Un chrétien devrait-il se faire vacciner ?

Date : mar 06 Juil 2021 Catégorie, Article Original
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En résumé

seringue

Les chrétiens face à la vaccination

Connaissance, évaluation du risque, éthique chrétienne

La vaccination, plus que tout autre sujet, semble déchaîner les passions et faire diverger les opinions. Réduits au silence par les extrêmes les plus bruyantes, certaines personnes, aux réticences compréhensibles, se sentent parfois ignorées, incomprises ou même, ridiculisées.

Qu’est-ce que je risque, après tout, à ne pas me faire vacciner ? Comment être certain(e) que les vaccins sont sûrs ?

Et qu’en est-il des considérations éthiques quant à leur conception ? Ces questions sont importantes — et elles méritent d’être prises au sérieux. En tant qu’organisation non-lucrative croyant en la Bible, nous, à Biologos, n’avons aucun intérêt financier à vous pousser à la vaccination. Ce que nous cherchons à faire, c’est aider les chrétiens à prendre de sages décisions, qui sont à la fois en accord avec la foi que nous partageons et scientifiquement justifiées. Si vous souhaitez en apprendre davantage afin de prendre une décision éclairée, voici la raison pour laquelle nous pensons que la vaccination est sûre, éthique et est le choix sage à faire pour les chrétiens.

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En détail

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Le vaccin renforce le système immunitaire

Impossible de comprendre les vaccins sans comprendre tout d’abord l’incroyable manière dont fonctionne notre système immunitaire. Lorsque des virus ou des bactéries engendrant les maladies entrent dans notre corps, ils ont une sorte « d’empreinte » que nos corps savent reconnaître comme étrangère. Pour vaincre une infection, notre système immunitaire doit générer une armée de cellules combattantes capables d’identifier l’envahisseur grâce à cette empreinte particulière. Etablir cette défense peut prendre des jours, mais une fois l’infection passée, des cellules du système immunitaire, appelées des cellules « mémoire » (un certain type de globules blancs) continuent de circuler dans le corps. Cela permet d’installer une défense alerte, capable de combattre une infection future, avant que cette dernière n’ait l’occasion de trop s’étendre et que la maladie apparaisse à nouveau. Le corps, est, somme toute, immunisé.

Au moyen d’extraordinaires outils de la médecine moderne, les chercheurs sont parvenus à créer de petites particules qui imitent l’empreinte moléculaire d’un virus ou d’une bactérie. Ces particules sont les ingrédients clés des vaccins, et ils apparaissent sous différentes formes. Certains se contentent de copier une partie du germe infectieux (comme le vaccin contre la grippe), ou de son matériel génétique (comme les vaccins contre la COVID-19) afin de préparer les défenses du corps. D’autres encore (comme le vaccin contre la polio), contiennent une version désactivée ou « morte » du virus, alors que certains (comme le ROR et la varicelle) contiennent une version du germe qui est atténuée, ou affaiblie au point de ne causer aucune forme de maladie chez un patient en bonne santé. Lorsqu’elles sont injectées dans le corps, ces particules provoquent une faible mais efficace réponse immunitaire, permettant au corps de créer les cellules mémoires capables de combattre une véritable infection à l’avenir.

On s’imagine souvent qu’il nous faut choisir entre être vaccinés ou renforcer notre système immunitaire et compter sur nos capacités à combattre les maladies. Mais un vaccin ne remplace pas — c’est impossible — votre système immunitaire. Un vaccin a pour but de stimuler votre immunité, de renforcer votre système immunitaire et de lui donner ce dont il a besoin pour faire le merveilleux travail que Dieu lui a donné à faire. Tels des entraînements militaires, la vaccination permet de s’assurer que nos défenses sont prêtes à partir au combat contre une maladie dangereuse.

 

Faire face au risque

« Les vaccins sont sûrs à 100% » affirment les uns. « Les vaccins sont extrêmement dangereux ! » clament les autres. Qui a raison ?

L a vérité, c’est qu’il n’existe aucun vaccin au risque zéro ; et c’est également vrai pour toute procédure médicale. Cependant, refuser de se faire vacciner comporte aussi des risques — pour nous-mêmes et pour les autres. Pour prendre la décision la plus sage, il est nécessaire de comprendre ces risques et de les évaluer comme il se doit.

Les laboratoires pharmaceutiques ont un intérêt financier à lancer un vaccin sur le marché. Cependant, les processus d’approbation des vaccins[1] permettent de s’assurer que les laboratoires n’aient pas seul droit de regard sur la sûreté de leurs produits. Les essais cliniques vaccinaux se font en plusieurs étapes, prennent des années, et impliquent des dizaines de milliers d’individus. Pour être approuvé, les données doivent montrer que les effets secondaires du vaccin sont rares et largement compensés par une protection efficace contre la maladie. Les vaccins à la protection longue tels que le ROR (Rougeole – Oreillons – Rubéole)  ont aujourd’hui été injectés à des millions d’individus, et la sûreté de ces vaccins est constamment surveillée. En conséquence, les risques et les probabilités d’effets secondaires sont mieux connus. En ce qui concerne le ROR, les données démontrent une efficacité à 97% pour la protection contre la rougeole, une maladie potentiellement mortelle. À contrario, le risque d’une réaction allergique au vaccin est de moins d’une sur un million.

Des standards très stricts sont appliqués, même en ce qui concerne les vaccins récents, développés relativement rapidement pour contrer l’épidémie de COVID-19. Cette chronologie particulière du vaccin a été en partie accélérée par le fait que les doses aient été produites simultanément à la phase de test, afin qu’elles puissent être rapidement distribuées en cas d’approbation du vaccin. Cela a engendré un risque financier conséquent (si les vaccins n’atteignaient pas les standards requis, les doses préparées allaient être détruites), mais aucun raccourci n’a été pris en ce qui concerne la phase de test.

En dépit de nombreux processus en plusieurs étapes d’approbation du vaccin, des effets secondaires apparaissent. Ces effets vont de conséquences légères et temporaires (une céphalée et une légère fièvre par exemple) à des effets sérieux et potentiellement durables. Aux Etats-Unis, ces réactions, qu’elles soient reconnues comme liées au vaccin ou non, sont répertoriées par le Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS) et surveillées par la CDC, la FDA et l’Organisation mondiale de la Santé[2]. Les données répertoriées sont en accès libre pour tous, et des rapports de surveillance dépendants de ceux rendus par les laboratoires pharmaceutiques soutiennent qu’il n’existe aucun avantage financier à fausser les données rapportées. De manière générale, les risques liés à la vaccination sont considérablement moins élevés que les risques liés à la contraction du virus lui-même. Par exemple, l’un des rares risques liés au vaccin contre la grippe est le développement du Syndrome de Guillain-Barré. Cependant, il est 17 fois plus probable d’être touché par le Syndrome de Guillain-Barré en contractant la grippe qu’en recevant le vaccin contre la grippe.

On comprend aisément que lire des témoignages sur les effets secondaires puissent en faire douter beaucoup. Mais les risques peuvent être minimisés et mieux compris, comme c’est le cas dans de nombreux aspects de notre vie. Par exemple, lors d’un accident de voiture, la ceinture de sécurité peut, dans de très rares cas, causer de nombreuses lésions internes, ou même la mort. Mais nous acceptons ce risque minime, car nous savons qu’il est largement contrebalancé par la protection que la ceinture de sécurité nous offre en d’autres circonstances. Toute action contient une part de risque qui est inévitable, mais avoir une bonne compréhension de ces risques est ce qui nous aide à prendre une sage décision.

Malgré les précautions prises, les taux de vaccination ont chuté dans de nombreuses communautés de nombreux pays. En conséquence, nous avons entr’aperçu la deuxième partie de l’équation du risque. La rougeole, par exemple, qui avait été éradiquée aux Etats-Unis depuis l’an 2000, est redevenue un sujet d’inquiétude, et de nombreux foyers de cette maladie extrêmement contagieuse sont apparus dans les communautés dans lesquelles le taux de vaccination était particulièrement faible. Un torrent de désinformation et de mauvaise compréhension des données avait caché un fait essentiel : les risques liés à la vaccination moderne sont bien faibles comparés aux risques de se retrouver vulnérable face à une maladie contre laquelle un vaccin peut nous protéger.

Les questionnements liés à la sûreté du vaccin sont trop nombreux pour être discutés ici, mais fort heureusement, de nombreuses excellentes ressources sont disponibles en ligne, sur les plannings de vaccination, les ingrédients, les risques, etc.[3] Des ressources telles que celles-ci, rédigées pour le public par des experts à la crédibilité reconnue sont très utiles pour toute personne qui recherche honnêtement des réponses à ses inquiétudes.

 

Production des vaccins et éthique chrétienne

S’ils reconnaissent que les vaccins modernes sont sûrs, certains chrétiens s’interrogent sur la manière dont ils sont produits. Certains vaccins ne sont-ils pas produits à partir de cellules souches récupérées suite à des avortements ? Cela ne serait-il pas une ligne que nous, chrétiens, nous devons de ne pas franchir ? L’inquiétude est légitime, et il est important de comprendre le lien entre les cellules souches et certains vaccins modernes.

Tout comme les plantes ont besoin de terre, les virus et certains vaccins ont besoin d’un substrat biologique pour être testés, et parfois même, développés. Les œufs de poule sont parfois utilisés dans les vaccins contre la grippe. Mais pour de nombreuses raisons, certains autres vaccins ont besoin de cellules humaines pour leur développement initial ou pour leur production future (bien que des moyens alternatifs soient potentiellement sur le point d’être développés comme le montrent certaines recherches). Des cellules provenant d’un humain à l’âge adulte présentent de nombreuses barrières qu’il est difficile de contourner dans un laboratoire. Cela a poussé les chercheurs du XXe siècle à rechercher des alternatives.

L’une des solutions disponibles implique d’utiliser des cellules dérivées du tissu fœtal. Il est essentiel de le préciser : les cellules humaines utilisées pour le développement de certains vaccins aujourd’hui ne proviennent pas, et n’ont jamais provenu d’un être humain ou d’un fœtus. Mais, dans ce cas, d’où viennent-elles ? Les cellules originales en question ont été isolées de l’un de plusieurs fœtus avortés dans les années 60 et 70. Ces cellules ont été gardées en vie dans un laboratoire, pour une brève période de temps, afin de générer ce que l’on pourrait appeler une lignée cellulaire «immortalisée ». Quelques décennies après la mort des cellules fœtales originelles, les cellules (fœtales) descendant de ces originaux ont été utilisées dans le développement de certains vaccins. Ces cellules, élevées en laboratoire ne sont donc en aucun cas à considérer comme un tissu fœtal.

Les circonstances des avortements originaux sont inconnues (en fait, certaines lignées cellulaires ont peut-être été dérivées d’une fausse couche). Mais les avortements n’ont en aucun cas été exécutés dans le but de fournir des cellules souches, et les vaccins qui en résultent ne contiennent pas non plus de cellules humaines ou fœtales. De plus, les vaccins modernes ne nécessitent pas d’établir de nouvelles lignées provenant d’avortement récents. (Une recherche à partir d’une nouvelle lignée cellulaire impliquerait de recommencer le processus depuis le départ et nécessiterait des approbations de régulations très coûteuses ; ce serait d’une inutilité complète dans la mesure où des cellules immortalisées sont déjà disponibles.)

La question sous-jacente pour les chrétiens pro-vie, donc, est de savoir s’il convient d’accepter un vaccin développé de cette manière, ou si le fait de l’accepter nous rend moralement complice d’une décision d’avortement prise il y a des décennies. Si la question de l’avortement est un sujet qui peut diviser les chrétiens, il existe un véritable consensus parmi les théologiens et les éthiciens chrétiens sur le fait que les lignées cellulaires fœtales ne doivent en rien être une entrave à la vaccination. Le fondateur de BioLogos, Francis Collins, ouvertement chrétien et à la tête de plusieurs recherches médicales, nous propose une analogie que beaucoup trouvent très utile. Imaginez-vous avoir urgemment besoin d’une transplantation cardiaque, mais que votre donneur d’organe était un meurtrier. Le fait d’accepter la transplantation ferait-il de vous un meurtrier ? Vous sentiriez-vous obligé(e) de refuser la transplantation à cause des circonstances de la mort du donneur ? La Commission sur l’éthique et la liberté religieuse de la Southern Baptist Convention fait une analogie similaire et conclut que les chrétiens pro-vie peuvent accepter le vaccin, tout en encourageant le développement de méthodes alternatives. Des conclusions similaires sont retenues par l’Evangelical Center for Bioethics and Human Dignity, et par les conseils en matière d’éthique de l’église catholique romaine.

Même si vous n’avez jamais reçu de vaccin, la recherche médicale basée sur les lignées cellulaires est si répandue que « selon les probabilités, si vous subissez une intervention médicale, vous bénéficiez déjà, en quelque sorte, de l’utilisation de ces lignées cellulaires » nous rappelle un chercheur en bioéthique. Si cette réalité est gênante et pousse de nombreux chrétiens à encourager d’autres méthodes pour l’avenir, nous ne devrions pas nous sentir obligés de laisser de côté ces vaccins qui peuvent sauver des vies dans le présent.

 

Nous aimer et nous protéger les uns les autres

En Philippiens 2.5-7, Dieu nous commande ceci : « Que votre attitude soit identique à celle de Jésus-Christ […] en prenant une condition de serviteur. » Il nous dit également : « Que chacun de vous, au lieu de regarder à ses propres intérêts, regarde aussi à ceux des autres » (Ph 2.5-7). Il est certain que nous devons décider sagement de ce qui est bon pour nous, reconnaissant que nos corps sont « le temple du Saint-Esprit » (1 Co 6.19). Mais nous devons également reconnaître que nous avons été créés pour vivre en communauté avec les autres, en aimant et en servant les autres comme l’aurait fait Christ.

À moins que nous ne comprenions l’effet de notre décision de nous vacciner ou non sur les autres, nous ne pourrons jamais réellement étudier la question d’un point de vue chrétien. Avant de conclure, prenons le temps de réfléchir à ce simple fait.

Tout comme les médecins étudient la santé des individus, les professionnels de la santé publique étudient la santé de nos communautés. Il existe, dans toute communauté, des personnes plus vulnérables que d’autres à une maladie ou des personnes dans l’incapacité d’être vaccinées ou trop jeunes pour le faire. Mais si un nombre suffisant d’individus dans une communauté est immunisé, il fournit une sorte de parapluie de protection pour ceux qui ne peuvent pas être vaccinés. Le seuil varie selon la maladie. Dans le cas de la rougeole, par exemple, si 93-95% de la communauté est immunisée, le virus ne pourra pas y circuler. Certaines régions, aux Etats-Unis par exemple, sont passées sous ce seuil. En 2015, une épidémie de rougeole a conduit le petit Rhett Krawitt, âgé de sept ans, à faire les gros titres en s’exprimant, de son propre chef, sur le besoin d’une constante vaccination. Rhett se battait contre une leucémie depuis ses deux ans, et le cancer, ainsi que des milliers de doses de chimiothérapie avaient affaibli son système immunitaire. Pour cette raison, Rhett ne pouvait pas être vacciné et sa protection contre le virus dépendait de la vaccination des enfants qui l’entouraient. Ce bouclier protecteur est ce que l’on appelle parfois « l’immunité collective » et elle est un moyen efficace de pouvoir participer à la protection des plus vulnérables et d’améliorer la santé de notre communauté tous les jours.

Et c’est un aspect qu’il nous faut considérer pour des maladies mineures également, telles que la grippe. Si vous êtes jeune et en bonne santé, vous ne vous soucierez que peu d’attraper la grippe pendant les mois hivernaux. Mais la grippe tue des centaines de milliers de personnes dans le monde, y compris des personnes âgées et de jeunes enfants à la santé fragilisée. Si vous ne craignez pas pour votre santé en rejetant le vaccin, ayez à l’esprit le fait que vous n’avez aucun contrôle sur votre capacité de contaminer ceux qui vous entourent.

Conclusion

Tout chrétien devrait louer et remercier Dieu, pour la merveilleuse puissance de notre système immunitaire. Mais nous pouvons également remercier Dieu pour la perspicacité de nos médecins et de nos chercheurs, qui ont développé des vaccins capables de renforcer notre système immunitaire, d’empêcher un nombre incalculable de morts prématurés et de souffrance inutile. Ainsi, lorsque nous remonterons notre manche pour nous faire vacciner, nous saurons que nous prenons une décision sage et éthique pour notre santé, et pour la santé de ceux qui nous entourent.

 

Notes

[1] Les vaccins sont validés par des agences de sécurité, telle que l’Agence européenne des médicaments (EMA), ou la Food and Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis (ndlt).

[2] En Europe, les informations quant aux potentiels effets indésirables dus à un vaccin sont répertoriés par les Etats-membres, et transmis à EudraVigilance, l’autorité de réglementation des médicaments de l’Union européenne, gérée par l’EMA (ndlt).

[3] Voir le portail européen d’information sur la vaccination, voir le site de Vaccination Info Service pour la France, ou Vaccination-info pour la Belgique, (ndlt).

 

 

Merci à Elodie Meribault pour sa traduction.

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