Un résumé de l’interprétation de Genèse 1

Genèse 1
Auteur : Roland Benz
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1En 587 avant JC, l’empereur Nabuchodonosor de Babylone envahit le pays de Juda (partie sud du royaume d’Israël, le royaume du nord a été envahi en 722 par les Assyriens et a disparu). Il détruit Jérusalem, le temple (centre de la foi israélite), tue le roi et emmène une grande partie du peuple en exil.

 

2C’est durant l’exil à Babylone que de nombreux textes de l’AT sont écrits. Les rédacteurs du récit de création de Genèse 1 sont des prêtres (les textes rédigés par cette école font partie du corpus appelé le « sacerdotal »). Le récit de Gn1 est de type liturgique mais il comporte également un aspect polémique à l’égard des mythes babyloniens qui divinisent les éléments naturels comme le soleil, la lune, etc.

 

3La plupart des peuples de la terre ont des récits d’origine, appelés « mythes » racontant la « création » du monde et celle des êtres humains. Leur rôle est surtout d’être une histoire fondatrice et identitaire d’un peuple ou d’une ethnie ; les rites qui l’accompagnent permettent de se rapprocher de l’origine. Généralement, on y voit le monde des dieux se confondre avec celui des humains, alors que le récit biblique marque une nette distinction entre le Dieu créateur et sa créature. (Aujourd’hui, nous avons le récit du Big Bang, et celui de la théorie de l’évolution, généralement sans divinité, sinon la science elle-même.)

 

4Dans le mythe babylonien, le devenir des hommes est déjà déterminé dans le monde des dieux. Les êtres humains n’ont pas d’avenir personnel, mais un destin fixé que l’on tente de deviner, d’où la pratique de la divination, notamment au moyen de l’astrologie.

 

5Le genre littéraire du récit de Genèse 1 est un hymne poétique, un texte de louange au Dieu créateur.

 

6Dieu crée : « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre », en traduction littérale : « Dans un commencement de : Dieu créa les cieux et la terre (titre du récit), … Dieu dit, que la lumière soit… ». Le verbe créer (bara’ en hébreu) ne peut avoir comme sujet que Dieu. Il n’indique pas un mode de faire, mais une action propre à Dieu sans qu’il ne soit possible de la décrire ou de l’expliquer.

 

7Dieu fait advenir le monde comme « devant lui » par sa parole : « Dieu dit » et la chose existe. Dieu crée par sa Parole, ce qui signifie que le monde est autre que lui mais en relation avec lui. Dieu ne se confond pas avec sa création, de la même façon qu’un sculpteur ne se confond pas avec sa sculpture.

 

8L’expression « Dieu dit » revient dix fois, comme il y a dix 10 Paroles ou commandements révélés à Moïse, règles de conduite donnée au peuple d’Israël, libéré de l’esclavage en Egypte, pour définir sa relation à Dieu et aux autres.

 

9L’originalité de ce récit est qu’il présente une création totalement dédivinisée ; tout est objet de création de Dieu. Elle est donnée aux êtres humains pour leur émerveillement et leur louange devant sa beauté (voir les Psaumes 8, 104, ou 148), pour leur nourriture (l’herbe des champs) et leur rôle et leur responsabilité (v.26) nécessitant observation et compréhension (tâche de la sagesse (Proverbes 8).

 

10La structure du récit est très soignée témoignant de la mise en ordre effectué par l’acte créateur qui arrache le monde au chaos. Au v.2, il est dit : « Or la terre était informe et vide (tohu-bohu) » ; à quoi répondent la formation et la séparation des espaces dans les jours 1 à 3, et le « remplissage » ou la création des habitants de ces espaces, dans les jours 4 à 6. Une correspondance thématique apparaît entre les jours 1 et 4 (lumière – astres) ; entre les jours 2 et 5 (mer et ciel – animaux marins et oiseaux) ; entre les jours 3 et 6 (terre et végétation – animaux terrestres et humains). Des répétitions de mots ou d’expressions rythment le récit : 10 fois « Dieu dit » ou « faire » ; 7 fois « Dieu vit que bon » ou « et ce fut », etc. Et même les mots (en hébreu) sont comptés pour former des multiples de 7.

 

11L’action créatrice de Dieu se déroule dans le temps, dans le cadre d’une semaine symbolique, celle fournie par la semaine des Israélites : six jours de travail et un jour de repos. Le mot jour, « yom » en hébreu, est bien celui qui désigne le jour de 24 heures ; mais, comme dans beaucoup de cultures, il a aussi un caractère symbolique. Le récit lui-même fait cette distinction puisque le jour de 24 heures est créé ou formé au 4ème jour créateur. C’est la semaine symbolique de la création ; inutile donc d’attribuer à ces jours une notion de durée.

 

12Les judéens (issus du Royaume de Juda) exilés ont tout perdu : leur lieu (espace) de culte, à savoir le temple de Jérusalem, leur roi et leur terre. Dès lors, Dieu est leur roi, la loi est leur terre et le temple, le sabbat. Ils ont alors mis l’accent sur le temps, avec une semaine rythmée par le Sabbat (le 7e jour de la semaine) plutôt que sur le lieu. Le sabbat essentiel dans la piété juive peut être vécu où que l’on soit pourvu qu’on en prenne le temps. Ce jour « chômé », libre du travail, a donc pour fonction la célébration du Dieu créateur et sauveur. Il s’agit dès lors de se réjouir de la création et des autres, de retrouver le sens de l’existence dans la gratuité (hors de tout rendement) du temps de la célébration. Privé de leur lieu de culte, le temple, les judéens exilés ont mis à part un temps pour célébrer Dieu, quel que soit le lieu, temps marqué également par des fêtes. Ainsi ils ont vécu un changement radical : le transfert de l’importance de l’espace sur celle du temps. Dans cette valorisation du temps s’est construit une histoire ouverte avec Dieu, pour les israélites, d’abord, puis en conséquence, aussi pour les chrétiens.

 

13L’être humain, homme et femme, est créé à l’image de Dieu, c’est-à-dire comme son vis-à-vis et son représentant ; ce qui ne signifie pas que nous puissions nous faire une image de Dieu. Dans les temples de l’Antiquité, il y avait l’image ou la statue de la divinité vénérée dans le sanctuaire qui lui était dédié. Ici ce n’est pas une statue qui représente la divinité mais l’être humain et tout humain est appelé à le représenter (pas seulement le roi ou l’empereur). Le verbe créer intervient à trois reprises pour marquer l’importance de la création de l’humain.

 

14Il est établi gérant ou responsable de la création, c’est-à-dire qu’il est appelé à veiller sur la création comme un berger sur son troupeau ; c’est le sens du verbe traduit par « dominer ». Dans le texte, le verbe dominer n’a en tout cas pas la signification d’un pouvoir tyrannique et exploiteur mais celle de la responsabilité respectueuse de la création.

 

15La création est qualifiée de bonne, voire de très bonne. Elle est, en une certaine façon, idéalisée. Elle est sans mal ni violence puisque les hommes et les animaux sont végétariens, comme si la mort n’existait pas.

 

16Au 7e jour, il est dit que Dieu se repose ou chôme, il met un arrêt à son travail de création. Il s’en retire pour lui donner son autonomie, donc qu’il peut continuer avec ses lois propres. Ce qui signifie que le créateur ne vient pas corriger sa création ou empêcher des catastrophes naturelles.

 

17Trois fois « Dieu bénit » : il bénit les animaux (v.22), l’être humain (v.28) le septième jour (le sabbat qui est le jour du repos dédié au culte rendu à Dieu) (v.2,2). L’être humain est donc appelé à respecter la vie : c’est la responsabilité écologique ; à respecter l’autre : la responsabilité éthique ; à honorer Dieu : la responsabilité cultuelle.

 

18Le monde est don d’un Autre. Il est donc à recevoir comme un don, c’est-à-dire comme un lieu de partage et non de possession et d’exploitation. Chaque être humain peut reconnaître que son existence est un don, totalement gratuit et inestimable.

 

19Le récit de Genèse 1 ne nous fournit pas un savoir sur la façon dont le monde s’est formé. Dieu le créateur n’a pas à être expliqué mais à être reconnu, honoré, loué, célébré pour le don de la vie et du monde dans sa diversité, sa beauté et son aspect insolite.

 

20Genèse 1 n’est pas un texte scientifique ; il affirme, en utilisant les représentations du monde propre à son époque, que Dieu est l’auteur du monde, sans dire comment il a fait pour créer. Ce récit ne prétend pas dire comment le monde s’est formé, même s’il nous présente une création qui se déroule dans le temps, à l’instar des sciences actuels (théories de l’évolution du cosmos et de la vie). Il dit le pourquoi, le sens de la création ; il exprime que le monde a son origine en Dieu, autrement dit que sa vérité et son sens ne sont pas à trouver dans son analyse scientifique. Les sciences, aussi précises soient-elles, ne peuvent pas donner le sens de la vie. Mais ce monde dédivinisé est offert à la compréhension humaine : les sciences y sont possibles comme une action d’émerveillement face à sa beauté et sa complexité. La connaissance scientifique est possible.

 

Après avoir enseigné (niveau Lycée) plus de vingt ans la physique et l’épistémologie à Genève, Roland Benz a entrepris des études de théologie et s’est engagé comme pasteur de l’Église protestante de Genève de 1994 à 2008. Riche de cette double compétence et de de son expérience, Roland anime régulièrement des conférences et rédige des articles qui traitent des rapports entre la science et la théologie.

29 Commentaires

  1. Ohandza Joël Francis mer 16 Mar 2022 Répondre

    La création n’est pas encore achevée et le paradis n’est pas derrière nous mais devant nous. Ce sont, à mon sens, deux des postulats fondamentaux dans l’interprétation des deux premiers chapitres de la Genèse. Par ailleurs, dans un cadre conceptuel qui consacre l’évolution cosmologico-biologique non plus comme une hypothèse, mais désormais comme un fait, il s’impose à la théologie de réinterpréter le concept de creatio ex nihilo. Ainsi, Dieu ne serait plus créateur en tant qu’il crée à partir de rien, mais plutôt en tant qu’il crée -avec. Il n’en serait pas moins créateur! Cette conception de Dieu qui crée -avec me semble plus cohérente avec l’image biblique du Dieu de l’alliance. Elle rend aussi compte d’un Dieu dont l’action créatrice consacre l’homme comme co-créateur d’un paradis à venir que l’on pourrait qualifier, à la suite du livre de l’Apocalypse, de création nouvelle.

    • Marc Fiquet mer 16 Mar 2022 Répondre

      Bonjour Joël,

      As-tu lu Molmann ? Chez ce théologien qui met remarquablement en dialogue la théologie systématique avec les sciences de la nature, le concept de creatio ex nihilo débouche sur la nouvelle création par le biais de la création continuée.

      • Temaro jeu 17 Mar 2022 Répondre

        Bonsoir Marc,

        Si Dieu n’a pas créé  » à partir de rien  » il a donc créé (ou il continue de créer) à partir de quelque chose. Et s’il existe une réalité nécessaire et antérieure à Dieu (au sens logique et pas seulement chronologique) alors il faudra assumer la contradiction interne que soulève l’idée d’un Dieu créateur.

  2. Ohandza Joël Francis mer 16 Mar 2022 Répondre

    Bonsoir Marc, j’ai lu Moltmann et son interprétation originale de la créatio ex nihilo qu’il définit comme le temps de Dieu pour ses créatures. C’est le temps de sa décision d’être créateur. C’est aussi l’espace vital qu’il crée en lui pour ses créatures. Et c’est parce qu’il a ouvert un espace en lui-même pour ses créatures qu’un temps hors -de-lui-en-lui a été possible. Ce temps hors -de-Dieu-en-Dieu c’est le temps des créatures. C’est aussi l’espace de leur liberté radicale, une liberté capable désormais de nier ce qui l’a rendue possible. C’est en cela aussi que Dieu est créateur : dans le don-de-soi-en-soi pour ses créatures, mais aussi, dans la mise en relation de lui-même -en-lui-même au bénéfice de ses créatures. C’est aussi cela créer -avec.

    • Marc Fiquet jeu 17 Mar 2022 Répondre

      Merci Joël pour ces précisions, à quels autres auteurs pensais-tu ?

  3. Ohandza Joël Francis jeu 17 Mar 2022 Répondre

    John B. Cobb, John Haught, André Gounelle…

  4. OHANDZA JOEL FRANCIS ven 18 Mar 2022 Répondre

    1. Dans nos différentes versions de la Bible, est-il dit dans Gn 1:2, qu’au commencement il n’y avait rien (néant) ? N’est-il pas plutôt écrit que «La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux». D’autres versions parlent plutôt de chaos qui recouvrait la terre. Le chaos étant le tohu-bohu, c’est-à-dire, une matière primordiale informe. D’où l’hypothèse d’une création ex chao que l’on substituerait volontiers à l’hypothèse de la création ex nihilo. La création ex chao c’est la mise en ordre du chaos en cosmos grâce aux possibilités divines actualisées. C’est le monde se créant qui actualiserait les possibilités divines dans sa réponse à la parole de Dieu : «Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut». En d’autres termes, par sa parole, Dieu prend l’initiative de mettre en ordre le chaos. Sans la parole de Dieu, rien n’arriverait. Le chaos l’entend et lui répond positivement, se constituant en jour et nuit : «il y eut un soir, et il y eut un matin»(Gn 1:5).
    2) Vous me demanderez : D’où vient cette matière primordiale, ce chaos que Dieu a ordonné par sa parole ? Je réponds. Premièrement, la création n’est pas un acte de Dieu accompli une fois pour toute au commencement. Si la création n’est pas encore achevée, cela signifie logiquement que Dieu continue encore à créer, en faisant que les choses se fassent à travers les possibilités nouvelles qu’il offre au présent pour un futur qui n’est pas une conséquence implacable du passé, mais en est plutôt la synthèse originale et inédite. Deuxièmement, il faudrait peut-être avoir une ouverture d’esprit métaphysique pour articuler le rapport entre esprit et matière dans la prise en charge de la matière comme actualisation de l’esprit (la matière comme esprit dans le monde. Le Geist in welt de Karl Rahner) et dans la prise en charge de l’esprit comme possibilité de la matière. De ce point de vue, sans la matière, l’esprit n’aurait aucune actualité et sans l’esprit, la matière n’aurait aucune possibilité et resterait un chaos. J’en viens donc précisément à la réponse à la question de savoir d’où vient cette matière primordiale chaotique ? Je vous renvoie à mon commentaire adressé à Marc Fiquet sur l’interprétation originale que Jürgen Moltmann donne au concept de creatio ex nihilo. Il avance comme hypothèse que Dieu aurait ouvert en lui un espace vital pour ses créatures. Cet espace consacre aussi le surgissement de la matière qui n’advient pas en-dehors-de-Dieu-hors-de-Dieu, mais plutôt en-dehors-de-Dieu-en-Dieu. La matière primordiale n’est donc ni en dehors de Dieu, ni antérieure à Dieu, elle advient plutôt en Dieu sans pour autant se confondre à Dieu, puisqu’en même temps elle est en Dieu, elle est aussi hors de Dieu. C’est cela l’espace vital des créatures, l’espace de leur liberté radicale.
    3) C’est en cela que Dieu est créateur en tant qu’il est la possibilité que l’homme actualise (et par extension le monde ou la matière) s’autotranscendant dans sa liberté radicale. Dit autrement, l’évolution étant le signe d’un mode particulier de créer, Dieu n’est plus créateur parce qu’il est absolu, c’est-à-dire, seul avec lui-même et tout pour le monde, mais plutôt parce qu’il est relation, c’est-à-dire, Dieu-avec-le-monde. Il en ressort, comme conséquence originale, que Dieu ne serait plus créateur, il ne serait même plus Dieu indépendamment du monde et le monde n’existerait pas si Dieu n’avait pas décidé librement de créer, c’est-à-dire, d’ouvrir, en lui, un espace vital de radicale liberté avec et pour ses créatures, car sans liberté actualisée, tout phénomène de nouveauté authentique serait impossible et impensable et on ne pourrait pas parler de création, ni même d’évolution en tant que mode divin de créer.

    • Marc Fiquet dim 20 Mar 2022 Répondre

      Merci Joël c’est très intéressant, il faut savoir néanmoins que si Moltmann reste lui fidèle à la doctrine ex nihilo ce n’est pas sans la revisiter (voir mon commentaire plus bas).

      Pour lui, il ne faut pas chercher dans l’Ecriture, l’interprétation métaphysique de la doctrine « Dieu créant à partir de rien » mais plutôt son essence même, le fait que la création émane d’un acte d’autodétermination absolu, Dieu est le seul être totalement libre, et s’est autodéterminé à être le créateur de toute éternité. Moltmann indique qu’à cette notion de liberté, il faut ajouter la dimension de l’amour divin qui évite tout dégât que pourrait causer une liberté unilatérale, il parle alors d’une creatio ex amore Dei(création à partir de l’amour divin).

      je m’arrête là ça nécessiterait un article. spécifique. Pas trop le temps en ce moment :-(

  5. Temaro sam 19 Mar 2022 Répondre

    Bonjour Ohandza Joel Francis,

    J’imagine que votre réponse fait écho à mon commentaire plus haut.

    J’irai à l’essentiel.
    Vous évoquez  » une création ex chao que l’on substituerait volontiers à l’hypothèse de la création ex nihilo  »

    Le problème est que cette notion de  » chaos  » est davantage poétique que relevant du registre de la connaissance.
    La réalité est que nous ignorons tout simplement les lois physiques qui s’appliquent en-deçà du mur de Planck et donc du Big bang.
    Je ne vois donc pas bien en quoi la metaphysique pourrait ici nous aider dans cette quête de la connaissance.

  6. Ohandza Joël Francis sam 19 Mar 2022 Répondre

    Bonjour Temaro, Que veut dire connaître ? La connaissance, selon toi, se réduit-elle à ce que la science seule peut en dire? L’art, pour ne citer QUE cet exemple, n’est-il pas une forme de connaissance ? Ayons la lucidité et le courage d’entrer en dialogue avec tous les modes de saisissement du réel qui ne peut (le réel), dans sa totalité, être perçu exclusivement à partir d’une seule lucarne.

    • Temaro sam 19 Mar 2022 Répondre

      Maintes fois cette objection sur le périmètre de la connaissance a été formulée, mais sans vraiment convaincre.
      Il est vrai que si un ébéniste, un juriste, un peintre, un musicien, un plombier, un physicien, un mathématicien ou même une créature du monde animal détient une forme de savoir faire et de connaissance qui peut être empirique, pratique, théorique, il me semble en revanche présomptueux de qualifier de connaissance ce qui relève en définitive, et pour nous tous, non pas d’une métaphysique qui ne peut être ici que sulfureuse, mais d’une ignorance fondamentale.
      Admettons-le humblement si on souhaite envisager un dialogue si ce n’est fructueux, au moins honnête.

      Definie en ces termes, n’oublions pas qu’une des caractéristiques d’une connaissance est de faire consensus, au-delà nos opinions personnelles.
      Or, le marché du spiritualisme est loin de répondre à cette contrainte.

    • Temaro jeu 07 Avr 2022 Répondre

      Bonjour Ohandza Joel Francis,

      J’aurais bien poursuivi cette discussion sur le périmètre de notre connaissance et je regrette ce silence assourdissant.

      Ma réponse vous laisserait-elle sans voix ?

  7. Marc Fiquet dim 20 Mar 2022 Répondre

    Bonjour Joël,

    Plus haut, tu cites Cobb, John Haught et André Gounelle à la suite de Moltmann, je n’ai pas lu la théologie de la création de Haugh, mais il me semble que celle de Cobb et Gounelle soit assez éloignée de celle de Moltmann dans le sens où ce dernier met l’accent sur le caractère trinitaire du Dieu créateur ce qui n’est pas la cas des premiers qui considèrent la trinité comme une formulation historique de l’Eglise à laquelle ils n’adhèrent pas.

    De plus, je ne sais pas si Moltmann parle d’une « création avec » comme tu sembles le comprendre, peut-être auras-tu des passages de son œuvre plus clairs à proposer à ce sujet ?

    De ce que j’ai compris de mes lectures et de mes cours sur cet auteur, Il me semble que le travail de Moltmann a été de proposer une théologie contemporaine de la création qui intègre une réflexion écologique. Dans le cadre d’une théologie de la nature, il a pu réviser des doctrines traditionnelles (comme la creatio ex nihilo) à la lumière des avancées de nos connaissances scientifiques.

    La creatio originalis échappe à toute investigation scientifique, elle élabore une théologie qui définit un principe d’existence du monde extérieur à Dieu (creatio ex nihilo). Cette création n’est pas achevée, mais est promise à un accomplissement, la creatio nova qu’il faut comprendre non pas comme « la fin des temps », mais comme le commencement d’un temps autre. Entre les deux, la creatio continua fait la jonction, elle introduit par l’Esprit créateur dans le présent les nouveautés déjà promises dans le futur, c’est en cela qu’une création inachevée laisse place au processus d’évolution dans le temps historique.
    Dans la préface de Dieu dans la création (p. 8), Moltmann indique qu’il veut « développer une doctrine pneumatologique de la création. » Pour l’auteur, l’Esprit créateur est une puissance d’avenir qui agit dans le présent pour conduire la création à son achèvement. Les relations que l’Esprit établit dans l’agir de Dieu permet l’ouverture de nouveaux potentiels aux créatures enfermées sur elles-mêmes : « L’action historique divine consiste essentiellement dans l’ouverture des systèmes vivants qui se renferment par manque de communication . » (Ibid p 272.).

    Je ne vois pas cependant ici chez Moltmann, un indice de ce que d’autres théologiens auraient pu eux décrire dans l’action humaine un acte de cocréation.

    Moltmann a formulé ainsi sa conception trinitaire de la création : « Le Père est la cause créatrice, le Fils la cause formatrice et l’Esprit la cause vivifiante de la création. » (Ibid p. 133) Loin d’une théologie déiste, d’un Dieu qui abandonnerait sa création à son triste sort, la théologie chrétienne conçoit que le Père crée par le Fils et dans l’Esprit. Chaque créature trouve dans le Fils la source de son salut. Quant au motif du Creator Spiritus (l’Esprit créateur), Moltmann y voit un rapprochement avec le début du troisième article du Symbole de Nicée-Constantinople : « Je crois au Saint-Esprit qui est aussi Seigneur et qui donne la vie ». Dans la théologie de Moltmann, la création est perçue comme le don de Dieu lui-même fait à ses créatures.

    • Temaro lun 21 Mar 2022 Répondre

      Que de références sur un sujet (Dieu) à propos duquel personne ne sait rien.

      Restons humbles et conscients de notre ignorance. Et sutout, n’oublions pas cette sainte et claire parole de Dieu qui faisait dire à Saint-Benoit de l’Apostolat, que  » toute la jubilation du Magnificat annonciateur de l’ostentation, est à l’immaculée miséricorde ce que l’Allégresse du Saint-Sépulcre est au jugement de nos béatitudes.  »
      Les Inconnus (Les discours hermétiques- le prêtre)

  8. ohandza joel francis ven 08 Avr 2022 Répondre

    Bonjour Temaro, J’ai dit ce que je pensais au sujet de la connaissance ou du connaitre. Mon intention n’est pas de convaincre à tout prix. Je respecte par ailleurs ton point de vue. La connaissance n’est pas que scientifique. Voilà ce que je crois! Dans l’expérience humaine, il existe un a priori théologico-philosophique et un a posteriori scientifique. Le contenu de l’expérience (a posteriori) est l’ensemble des données acquises, comprises et catégoriellement thématisées par la cognition. Cependant, l’expérience catégorielle (scientifique) est rendue possible par un a priori, donné dans l’expérience-même, de type transcendantal, présent de manière non thématique. De ce point de vue, alors que la science rend compte de l’expérience a posteriori, la théologie et la philosophie posent la question du sens, de la finalité et de la totalité.
    Par ailleurs, puisque tu as parlé de “consensus” comme l’une des caractéristiques d’une connaissance, il faudrait bien théoriser un principe qui garantisse la possibilité de l’unité des savoirs (la condition de possibilité du concensus dont tu as fait allusion). C’est ce principe qui est, en définitive, la condition de possibilité de tout savoir et de toute expérience humaine. Il est l’a priori transcendantal au coeur même de toute expérience apostériorique. Tu auras donc déviné que je ne m’inscris pas dans une logique d’opposition des savoirs. J’attribue les tensions entre sciences et théologie, d’une part, à la prétention de la théologie d’être de compétence universelle dans des questions qui relèvent pourtant de la spécificité épistémique des sciences empiriques. D’autre part, à la présomption de la science de pouvoir tout expliquer aposterioriquement à partir d’une méthode dite expérimentale. Vu sous cet angle, la théologie et les sciences empiriques ne devraient pas entrer en conflit, car même si elles se distinguent par leur méthode, chacune d’elles a quelque chose à dire à l’autre. En effet, alors que la science est compétente dans l’observation et la description des phénomènes, la théologie en recherche le sens ultime en Dieu en tant qu’il est cette totalité, cette unité et cet a priori transcendantal dont j’ai fait allusion plus haut.

    • Temaro ven 08 Avr 2022 Répondre

       » La connaissance n’est pas que scientifique…  »

      Absolument, ce qui ne signifie pas que les religions (au sens large) soient sources de connaissance. C’est juste cette frontière épistémologique que je souligne. Pas de quoi polémiquer sur le sujet.

       » il faudrait bien théoriser un principe qui garantisse la possibilité de l’unité des savoirs  »

      Il me semble que Karl Popper a fait le job, non ?

       » La théologie et la philosophie posent la question du sens, de la finalité et de la totalité.  »

      On est d’accord… Une fois précisé que l’approche philosophique doit être clairement distinguée de l’approche théologique, toujours en vertu de cette notion de cette frontière épistémologique…Donc ?
      Ne pensez-vous pas que la biologie évolutive, par exemple, nous montre également le  » sens de la vie « , de la  » finalité  » et de la  » globalité « , et sans qu’il soit nécessaire de faire référence à une quelconque divinité ?

      Et si on admet cette réalité, cela ne nous interroge-t-il pas sur la pertinence de nos conceptions spiritualistes, quelles qu’elles puissent être ?

      Vous évoquez  » la présomption de la science de pouvoir tout expliquer… « .

      Ne pensez-vous pas que vous vous mépreniez sur le rôle de la science, sans pour autant qu’il soit nécessaire d’invoquer une réalité d’ordre surnaturel pour des problématiques qui sortent de son périmètre ?

  9. ohandza joel francis ven 08 Avr 2022 Répondre

    Bonjour Marc,
    Ton interprétation de la pensée de Moltmann est respectable.
    Je dirai tout de même qu’une lecture croisée des auteurs cités plus haut (Cobb, Haught, Gounelle et moltmann) fera émerger des points de divergences, sans pour autant opposer radicalement leur pensée. On leur reconnait d’avoir partagé, chacun à sa manière, l’idée d’un Dieu en relation d’interdépendance réciproque avec le monde (Dieu avec le monde et le monde avec Dieu). Moltmann adhère lui aussi à ce théisme nouveau puisqu’il s’illustrera comme ayant développé le paradigme de la présence périchorétique. En effet, Moltmann définit la création comme l’histoire de la présence de Dieu dans le monde et du monde en Dieu. Cette double présence, se manifeste chez lui sous le triple mode de l’abaissement, de l’anticipation et de l’habitation. Toute la théologie Moltmannienne s’articule autour de cette triple figure. La trinité, comme tu l’as dit, en constitue le point stratégique d’analyse, car c’est en elle qu’elle se déploie pour se refléter dans le monde.
    La tri-unité de (en) Dieu permet ainsi de rendre compte de ce nouveau paradigme de la communion périchorétique qui met en échec l’idée de Dieu en tant que sujet absolu, absolument transcendant. Le Dieu un et trine se définit désormais comme communion, d’où sa volonté de faire de la création sa demeure. C’est aussi en celà que la doctrine Moltmannienne de la création est dite écologique, en ce sens qu’elle est doctrine de la demeure, c’est-à-dire, de la présence Dieu, une immanence à la fois historique (anticipation, innovation et conservation) et eschatologique (creation nouvelle).
    Par ailleurs, chez Moltmann, le monde a son horizon de possibilités propres. Ces possibilités intramondaines sont l’avènement prévisible du passé et du présent : c’est le futurum. Or un monde qui a en soi son propre fondement est un système fermé dans lequel aucune évolution n’est possible. L’avènement de la nouveauté, rendu possible par l’anticipation de l’eschaton, offre pourtant au futurum la possibilité d’un accomplissement eschatologique en Dieu. Le monde peut donc évoluer parce qu’il est un système ouvert à (en) Dieu, en tant que ce dernier est le fondement de sa transcendance, mais aussi son horizon eschatologique. Sans l’immanence de Dieu dans le monde, le monde ne pourrait s’autotranscender et sans la transcendance du monde, c’est-à-dire, son ouverture à (en) Dieu, la creatio nova – «un ciel nouveau et une terre nouvelle» (Ap 21,1) – ne pourra pas s’accomplir.
    De plus, au-delà des prédictions de la science d’une fin inéluctable de l’univers à travers sa mort thermique, Moltmann s’est employé à imaginer le futur de l’homme et de la création dans l’éternité de Dieu. Il engagera sa réflexion dans l’articulation de deux types de présence de Dieu dans le monde. La première est le sabbat qui indique la présence de Dieu (ou encore repos de Dieu) dans le temps et l’espace historique de ses créatures. La deuxième est la shekinah, encore appelé sabbat eschatologique, qui rend compte de la présence eschatologique de Dieu dans l’espace cosmique de ses créatures et de ces dernières dans son amour éternel. Ces deux présences divine dans le temps et l’espace historique et dans le temps et l’espace eschatologique sont aussi promesse et accomplissement de la venue du Christ dans la gloire; une venue glorieuse qui portera le monde vers un mode nouveau d’être et d’exister (j. moltmann, L’avvento di Dio. Escatologia cristiana, Queriniana, Brescia 1998, 292). La creatio nuova consacrera ainsi, d’une part, la présence éternelle de Dieu au milieu de la communauté cosmique, d’autre part, la présence de ses créatures dans l’éternité de Dieu (Dieu dans l’espace de ses créatures et les créatures dans le temps de Dieu).
    Le sabbat chrétien, dans une perspective pneumatologico-eschatologique, consiste donc a assumer tout le créé, d’une part, comme intention créatrice de Dieu, c’est-à-dire, comme digne de considération et d’émerveillement (Moltmann, Dio nella creazione. Dottrina ecologica della creazione, 319). Il s’agit, d’autre part, d’assumer la création comme lieu d’habitation de l’esprit de Dieu, dans le temps et dans l’espace du monde. Il s’agit ici de reconnaître en la création toute entière dans sa diversité cosmologique (minérale) et biologique (végétale et animale) la demeure éternelle de Dieu. Moltmann écrit dans ce sens que Dieu ne se repose pas seulement ‘de ses œuvres’, mais aussi ‘dans ses œuvres’ (Moltmann, Dio nella creazione. Dottrina ecologica della creazione, 322). Il se dégage ainsi une dimension écologique à la théologie Moltmannienne, ce qui fonderait l’engagement de tout un chacun à la cause écologique, qui devrait s’entendre comme le respect de la dignité de toute les créatures, dans lesquelles Dieu est présent à travers son Esprit. Si toute les créatures, minérale, végétale et animale, ont une dignité propre du fait de la présence de l’esprit de Dieu en chacune d’entre elles, en tant que leur condition de possibilités (c’est en cela que Dieu est créateur), alors, la nature devrait être reconnue comme sujet avec ses propres droits, reconnue pour elle-même, et pas seulement comme un milieu humain (Moltmann, Dio nel progetto del mondo moderno. Contributi per una rilevanza pubblica della teologia, 109). Il va donc de soi que même la présence de Dieu dans le temps et l’espace de sa création respecte les possibilités du monde qu’il ouvre néanmoins, à travers son Esprit, à un futur eschatologique. C’est cela la rédemption. C’est aussi cela la creatio nova, c’est-à-dire, l’inversion eschatologique.
    NB : Mes références sur Moltmann sont en italien parce qu’actuellement je fais mes recherches doctorales dans une université italienne. Tu l’auras déviné.

    • Marc Fiquet lun 11 Avr 2022 Répondre

      Merci Joël pour ces précisions,

      Pour ma part je trouve qu’il y a bien des points convaincants dans la théologie de Moltmann ; dans mon cours, j’en ai trouvé d’autres plus spéculatifs comme le Zimzum que tu as expliqué dans ton premier message qui consiste à s’inspirer de la Cabale Juive pour tenter de « modéliser  » la création ex nihilo en parlant d’une contraction de Dieu pour aménager un vide à l’intérieur de lui…
      D’autres encore paraissent discutables d’un point de vue biblique, parler de kénose (abaissement) de Dieu comme tu le relèves dans ton dernier message peut être problématique quand l’Ecriture ne nous parle que de la kénose du Fils dans le cadre de l’incarnation (Moltmann n’est pas le seul à étendre la kénose à la doctrine de la création et au Père).

  10. Ohandza Joël Francis ven 08 Avr 2022 Répondre

    Cher Temaro, je ne sais pas si je me méprends sur le rôle de la science. Tu pourrais m’en dire davantage sur la question. Ce que je sais, c’est que la connaissance n’est pas que scientifique. La foi, par exemple, est aussi un mode de connaître. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici uniquement de foi confessionnelle, mais surtout de foi existentielle. Connaître, de ce point de vue, ce n’est pas seulement savoir, c’est aussi croire. Notre rapport au monde et aux autres – si nous sommes honnêtes – n’est-il pas ponctué d’actes de foi? Ainsi, vivre ce n’est pas seulement savoir que l’on existe, c’est aussi croire en la vie. De ce point de vue, savoir n’est-il pas en soi un acte de foi?

    • Temaro ven 08 Avr 2022 Répondre

       » je ne sais pas si je me méprends sur le rôle de la science.  »

      La science moderne n’a pas la présomption de pouvoir tout expliquer.
      En affirmant le contraire, vous savez maintenant pourquoi vous vous méprenez sur son rôle.
      Par ailleurs, le fait que la science ne soit pas légitime pour répondre à certaines questions ne fait pas des religions un point d’entrée plus pertinent.

       » La foi, par exemple, est aussi un mode de connaître  »

      Selon une définition assez largement acceptée, la foi (en tant que forme de confiance) peut être entendue comme un état psychologique se caractérisant par l’intention d’accepter la vulnérabilité sur la base de croyances optimistes sur les intentions ou le comportement d’autrui.
      Ainsi définie, si la foi nous en dit long sur la façon dont notre cerveau fonctionne (ce qui intéresse les neurosciences) elle ne peut en revanche être considérée comme un vecteur de connaissance objective ni même subjective.

       » savoir n’est-il pas en soi un acte de foi ?  »
      Votre question mériterait d’être nuancée. En effet toutes les connaissances n’ont pas le même statut sur l’échelle de la vérité. Tout dépend des justifications.
      Si je vous dis que la terre est ronde il y a peu de chances que je fasse là un acte de foi.
      Si maintenant je vous affirme que les extra-terrestres existent (où n’existent pas) là je fais un acte de foi !

    • Temaro lun 11 Avr 2022 Répondre

      Allo ?

  11. Marc Fiquet lun 11 Avr 2022 Répondre

    Bonjour Temaro,

    Il y a peut-être une manière différente de considérer les choses. L’épistémologie ne nous montre t-elle pas que toute la science moderne repose sur un nombre restreint de postulats ?

    Je reprends ici les arguments de Thomas Torrance, un Théologien Ecossais sur lequel je fais mon mémoire. Membre entre autres de l’Académie internationale de philosophie des sciences et président de l’Académie internationale des sciences religieuses jusqu’en 1981, il a beaucoup publié sur les rapports entre science et théologie. Il a même publié un article scientifique sur Maxwell pour l’université d’Édinbourg.

    Un des rares articles traduit en Français porte le titre « Les croyances fondamentales et la révolution scientifique » (Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses, 1981). Cet article porte sur le sujet des postulats et vise à décrire « la place fondamentale de la croyance dans la connaissance scientifique. » En montrant qu’il n’existe pas de connaissance sans croyance, Torrance veut indiquer qu’il n’existe pas sous ce rapport de différence fondamentale entre une connaissance théologique et une connaissance scientifique puisque cette connaissance repose sur un même fondement, celui du rapport de la foi à la réalité.
    Il distingue les croyances fondamentales sans lesquelles toute entreprise scientifique serait vaine, des croyances quasi-fondamentales pour lesquelles des alternatives existent.

    Les croyances fondamentales que Torrance identifie sont : l’univers existe, il est ordonné et intelligible.

    A noter que pour ces croyances, par définition, le principe de réfutabilité ne s’applique pas ce qui veut dire qu’à sa toute base la science moderne repose sur des principes non réfutables.

    Ce type de réflexion épistémologique est importante car elle permet à Torrance d’élaborer une théorie de la connaissance générale qui s’applique à la fois aux sciences dures, à la philosophie, à la théologie.

    Torrance distingue bien entendu les méthodologies et les objets d’étude propres à chaque discipline, mais selon lui, l’épistémologie ne dépend pas de nous mais premièrement de nos objets de recherche (l’épistémologie dépend de l’ontologie).

  12. Temaro lun 11 Avr 2022 Répondre

    Bonsoir Marc,

    J’attendais une réponse de Ohandza mais bon… Ce n’est pas bien grave.

     » il n’existe pas de connaissance sans croyance  »

    Certes, mais ceci n’implique pas que toutes les croyances produisent des connaissances.

     » Torrance veut indiquer qu’il n’existe pas de différence fondamentale entre une connaissance théologique et une connaissance scientifique puisque cette connaissance repose sur un même fondement, celui du rapport de la foi à la réalité.  »

    Tu n’ignores pas, j’espère, que la position de Torrance sur ce point est à l’opposé du consensus en philosophie des sciences… Mais passons !

    Donc, si je te suis bien, tu adhères à cette idée (pour le moins saugrenue) selon laquelle, par exemple, les propositions  » la Terre est ronde  » et  » les extraterrestres existent (ou pas)  » bénéficient du même statut sur l’échelle des connaissances au motif qu’elles reposeraient toutes deux sur un même fondement, celui du rapport de la foi à la réalité ?

    Hum… Rien ne te choque là ?

    • Marc Fiquet mar 12 Avr 2022 Répondre

      Bjr Temaro

      Tu m’apprends une chose, c’est l’existence d’un consensus en philosophie des sciences en matière d’épistémologie, je ne connais pour ma part que des écoles de pensées différentes et l’existence d’un débat encore vivant aujourd’hui.
      La philosophie des sciences n’est d’ailleurs toujours pas capable à ce jour de donner une définition unique et consensuelle pour affirmer ça c’est une démarche scientifique, ça non.
      (voir par ex les discussions sur la scientificité des sciences humaines).

      Certains visent une approche par des méthodes communes, d’autres par l’épistémologie, etc..

      Pour revenir à tes questions, pose les il y a 2000 ans ou dans 2000 ans, les deux risquent bien de faire partie de la même catégorie.
      Nous faisons une distinction entre ce qui relève de la science = terre ronde et de la recherche = une vie extraterrestre.
      Il y a 2000 ans les 2 étaient dans le domaine de la recherche , dans 2000 ans les 2 seront peut-être de la science. Je crois que dans ton argumentaire tu sembles fusionner (confondre) les deux. Voir les 3 minutes de cette vidéo d’Etienne Klein qui montre le distinguo entre science et recherche :
      https://youtu.be/ClcnSBRdoy0?t=1460

      Les théories de la connaissance sont complexes et ne font pas consensus, la proposition de Torrance est loin d’être « saugrenue », je ne vois pas comment il aurait gagné sa place à l’Académie internationale de philosophie des sciences si c’était le cas… Il nous invite à réfléchir sur des sujets profonds et qui dépassent les analyses rapides.
      Qu’as-tu à redire sur le fait que des postulats infalsifiables (des croyances) sont à la base de toute connaissance scientifique dans la science moderne ?

  13. FLAVIEN PHANZU lun 25 Avr 2022 Répondre

    Genèse 1 et 2 ne sont pas à interprétés. Peut on interpréter la construction d’un édifice de l’antiquité quand l’architecte lui-même a décrit comment il l’a construit ? N’avez-vous jamais lu ce verset malgré vos titres des théologiens :  » L’Éternel parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle à son ami » (Gn 33:11). Pourquoi devrez-vous analyser Genèse au lieu de le chercher à le comprendre. C’est parce que personne ne comprend ce schéma que le mot « chaos », « terre informe et vide » vous trouble. L’histoire de la Genèse ne concerne pas seulement la théologie, mais beaucoup plus la cosmologie. Il n’est théologique quand on parle de Dieu fut, Dieu dit, Dieu créa. Quand on met en évidence tous ces trois phrases, elle devient un schéma cosmologique. Ainsi, je vous demande de la lire selon l’analyse d’un cosmologiste avec la publication des collections des livres « Les versets des savants » à rechercher dans Google et de « l’astrothéologie ». Par là vous découvrirez que l’Univers est un édifice qui dont la Bible a bien décrit, plutôt que vos interprétations.

  14. Alain Dumont lun 25 Avr 2022 Répondre

    Bonjour
    Il y a une chose qui m’agace au sujet du chapitre 1v. 26 de la Genèse est que c’est à ce moment là que l’homme et la femme furent créés. Ors il y a là un problème; nous devrions lire « Dieu dit faisons un humain – Le texte grec qui traduit ce verset dit: faisons un humain (anthropos).
    De plus j’ai calculé la date de la création de cet humain en me servant d’une documentation juive et je trouvé 3894 avant Jésus-Christ donc pratiquement au début de la civilisation sumérienne et de l’égyptienne.
    La date de la création d’Adam n’est pas à deux ou trois ans prêt. Toutefois cela remet bien en question vos théories

  15. Alain Dumont mar 26 Avr 2022 Répondre

    Bonjour
    Voici, je n’ai pas interprété Genèse ch.1v.26 mais je l’ai lu littéralement à partir des textes hébreux et grec. En fait, vous ne lisez ces textes qu’à partir des traductions. Même dans le Nouveau Testament j’ai vu des interprétations identiques qui seraient bonne à vraiment vérifier.
    Maintenant, si vous voulez, vous pourriez reprendre Exode ch.20 sur le sixième commandement: En effet, beaucoup de traductions donnent: tu ne tueras pas. Mais le terme hébreu qui n’existe que 46 fois dans tout l’ancien Testament ne concerne que le meurtre proprement dit et jamais l’action de tuer à la guerre, l’action de tuer par action d’un jugement. En ce qui concerne la cosmogonie, relisez bien les mots: « La terre était informe et vide ». Ne voyez-vous pas une forme simple de la formation d’une étoile? Pour moi, si! Que le Seigneur vous aide.

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