C’est Einstein qui l’a dit ! L’argument d’autorité

Posté par Antoine BRET
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Einstein a dit ceci ! Tel ou tel, prix Nobel, a dit cela ! Tartempion, docteur en je ne sais quoi, pense que… Un argument qui revient en boucle lorsqu’il s’agit de donner du poids à certains propos. Mais quelle est sa valeur ? Discutons-en en 3 étapes.

 

Etape 1

Il est évident que l’autorité évoquée est supposée avoir le bagage nécessaire. Ses propos feraient bien d’être en phase avec son itinéraire. Un historien est plus crédible qu’un physicien quand on parle de l’existence de Jésus, par exemple. Chose importante : plus les propos portent sur un sujet proche des limites de la connaissance, plus il faut être pointu pour ne pas dire de bêtises. Il est très probable qu’un ingénieur aura beaucoup de mal à comprendre les dernières avancées en génétique. La compétence dans un domaine ne garantit pas l’exactitude des propos sur tout et n’importe quoi (effet halo). C’est n’est pas pour rien qu’il faut environ 8 ans pour former un docteur dans une discipline.

 

Etape 2

L’autorité en question ferait bien de ne pas être seule, en tout cas pas trop longtemps. Richard Carrier, par exemple, est docteur en histoire antique de l’université de Columbia[1]. Il affirme haut et fort que Jésus n’a jamais existé.  Répond-il aux critères du premier point quand il s’exprime sur ce fait historique ? Plutôt oui. Pourtant, j’ai du mal à le croire. Pourquoi ? Parce que sa position est extrêmement isolée parmi ses pairs. Autre exemple : en Espagne, un prof de Maths de l’Université du Pays Basques, titulaire d’un DEA en physique, soutient le géocentrisme. Est-il qualifié dans le domaine ? A priori, oui. Pourquoi cela ne me fait-il ni chaud ni froid ? Parce qu’il est lui aussi incroyablement isolé dans sa position.

Notons en passant que ces exemples prouvent qu’aucun consensus n’est jamais exactement 100%. On pourra toujours trouver un expert qui n’est pas d’accord.

Que valent donc les propos de la poignée de docteurs en physique qui soutiennent un univers de 6000 ans ? Pas grand-chose. Ou des quelques biologistes qui nient l’ascendance commune des espèces, des quelques climatologues qui nient l’origine humaine du changement climatique, etc. ? Re-pas grand-chose. A moins que…

 

Etape 3

A moins que… ces gens ne soient des génies incompris qui ont tout vu avant les autres. L’histoire offre pas mal d’exemples d’avant-gardistes qui ont eu quelques longueurs d’avance. Einstein est souvent cité à cet égard. Là où le bât blesse, c’est que quand ils ont raison, ces génies incompris ne le restent pas très longtemps. C’est en tout cas ce que l’histoire montre, avec la mécanique quantique, la relativité, la tectonique des plaques, le Big Bang, etc.

Un avant-gardiste peut être le premier de pas mal de manière. Il est l’auteur d’une expérience inédite ? D’autres la referont aussitôt, et verront bien si elle tient la route ou pas[2]. Une hypothèse nouvelle ? Idem. D’autres la mettront à l’épreuve illico, et verront bien si elle tient la route. Etc. Les nouveautés révolutionnaires, quand elles sont valides, ne restent pas très longtemps « nouvelles ». Elles deviennent rapidement la norme. Einstein serait-il la légende qu’il est si les premières expériences faites pour vérifier la relativité l’avaient démolie ? Bien sûr que non. C’est justement parce que la communauté scientifique a confirmé qu’il avait raison, qu’Einstein est devenu Einstein (on se comprend).

 

Conclusion

En conclusion, l’argument d’autorité ne vaut pas grand-chose quand il s’appuie sur une « autorité » qui n’a pas la formation adéquate, ou bien sur un « expert » qui ne représente que lui-même et sa poignée de copains.

Je vous laisse appliquer tout cela au débat science et foi.

 

 

Notes


[1] Le titre de sa thèse : « Attitudes à l’égard du philosophe naturel dans l’Empire romain (100 av. J.-C. à 313 apr. J.-C.) ».

[2] C’est le cas relativement récent de la « fusion froide ». Personne n’a jamais réussi à reproduire les expériences de ses « pionniers ».

 

 

Crédit image : By Photograph by Oren Jack Turner, Princeton, N.J. – The Library of Congress, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=254353

Antoine BRET

11 Commentaires

  1. Benoit Hébert jeu 11 Août 2016 Répondre

    Merci Antoine pour cet article passionnant.

    La question mériterait d’être soulevée en matière théologique…

    • Antoine jeu 11 Août 2016 Répondre

      Il me semble qu’en matière théologique, les opinions ne convergent pas avec le temps, sûrement faute de pouvoir faire des expériences. Par exemple, plus personne, ou presque, ne conteste la relativité parce que les expériences sont là, qui ont très rapidement convaincu les plus sceptiques. Mais quelle expérience pourrait trancher la question de la prédestination, ou du péché originel ? Aucune, il me semble.

  2. Manu ven 12 Août 2016 Répondre

    De nombreux théologiens évangéliques, titulaires d’un doctorat en théologie, affirment que toute l’humanité descend d’un seul couple (Adam et Eve), même si les données scientifiques excluent le monogénisme. Pourquoi se fatiguer à apprendre la génétique ? Un doctorat en théologie tient lieu de doctorat en sciences biologiques. Les professeurs de théologie forment les pasteurs des Eglises évangéliques et ceux-ci soutiennent donc la théorie monogéniste, fondement de la théorie du péché originel. Et les pasteurs instruisent leurs ouailles…

  3. bibletude.org ven 12 Août 2016 Répondre

    Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine
    En ce qui concerne l’univers, je n’en ai pas acquis la certitude absolue
    (Einstein)

  4. him ven 12 Août 2016 Répondre

    En matière théologique n’est ce pas le Saint-Esprit qui est l’autorité censée guider le chrétien dans toute la vérité ?

    • Antoine ven 12 Août 2016 Répondre

      Force est pourtant de constater que parmi tous les gens qui se disent chrétiens guidés par le Saint Esprit, on trouve, et ce depuis des siècles, des divergences au sujet du baptême, de la prédestination, du péché originel, etc.

  5. marc ven 12 Août 2016 Répondre

    Bonsoir Him,
    Voilà une remarque intéressante !

    D’abord il faudrait commencer par s’entendre sur la signification profonde de ce verset et notamment à quoi renvoie cette « vérité ». On a parfois l’impression que chaque chrétien se l’approprie en propre faisant ainsi une multitudes de vérités !…
    D’autre part il ne me semble pas trouver trace de théologie dans les Ecritures ;-)

    David Vincent, l’historien de l’équipe a publié une méditation très enrichissante sur le fait que le ministère du Saint-Esprit n’est pas de nous conduire individuellement dans des révélations d’ordre doctrinal, c’est à lire sur son blog personnel : http://didascale.com/le-role-du-saint-esprit-dans-linterpretation-de-la-bible/

  6. him ven 12 Août 2016 Répondre

    Donc si je comprends bien le Saint Esprit ne nous permet pas de trancher sur un point comme le salut des enfants morts en bas âge. Mais il nous permet au moins de nous confirmer que les autres religions sont fausses (pas de réincarnation par example).

    • Manu ven 12 Août 2016 Répondre

      Il est vrai qu’Augustin avait une opinion différente, mais comment un chrétien sensé pourrait-il douter du salut des enfants morts en bas âge ?

      • him sam 13 Août 2016 Répondre

        J’en ai connu. Mais si l’on admet un âge de responsabilité il faut aussi dans la foulée admettre la prédestination. Sinon il apparaît assez injuste qu’un enfant aille en enfer plutôt qu’au paradis parce qu’il est mort un peu après cet âge de responsabilité plutôt que un peu avant.

  7. marc sam 13 Août 2016 Répondre

    Bonjour Him, nous nous éloignons du sujet de l’article mais en résumé, il faut comprendre que le ministère du Saint-Esprit est de révéler Jésus (qui est la vérité). Sans son action dans nos esprits, nous restons inertes face à cette réalité spirituelle.
    C’est son action qui nous rend par exemple capable d’aimer nos ennemis, de pardonner, de faire ce qui naturellement nous serait impossible !

    Sur l’aspect doctrinal, nous devons dissocier 3 sphères à partir des Ecritures :

    1. le fondement de la doctrine du salut (le crédo des apôtres : un seul Dieu, la mort et la résurrection de Jésus né d’une vierge, etc….) tous les chrétiens sont d’accord là dessus)

    2. les différentes doctrines qu’on retrouve dans les confessions de foi (t’es plutôt charismatique ? baptiste ? Calviniste ? Darbyste ? etc. etc..) c’est que au-delà du fondement, les textes bibliques s’interprètent différemment mais où est la vérité diront certains ? Mais si le Saint-Esprit se révélait pleinement à nous tous ici-bas d’un coup que nous accédions pleinement à la Vérité, ne serions-nous pas nous-même Dieu ?
    Nous avançons donc à tâtons même en théologie.

    3. les opinons personnelles. Dans la même communauté, il peut y avoir des avis ./ interprétations encore différentes, en fait nous sommes tous différents ! L’important, c’est d’être d’accord sur l’essentiel, (le fondement) pour avancer. et ne pas chercher à le polluer avec 2. ou 3.

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