L’Eglise et la Science – 2. Le Fondamentalisme, après tout, c’est défendre les fondements non ?

Posté par Marc Fiquet

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Poursuivons notre étude sur les rapports de l’Eglise avec la Science.
Que pouvons-nous dire de l’approche fondamentaliste en revenant sur les origines de ce mouvement protestant ?

 

Une chrétienté plurielle

Le monde évangélique ne craint pas les paradoxes !… La force de ce mouvement est sans conteste l’amour de la vérité et l’expression d’une foi vivante la plus fidèle possible à celle des premiers chrétiens conformément à l’enseignement du Christ comme nous le rapporte les évangiles. Or au lieu de se trouver unie en une seule et grande famille comme les premières communautés du livre des actes, force est de constater qu’il n’existe pas une doctrine évangélique mais presque autant de confessions de foi que d’églises locales (j’exagère à peine…). Comme quoi l’accès à la vérité n’est pas une si mince affaire !

Alors plutôt anabaptiste, baptiste, darbyste, adventiste, pentecôtiste, mennonite, charismatique, apostolique, méthodiste, « autriste » ?…

Il y a quand même un avantage avec cette diversité, c’est qu’il sera plus aisé à chacun de trouver une expression de foi dans laquelle il se sent en accord pour exercer sa dévotion. C’est ce que rappelle la Fédération Protestante de France en réponse à la question «  pourquoi plusieurs églises protestantes ? » avec cette formule pudique :

  Affirmant une seule foi, ils présentent néanmoins plusieurs visages, plusieurs confessions.  [1]

Cependant, si j’adhère profondément au respect que l’on doit à chaque communauté, j’ai du mal à comprendre comment l’Eglise va continuer de progresser quand ces confessions de foi servent à nous protéger les uns des autres comme des murs infranchissables figeant pour ainsi dire nos doctrines dans la glace comme des dogmes au-dessus du fondement même de la foi qui nous unit.

Certains sujets que nous partageons sur ce site par exemple crispent tellement les conversations qu’il est même quasi impossible de les aborder au sein de nos églises !

 

L’église protestante traditionnelle sera peut-être quant à elle plus à l’aise à aborder les sujets scientifiques et à avoir une approche rationnelle d’autant plus qu’on se rapprochera d’une tradition libérale (rationalité oblige !)

 

L’église Catholique de par son organisation présente un double avantage (pour le sujet qui nous concerne) : celui de disposer d’une instance compétente, active et reconnue en science à savoir l’Académie pontificale des Sciences, et également de pouvoir par la voie du Pape en particulier, exposer à l’ensemble des fidèles la position officielle de l’Eglise sur certains sujets controversés comme la théorie de l’évolution. C’est ce que fit le Pape Jean Paul II en octobre 1996 dans un message bien connu maintenant à l’intention dudit Conseil Académique à propos de la validité de la théorie de l’évolution et sa compatibilité avec la foi chrétienne[2] .

 

L’approche fondamentaliste omniprésente

Pourtant que ça soit dans une famille ou dans une autre, quelle que soit l’organisation en place, nulle part vous ne trouverez l’unanimité sur les questions liées à l’origine de l’homme et au-delà de ça, à notre manière d’aborder les textes bibliques.

En remontant le fil, au sein de l’église catholique par exemple, malgré la position papale des voix contraires s’élèvent à l’image de ce livre « stabilité des espèces »[3] du prêtre Olivier Nguyen aux éditions Jubilé, dont le titre parle à lui tout seul…

Au Sein de l’église protestante (ou mixte évangélique), on connaîtra également un enseignement très conservateur comme le propose l’institut Jean Calvin tel qu’on peut le lire au travers de cet article paru dans la Revue réformée à propos de la Genèse et l’évolution.[4]

On remarque surtout qu’au sein de la même communauté de croyants, le spectre de lecture (littérale ou non) est assez large.

Le monde évangélique ne fait pas exception à la règle, même si on ne peut pas parler à proprement dit d’un mouvement fondamentaliste à part des autres « istes », en fait c’est au sein des diverses communautés que les croyants auront plus ou moins d’affinité avec cette approche, même si certaines confessions de foi se revendiqueront directement de ses principes (approche littérale des Ecritures, Adam historique, etc..).

 

 

Au fait, c’est quoi être fondamentaliste ?

Débarrassons-nous tout de même d’une équivoque sur la polysémie de notre mot qui fait parfois figure d’insulte, actualité oblige !…

Pour « l’homme de la rue » ou le « bloggeur furtif » pour coller plus au contexte, le terme de fondamentaliste renvoie le plus souvent au sens d’extrémiste religieux voire « intégriste » ce à quoi le CNEF (Conseil National des Evangéliques de France) répond[5] :

Les évangéliques sont-ils des fondamentalistes ?

Si fondamentaliste est compris comme intégriste, alors ils ne le sont pas. Cependant toute conviction forte, qu’elle soit morale, politique ou spirituelle, a nécessairement ses propres fondements. Les évangéliques tirent leurs valeurs de la Bible et ont le désir de mettre en pratique l’enseignement de Jésus-Christ, tel que chacun peut le découvrir dans les évangiles.

 

Quand un évangélique se réclame du fondamentalisme, c’est dans un sens moins fort, plus noble et historique. C’est d’ailleurs le sens premier du mot, la définition Wikipédia[6] fera fort bien l’affaire :

Le fondamentalisme désigne une position religieuse qui soutient une interprétation stricte et littéraliste de textes sacrés.

En vous reportant à l’article, vous constaterez que l’émergence du fondamentalisme protestant date du début du XXe siècle aux Etats-unis et a été motivé principalement pour se protéger des excès du libéralisme. Il est né par la publication des «Fundamentals», articles définissant à l’origine cinq points fondamentaux de la doctrine chrétienne : l’inerrance de la Bible, la déité de Jésus Christ, sa naissance virginale, la rédemption du Christ, la résurrection physique de Jésus et son retour dans sa chair.

Aux Etats-Unis, ce mouvement conservateur va jouer un rôle politique très actif notamment dans les années 80 avec le mouvement de la Moral Majority ralliant les télévangélistes puis avec l’organisation Liberty Federation. Les revendications portent sur l’avortement, l’homosexualité, l’enseignement de l’évolution à l’école, la menace de « l’humanisme séculier », la prière à l’école publique.[6b]

 

 

Les premiers fondamentalistes étaient-ils créationnistes jeunes Terre ?

Nous pouvons remarquer qu’à ce stade (la rédaction des fundamentals) contrairement à ce qu’on entend parfois et comme semble l’insinuer notre visiteur, le fondamentalisme au sens noble du terme – celui de se réclamer du fondement – ne justifie en rien le créationnisme dit de la jeune terre.

Comme le souligne Les Haarsma dans leur Livre ORGINES .[6c] : 

« Ces essais évoquaient à peine l’âge de la Terre. En fait, cette question brille par son absence. Si ces leaders avaient considéré qu’une Terre jeune et une création en six jours constituaient pour eux des points essentiels de doctrine, ils l’auraient certainement mentionné dans ce volume.

Au contraire, James Orr fit l’apologie de l’astronomie, de la géologie et de la compatibilité des résultats scientifiques avec la foi, à un moment où le consensus quasi universel parmi les astronomes et les géologues était que l’univers et la Terre étaient extrêmement âgés (« The Early Narratives of Genesis » : « Les anciens récits de la Genèse », The Fundamentals, Volume 1). Dyson Hague affirmait que l’historicité de la Genèse est un point essentiel de doctrine chrétienne et que « l’homme a été créé, il n’a pas évolué ». Pourtant, en parlant des quatre premiers jours de la création, Hague écrivit : « Nous admettons que la Genèse n’est pas une histoire d’ordre scientifique. Elle est un récit destiné à l’humanité pour montrer que ce monde a été fait par Dieu comme demeure pour l’homme, et pour montrer comment il a été adapté graduellement pour les enfants de Dieu » (« The Doctrinal Value of the First Chapters of Genesis » : « La valeur doctrinale des premiers chapitres de la Genèse », The Fundamentals, Volume 2).

Certains chrétiens prétendent aujourd’hui que le créationnisme jeune Terre a été la vision chrétienne dominante tout au long de l’histoire de l’Église. En réalité cette idée n’était pas très répandue chez les leaders chrétiens conservateurs en Amérique du Nord, y compris ceux du mouvement fondamentaliste, entre le début du XIXe et le milieu du XXe siècle. »

En fait c’est à partir des années 1950 et en particulier à partir de 1961 avec la parution du livre The Genesis Flood: The Biblical Record and Its Scientific Implications (Le Déluge de la Genèse : le récit biblique et ses implications scientifiques) que le mouvement moderne du Créationnisme Terre Jeune s’est réellement développé sous l’influence de leurs auteurs : le théologien John Withcomb et l’ingénieur Henry Morris.[6d]

 

 

Le vrai fondement

Nous retrouvons d’ailleurs cette idée dans la suite de la page du CNEF sur ce qui réunit tous les chrétiens concernant la foi fondamentale[7] :

LE SALUT

Nous croyons que la justification de l’homme s’opère par la grâce de Dieu en Jésus-Christ seul médiateur entre Dieu et les hommes et qu’elle est reçue uniquement par la foi personnelle. Nous croyons à la nécessité de la repentance et de la nouvelle naissance conduisant à une vie de piété, […].

 

Il n’est pas question ici de l’âge de la terre ni même de l’historicité d’Adam et c’est bien heureux !

 

 

Conclusion & Remarques

La pluralité du protestantisme évangélique donne à réfléchir au fondamentalisme en ce que les Ecritures s’interprètent différemment et ont donné ce magnifique patchwork de diversité historique qui montre que l’Eglise est en marche et non pas figée dans un bloc. Les fondamentalistes n’ont pas l’apanage de la vérité ! C’est un mouvement très jeune au regard de l’histoire du protestantisme. D’autant plus les créationnistes Jeune Terre (années 1950).

Le problème du fondamentalisme, c’est qu’il n’a cessé d’élargir le fondement jusqu’à y ajouter des éléments de doctrines et d’interprétations subjectives. Le piège du littéralisme appliqué à la Genèse le place dans une position d’opposition systématique avec les découvertes de la science moderne. Une exégèse correcte doit forcément être en cohérence avec le monde qui nous entoure, cela devrait être un indice fort à reconsidérer certaines approches quand nos interprétations des Ecritures et de la nature ne correspondent pas.

la séparation de l’église et de l’état (loi 1905) nous aura protégé des dérives politiques du fondamentalisme américain mais le même état d’esprit se fait malheureusement parfois bien sentir de vouloir transformer notre démocratie en théocratie. Nous voudrions parfois  voir notre société laïque appliquer les règles de la Bible sans voir la vie intérieure des gens changer ! Or Il ne me semble pas que Jésus ait envoyé les disciples deux par deux pour faire la révolution ou imposer de nouvelles lois mais plutôt pour prêcher une bonne nouvelle et libérer les cœurs !.. Et s’ils étaient mal reçus, qu’elles étaient les instructions ? Faire le procès du singe ? jeter les perles aux pourceaux ? Je vous laisse chercher dans vos Bibles…

Je m’étonne toujours de l’approche apologétique fondamentaliste, prompte à condamner et à mettre l’accent sur la différence plutôt que de montrer le chemin de la grâce.

Quant au débat qui nous occupe et aux noms d’oiseaux qui échappent bien trop facilement encore, peut-être devrions-nous nous rappeler ces paroles de Jésus pour mesurer les progrès qui nous restent à parcourir quand pour une fois la lecture littérale s’impose à nous :

Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens: ‘Tu ne commettras pas de meurtre; celui qui commet un meurtre mérite de passer en jugement.’
Mais moi je vous dis: Tout homme qui se met |sans raison| en colère contre son frère mérite de passer en jugement; celui qui traite son frère d’imbécile mérite d’être puni par le tribunal, et celui qui le traite de fou mérite d’être puni par le feu de l’enfer.

Matthieu 5 21-22

 

Nous ne devrions pas prendre à la légère ces Paroles du maître, car quoi de plus crédible pour l’Église que de pouvoir établir un dialogue gracieux et constructif sur des questions difficiles ne serait-ce qu’en guise de témoignage ? Mais aussi en gage que c’est bien l’Esprit qui nous conduit et qui produit son fruit et non pas nos propres capacités qui produisent haine et agacement ! Tout l’enjeux est là, ça c’est un fondement qui me parait réellement scripturaire celui-là car  il est vraiment en Christ et n’est pas enfoui dans le sable de nos prétextes d’obscures théologies !…

 

le mot de la fin

Résistons à la tentation de voir dans ce discours de Jésus une menace d’envoyer le monde (et nous-même) en enfer. Dans le discours sur la montagne, Jésus met l’homme face à sa propre incapacité de réaliser l’intégralité de ce qui est bon et bien et révèle la véritable nature du cœur humain. Sans le secours de l’Esprit, impossible pour nous de réaliser  le désir du cœur de Dieu. C’est pourquoi Jésus dira à ses disciples :

il vous est avantageux que je m’en aille.

Jean 16:7

Le fondamentalisme a trouvé sa source en réaction aux excès du libéralisme, comme bien souvent la réaction à un extrême nous propulse dans une autre.  le premier se sent ainsi sécurisé par sa lecture strictement littéraliste en appliquant toujours la même règle, simple applicable par tous quitte à être en totale contradiction avec le monde qui l’entoure, le second se sent rassuré par sa raison qui prédomine quitte à sacrifier le miraculeux sur l’autel de la vérité.

Comme n’importe quel texte, la Bible s’interprète (voyez la polémique sur le code du travail que les juristes expérimentés savent détourner à leur avantage)  car au delà des mots c’est l’esprit qui se cache derrière les mots qu’il faut aller chercher.. mais saurions-nous le faire sans même nous interroger sur le contexte dans lequel ces textes ont été rédigés ? A qui ils s’adressaient en premier lieu, etc ?..

Jésus a fait cette promesse :

L’Esprit de vérité vous conduira dans toute la vérité.

Jean 16:13

 

c’est toujours très présomptueux de se réclamer de la vérité par rapport aux autres, mais nous devrions faire tout nos efforts d’humilité pour

  • Reconnaître que sans l’Esprit nous ne pouvons rien faire de constructif et d’efficace
  • Reconnaître que Dieu se révèle à la fois dans sa Parole et dans sa Création et que ces deux révélations devraient donc s’avérer harmonieuses sinon c’est certainement notre interprétation qui pose problème,
  • Quitte à reconnaître qu’on n’est pas 100% de notre temps inspiré par l’Esprit (nous ne sommes pas Dieu) faisons au moins le nécessaire pour dégager l’état d’esprit de nos Bibles pour qu’elles cessent enfin d’être des préceptes à la pharisienne mais une véritable source d’eau fraîche qui donne envie et étanche la soif !

 

 


Notes

[1] Fédération Protestante de France : http://www.protestants.org/index.php?id=7

[2] Message du pape Jean-Paul II qui reconnaît la théorie de l’évolution : http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/messages/pont_messages/1996/documents/hf_jp-ii_mes_19961022_evoluzione.html

[3] Livre « stabilité des espèces »  sur Amazon : https://www.amazon.fr/Stabilit%C3%A9-esp%C3%A8ces-Lenqu%C3%AAte-Olivier-Nguyen/dp/2866795555

[4] Article conservateur de la Revue réformée de l’institut Jean Calvin sur la Genèse et l’évolution : http://larevuereformee.net/articlerr/n261/genese-et-evolution

[5] Le CNEF, Question fondamentalisme : http://lecnef.org/ce-qu-ils-croient#sont%20ils%20fondamentalistes

[6] Définition du fondamentalisme, article WIKIPEDIA : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fondamentalisme

[6b] Jean-Paul Willaime ; La précarité protestante – Sociologie du protestantisme contemporain ; Ed. LABOR FIDES ; p. 67

[6c] Deborah & Loren Haarsma ; ORIGINES  ed. Science & Foi ; p. 122

[6d] ibid. p. 133

[7] Le CNEF, Le salut : http://lecnef.org/ce-qu-ils-croient#sont%20ils%20fondamentalistes


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6 Commentaires

  1. Matthieu Thomann mer 06 Sep 2017 Répondre

    Article vraiment pertinent et qui saura nous aider à avancer vers plus de cohérence dans ce que l’on dit, croit ou défend, plus de respect et de dialogue.

  2. Nublarpark01 jeu 07 Sep 2017 Répondre

    Au final, on ne comprend pas bien la position des catholiques, des protestants et des évangélistes sur la théorie de l’évolution dans cet article je trouve.
    Il est clair que les avis peuvent diverger d’un croyant à l’autre, mais en général on sait très bien ce que croient la majorité des croyants de chaque dénomination.
    Les catholiques croient à la tradition de l’église qui leur a permis de se détourner du sens littéral des écritures et de pouvoir à leur guise décider de ce qu’il faut ou ne faut pas croire sans respecter forcément les saintes écritures. Il doit forcément rester des catholiques fondamentalistes qui croient en une version littérale de la Genèse (peut être ?) mais ceux ci doivent être une minorité
    Chez les protestants, c’est le contraire. Le principe du Sola scriptura fait qu’aujourd’hui la grande majorité des protestants de ce monde croient en une version littérale de la Genèse et rejettent en bloc la théorie de l’évolution (peu importe s’il s’agit de jeune ou de vieille terre)
    Chez les évangélistes (qui sont une branche du protestantisme. Le constat est encore plus frappant, les évangélistes sont pour la plupart des créationnistes pur et dur.
    Il existe des exceptions, évidemment, et ce blog en est la preuve.

  3. HEIMBURGER dim 10 Sep 2017 Répondre

    Excellent article qui me fait mieux comprendre la diversité du protestantisme (je suis catholique).

    A vrai dire, je ne saisis toujours pas ce que recouvre le vocable « protestants évangélistes » par rapport au protestantisme traditionnel. J’habite dans une grande ville de banlieue parisienne et je vois de nombreuses affiches pour des « shows » de guérisons, miracles à la chaîne etc. organisés par des « pasteurs » se réclamant apparemment de la mouvance « évangéliste » à destination évidente des communautés noires défavorisées et le pire c’est que ça a l’air de marcher. J’ose espérer que ce n’est pas cela le vrai protestantisme évangélique, Pas plus que les shows délirants que l’on voit aux USA par des gourous « télévangélistes ».
    J’avoue ma totale ignorance du sujet mais je suis interpellé et profondément inquiet par la prolifération de ces sectes qui se réclament du Christ et des miracles pour subjuguer les masses défavorisées.
    Rassurez-moi: ce n’est pas cela le véritable courant « évangélique » au sein du protestantisme?

    Revenons au sujet:
    Marc écrit:
    « Cependant, si j’adhère profondément au respect que l’on doit à chaque communauté, j’ai du mal à comprendre comment l’Eglise va continuer de progresser quand ces confessions de foi servent à nous protéger les uns des autres comme des murs infranchissables figeant pour ainsi dire nos doctrines dans la glace comme des dogmes au-dessus du fondement même de la foi qui nous unit. »

    Je suis totalement en accord. Le message du Christ dont l’Eglise universelle (dans sa diversité résultant de l’Histoire) est dépositaire ne peut pas progresser si des conflits persistent sur la façon d’interpréter les Écritures.
    Soyons clair: les Écritures ne sont en aucune façon un récit littéral des événements.Et cependant nous croyons tous, comme chrétiens, qu’elles sont inspirées par l’Esprit.
    Dieu a voulu se révéler progressivement à l’Humanité par le peuple qu’il s’est choisi.
    La Bible est l’histoire de cette Révélation progressive.
    La Bible est donc l’interprétation d’un certain nombre d’événements (réels ou non) à la lumière de l’Esprit.

    La science historique nous apprend que les événements décrits par la Bible ont été écrits bien plus tard que les « événements » eux-mêmes.
    Les auteurs, inspirés par l’Esprit, ont interprété ces événements, qu’ils soient historiques ou légendaires, à la lumière de l’Esprit.C’est cela la Révélation.
    La Révélation n’est pas à découvrir dans les événements (réels ou légendaires) eux-mêmes mais dans l’interprétation de ceux-ci, à savoir: Dieu est l’Unique, Dieu fait alliance, Dieu s’intéresse à nous etc.

    Le Christ lui-même, Dieu fait homme, notre Seigneur et notre Maître, semble adhérer aux représentations de son époque sur certains points. Celà ne devrait pas nous poser de problème dès lors que nous prenons au sérieux l’Incarnation.
    En s’incarnant, le Fils de Dieu a assumé pleinement, TOTALEMENT sa condition humaine, y compris les croyances de son époque. Dès lors nous ne pouvons pas non plus prendre toutes ses paroles littéralement.

    De façon générale et pour en revenir au sujet, toute lecture littérale de la Bible est non seulement historiquement insensée au regard des avancées de la science mais totalement contre productive au regard de l’annonce de la Foi dans un monde marqué par les avancées de la science.

    • Auteur
      Marc Fiquet lun 11 Sep 2017 Répondre

      Rebonjour HEIMBURGER

      en France on parle de Protestants évangéliQUES.

      Et comme n’importe qui pouvait se proclamer pasteur et ouvrir une église sous ce titre, ça devenait un peu confus en effet !
      Depuis 2003, c’est un peu plus clair, 70% des communautés évangéliques faisant parties de fédérations sont regroupés au sein du Conseil National des Evangéliques de France (le CNEF) qui assure une représentativité auprès des autorités gouvernementales et préfectorales.

      Les évangéliques sont ainsi présents par le biais du CNEF dans les discussions officielles sur la laïcité, etc au même titre que les autres cultes.
      Chaque département met en place un comité départemental et un délégué chargé de représenter les églises de son territoire et de communiquer avec sa préfecture, de faire le lien avec le CNEF national et les autres cultes de sa région.

      Le CNEF publie régulièrement des communiqués et peut se positionner sur certaines questions théologiques comme par exemple marquer son désaccord avec la « théologie de la prospérité ».

      Une église évangélique faisant partie d’une fédération membre du CNEF sera en quelque sorte une garantie d’éviter certaines dérives ayant pu avoir cours sans un « milieu non contrôlé ». Problème que l’on retrouve aujourd’hui avec l’islam…

      Le Bureau des cultes qui fait partie du ministère de l’intérieur a d’ailleurs chaudement félicité le CNEF pour son organisation au niveau départemental lors de la dernière réunion annuel en juin qui réunissait les différents délégués sous l’égide du CNEF national. C’est aussi un moment d’unité très apprécié ou toute la diversité évangélique se retrouve pour partager une vision commune sur la foi évangélique en France !

      plus d’info sur l’histoire des évangéliques sur le site du CNEF justement avec de beau dossier :
      http://www.lecnef.org/leur-histoire

      En espérant avoir éclairé ta lanterne.
      Pour la suite de ton message, nous sommes tout à fait en phase !

  4. HEIMBURGER dim 10 Sep 2017 Répondre

    Je me permets de continuer mes réflexions précédentes mais cette fois-ci en reprenant certains thèmes évoqués dans la partie 1: http://www.scienceetfoi.com/leglise-et-la-science-1-etat-des-lieux-et-enjeux/

    Je suis très étonné, ignorant que je suis, de lire ceci: « D’autres selon la proposition de Papias, tentent de réconcilier les textes bibliques et les données de la science par le biais de l’interprétation. C’est en grande majorité la position de l’église évangélique, même si pour la plupart des chrétiens, la théorie de l’évolution ne reste qu’une hypothèse malheureuse ou à confirmer, on tente de faire concorder les récits bibliques de la création avec ce que nous rapporte la science moderne du développement de l’univers et de la vie, c’est le concordisme scientifique ».
    Le « concordisme scientifique » serait donc en grande majorité la position de l’église évangélique qui reste à définir (voir mon post précédent) ?

    Je ne sais pas si pour la plupart des chrétiens la théorie de l’Evolution n’est qu’une « hypothèse malheureuse ou à confirmer ». Ce que je sais c’est que la grande majorité des plus de deux milliards de chrétiens sont catholiques et que Jean-Paul II a reconnu en effet que la théorie de l’Evolution était plus qu’une hypothèse: « Aujourd’hui, près d’un demi-siècle après la parution de l’encyclique [« Humani Generis », 1950, Pie XII] , de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse. Il est en effet remarquable que cette théorie se soit progressivement imposée à l’esprit des chercheurs, à la suite d’une série de découvertes faites dans diverses disciplines du savoir. La convergence, nullement recherchée ou provoquée, des résultats de travaux menés indépendamment les uns des autres, constitue par elle même un argument significatif en faveur de cette théorie ».
    En d’autres termes, l’Eglise catholique reconnaît la validité de la théorie de l »Evolution et n’y voit aucune contradiction fondamentale avec la Révélation.

    Contrairement à ce que disent certains la science ne change pas du tout au tout en annulant tout ce qui a précédé. Ce qui change c’est le paradigme.Einstein n’a pas rendu Newton totalement caduque.Les techniciens de la NASA utilisent toujours les équations de Newton pour envoyer leur sondes.Simplement les équations de Newton sont une approximation suffisante du réel décrit par Einstein. Ce serait différent si nous pouvions envoyer une sonde à proximité d’un trou noir.Là les équations d’Einstein deviendraient prépondérantes.
    De même la théorie de l’Evolution est plus qu’une théorie. Elle est un fait avéré. En revanche, au sein de la théorie de l’Evolution, il y a plusieurs hypothèses concernant la macro-évolution. Sur ce point, je ne suis pas d’accord avec Théo lorsqu’il écrit: » Il y a des centaines de fossiles qui démontrent l’existence d’espèces intermédiaires, qui ne correspondent à aucun cadre fixe ». Non. Un des problèmes est que nous n’avons pas de « centaines de fossiles intermédiaires ». Tout ceci amène à des débats entre les scientifiques concernant la macro-évolution. Mais dans tous les cas, aucun scientifique sérieux ne situe ses travaux en dehors de la théorie de l’Evolution.
    L’Evolution est la façon choisie par Dieu pour créer.

    • Auteur
      Marc Fiquet lun 11 Sep 2017 Répondre

      Bonjour HEIMBURGER,
      Nous traiterons du concordisme dans le prochain article.

      Oui pour la famille catholique, c’est bien le pape Pie XII qui a « ouvert le bal » dans son encyclique, Jean-Paul II s’y réfère dans son message, tout cela est bien lisible dans la note N° 2 de l’article :
      http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/messages/pont_messages/1996/documents/hf_jp-ii_mes_19961022_evoluzione.html

      ça n’empêche qu’un grand nombre de catholiques aujourd’hui restent encore sceptiques sur cette théorie scientifique (rien qu’à voir sur notre blog et le livre cité en exemple).

      Beaucoup de chrétiens de tout bord sont peu instruits du réel fondement de cette science, n’en connaissent que des stéréotypes (l’homme descendrait du chimpanzé !!) et n’arrivent surtout pas à se détacher d’une lecture littérale de la Genèse, où l’homme est une créature créé à part de la main de Dieu, la femme issue de sa côte et sont placés dans un jardin physique pour entamer un dialogue avec serpent qui parle…

      Petit remarque sur les fossiles de transition, il n’en existe pas des centaines mais des milliers, ça dépend de quoi on parle… en fait c’est un faux problème, l’évolution n’est pas linéaire mais buissonnante c’est encore un problème de mauvaise présentation du modèle évolutif : voir ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Forme_transitionnelle

      cependant, pour montrer la force prédictive de la théorie, les chercheurs ces dernières années ont pu retrouver des formes intermédiaires entre différentes formes par exemple poisson et amphibien en allant chercher dans la bonne couche sédimentaire, et on a trouvé la forme intermédiaire à laquelle on s’attendait !!
      Nous avons une vidéo qui sort bientôt sur ce sujet.

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