Science et religion où est la vérité ?

lune
Auteur : Marc Fiquet
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Crédit illustration : nasa.gov

 

Dans la partie Ressources du site, nous avons référencé un article du Faraday Institute de Science et Religion de Cambridge à propos de la vérité et du relativisme.

Traduit avec autorisation par Hélène Mayhew pour Science & Foi.

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John Taylor, auteur de cet article,  est chef du Département de philosophie à la Rugby School et a été tuteur en philosophie à l’université d’Oxford. il s’est ensuite engagé dans la promotion d’approches philosophiques de l’éducation. Son dernier livre explore notamment la manière dont les enseignants peuvent intégrer la pensée philosophique à toutes les étapes du programme scolaire.

 

 

Science, religion et vérité

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> Voici les éléments centraux de l’article qui pourront servir de base à une discussion ; se reporter à l’article pour les détails et une compréhension complète.

 

Les mystères de la Vérité

  • Dès l’Antiquité deux conceptions de la vérité s’affrontaient déjà,
    • Une vision de la vérité qu’on appelle objective est exprimée par Aristote : il y a des choses qui sont réellement et qui ne dépendent pas de ce que nous croyons ou même de ce que l’humanité entière peut croire. Par exemple le fait qu’il y ait ou non des montagnes sur la face cachée de la lune.
    • Protagoras avant lui avait affirmé que la vérité était dépendante des êtres humains. C’est une vision relativiste et non objective de la vérité. Par exemple on ne ressent pas la température de la même manière à un endroit en fonction de l’endroit d’où l’on vient selon qu’il est plus chaud ou plus froid.

 

  • Or cette question de température peut être résolue d’une manière objective grâce à un thermomètre dont la fiabilité peut être recoupée par d’autres faits observables tels que ébullition ou le gel.   Il semble donc que dans certains cas « nous puissions nous référer à des critères objectifs pour déterminer la vérité. »
  • la question des critères est au cœur du problème,
    • Sur quels critères peut-on affirmer que la science est objective ?
    • Est-il pertinent pour les croyances religieuses de prétendre à une vérité objective en tant que but ?

 

L’expansion du relativisme

  • La démarche scientifique se veut par définition objective. Pourtant certains tentent de montrer que même la science ne peut prétendre à la vérité, le relativisme devrait s’imposer même en science.

 

  • Taylor va donc défendre dans un premier temps la position réaliste en science contre le relativisme :
    • En s’appuyant sur les travaux de Thomas Kuhn qui a remarqué « que même nos paradigmes scientifiques les mieux établis peuvent être remis en question » (pensez par exemple au géocentrisme), le relativisme suggère que c’est ici la meilleure démonstration que la science n’est pas armée pour atteindre une vérité objective.
    • Or ce que montre assez facilement Taylor, c’est que la démarche scientifique ne consiste pas à s’attacher à des paradigmes qu’elle tiendrait pour vérité ultime. Ce qui unit les scientifiques ne sont pas les paradigmes eux-mêmes, mais « la recherche de théories apportant la meilleure explication aux données dont nous disposons. »
    • En bref, « le réaliste, […] n’est pas mû par la conviction que nous avons atteint des vérités ultimes et immuables; l’accent est mis sur le progrès accompli vers une explication pertinente et sur l’importance de défendre la vérité objective en tant qu’idéal régulateur. »

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  • Vient ensuite la question plus épineuse de la croyance en Dieu.
    • Pour le relativiste, « il est impropre de penser la question des croyances dans le champ religieux en termes d’objectivité et de rationalité ». Ce qui est mis en avant ici, c’est que la croyance est une question personnelle qui dépend de la vison du monde de chacun.
    • Mais pour Talylor, affirmer simplement « à chacun sa vérité » au simple prétexte que l’on constate un désaccord répandu, pose un problème de logique au relativisme. Car « si chacun de nous détient sa propre vérité, il s’ensuit qu’aucun désaccord n’est possible. » Ce qui est pourtant le postulat de départ du relativisme.

 

Les paradigmes de Kuhn

Taylor revient ici sur l’objectivité en science.

  • Un paradigme peut être décrit comme comme la théorie centrale d’une branche de la science. La mécanique de Newton a été le paradigme dominant de la physique pendant plus de deux siècles.

 

  • Il arrive au cours de l’histoire des sciences que les chercheurs rencontrent des énigmes particulièrement complexes qu’ils ne parviennent pas à résoudre avec le paradigme dominant.  « C’est précisément ce qu’il s’est passé en 1900 quand les physiciens ont essayé tant bien que mal de rendre intelligibles des résultats qui semblaient incompatibles avec la mécanique newtonienne. »
  • « Si des scientifiques, en nombre suffisamment conséquent, deviennent insatisfaits du paradigme existant, leur allégeance peut se déplacer vers un nouveau paradigme –un processus que Kuhn désigne sous le nom de révolution scientifique. »
  • Kuhn souligne alors la difficulté de « l’argument circulaire » où les scientifiques des deux camps entre ancien et nouveau paradigme s’affrontent

 

L’incommensurabilité

  • « Kuhn utilise le terme « incommensurabilité» pour décrire la difficulté de comparer les paradigmes. » Pour l’auteur, « il est impossible de défendre quelque conclusion que ce soit sur la justesse objective d’un paradigme particulier. »
  • Les travaux de  Kuhn  ont eu un retentissement considérable en sciences sociales et ses écrits sont souvent reconnus comme la genèse du relativisme en science.

 

La rationalité retrouvée

  • Cependant comme le souligne Taylor dans son article, on a bien souvent été bien au-delà de que Kuhn a voulu dire ou montrer. Kuhn  a d’ailleurs réagi aux thèses relativistes qui étaient élaborées à partir de ses publications.

 

  • Kuhn a souligné que si le scientifique ne disposait pas de règles pour trancher d’une manière neutre entre deux paradigmes dans le cadre des révolutions scientifiques, il n’en demeurait pas moins qu’une discussion rationnelle entre les deux parties basée sur plusieurs vertus théoriques était possible pour les départager. la théorie  la meilleure sera la plus précise, complète, simple et féconde.
  • Kuhn précise aussi le fait que lors des révolutions scientifiques, les changements de paradigmes impliquent une certaine continuité, ils n’impliquent pas « rupture totale de communication. » On étend les concepts précédents, mais on ne repart pas à zéro à chaque fois. Einstein n’a pas annulé Newton, mais l’a complété.

 

De la science à la religion

  • Taylor fait donc remarquer que si les travaux de Kuhn sont souvent cités pour soutenir une vision relativiste de la science, il peuvent en tout état de cause soutenir une vision objective de la science.  « Sur le plan ontologique, rien de ce que dit Kuhn exclut la possibilité de penser à partir de paradigmes en tant qu’outils pour nous guider à composer avec une réalité objective ».

 

  • Quant aux croyances religieuses, il semble que le relativisme soit de mise pour la bonne raison que l’on ne peut résoudre la question de l’existence ou de la nature de Dieu.
  • Pourtant le fait de ne pas avoir de réponses à une question suffit-il à justifier le relativisme ? Certains faits historiques nous sont difficilement accessibles et le temps passant nous savons que les chances d’accéder à la vérité s’amenuise davantage encore.

 

  • Mais pour Taylor il existe aussi une faille dans le raisonnement relativiste : pour reprendre l’exemple du début, celui d’Aristote qui se demande s’il existe des montagnes sur la face cachée de la lune. Appelons P cette proposition. l’objet de la dispute est de savoir si P est vraie, c’est donc la vérité. Il s’agit bien de la vérité objective et non d’une vérité relative, « ma » ou « votre » vérité pour laquelle aucun désaccord ne saurait exister.
  • On peut penser qu’un cadre commun permet aux deux camps opposés de s’exprimer via des règles communes (les lois de la logique et des normes pour les tests). C’est ce que le relativisme voudra remettre en cause.
  • Et Taylor de conclure : « il n’est pas invraisemblable de considérer la science, la religion et la philosophie comme autant d’activités appartenant, du moins en partie, à une même catégorie d’ensemble, celle qui cherche à expliquer le monde. »

 

Compter sur la raison

  • Toutes les trois, science, philosophie et religion cherchent à comprendre le monde, notre propre nature et la manière dont nous devrions vivre

 

  • « Le recours à la raison aux fins d’atteindre la vérité objective est un engagement inhérent à toute approche visant à satisfaire notre désir d’explication. Cette démarche plaide contre ce que le relativiste veut nous faire croire en affirmant que des systèmes,telles la science et la religion, appartiennent à des mondes incommensurablement différents. »
  • Au plan moral, le relativisme se voudrait parfois être un plaidoyer contre l’intolérance qui découle d’une vérité absolue. Mais Taylor a montré que le prix à payer n’est autre que celui de l’abandon de la raison, ce qui ne constitue guère une solution satisfaisante.

 

 

 

 

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Après un cursus universitaire et professionnel dans les technologies de l’information, Marc poursuit désormais des études en théologie avec un premier objectif de valider un master II de recherche. Il est le webmaster du site scienceetfoi.com et Directeur de Projet Exécutif au sein de l'association.

4 Commentaires

  1. Avatar
    BIHLER lun 16 Mar 2020 Répondre

    Pour moi:
    la SCIENCE est l’acquisition de savoir qui me permet d’appréhender mon environnement d’une manière la plus précise possible;
    la RELIGION est une attitude de la pensée qui me permet de donner un sens à ma vie;
    la PHILOSOPHIE quant à elle me donne les moyens de discerner mes choix d’action en fonction de l’environnement qui est le mien à l’instant T en cohérence avec les 2 points précédants

  2. Avatar
    Temaro mer 18 Mar 2020 Répondre

    Oui… Chacun s’arrange comme il l’entend avec (ou sans) la religion et la philosophie.
    Pourquoi ces petits arrangements ne sont-ils pas possibles avec la science ?
    Parce qu’elle s’impose à nous en produisant des résultats experimentaux et théoriques indépendants des attentes de  » l’animal métaphysique  » que nous sommes (voir philosophie: Schopenhauer)

    Par exemple, les mécanismes darwiniens qui sont au coeur de la théorie de l’évolution contraignent notre façon penser l’évolution, par exemple dans un cadre providentialiste, ce qui de fait, est lourd en terme d’implications religieuses.

    Mais pourquoi existe-il quelque chose plutôt que rien, me direz-vous ?
    En d’autres termes, l’origine d’une première chose est-elle pensable ?

    Je vous invite à suivre cette conférence d’Etienne Klein sur la question:
    https://youtu.be/Z3zU46sukV8

    Bonne méditation

    • Avatar Auteur
      Marc Fiquet sam 21 Mar 2020 Répondre

      Cher Temarro, nous sommes ici sur un article qui dénonce le relativisme, je ne vois pas trop le rapport avec la conférence de Klein.

      • Avatar
        Temaro sam 21 Mar 2020 Répondre

        Bonsoir Marc,

        D’après toi, peut-on relativiser la réponse négative à cette question posée par Klein:
         » L’origine d’une première chose est-elle pensable ?  »

        Enfin, j’aurais apprécié que tu sois aussi réactif pour justifier l’idée d’un darwinisme providentialiste.

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