul esprit. ») et ainsi la volonté de Dieu devient la volonté de l’Homme. C’est là le but de YHWH dans sa création depuis le début. Pour cela, le premier Adam doit manger l’arbre de vie (« Celui qui mange ma chair et boit mon sang… » c’est de cela qu’il s’agit).

  8. Didier Millotte ven 01 Déc 2017 Répondre

    « Maintenant, est-ce qu’il faut réserver le qualificatif d’homme « spirituel » seulement à celui qui est capable de pécher ? » = Je dirais l’inverse. L’Homme spirituel c’est celui qui ne péche pas ( 1 Jean 3;9).

    « … dans la mesure où même les chrétiens spirituels restent très charnels sous certains aspects. » = C’est là qu’est effectivement notre condition actuelle : né d’en-bas par nos parents comme tout être humain, c’est le premier Adam, c’est ce que nous sommes dans notre nature première, c’est notre état psycho-physique sans union avec Dieu. Et nous sommes aussi né d’en-haut par notre nouvelle naissance qui n’est que le début de l’Homme spirituel en nous. Se côtoie alors en chacun de nous le charnel et le spirituel. Au début, nous sommes des bébés spirituels, le charnel (le naturel) domine, et progressivement le spirituel grandit jusqu’à son plein épanouissement qui n’atteindra son apogée qu’à la mort-résurrection du corps, lors de la transformation finale. C’est un processus. Nous sommes en train de devenir une nouvelle création en Jésus-Christ au sein d’une nature humaine animale (au sens propre du terme). Quand on parle d’Homme spirituel il y a la nature et le degré de développement, comme pour le processus naturel d’un être humain : un bébé qui vient de naitre est 100% humain mais pas encore 100% développé.

  9. Didier Millotte ven 01 Déc 2017 Répondre

    « L’homme peut, grâce à Dieu, et donc doit, transcender sa nature animale, recevoir l’Esprit saint, naître de nouveau pour passer du stade d’homme ancien/animal au stade d’homme nouveau/spirituel, mais dans ce processus d’anthropogenèse, le péché est inévitable.  » = Je partage bien cette remarque de Manu. C’est l’oeuvre de la croix de Christ qui nous le permet. C’est notre mort-résurrection en lui qui nous y conduit. Ainsi, la croix est le processus de création de l’Homme à l’image de Dieu, c’est l’arbre de vie.

  10. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre ven 01 Déc 2017 Répondre

    Ouf ! Par où commencer ?
    J’avais bien compris Manu… Pour moi, la réponse était évidente : Oui, Adam et Ève (pour peu qu’ils soient autre chose que des symboles) ne pouvaient qu’avoir un nombril. Mais y répondre trop directement, n’est-ce pas avaliser le caractère historique du récit biblique ? Aussi, dirais-je avec un sourire : Si nos « premiers parents » n’avaient pas été aussi nombrilistes, ne seraient-il pas montrés plus attentifs à la recommandation divine ? ;-)
    A part ça, d’accord avec vous ! Encore qu’en demandant « Et si Adam n’avait jamais pécher ? » on ne peut contourner une autre question : « Qu’est-ce que le péché ? »

    Et j’en viens aux réflexions tout aussi pertinentes de Didier…

    D’accord avec vous Didier pour dire que l’on a du péché une conception souvent trop moralisatrice. Pour autant que je me souvienne de mes cours, il semble que le vocabulaire utilisé dans l’hébreu biblique suggèrent trois notions qui sont : 1° l’idée de rater, de manquer la cible (// à la notion d’erreur en grec) ; 2° l’idée de ce qui devrait être mais qui n’est pas (// à la notion d’injustice en grec) ; et 3° l’idée d’une déformation de ce qui est bien (// à la notion de révolte en grec)… Comme on le voit, l’hébreu de l’Ancien Testament en a une conception plus large que le grec du Nouveau Testament? Ce dernier présente un rapport beaucoup plus direct avec les notions de bien et de mal ; ce qui, dès lors, pourrait encourager une assimilation de la foi à la morale : ce qui n’a pas manqué au sein d’un Christianisme codifié ayant perdu sa dimension véritablement spirituelle.

    Dès lors, je crois que l’on se rejoint sur l’essentiel, qui est la nécessité de la « re-création » progressive d’un homme né très « adamique » et donc « charnel » en un homme né « christique » et donc « spirituel ». Et sans vouloir me montrer plus « sacramentel » que je suis, c’est bien de cette mort-résurrection que le baptême est le symbole, plutôt que le moyen magique d’effacer la « tâche originelle » dont un « minuit chrétien » (très « augustinien ») va encore nous seriner les oreilles dans les jours qui viennent.

  11. Didier Millotte sam 02 Déc 2017 Répondre

    Roger,
    Merci pour votre commentaire. Les trois points sont intéressants, j’aimerais creuser cela à l’avenir.
    « Comme on le voit, l’hébreu de l’Ancien Testament en a une conception plus large que le grec du Nouveau Testament?  » = J’en doute. Les auteurs du N.T. ne pensaient pas en grec, leur langue maternelle n’était pas le grec mais l’araméen et leur langue d’étude l’hébreu (pour Paul, pour Jean, pour la synagogue). Paul dictait ses lettres en hébreu ou en araméen et elles étaient traduites ensuite en grec, comme c’était courant dans l’Antiquité. Mais l’Hébreu-l’araméen de l’époque de Jésus n’était pas celui de l’époque de Moïse (dont la pensée était peut-être bien imprégnée de l’Egypte ancienne). Notre compréhension des notions du N.T. sont-elles justes ? A creuser.

  12. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre lun 04 Déc 2017 Répondre

    Bonsoir Didier,
    Remarques intéressantes… Mais je serais peut-être moins catégorique en ce qui concerne les apôtres : L’araméen était certes la langue vernaculaire de Palestine depuis le retour de l’exile, et c’était la langue parlée par Jésus, même si pour lui, comme pour tous ses contemporains, la lecture de la Torah se faisait en hébreu. (L’hébreu mosaïque a-t-il été influencé par l’égyptien, c’est possible et même probable, encore que j’avoue ne m’être jamais posé la question… À voir, donc !) Pour en revenir aux apôtres, Paul venait de Tarse où l’on parlait le grec. Et depuis les conquêtes d’Alexandre, le grec était devenu une langue couramment parlée dans tous le Moyen-Orient, y compris en Égypte (cf. la Bible des LXX) et en Palestine, surtout en Galilée d’où venait la plupart des apôtres. D’où, sans doute, leur accent et le mépris des Judéens à leur égard. Ce grec n’était d’ailleurs pas le grec des grands classiques, mais le koïné, une sorte de grec simplifié, celui-là même dans lequel le N.T. a été écrit… D’où ma prudence avant de souscrire sans réserve à votre dernier commentaire. Mais merci de vos réaction toujours très « interpelantes ».

  13. Didier Millotte lun 04 Déc 2017 Répondre

    Je comprends et je suis d’accord avec vos remarques à ce sujet. Paul, de par sa condition de juif-romain éduqué parlait surement plusieurs langues dont l’hébreu et l’araméen. Dans le livre des Actes, il est bien stipulé qu’il s’adresse au peuple en langue hébraïque. Son apprentissage de la Torah s’est du reste surement fait en hébreu (au temple de Jérusalem ?). Que le grec était la langue répandue dans l’empire, c’est sur, mais la question qui se pose est : Quelle était la langue maternelle des auteurs du N.T., quelle était la langue dans laquelle ils pensaient ? Pas forcément la langue du conquérant, surtout dans les communautés juives à forte identité culturelle et religieuse, surtout celles qui n’étaient pas héllénisées comme dans les couches supérieurs de la société du monde grec. Le Nouveau Testament n’est-il pas écrit dans un grec qui n’est pas celui d’un grec mais de quelqu’un dont le grec n’est pas la langue maternelle (des tournures de phrases, des termes hébreux traduit en grec par exemple) ? A voir.
    A ce sujet, je conseille le livre de Calude Tresmontant « Le Christ hébreu » et les ouvrages de Jacqueline Gueno-Bismuth (sur le contexte historique).

  14. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre mar 05 Déc 2017 Répondre

    Je comprends, d’autant mieux qu’elles sont pertinentes, vos préoccupations linguistiques et sémantiques concernant la langue dans laquelle (ou « dans lesquelles », je garde un doute pour Paul) pensaient les auteurs du Nouveau Testament : l’araméen étant certainement la plus probable. Dont acte !
    Cela dit, en tant que chrétien, la question qui se pose à moi est tout de même : Est-ce que les rédacteurs grecs du Nouveau Testament ont exprimé, ou pas, ce que Dieu voulait me dire à propos de moi, de Lui, de nous : ici et maintenant ? Que cette compréhension passe par la langue utilisée et que « toute traduction puisse aussi être une trahison » je n’en disconviens pas… mais est-ce au point d’avoir complètement faussé le message ? Personnellement, je ne le pense pas vraiment, sauf si ce n’est au niveau de certaines nuances. Il me semble qu’on peut s’en faire une idée à travers la LXX…
    Et puis, me faisant l’avocat du diable, qu’est-ce qui me prouve que ce que pensaient les auteurs en araméen était plus conforme à la pensée de Dieu que ce qu’ont écrit les rédacteurs en grec ? Dans la mesure où l’Ancienne Alliance est considérée comme obsolète dans la Nouvelle, quelle est d’ailleurs la langue qui doit primer aux yeux des chrétiens ?
    Il me semble que devant une question qui restera toujours sans réponse définitive, c’est à chacun de répondre en son âme et conscience, selon ses a priori culturels, ses préjugés religieux, ses conceptions personnelles : qui n’a pas les siennes ? Ce qui n’empêche pas le dialogue comme nous le faisons en ce moment.

  15. Didier Millotte mer 06 Déc 2017 Répondre

    Concernant Paul, une indication sur sa mentalité, son contexte, son attachement culturel et identitaire qui peut nous instruire sur sa langue maternelle et sa pensée première se trouve dans son « pedigree » : « Hébreu né d’hébreu, de la tribu de… » Ph. 3.

    Pour le reste, je suis d’accord avec vous : « Est-ce que les rédacteurs grecs du Nouveau Testament ont exprimé, ou pas, ce que Dieu voulait me dire à propos de moi, de Lui, de nous : ici et maintenant ? » = Tout à fait, et c’est le cas, sans l’ombre d’un doute. Les auteurs hébreux de la nouvelle alliance (Novum Testamentum) ont exprimé très précisément la révélation qu’ils ont reçu par Jésus et l’Esprit de Dieu en eux. Ils avaient ce que ce que j’appelle « la pensée juste » sur la création de Dieu, son oeuvre, son dessein, sa nature, sa vie.

    « que « toute traduction puisse aussi être une trahison » je n’en disconviens pas… mais est-ce au point d’avoir complètement faussé le message ? » = Le terme trahison me parait trop fort, il inclue une volonté de trahir. Je ne crois pas à cela. Mais il y a une perte pas les traductions mêmes, ce qui est normal et inevitable. Toutefois, elle ne se situe pas tant dans la traduction de l’hébreu au grec que du grec au français. Jésus parlait surement en araméen, voir en hébreu, à l’érudit Nicodème (comme Paul dans le passage des Actes que j’ai cité), nous avons donc une première traduction en grecque (le texte qui nous est parvenu) puis une traduction en français avec les influences culturelles du latin (comme le terme « infernus » qui a donné le terme courant « enfer » et qui ne signifie pas « étang de feu » ni « géhenne »). Ainsi, notre problème est plutôt culturel. C’est-à-dire que l’on comprend les enseignements des Ecritures que l’on lit en français d’une certaine manière, souvent erronée, à cause de notre pré-formatage religieux enraciné dans le catholicisme. Les « trahisons » ne se situe pas tant dans le texte grec qu’on a que dans notre manière de comprendre sa traduction en français.

    J’ajouterai un point important concernant les mots non-traduits qui s’apparente plus là à une trahison. Un certains nombre de mots du Novum Testamentum n’ont pas été traduit du grec au français. C’est gravissime parce que cela change le sens des textes qu’on lit. On ne comprend plus le vrai sens de ces mots non-traduits, on leur donne un sens courant, populaire et non pas le sens qu’ils avaient dans la pensée et l’expression des auteurs. Sur ce point, on tort le sens des textes.

  16. Didier Millotte mer 06 Déc 2017 Répondre

    « qu’est-ce qui me prouve que ce que pensaient les auteurs en araméen était plus conforme à la pensée de Dieu que ce qu’ont écrit les rédacteurs en grec ?  » = Je n’ai pas dit ça je crois. Ce que j’essayais de dire, c’est que la pensée des auteurs est hébraïque et non pas d’inspiration culturel et philosophique grecque. Mais leur pensée hébraïque est bien traduite en grec, elle n’est pas trahis dans le grec, ils ont eux-mêmes soit fait les traductions soit travaillé avec quelqu’un qui maitrisait les deux langues comme le bilingue de naissance Timothée. Par contre, notre souci est de comprendre ces textes. La manière dont on comprend un terme ou une explication en la lisant en français, avec nos mots et le sens qu’on leur donne aujourd’hui, dans notre contexte, notre culture, notre arrière plan catholique peut nous conduire à comprendre et croire autre chose que ce que voulaient dire les apôtres. Nous avons donc absolument besoin d’étude honnête et sans à-priori pour retrouver « la pensée juste », ce que voulaient vraiment enseigné les apôtres. C’est ce que vous faite avec la notion de péché originel.
    Concernant les mots non-traduits, j’ai écrit un article là-dessus = http://didiermillotte.blogspot.fr/2016/09/la-question-des-mots-non-traduits.html

  17. Didier Millotte mer 06 Déc 2017 Répondre

    « mais est-ce au point d’avoir complètement faussé le message ?  » = En parti oui, mais pas dans le texte biblique lui-même c’est dans nos convictions, nos doctrines, nos interprétations, nos compréhensions que le message est faussé. Pas à cause de la version grecque du Nouveau Testament mais à cause de notre mauvaise compréhension du sens de ces textes. Et ces convictions nous conduisent à des erreurs incroyable, quand Kuen traduit « logos » par « fils » dans Jean 1, c’est une trahison. Ce n’est pas le sens du mot grec ni le sens que lui donnait Jean, c’est le sens qu’on lui donne dans nos doctrines. Je suis sur que si Paul, Pierre, Jean étaient dans une église évangélique un dimanche matin, ils se lèveraient et diraient : « Attendez ! Ce n’est pas ça qu’on a voulu dire. D’où est-ce que vous sortez tout ça ? » Nous avons accumulé des notion fausses venu d’un mélange avec les conceptions du polythéisme, des Perses, des Grecs, des apocryphes juifs (livre d’Enoch, les doctrines des Esséniens), des ajouts catholiques. Et culturellement, il y a des textes qu’on interprète mal parce qu’on ne connait pas le contexte de l’époque. On doit à notre tour vérifier si ce qu’on nous a enseigné est exact ou erroné.

  18. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre ven 08 Déc 2017 Répondre

    D’accord avec vous pour dire que les principaux problèmes de traduction se trouvent, non pas de l’hébreu en grec, mais au niveau des versions françaises… Qui ne peuvent prétendre être inspirées, comme ce fut le cas de la version latine de la Vulgate, déclarée telle (sic) par le concile de Trente ! Hélas, les traductions en des mots dont le sens moderne ne rend pas justice à la pensée contextualisée de leurs auteurs, ne peuvent qu’engendrer des doctrines erronées.
    C’est donc avec raison que Luther s’est démarqué (du moins partiellement) des conciles présidés par des empereurs soi-disant « chrétiens » dont le seul but était d’unifier leur empire autour d’une même religion… Religion qui ne peut qu’être un constat d’échec pour la foi !

    Cela dit, votre article remet les choses à leur juste place, notamment pour ce qui touche aux noms communs. Mais sur ce point, et dans une certaine mesure, je pense que certaines versions s’efforcent de corriger le tir.
    En ce qui concerne le noms propres, je serais peut-être plus réservé, car je me demande si, dans certains cas, « le mieux n’est pas l’ennemi du bien » ? Je m’explique. Prenons l’exemple de « Jésus-Christ ».
    Certes, le mot « Christ » correspond à l’hébreu « Messie »; mais si l’on voulait traduire cela en français le sens originel de ce mot, il faudrait dire « Oint » et non « Messie » puisque : l’hébreu « Maschiah » >> l’araméen « Meschiah » >> grec « Christos » >> latin « Christus » >> français « Christ »…
    D’autre part, « Yéshouah », alias Jésus, Josué, Jose… signifie « Dieu sauve »… Alors, soit on s’en tient à ce que font les juifs messianiques en disant « Yéshouah ha-Maschiah » (Jésus le Messie) ; ou alors, on traduit littéralement en français « Dieu-Sauve-Oint », un barbarisme qui serait pire que « Jésus-Christ », puisque plus correctement il faudrait dire : « le Oint de Dieu appelé Dieu sauve »… Mais si l’on peut mettre cette remarque en note, je ne vois pas comment, dans le texte, remplacer « Jésus-Christ » par cette périphrase.

    Personnellement, ayant quitté l’Église romaine depuis belle lurette, je ne me montrerai pas plus catholique que le pape ;-) et je continuerai à dire « Jésus-Christ », voire « Jésus-le-Messie », comme vous, et comme cela semble avoir été très tôt l’usage : « Comme ils étaient assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus appelé le Christ ? » (Matthieu 27:17)
    Tout cela pour dire que je vous suivrai davantage en ce qui concerne la traduction des mots communs qu’en ce qui concerne les noms propres.

  19. Didier Millotte sam 09 Déc 2017 Répondre

    Je ne savais pas que la Vulgate avait été considérée comme inspiré, j’en prend note. ça expliquerait peut-être pourquoi on utilise encore des termes français qui viennent du latin et non du grec (comme « enfer »).

    Certaines versions essaient de corriger le tir, oui, mais peut-être pas assez loin. André Chouraqui a fait un bon travail à ce sujet (pour les prénoms et les noms des lieux, pour « En marche » au lieu de « Bénis » etc.) mais n’allant pas au bout sur des termes comme satanas (grec)/satan(français). De nouvelles traductions sont en cours pour aller plus loin dans l’exactitude. La réforme n’est pas terminée.
    Merci pour la discussion.

    « Tout cela pour dire que je vous suivrai davantage en ce qui concerne la traduction des mots communs qu’en ce qui concerne les noms propres. » = J’ai bien dit dès le début de mon article que lorsqu’on traduit un texte du grec au français il faut traduire tous les noms communs mais PAS les noms propres. Traduire « Ieschoua » par « Dieu sauve » serait bien évidemment ridicule, apportant confusion. « Dieu sauve » est une phrase, pas un nom (même si le nom a un sens). Par contre, il n’y a aucune raison de dire « Jésus, Jean, Pierre, Jacques » tout comme on ne dit pas Jean Wayne mais John Wayne. Ca me parait important de rapporter les noms comme ils étaient réellement, cela renforce le contexte historique véritable, ce que Chouraqui fait bien. L’épitre de Jacob et non de Jacques.

    Vous avez raison sur le terme « Oint » qui parait plus juste que Messie, et a plus de sens. Comme « Communauté » (Ekklesia) et non pas « église » qui n’a aucun sens en français. « Ieschoua l’oint » est surement le plus juste et le plus précis. « Christ » n’étant pas un nom propre. L’accoler à Jésus est aussi ridicule que dire « Dieu sauve » à la place de Jésus (dans le texte) et n’apporte que confusion. On l’associe ainsi immédiatement au catholicisme et non pas au judaisme.

    Comme il peut y avoir des morceaux de cacahuètes et des morceaux d’amandes dans un gâteau, dans les mouvements évangéliques on trouve des morceaux de catholicisme (dans les termes, dans le fait d’aller à l’église le dimanche matin, dans le fait d’écouter une prédication, dans les doctrines comme vous le montrez bien avec la notion du péché originel, etc.) et des morceaux de judaisme. C’est dommageable, surtout quand on prétend que le christianisme n’est pas une religion mais une vie spirituelle, surtout quand les traditions et les croyances erronées prennent plus de place que la vie de l’Esprit.

    • Marc Fiquet sam 09 Déc 2017 Répondre

      Bonjour Didier,

      on s’est écarté du sujet.. mais on y revient..

      C’est vrai qu’il faut savoir prendre du recul sur l’histoire, mais attention à ne pas trop fustiger l’Eglise Catholique quand même car pour se dégager du poids énorme de la tradition et réhabiliter l’autorité de l’Ecriture, c’est Luther qui est allé réveiller ce brave Augustin qui s’était fait supplanter par Thomas d’Aquin par les scholastiques. Si la doctrine du péché originel a si bonne presse dans les milieux évangéliques aujourd’hui, c’est donc surtout « grâce » à la réforme et moins à cause de l’Église catholique.. Je suis en train de terminer un cours sur l’histoire de la réforme, ça méritera certainement un petit article…

  20. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre sam 09 Déc 2017 Répondre

    Je vois mon Frère, que nous partageons beaucoup d’idées en commun !

  21. Didier Millotte sam 09 Déc 2017 Répondre

    C’est bien. :)

  22. Didier Millotte sam 09 Déc 2017 Répondre

    Marc Fiquet,
    Oui, vous avez raison, concernant « fustiger trop l’église catholique » et Luther et St Augustin, je suis bien d’accord. Ma démarche est plutôt de chercher ce qui est vrai et rejeter ce qui est faux, sans faire de concession mais sans mépris non plus, que ce soit dans ce qu’a apporté les dogmes et traditions catholiques, les erreurs de la Réforme, les exagérations évangéliques… Mon désir est de scruter les Ecritures pour en comprendre le sens avant toute l’histoire de l’église.

    • Marc Fiquet sam 09 Déc 2017 Répondre

      Je comprends bien la démarche, nous devons cependant bien prendre conscience qu’il nous est absolument impossible de mettre entre parenthèses 2000 ans d’histoire de de prétendre accéder à la vérité sans intégrer celle-ci dans notre quête interprétative des Ecritures. La façon même dont nous pensons aujourd’hui a été forgée par tout ce parcours culturel qu’il faut nous apprendre à (re)connaître en plus du contexte originel des textes bibliques.

      Certains avancent des explications qui me semblent erronées de la révélation par le Saint-Esprit au regard de l’instruction et de l’éclairage que nous pouvons recevoir en étudiant notre histoire. L’un n’empêche pas l’autre…
      La manière dont s’est forgé la doctrine (dogme ?) du péché originel dans l’histoire de l’Eglise, est un excellent exemple. Je commence à peine mes investigations sérieusement…

      • Thibault Heimburger sam 09 Déc 2017 Répondre

        Bonsoir Marc,

        je dois avouer que vous exprimez parfaitement ce que je ressentais, comme catholique, à la lecture des commentaires, par ailleurs fort intéressants.

        Comme par exemple:
        « Cette compréhension littérale a des conséquences désastreuses sur nos compréhensions de ce que Dieu fait, sur sa création. Beaucoup de nos convictions sont issues de doctrines venant du catholicisme, d’erreurs de compréhensions et d’interprétations qui n’ont pas été réformé comme elles l’aurait dues. »

         » Et sans vouloir me montrer plus « sacramentel » que je suis, c’est bien de cette mort-résurrection que le baptême est le symbole, plutôt que le moyen magique d’effacer la « tâche originelle » dont un « minuit chrétien » (très « augustinien ») va encore nous seriner les oreilles dans les jours qui viennent. »

        « Minuit Chrétien » était une horreur qui n’est plus chantée depuis bien longtemps dans les églises catholiques.

         » C’est-à-dire que l’on comprend les enseignements des Ecritures que l’on lit en français d’une certaine manière, souvent erronée, à cause de notre pré-formatage religieux enraciné dans le catholicisme. Les « trahisons » ne se situe pas tant dans le texte grec qu’on a que dans notre manière de comprendre sa traduction en français. »
        Cette phrase n’a pas de sens.

        « Comme vous le dites, il nous faut abandonner le littéralisme qui nous induit en erreur et nous donne une mauvaise compréhension des textes. Que ce soit sur le sens du récit du jardin d’Eden comme du livre de l’Apocalypse par exemple. Cette compréhension littérale a des conséquences désastreuses sur nos compréhensions de ce que Dieu fait, sur sa création. Beaucoup de nos convictions sont issues de doctrines venant du catholicisme, d’erreurs de compréhensions et d’interprétations qui n’ont pas été réformé comme elles l’aurait dues »

        J’ai l’impression que nos débatteurs ignorent les débats et évolutions au sein de l’Eglise catholique.

        En vérité, nous devons tous travailler ensemble pour proposer à nos contemporains une lecture des Écritures compatible avec le « croyable disponible » compte-tenu des avancées scientifiques.

  23. Marc Fiquet dim 10 Déc 2017 Répondre

    bonjour à tous, nous touchons là un point qui me semble important par rapport à notre discussion, malheureusement, je ne dispose pas à ce jour de toutes les pièces du puzzle.

    Juste qq remarques qui me paraissent importantes, c’est de considérer – il me semble – que nous sommes en cheminement, tant individuellement que collectivement (l’histoire de l’Eglise) et de considérer qu’il n’y aurait pas eu comme un âge d’or apostolique de l’Eglise dans les Actes que la réforme ou pis encore, l’église évangélique restaure en son sein aujourd’hui avec une parenthèse hérétique de 1800 ans, car l’Eglise universelle se comprend dans une perspective dynamique et spirituelle qui débute avec Abraham et qui ne cesse de grandir dans sa maturité et qualité de future épouse.

    Aussi je ne sais pas s’il convient de parler des « erreurs » de la réforme mais plus de ses incomplétudes. On s’accroche fermement en général au Sola scriptura (l’Ecriture seule) jusqu’à ses dérives les plus fortes d’un fondamentalisme prêchant un littéralisme excessif oubliant un autre pilier fondamental de cette même réforme : ecclesia reformata semper reformanda, celle d’une Eglise réformée, devant toujours se réformer.

    Du reste on ne parle pas de la Réforme mais des réformes (dans tte l’Europe) et cela concerne également celles que l’Eglise Catholique a entamées dans son propre milieu. Car elle aussi évolue et les plus conservateurs d’entre eux n’en reviennent toujours pas que des concessions aussi fortes en faveur du protestantisme aient pu être faites par le Pape Jean XXIII lors du concile œcuménique Vatican II.

    Je ne sais pas à quelle occasion St Augustin est revenu en grâce au sein de cette confession, ceci-dit, si notre très cher ami Michel Salamolard a pris la peine de rédiger un livre sur le péché originel en tant que prêtre c’est que le problème est loin d’être réglé. http://www.scienceetfoi.com/en-finir-avec-le-peche-originel-1/

    On note de toute manière au sein du catholicisme une diversité d’opinions et de pratiques malgré un magistère centralisé. On l’a vu avec le positionnement du Pape JP II sur l’évolution par exemple.

  24. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre lun 11 Déc 2017 Répondre

    Je reviens vers vous après un weekend un peu chargé. Et avant toute autre chose, je voudrais présenter mes excuses à Thibault et à mes autres frères catholiques que la rugosité de mes propos et certaines formules à l’emporte-pièce ont pu blesser. Aussi, deux mots de témoignage personnel pour les rassurer quant à « l’anticatholique primaire » auquel ils pourraient penser avoir à faire : il n’y en a déjà que trop !

    Cela fait 45 ans, maintenant, que le pasteur protestant évangélique que je suis entretient des relations fraternelles, de plus en plus étroites, avec les doyens catholiques successifs de notre ville. (En Belgique, le doyenné regroupe toutes les paroisses d’une ville ou d’une région, telle que définie par l’évêché de la province.) Si bien que depuis une dizaine d’années, deux d’entre eux m’ont confié la responsabilité d’un partage biblique mensuel avec un groupe de prière catholique, auxquels se joignent maintenant des membres de notre assemblée évangélique. (Cet œcuménisme de fait n’est-il pas quelque peu surréaliste entre les membres d’une Église catholique qui ne peut se faire membre du COE sans se renier – même si elle y envoie des observateurs – et les membres d’une église faisant partie d’une mouvance évangélique qui refuse, elle aussi, d’entrer dans le COE pour ne pas se compromettre avec des « pseudo chrétiens » ?)… Collaboration pas très évidente, d’ailleurs, puisque le pasteur en devient suspect aux yeux de ses pairs, et que le groupe de partage à dû déménager des locaux d’une paroisse où nouveau prêtre n’appréciait pas leur présence.

    Tout cela pour dire qu’une collaboration théoriquement improbable peut devenir possible entre chrétiens ouverts au dialogue et respectueux des différences de chacun. Encore faut-il que ce dialogue fraternel puisse se faire sans langue de bois, et sans que les uns prétendent imposer « leur vérité » aux autres. Dans cette perspective, il peut paraître peu fraternel de parler d' »erreurs » chez les uns et les autres. Ce l’est en effet, et je plaide coupable.Encore faut-il savoir que j’ai quitté l’Église romaine dans les années ’50, et que mes frères catholiques d’aujourd’hui et moi nous retrouvons souvent d’accord pour parler des « erreurs » du passé ou pour condamner le conservatisme de nos milieux respectifs, toujours bien présent de part et d’autre.

    Alors quand on dit que l’Église catholique a bien changé depuis Vatican II, c’est à la fois vrai et faux, selon le point de vue adopté : Est-ce le passage du latin au français pour la messe ? Est-ce le point de vue des différents papes ou celui de la curie romaine ? Sont-ce les formes de piété, les pratiques religieuses ? Sont-ce les dogmes de l’Église ou les croyances des fidèles ? Etc. Comme Marc le fait remarquer, que ce soit chez les protestants ou chez les catholiques (pour ne parler que d’eux) nous nous trouvons devant des églises à plusieurs vitesses, tant sur le plan des pratiques religieuses que sur celui des doctrines. De ce point de vue d’ailleurs, aussi bien chez les chrétiens catholiques (je ne parle pas du magistère) que chez les protestants, n’est-il pas significatif de retrouver tout l’éventail théologique, allant du fondamentalisme au libéralisme ? Si bien que (par exemple) un théologien libéral catholique se trouvera très proche des thèses d’un libéral protestant; ou encore, qu’un catholique charismatique vivra un piété souvent très proche de celle d’un protestant « pentecôtisant ».

    Par contre, pour en revenir au prétexte à tous nos échanges, quand je m’en tiens à la définition du péché originel et à ses conséquences, telles que définies dans le « catéchisme de l’Église catholique » (1992) « rédigé à la suite du deuxième Concile œcuménisme du Vatican » (p.5) je ne vois pas que les anciennes positions augustiniennes aient tellement évolué, sinon dans leur formulation actualisée. (art. 396 ss) Ce qui en soi, ne me dérangerait pas trop, si elles n’avaient été adoptées et conservées pratiquement telles quelles dans nos milieux protestants évangéliques… Mais cela n’engage que moi, évidemment : je ne me prétends le porte-parole de quelque église que ce soit.

  25. Manu lun 11 Déc 2017 Répondre

    Le problème n’est pas seulement de savoir ce qui est vrai.
    « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. » (Jn 16,12)
    Donc deux questions se posent :
    1. Quelle est la vérité ? En sachant que Dieu ne nous a pas tout révélé et que nous n’avons qu’une compréhension imparfaite de ce qu’il nous a révélé.
    2. Qui peut supporter maintenant telle vérité ? En sachant que, c’est humain, certaines personnes ne peuvent pas supporter certaines vérités, du moins à certains moments.
    Pour en revenir au sujet de l’article, je suis convaincu que le péché originel n’existe pas, mais actuellement certains chrétiens ne peuvent pas supporter cette vérité. « Comment ? Si je meurs, ce n’est pas parce que je suis pécheur, mais c’est parce que Dieu m’a créé ainsi ? Je ne veux pas d’un tel Dieu ! »
    Nul ne veut que des frères pour lesquels Christ est mort soient scandalisés. Si cela est nécessaire à leur foi, qu’ils continuent de croire au péché originel. Mais qu’ils acceptent aussi d’autre points de vue dans l’Église. Que chacun adore Dieu avec les lumières qu’il a reçues, qu’il reste ouvert à de plus grandes lumières et qu’il accepte que d’autres n’aient pas reçu les mêmes lumières que lui.

  26. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre mar 12 Déc 2017 Répondre

    Bien vu, Manu ! Mais ici encore, je ne peux apporter qu’une opinion strictement personnelle.
    Une chose est d’aborder ces questions sur un site dédié à ce genre de discussions et qui n’est visité que par celles et ceux que cela intéresse ; une autre chose serait de l’aborder dans une prédication « tout public » (par exemple) ou en tout cas à des personnes non averties. Personnellement (et pastoralement) je n’aborde jamais ces questions dans mes prédications à l’église, non par condescendance mais par respect pour mes auditeurs. Certains ont lu mes bouquins, connaissent mes opinions et les partagent partiellement, pas du tout, ou tout à fait, sans que cela soit une source de trouble.

    Quand je parle de la « création », chacun met derrière ce mot le mode opératoire divin de son choix, sans que cela affecte le message, puisque celui-ci vise seulement (si on peut dire) à mettre en valeur la souveraine grandeur de Dieu en tant que « Créateur ». Pour le « péché originel », c’est pareil : ce qui importe à mes yeux et ce que je mets en évidence, c’est l’universalité du péché, et peu importe à quoi ou à qui on attribue son existence… Enfin, quand je dis « peu importe », ce n’est pas de façon absolue, puisque je dénonce ici l’inanité du « péché originel ». Mais cela n’a de réelle importance que pour celles et ceux qui veulent aller plus loin dans leur réflexion. Or, cela peut se faire au niveau d’un site comme celui-ci ou lors d’une pastorale privée plutôt que publique.

    Quand Paul nous exhorte à ne rien faire qui soit une occasion de chute (ici de douter des Saintes Écritures) pour un frère « plus faible », on voit bien qu’il y a de l’amour derrière son propos et non du mépris. Et les frères et soeurs qui lisent la Bible au premier degré (« comme des enfants » dirions-nous peut-être !) sont souvent les premiers à nous donner des leçons de foi !

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