« Réveillez-moi quand la révolution aura eu lieu »

Posté par Benoit Hébert

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Nous poursuivons notre série « l’évangélisme et les modèles scientifiques des origines de l’homme » à partir d’un article évoquant cette « révolution théologique » dont le monde évangélique a besoin pour être en harmonie avec ce que la science a découvert de notre histoire et de nos origines.

« Réveillez-moi quand la révolution aura eu lieu »

Dans cet article dont nous traduisons ici quelques extraits , John Hawthorne nous fait réfléchir à propos des analogies entre les “révolutions scientifiques” et les “révolutions théologiques”. J’ai trouvé de grandes ressemblances avec les réflexions que j’ai partagées il y a plusieurs années sur ce blog concernant les différentes étapes psychologiques qui sont souvent nécessaires pour les chrétiens évangéliques dans leur acceptation de l’évolution. Voici un extrait de mon article

“On est parfois surpris de voir quelqu’un changer brusquement d’opinion à propos d’une question pour laquelle il (ou elle) paraissait si sûr de lui. C’est qu’en réalité de nouvelles données sont d’abord venues susciter de nouvelles questions, puis un véritable doute quant à certaines convictions antérieures. Le basculement s’opère quand l’accumulation de données convergentes vient construire petit à petit une nouvelle façon plus satisfaisante car plus cohérente d’appréhender et d’interpréter la réalité.

Les facteurs de changement :

  • Le fait de réaliser que certaines des affirmations traditionnelles « simples » ne sont pas si simples.
  • La perte de confiance dans certains discours de certains leaders évangéliques qui défendent de manière dogmatique des idées indéfendables.
  • Une évaluation des preuves scientifiques de l’évolution.
  • Un approfondissement des méthodes d’interprétation de la Bible et de la théologie biblique en général.
  • Le témoignage de chrétiens véritables et équilibrés qui acceptent l’évolution, en présentent les preuves scientifiques et donnent des réponses théologiques satisfaisantes. »

 

John Hawthorne évoque l’analyse de Thomas Kuhn, philosophe des sciences, à propos de la Structure des Révolutions Scientifiques, la façon dont les développements scientifiques ont lieu:

“La clé principale de ce processus concerne le passage de la “science normale” à la “révolution scientifique”. Une fois qu’une compréhension établie a été développée, certaines données sont découvertes, et elles ne rentrent pas dans le cadre théorique préétabli. Ces anomalies sont la source de questionnements et constituent souvent un défi méthodologique ou théorique. Mais bientôt, il y a trop d’anomalies à expliquer. La foi dans le paradigme précédent commence à s’affaiblir, et des théories alternatives qui rendent mieux compte de ces prétendues anomalies sont développées. Alors que le nouveau paradigme acquiert une reconnaissance officielle, les générations plus jeunes et quelques pionniers isolés commencent à articuler les progrès comparatifs apportés par le nouveau paradigme. Avec le temps, le nouveau paradigme établi est lui aussi confronté avec de nouvelles anomalies, de nouveaux modèles, et ainsi de suite…”

John Hawthorne développe ensuite l’idée que l’acceptation de l’évolution par la communauté évangélique suit le même schéma de développement, et je crois qu’il a raison. En francophonie, certains scientifiques et théologiens nous ont amenés là où nous sommes aujourd’hui. Je pense à Jean Humbert ou Henri Blocher. Ils ont été pour beaucoup dans l’acceptation de l’évolution dans les milieux évangéliques et ont fait face à beaucoup de réticences.

Pourtant, le paradigme théologique qu’ils défendaient est remis en cause par un certain nombre d’”anomalies”: leur attachement à l’historicité des textes bibliques en tant que dogme associé à l’inspiration, l’interprétation historique et concordiste de Genèse 2-3 qui en résulte, les difficultés que cela pose dans la théologie du péché originel, la lecture historique du déluge et plus généralement de Genèse 1-11…Tous ces points et d’autres encore appellent à un nouveau paradigme, qui aura à n’en pas douter lui aussi certaines faiblesses, mais nous permettra d’avancer dans le bons sens. Celui d’une cohérence et d’une pertinence plus grandes de la foi évangélique.

“Parce que la révolution n’a pas seulement lieu dans les sciences, mais aussi en théologie. Alors que la postmodernité gagne en influence, nous nous retrouvons à nous poser de nouvelles questions de nouvelle manière. Les anomalies sont nombreuses. Mais beaucoup de personnes s’accrochent encore à l’ancien paradigme et dénoncent les anomalies comme étant des erreurs au lieu de les voir comme des opportunités pour changer de paradigme. Il est notable que des segments entiers de l’église évangélique aient recours a des arguments essentiellement modernistes pour défendre leur vision de la Bible, pendant que beaucoup en science (excepté les partisans du nouvel athéisme) se posent de sérieuses questions à propos des suppositions du scientisme…

Au milieu de ce changement de paradigme, nous avons besoin de personnes au caractère fidèle qui n’évitent pas les questions difficiles, ou y répondent naïvement, ni n’abandonne leur foi parce que certaines réponses sont incertaines. Mais qui cherchent plutôt à faire avancer vers le but, à la recherche du nouveau paradigme qui apportera sa mesure de réconciliation, au moins jusqu’à ce que de nouvelles anomalies apparaissent.”

Dans un article récent sur ce blog, Roger Lefebvre a admirablement articulé toute la difficulté dans la négociation de ce virage entre modernité et postmodernité.

Cette façon d’envisager les progrès théologiques peut paraître déstabilisante pour beaucoup , mais on peut aussi être excité à l’idée de savoir que Dieu nous réserve encore bien des surprises à propos de sa façon de nous parler et d’agir dans ce monde.


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2 Commentaires

  1. Avatar
    Marc jeu 05 Déc 2013 Répondre

    Salut Benoit,

    Sympa cet article en contrepoint qui nous montre combien il est délicat et difficile d’évoluer dans nos façons de penser ou d’appréhender les choses.

    Il me vient 2 remarques á l’issue de cette lecture :
    1. Dans mes expériences professionnelles de conduite de projets, le principal vecteur de réussite reste ce qu’on appelle « la conduite du changement ». Ça en dit assez long sur la disposition naturelle du plus grand nombre á voire le changement comme un ennemi plutôt qu’un allié pour aller plus loin.

    2. Concernant le monde évangélique, un autre facteur semble être un frein à considérer favorablement les évolutions théologiques, celui d’être souvent convaincu d’avoir retrouver la vérité pure et originelle de la foi des apôtres…
    Comme me l’a sincèrement confié un visiteur de notre stand Science et Foi á Lognes le mois dernier : « les évangéliques ont su gommer tous les excès de l’histoire de la religion pour revenir á la foi apostolique ». Il avançait cela en réponse á mon explication sur l’influence que les interprétations d’Augustin exerçaient encore aujourd’hui sur la théologie évangélique…
    Et comme pour le rassurer, je lui ai avoué qu’il n’y a pas si longtemps encore, je pensais également comme lui !…

  2. Avatar Auteur
    Benoit Hébert ven 06 Déc 2013 Répondre

    Oui Marc, les évangéliques sont parfois peu conscients de l’héritage théologique qui est le leur, et croient souvent naïvement qu’ils ont tout réinventé…c’est aussi vrai en matière d’eschatologie…Connaître l’histoire de ses propres convictions théologiques permet parfois de prendre un peu de recul à propos de certaines d’entre elles, tout en restant confiant sur l’essentiel!

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