L’unité des chrétiens autour d’une théologie essentielle de la création

Date : mer 28 Août 2013 Catégorie Article Original
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Introduction de Peter Enns

Cet article a été écrit par Ross Hastings, professeur associé en théologie pastorale au Regent College ( à Vancouver en Colombie Britannique (Canada). Hastings enseigne dans les domaines de la théologie et de la mission, en théologie pastorale et en éthique. Il a été pasteur à Kingston, Burnaby et Montréal et pendant 11 ans pasteur principal de la Peace Portal Alliance Church à White Rock. Il est titulaire de deux doctorats, un en chimie des organo-métalliques de la Queen’s University, et l’autre en théologie de l’Université St. Andrew, dans son Ecosse natale. Son travail théologique est une étude comparative de la théologie de la Trinité de Jonathan Edwards et de Karl Barth, et elle est en cours de publication.

Cette série est basée sur une série de conférences données à l’occasion du Vibrant Dance of Science and Faith Symposium à Austin, Texas.,  le 26 Octobre, 2010.

Le but de  cet article est de fournir une base biblique et théologique permettant un dialogue sain et fructueux à propos du dialogue entre la théologie et la science des origines, pour des pèlerins en route vers la même cité céleste.

Hastings souligne l’unité des croyants, en particulier dans le contexte d’une discussion à propos des origines susceptible de les diviser. Cette unité est une vérité théologique fondamentale. Elle est le reflet de celle qui existe entre le Père et le Fils et les chrétiens sont invités à y participer en vertu de leur union avec le Christ (Jean 17 :20-23) Sur cette base, nous pouvons rechercher la vérité honnêtement et énergiquement dans un processus de « compréhension par une foi qui cherche » (Anselm, Augustin). Nous connaissons tous partiellement et imparfaitement. L’union parmi les chrétiens nous aident dans notre recherche de la vérité et honore le Christ qui désire que ses enfants soient un comme lui et le Père ne font qu’un.

L’évolution est un sujet difficile, les divisions et les sentiments forts de défiance et même d’animosité ne sont que trop fréquents parmi les frères et sœurs en Christ. Les pensées de Hasting en la matière sont pour nous un rappel qu’il nous faut rechercher la vérité. Nous sommes tous des voyageurs dans cette vie, essayant de comprendre certains problèmes très difficiles et très dérangeants. Ce pèlerinage, ce voyage est plus agréable pour nous et plaît à Dieu quand nous le faisons avec des camarades en Christ, et pas en ennemis, considérant l’autre du mauvais côté d’une guerre culturelle.

 

L’unité des chrétiens autour d’une théologie essentielle de la création

 

Les chrétiens sont un comme Jésus et le Père sont un

Commençons par quelques pensées profondes écrites par Thomas Merton:

Nous sommes encrés dans la réalité en disant la vérité…Détruire la vérité avec la vérité au prétexte d’être sincère est un façon très fausse de dire un mensonge…Un homme sincère est moins intéressé par le fait de défendre la vérité que de l’exprimer clairement, parce qu’il pense que la vérité se voit d’elle-même et qu’elle peut très bien prendre soin d’elle-même. La peur est peut-être la plus grande ennemie de la candeur. »

Mon propre intérêt pour la science et la théologie provient de cette curiosité de connaître cette vérité qui prend soin d’elle-même dans chaque domaine de la réalité, et qui nous rend libre. Cet intérêt est motivé par la présupposition que toute vérité est vérité de Dieu et que toute vérité concernant la création de l’univers et sa réconciliation est centrée dans le Dieu-homme Jésus qui a dit : « Je suis la vérité » (Jean 14 :6)

Mon intérêt pour la science et la foi et leur intégration vient aussi de deux vocations apparemment irréconciliables pour de nombreuses personnes que j’ai rencontrées, certaines étant des croyants, et beaucoup ne l’étant pas. Au fil des années, j’ai expérimenté qu’après avoir joué au golf avec des personnes que je ne connaissais pas, celles-ci ont été terriblement embarrassées à propos du langage fleuri qu’elles avaient utilisé en ma présence avant d’apprendre que j’étais pasteur. Lorsque je leur ai expliqué que j’avais beaucoup joué au rugby et que j’étais habitué à ce type de langage, et qu’en fin de compte, cela se passait entre elles et Dieu, cela ne les a pas toujours mis à l’aise.

Lorsque je leur apprends que je suis titulaire d’un doctorat en chimie, elles sont très étonnées et demandent habituellement:” mais comment réconciliez –vous ces deux choses?” Leur réaction illustre la séparation issue de la philosophie des lumières entre les faits (le domaine de la science) et la foi (celui de la religion), et cette réaction m’a motivée pour développer ce dialogue entre la science et la foi, et ces dernières années, jusqu’à la question des origines.

Le dicton d’Augustin et d’Anselme disant que la poursuite de la vérité est toujours une démarche de “compréhension par une foi en recherche » a été pour moi la base sur laquelle je me suis appuyé pour dénoncer le scientisme des sécularistes d’un côté, et d’un autre côté, pour encourager les chrétiens à prendre conscience de la science et pour de jeunes scientifiques à poursuivre sans crainte leur carrière dans les science.

Mon intérêt pour l’unité des chrétiens dans le dialogue à propos de origines vient de mon expérience dans le service de plusieurs églises dans lesquelles toutes les opinions possibles sur cette question étaient présentes, et sur la façon dont j’ai cherché à faire face à cette situation avec tous les leaders qui m’entouraient. C’est pourquoi, je veux apporter mes réflexions à propos des fondements de l’unité et de notre mouvement vers l’unité dans le contexte de Ephésiens 4. J’écris en tant que pasteur et que théologien pastoral et je chercherai donc à le faire à la manière d’un pasteur, en m’appuyant sur la Parole de Dieu.

Pourtant, avant de regarder à ce passage, j’aimerais l’introduire avec quelques extraits de la prière de Jésus à propos de l’unité, en Jean 17:20-23. Je soupçonne Paul d’avoir été conscient de cette prière quand il a écrit cette partie de son épître.

“Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un –– moi en eux, et toi en moi, afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés, comme tu m’as aimé.” (Jean 17:20-23)

Alors que nous plongeons nos regards dans la communion interne à la Trinité divine, nous pouvons entendre ce qui est sur le coeur du Fils alors qu’il le répand devant son Père. Et ce que nous entendons est son désir le plus profond pour l’église- son unité.

Jésus la définit comme une unité basée sur deux unions – celle entre le Père et le Fils (unité de la Trinité) et celle entre les croyants qui sont dans le Père et le Fils (union participative). La première est manifestée par l’incarnation du Dieu et son unité avec l’humanité et la deuxième est rendue possible par l’action du saint Esprit qui apporte la régénération et l’incorporation des saints dans l’Eglise du Christ.

Il ne peut pas y avoir d’aspect plus profond de l’évangile que ceci. Ces paroles nous parlent de l’unité organique du Dieu trinitaire.

Avec ceci à l’esprit, nous nous pencherons attentivement sur Ephésiens 4 :1-6 et sur ce que ce passage a à nous dire à propos de l’unité des chrétiens

Ephésiens 4 :1-6 : un appel à l’unité

Dans ce qui suit, je voudrais poser les bases en faveur de la préservation de l’unité de l’église en ce qui concerne les problèmes à propos de la science et des origines, et en particulier à propos des points les plus controversés dans ce domaine. On pourrait croire que ce premier point ne constitue pas une nouveauté pour la plupart d’entre nous, étant donné la grande disparité d’opinions qui existe déjà au sein de l’église en la matière. Lisons Ephésiens 4 :1-6

“Moi qui suis prisonnier à cause du Seigneur, je vous demande donc instamment de vous conduire d’une manière digne de l’appel qui vous a été adressé : soyez toujours humbles, aimables et patients, supportez–vous les uns les autres avec amour. Efforcez–vous de conserver l’unité que donne l’Esprit, dans la paix qui vous lie les uns aux autres. Il y a un seul corps et un seul Esprit ; de même, Dieu vous a appelés à une seule espérance lorsqu’il vous a fait venir à lui. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous qui règne sur tous, qui agit par tous et qui est en tous.” (Ephésiens 4:1-6)

 

Laissez moi faire quelques brefs commentaires à propos de ce texte et à propos de sa pertinence dans ce dialogue (ou tout autre dialogue en l’occurrence)

1La priorité de l’unité

Je suis toujours frappé de ce que Paul met en avant dans la section d’exhortation de sa lettre. Il y a cinq exhortations en faveur d’une « marche » (peripateõ)  et la plupart d’entre nous supposeraient peut-être qu’il est question de la sainteté, d’une vie juste ou d’éthique. Mais la première chose est l’unité. Ceci nous montre l’importance que Paul y accorde, et c’est en lien avec le thème principal de sa section théologique qui concerne la création d’une nouvelle humanité en Christ réconciliant l’homme avec Dieu

Il s’agit d’une seule nouvelle humanité, un seul corps, un seul temple. En soulignant d’abord l’unité, Paul reflète fidèlement le désir du cœur du Grand Prêtre Jésus tel qu’il s’exprime en Jean 17. Nous les évangéliques et les protestants en particulier semblons nous inquiéter premièrement de ce qui préoccupe le plus Jésus et Paul- l’unité et l’universalité. Pourtant, nous utilisons fréquemment notre aversion envers l’unicité dans l’organisation et notre théologie de l’unité eschatologique dans le futur pour justifier la création d’un nombre toujours plus grand d’églises indépendantes, et aussi dans les désaccords que nous exprimons dans des domaines tels que celui-ci.

 

2L’urgence de l’unité

Cette urgence est mise en évidence une fois de plus par la force de l’exhortation du verset 3 :

« Efforcez–vous de conserver l’unité que donne l’Esprit, dans la paix qui vous lie les uns aux autres. » On pourrait traduire cette phrase par : «  prenez de la peine à maintenir l’unité. »

Markus Barth exprime cette pensée magnifiquement :

Il est difficile de traduire exactement l’urgence sous entendue dans le verbe grec. Il ne s’agit pas seulement de passion, mais d’un effort total de l’homme, y compris sa volonté, ses sentiments, sa raison, sa force physique et son attitude toute entière. Le mode impératif utilisé dans le grec exclut toute forme de passivité, d’attentisme, ou de diligence tempérée par toute vitesse délibérée. L’initiative doit être la votre ! Faites le maintenant ! C’est bien ce que je veux dire ! Telle est la signification du verset 3. Ceux qui ont la vocation de marcher de façon digne (4:1) sont aussi appelé à courir vers l’avant, à traverser la ligne d’arrivée, ou à recevoir un “prix”.

 

Nous ne devrions pas nous imaginer naïvement que préserver ici bas l’unité organique et céleste qui est aussi christologique et très réelle sera une tâche facile. Il nous faut faire des efforts en ce sens. Ceci est intimement lié à notre identité de nouvelle humanité en Christ et ceci est crucial pour notre témoignage, et nous y sommes tous invités.

Mais comment pourrons nous préserver cette unité? Les prédicateurs sont souvent pertinents à propos du « pourquoi » mais moins fréquemment à propos du « comment ». Il y a deux aspects à ce « comment ». Le premier est en lien avec la formation personnelle de notre caractère. Le deuxième concerne le cadre notre l’unité –une base théologique commune- qui s’exprime positivement dans un crédo à propos de l’essentiel, qui est tout à la fois remarquable par ses affirmations et par ses absences. J’en parlerai tour à tour.

 

3Le caractère personnel nécessaire pour établir l’unité

Nous lisons au verset 2 :

 Soyez toujours humbles, aimables et patients, supportez–vous les uns les autres avec amour.

Il a souvent été souligné que les deux premiers qualificatifs concernent la façon dont nous entrons en relation avec les autres, alors que les deux derniers nous parlent de la façon dont nous accueillons ce que les autres désirent nous communiquer. Des gens humbles et aimables sont capables d’exprimer leurs opinions et d’être en désaccord avec les autres sans les offenser. Des personnes patientes ne sont pas promptes à réagir d’une façon colérique quand les autres ne sont pas si aimables et humbles, et elles pardonnent.

Je n’ai pas besoin de vous rappeler combien le débat concernant les origines peut être passionnel, ni de l’arrogance qui peut parfois se manifester de façon évidente chez des scientifiques très brillants, et en particulier chez ceux qui ont des convictions théologiques marquées. Nous avons besoin d’une bonne dose d’humilité pour reconnaître que nous avons tort. Nous en avons aussi besoin pour reconnaître quand nous disposons de preuves en nombre suffisant et quand ce n’est pas le cas. Et lorsque ce n’est pas le cas, nous avons besoin d’humilité pour reconnaître que nos préjugés ont pris le dessus. Nous avons besoin d’humilité même dans notre approche de la connaissance parce que nous sommes tous influencés par des présuppositions qui influencent notre raison.

Les scientifiques ont tout spécialement besoin d’humilité pour reconnaître que la raison pure et l’objectivité sans faille n’existe pas ! De plus, pendant notre pèlerinage terrestre au cours duquel le royaume de Dieu s’est manifesté mais est encore à venir dans sa plénitude, nous devons avoir l’humilité de reconnaître qu’il y a certaines choses que nous ne connaîtrons peut-être jamais avant d’atteindre la cité céleste/terrestre. Paul enveloppe toutes ces qualités de caractère dans la qualité suprême : l’amour. Il nous rappelle ce qu’il dit à d’autres endroits : il y a une qualité plus importante aux yeux de Dieu que la connaissance : c’est l’amour.

Les monastères Orthodoxes qui favorisent l’amour à la connaissance, le silence devant les pensées bruyantes, ont quelque chose à enseigner à nous les théologiens occidentaux en la matière. C’est aussi ce qu’affirme Paul en 1 Corinthiens 13 :2 :

Et quand j’aurais (le don) de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance… si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.

 

4Notre union commune avec le Christ: le socle de l’unité

Notre unité commune en Christ est exprimée par Paul dans l’expression : « Efforcez–vous de conserver l’unité que donne l’Esprit » (v 3.) Il s’agit là d’une réalité qui surplombe toutes les exhortations ici. C’est la réalité que nous sommes un. Paul s’appuie sur tout ce qu’il a construit dans les trois premiers chapitres, et en particulier sur le paragraphe d’ouverture de cette épître lyrique, comme un refrain dans une symphonie.

Où est l’emphase ? Tous les croyants en Christ sont simplement un en Christ. Ils le sont en vertu de l’alliance élective de Dieu le Père en son Fils qui est à la fois le Dieu élu et l’homme élu pour nous (1:4; 3-6a). Ces réalités ontologiques sont cruciales pour Paul et pour mon exhortation en faveur de l’unité de tous ceux qui professent être croyants en Christ.

Nous sommes donc, et ceci est particulièrement pertinent en ce qui concerne le dialogue théologie/science :

  • Unis dans le Christ créateur et rédempteur. Nous sommes unis par le désir d’honorer le Christ qui est l’Alpha et l’Oméga de la création. “Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout–Puissant.” (Apocalypse 1:8)
  • Sans crainte dans notre poursuite de la vérité dans tous les aspects de la science, car rien ne peut transcender Celui qui est l’Alpha et l’Omega de la création.
  • Nous sommes unis dans notre désir de participer à la réconciliation et à la rédemption de la création (Colossiens 1:15-20):

« Il est l’image du Dieu invisible, le premier–né de toute la création. Car en lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible, trônes, souverainetés, principautés, pouvoirs. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et tout subsiste en lui. Il est la tête du corps, de l’Église. Il est le commencement, le premier–né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier. Car il a plu (à Dieu) de faire habiter en lui toute plénitude et de tout réconcilier avec lui–même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. »

Nous sommes aussi unis, quelques soient nos positions- créationnistes de la jeune terre, créationnistes progressifs, partisans de l’Intelligent Design ou de la création évolutive- dans notre vocation de secourir l’église de toute forme latente de dualisme, en affirmant une théologie et une pratique de la création, en les aidant à reconnaître que le salut n’est pas un salut hors de la création mais un salut au sein et pour la création.

5Notre confession de foi : un cadre pour l’unité

Nous lisons

« Il y a un seul corps et un seul Esprit ; de même, Dieu vous a appelés à une seule espérance lorsqu’il vous a fait venir à lui. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous qui règne sur tous, qui agit par tous et qui est en tous. » (Ephésiens 4:4-6)

 

Ceci semble avoir été un credo de l’église chrétienne primitive, ou bien un crédo qui existait avant Paul, ou peut-être écrit spécialement par l’apôtre pour cette lettre. Il est remarquable par son contenu et par ce qu’il ne contient pas. Il est trinitaire dans sa structure. Minimaliste dans son contenu. Parlant avant tout du salut et le proclamant.

Ce passage a deux effets: premièrement, il unit autour d’un noyau de croyances essentielles de la foi et il relativise nos différences sur les aspects secondaires. Par exemple, il parle du baptême, mais ne dit rien de ses modalités. Il parle de l’espérance chrétienne sans spécifier si elle est pré millénariste, amillénariste ou postmillénarisme…

Mais deuxièmement, ce passage donne aussi certaines limites à l’unité. Nous ne pouvons pas être dans l’unité chrétienne sans affirmer la Trinité et ces vérités essentielles de la foi. Ces affirmations primitives de notre crédo, et celles qui se sont développées en réponse aux hérésies et aux cultures nouvelles auxquelles l’évangile a été confronté sont un guide pour notre unité. En particulier, le crédo de Nicée Constantinople et de Chalcédoine jouent ce rôle en ce qu’ils ne sont rien d’autre que l’expression et/ou le résumé des points essentiels de la foi chrétienne telle qu’elle étaient largement répandue.

Deux aspects de cette étude d’Ephésiens 4:1-6 sont pertinents en ce qui concerne la théologie et la science des origines.

 

L’unité de la foi

J’ai confiance dans le fait que nous sommes unis théologiquement sur les aspects essentiels de notre foi, ceux-ci sont développés et exprimés plus complètement dans le crédo de Nicée-Constantinople (381),  qui contient en particulier l’affirmation, sans dire comment il a créé!

« Nous croyons dans un seul Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, et de toute chose visible et invisible »

 

Le fait que Dieu a créé nous unit lorsque nous dialoguons à propos de la méthode de création. L’histoire de l’église nous montre qu’il y a eu une diversité d’opinions à propos de la méthode utilisée par Dieu pour créer.

Par exemple, Augustin croyait dans une création instantanée (fiat), mais il était convaincu du fait que Genèse 1 ne pouvait pas être interprété  littéralement pour la simple raison qu’un jour de 24 heures était trop long. Pourquoi Dieu aurait-il eu besoin d’un jour de 24 heures pour créer des animaux si ceux-ci avaient été créés ex-nihilo ou même à partir de la poussière?

Cela apparaîtra peut-être comme un choc pour beaucoup de chrétiens de la tradition réformée d’apprendre que le théologien le plus connu pour sa défense de l’inspiration et de l’autorité des Ecritures était ouvert à l’idée que Dieu ait créé par le moyen d’un mécanisme évolutif qu’il contrôlait. 2 Je fait bien sur référence à B.B. Warfield. Considérer que l’opinion à propos du   « comment » de la création devrait être un critère pour savoir si des chrétiens pourraient d’entendre est une attitude franchement sectaire.

Même si nous sommes persuadés d’avoir la meilleure théologie des origines aujourd’hui, et même si nous sommes persuadés que nous sommes les plus rigoureux scientifiquement et honnêtes intellectuellement, ou que nous comprenons de façon appropriée le genre historique et les intentions de l’auteur de Genèse 1, tous ces éléments importants- j’affirme que le niveau de certitude en matière scientifique ou d’interprétation biblique se situe à un niveau de certitude inférieur que l’affirmation que Dieu a créé et qu’il est souverain dans sa providence et actif dans son travail de création et de rédemption.

Nous les protestants avons suffisamment de divisions et de schismes- nous n’en avons pas besoin d’un autre concernant la méthode supposée de création de Dieu. Il nous faut plutôt nous unir à propos du fait que le Dieu trinitaire est le créateur. Il n’existe aucun point de vue à propos des origines qui soit exempt de problèmes qu’il faut approfondir. Une curiosité aiguisée, une recherche poussée et un travail attentif dans ce domaine sont tout à fait en accord avec le mandat créationnel ou culturel et le commandement d’aimer Dieu avec toute notre pensée.

Le dialogue entre des personnes d’opinions différentes est sain et bon- en réalité nécessaire pour faire des progrés sur la question. Mais ce dialogue nécessite un esprit irénique et paisible associé avec une intelligence qui cherche à élucider. Je ressent tout particulièrement le besoin d’exhorter les uns et les autres à ne pas  remettre en cause l’intégrité de l’autre en ce qui concerne l’inspiration et l’autorité des Ecritures. Ces questions à propos du « comment » entre des croyants évangéliques sérieusement équipés ne concernent pas l’inspiration et l’autorité de la Bible, mais sont à propos d’une interprétation appropriée de celle-ci. Les Ecritures ne font autorités que si elles sont interprétées correctement.

En empruntant la terminologie à Jamie Smith, une autre façon de dire ceci est que nous devons faire la différence entre la théologie de type 1 et celle de type 2. Le type 1 concerne la théologie confessionnelle, c’est à dire qui est pré- et supra- théorique. La théologie de type 2 est plus théorique et spéculative. La théologie de type 1 concerne la confession riche et non ambigüe de la foi de l’église  exprimée dans des crédo comme Ephésiens 4 ou bien les crédos oecuméniques enracinés dans la révélation de Dieu dans Sa Parole et affirmés par l’église historique. Cette théologie devrait façonner l’investigation théorique chrétienne du monde, et  donc la théologie de type 2. Lorsque les chrétiens élèvent leur travail théologique de type 2 dans la catégorie 1, il font alors des dégats au niveau de l’unité et de l’universalité et donc dans la mission de l’église. Bien entendu, la théologie de type 2 sera toujours en interaction et façonnée par la théologie de type 1.

Je consacre autant de temps à ce problème car je le crois essentiel en ce qui concerne notre mission. Premièrement, parce que notre unité en Christ, en tant que corps de Christ autour des problèmes essentiels a une grande influence pour notre mission, comme Jésus l’a dit dans sa prière en Jean 17, et comme je l’ai exposé, je ressent le besoin d’appeler l’église à l’unité en ce qui concerne les éléments essentiels de la foi, par exemple le fait qu’il est le créateur de l’univers.

Il y a parfois friction entre deux principes auxquels je suis attaché lorsque je suis confronté à des opinions qui me paraissent scientifiquement fausses ou herméneutiquement naïves: d’un côté, un attachement au fait de rechercher la connaissance grâce à une raison sans crainte et par l’étude, bien entendu fondé dans la foi et guidé par un attachement à mes convictions de foi, mais qui pourrait parfois produire la division ; d’un autre côté, un attachement à l’unité du corps de Christ fondé sur les croyances essentielles, historiques, orthodoxes et trinitaires de l’église. Ce dernier principe doit permettre la recherche de l’unité à tout scientifique chrétien sérieux dans son dialogue à propos des origines dans la communauté des croyants.

Bien sûr, cela créera parfois une distance vis à vis de certains membres de la communauté scientifique séculière qui ne comprennent peut-être pas qu’ils peuvent aussi avoir des positions de foi qui influencent leur raison. Notre attitude nous fera prendre des distances vis à vis de l’évolutionnisme en tant qu’idéologie ou bien d’un concept d’évolution absolument sans but (distéléologique). Sur cette base, je ferai quelques suggestions pratiques en vue de maintenir de faire progresser l’unité et la mission de Christ au travers de l’église (certaines d’entre elles s’appliquent surtout dans le contexte des EU ndtr): Il est sectaire de dénoncer ou de résilier le contrat de professeurs de théologie dans les universités (évangéliques) ou les séminaires si ceux -ci s’expriment à propos de leur vision des origines perçue comme problématique par d’autres, à partir du moment où ces professeurs affirment leur adhésion à l’inspiration et à l’autorité des Ecritures et aux croyances largement admises chez les évangéliques  dans leur ensemble.

Accuser d’autres chrétiens publiquement sur internet de remettre en cause la divinité de Jésus parce qu’il auraient une autre opinion à propos des origines est mauvais et attriste le Seigneur car il désire que son église soit un, pour que l’église le connaisse au travers d’elle. Dieu nous appelle à former une nouvelle humanité, un avant gout du royaume de Dieu- une communauté dans laquelle le dialogue entre personnes est possible, même si on ne s’accorde pas sur des choses non essentielles.

La caricature de la position des autres attriste de Saint Esprit, et inhibe la mission de l’église.

Ne pas inviter des prédicateurs qui adhèrent à l’orthodoxie évangélique parce qu’on découvre qu’il n’ont pas la même opinion sur l’un de ces sujets secondaires attriste aussi l’Esprit Saint.

Mais il y a aussi un autre type de préoccupation concernant notre mission. Ceci est en rapport avec la façon dont nous présentons l’évangile. Faire du créationnisme littéral une condition au salut, c’est ajouter à l’évangile un élément qui pourrait être bien avoir été la plus grosse pierre d’achoppement pour l’évangélisme américain depuis près d’un siècle. L’église a trop souvent mis sa tête dans le sable en ce qui concerne la réalité scientifique, et ceci pourrait bien produire une crise ressemble bien à celle qui a suivi l’affaire Galilée.

 

L’unité autour d’une théologie essentielle de la création

Nous avons tous un ensemble de croyances fondamentales qui servent de base à notre réflexion à propos de la création. Voici cinq d’entre elles auxquelles je pense que nous adhérerons tous, et qui nous aiderons à rester unis dans notre débat à propos du « comment » de la création.

1Nous pouvons tous ensemble affirmer la bonté de la création divine et le fait qu’elle reflète la gloire de Dieu maintenant et que son aboutissement est la révélation de cette gloire, accomplie dans le Fils, par le Saint Esprit, et découlant du Père et allant vers lui. Cette bonté inclut le corps de l’homme. Nous pouvons affirmer que Dieu a agi en Christ pour réconcilier et pour racheter la création, pas pour la détruire, et que tous les être humains sont réconciliés, non pas pour être sauvés de la création et de leur humanité, mais pour devenir en Christ des hommes pleinement humains et pleinement vivants (Irénée).

2Nous pouvons affirmer la distinction entre Dieu et la création, par opposition au monisme ou au panthéisme. Athanase a justement affirmé que Dieu a créé le monde par sa volonté et pas par son essence. Ceci nous montre une distinction essentielle entre l’engendrement du Fils à partir du Père et la création de la matière dans le temps. Nous pouvons donc affirmer la nécessité d’une création ex-nihilo d’au moins une partie de la matière, certains chrétiens pensent d’un « atome initial », d’autres d’une espèce ou d’autres encore de toute la création d’un seul coup…

3Nous pouvons affirmer que Dieu a guidé le processus de la création de façon providentielle. L’affirmation (métaphysique) d’une évolution sans but est contradictoire avec cette notion de providence divine. Certains chrétiens croient donc dans une évolution téléologique (avec une finalité), d’autres sont partisans de l’Intelligent Design ou du créationnisme progressif ou du créationnisme littéral.

4Nous pouvons affirmer une sorte de théologie de la contingence de la création. A côté de la doctrine de la providence, nous devons aussi affirmer la contingence de la création. La dépendance de la création dans le Dieu de la création doit être considérée avec son caractère créé et la contingence, ou bien la différentiation ontologique entre Dieu et sa création. Ce que cela signifie concernant (1) le mécanisme de la création (2) une théodicée est encore pour moi l’un des sujets à approfondir dans ce dialogue à propos des origines.

5Une théologie de l’imago Dei concernant les humains créés, ce qui implique ceci : la raison et la conscience morale (structurelle) et une règle, ce qui inclut le travail (fonctionnel), mais ces deux aspects ont été conçus pour être exercés en communion avec Dieu. Permettez-moi de m’expliquer. L’été dernier, j’ai écouté la conversation entre le leader d’une organisation humaniste au Royaume Uni et un évêque catholique à propos de la validité d’une visite du Pape en Angleterre. Ce responsable présentait certains arguments pertinents, mais sa supposition fondamentale était que les gens n’ont pas besoin de Dieu ou de la foi pour avoir une morale et une éthique- la bonté de l’homme était le seul critère nécessaire.

Il faut  malheureusement souligner le fait que cela n’a pas de sens. La moralité ne peut pas exister dans ce qui ressemble à du nihilisme. Je suggère donc toute moralité basée sur l’humanisme seul est en fait empruntée à l’héritage de la foi chrétienne qui est le seul humanisme véritable –celui qui donne sa valeur à l’être humain parce que celui-ci est un être créé à l’image de Dieu. Le concept d’une arène séculière moralement neutre et débarrassée de toute influence religieuse n’a pas non plus de sens- cela n’existe pas, comme Jamie Smith l’a souligné- si le christianisme ou l’Islam ne remplissent pas l’espace religieux, une autre forme de religion le fait, comme celle qui idolâtre l’être humain ou son intelligence.

Un autre thème relié celui de l’image de Dieu dans l’homme est celui de la culture. Elle est le produit de deux influences : l’image de Dieu, qui demeure en partie chez l’homme qui a péché, et la rupture de l’homme avec Dieu. Il nous faut beaucoup de discernement pour replacer l’évangile dans son contexte sans y projeter notre culture particulière. Il est de notre devoir en tant que chrétiens de développer une réflexion chrétienne à propos de la science, ce qui signifie penser humainement à propos de la science au sens le plus noble du terme.

Il nous faut pour cela prendre conscience  que nous ne pouvons pas être aculturels et que nous sommes forcément influencés par les particularités de la culture occidentale post-lumières. Il est donc de notre devoir de discerner ce qui dans nos valeurs culturelles pourrait être contradictoire avec les valeurs du Royaume de Dieu.

Par exemple, la modernité a influencé la façon dont les évangéliques ont utilisé leur « raison » pour faire de la théologie. La façon dont la culture a influencé la théologie du « comment » de la création est une étude nécessaire. Par exemple, la façon dont la culture a influencé la méthodologie de l’interprétation littéraliste et la théologie du créationnisme de la jeune terre. Ceci est-il le résultat d’une herméneutique littérale du plein sens des Ecritures ou bien le produit d’une herméneutique littéraliste, elle-même influencée par le rationalisme moderne ? Le désir de certitudes des fondamentalistes est simplement l’autre aspect la déconnexion héritée de la philosophie des Lumières entre la raison et la foi.

Pourtant, d’un autre côté, il y a aussi le danger pour les évangéliques d’accepter aisément les affirmations de la science, sans prendre garde à son « enculturation ».

Il est possible aussi d’exagérer dans la critique de la modernité par des arguments postmodernes. Tout ce que nous avons hérité des Lumières n’est pas négatif, et comme toute culture, celle-ci contient aussi des éléments qui mettent en évidence l’image de Dieu dans l’homme. Personne ne peut nier les bénédictions et les bénéfices que la science, la technologie et la médecine ont apportés à la société. On peut même argumenter à propos du fait que la liberté d’étudier la création grâce à laquelle les Lumières ont prospéré était en consonance et plongeait ses racines avec la doctrine chrétienne de la création qui puise elle-même ses racines dans l’église médiévale. J’en reparlerai.

Pour nous résumer,  il me parait impossible de trouver l’unité à moins que nous ne partagions un engagement épistémologique commun envers la recherche dénuée de crainte de la vérité, quelque soit son origine et d’une façon empirique, en reconnaissant que l’on accroît la connaissance par plus qu’un simple raisonnement abstrait. Ceci valide non seulement la science, mais aussi la théologie.

 

Vous pouvez consulter l’original de cet article paru sur le site de la fondation Biologos ici