48- L’évolution et le chrétien, partie 3 : Dire la vérité dans l’amour


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Introduction Science & Foi

Merci à Aloïce et Pascal Touzet pour leurs excellentes traductions et le travail accompli qui nous permettent de mettre à disposition du public francophone l’intégralité de cette série rédigée par le généticien chrétien américain Dennis Venema.

Pour rappel, la qualité de cette série sur l’évolution a même été plébiscitée par la presse américaine (magazine Forbes), voir ici.
Celui qui désire s’instruire sérieusement sur ce sujet, dispose là d’un outil remarquable et accessible au grand public.

Cela n’empêchera pas  néanmoins certains à vouloir conserver une approche littérale des textes bibliques et cette conclusion sur l’unité des croyants proposée par Dennis nous parait essentielle, vous pouvez également consulter sur le même sujet cet article des ressources : L’unité des chrétiens autour d’une théologie essentielle de la création

 

 


Cette série de billets a pour objectif de donner une première introduction sur la science de l’évolution pour les non spécialistes. Vous pouvez voir l’introduction de cette série ici. Dans ce billet, nous concluons cette série en discutant comment les croyants qui acceptent la création évolutive sont appelés à parler en vérité tout en cherchant l’unité avec ceux qui trouvent cette position offensante.

Dans cette série, nous avons couvert un grand nombre de thèmes sur la science de l’évolution – comment l’évolution fonctionne en tant que théorie scientifique, les multiples données qui la supporte (de la biogéographie, en passant par la génétique, à la paléontologie etc..), et comment l’évolution, comme toute bonne science, continue de se développer et de repousser les frontières. De fait, j’espère qu’il est devenu clair pourquoi beaucoup de chrétiens acceptent l’évolution biologique comme la meilleure explication scientifique de la manière dont Dieu a apporté la biodiversité sur Terre.

Malheureusement pour beaucoup de chrétiens qui acceptent l’évolution, comprendre la science n’est qu’une part de l’équation. En effet, s’attacher à une vision de création évolutive peut être une source de forte friction avec des croyants qui ont une vision différente de la création. Bien qu’il y ait un nombre grandissant d’évangéliques acceptant l’évolution, la majorité de l’église évangélique rejette l’évolution, la considérant comme une science de mauvaise qualité, athée par nature, et contraire à une bonne interprétation des Ecritures. Par conséquent, ceux qui sont attachés à la création évolutive sont souvent regardés avec suspicion, comme «compromettant » les Ecritures, et occasionnellement vus comme ne faisant pas vraiment partie de l’Eglise, des loups déguisés en brebis.

Pour le chrétien évangélique « moyen », l’acceptation de l’évolution génère beaucoup de griefs, et même si les choses s’améliorent, il semble néanmoins que cette situation risque de durer encore pour longtemps. Par conséquent, que doit faire un créationniste évolutif ? Pour moi personnellement, l’invitation de Paul à « dire la vérité avec amour » me semble poser le cadre – c’est-à-dire qu’il y a besoin de parler de ces choses en vérité, mais aussi d’aimer et rechercher l’unité chrétienne.

 

Un temps pour parler…

Dans bien des cas, il est plus facile de rester silencieux et de ne rien dire. Peut-être que quelqu’un lors de l’étude biblique hebdomadaire fait un commentaire insinuant que l’évolution est ridicule, ou votre église recommande des livres qui promeuvent une vision anti-évolution. Il est beaucoup plus facile de ne rien dire. Pour certains croyants il est presque impossible de faire face, même de manière charitable, à ces situations – peut-être étant de nouveaux croyants n’ayant pas de position reconnue dans l’église, ou des jeunes qui n’osent pas contredire la parole d’un ancien ou d’un pasteur. Cela dépend bien sûr de la position de l’église, si votre église est très fortement anti-évolution, ce type de conversation est difficile à engager.

Pour ceux d’entre nous plus ancrés dans l’église, il est important que nous abordions ces questions. Etes-vous un pasteur ? Parlez du haut de la chaire des différentes positions qui existent sur la création de la part de croyants authentiques, et si possible, incluez la création évolutive. Etes-vous ancien ou responsable ou membre de longue date dans votre église ? Encouragez alors votre pasteur ou d’autres responsables de votre église à mieux s’informer sur la science en général, et peut-être sur la création évolutive en particulier.

En faisant cela vous ouvrez un espace pour les personnes de votre église qui acceptent la science mais qui ne sont pas suffisamment assurées pour faire connaître leur position. Vous faites ainsi prendre conscience qu’il existe des chrétiens attachés à la Bible qui acceptent ce que dit la science – même sur l’évolution – ce qui peut être précieux pour les chrétiens qui apprennent la robustesse des faits sur ces questions, et se retrouvent à avoir le sentiment de devoir faire un choix entre la science et leur foi.

Prendre position pour la création évolutive, et ce d’une manière adaptée à votre contexte d’église, peut amener à prendre sur soi une sorte de condamnation qui reposait sur une personne peu affermie. Il est plus aisé pour quelqu’un de moins affermi de dire qu’il est d’accord avec un certain responsable que de donner son opinion. Ainsi, dire la vérité peut être un acte d’amour pour ceux qui n’ont pas les moyens de le faire. Et si, malgré le plus grand des efforts, il y a conflit, les discussions qui prendront place peuvent être une opportunité pour développer un dialogue gracieux avec ceux qui ne sont pas d’accord avec nous.

 

..mais toujours dans l’amour

Bien sûr, dire la vérité ne peut se faire sans amour et la recherche de l’unité. Nous sommes appelés à aimer et être patients avec ceux qui ne sont pas d’accord avec nous, de même que nous avons besoin de leur amour et de leur patience en retour. Considérez l’église primitive, et les questions clivantes auxquelles elle a dû faire face – la question de l’application des lois juives aux Gentils sur la nourriture, la circoncision, etc…Paul savait que la division sur ces questions menaçait l’unité de l’église ; il était particulièrement soucieux que les questions secondaires ne divisent l’unité et ne compromette l’évangile. Comme je l’ai déjà écrit ailleurs (cf article en anglais) je vois des parallèles entre ces questions et celles auxquelles nous sommes confrontés sur la création : Il y eut des sujets qui ont menacé l’évangile en amenant la division et la séparation là où Dieu désire l’unité. Non pas l’unité d’opinion, mais une unité qui amène à s’asseoir ensemble et manger le repas du seigneur en tant que peuple de Dieu, malgré nos différences d’opinion sur des sujets qui génèrent des débats. Pour Paul, cette unité transcendait les classes sociales qui divisaient les gens à cette époque – esclave ou libre, juif ou grec, homme ou femme – et il n’allait pas laisser des questions secondaires défaire ce que Dieu avait fait en Christ par le Saint-Esprit. Une telle division aurait mis des freins au développement de l’église et élever une barrière inutile pour les personnes en dehors de la foi.

De mon point de vue, je vois des thèmes similaires quand il s’agit de la discussion évolution- création. Est-ce que c’est un sujet important à discuter entre chrétiens ? Oui. Est-ce que cette question sert de catalyseur pour un large panel de discussions sur l’exégèse et l’herméneutique ? Certainement, et en soi cela peut être très sain. Est-il acceptable pour des croyants d’avoir des opinions différentes et faire partie du peuple de Dieu ? Je dirais oui. C’est ma conviction que le mécanisme par lequel Dieu a créé est une question secondaire quand on la compare à la question la plus importante qui est que Dieu est le Créateur et qu’il soutient toutes choses. Par conséquent, le seul danger est de rendre une des options essentielle et d’en faire un élément de clivage. Est-ce que c’est un problème que mon frère ou ma sœur dans l’église soit un(e) créationniste jeune terre ? Non. Est-ce que c’est un problème que je ne sois pas en communion avec lui ou elle à cause de ses opinions. Oui absolument. Nos différences d’opinion sur le mécanisme utilisé par Dieu pour créer le monde n’est pas une question qui affecte l’évangile, mais rompre toute relation sur une question secondaire concerne l’évangile, en empêchant l’amour et la communion auxquels nous sommes appelés, créant un obstacle inutile à ceux qui souhaitent nous rejoindre.

 

Pour conclure, considérons les mots de Paul à l’église d’Ephèse. Bien que notre situation soit différente, et très éloignée de celle des Ephésiens, l’avertissement de Paul n’en est pas moins pertinent pour nous aujourd’hui :

Je vous encourage donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à vous conduire d’une manière digne de l’appel que vous avez reçu. En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour. Efforcez-vous de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix. Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous. Il est au-dessus de tous, agit à travers tous et habite en [nous] tous.

Eph. 4 :1-6 (SG21)


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Dennis R Venema

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