Comment aborder un passage de la Bible?

Date : dim 02 Juin 2013 Catégorie, Voir le Project
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 En résumé

 

Examining the Pages

Lire la Bible

La vie se trouve-t-elle dans le mots imprimés ou dans l’esprit qu’ils transcrivent ?

 

Trouver la meilleure interprétation d’un passage biblique  peut  être décourageant. C.S. Lewis nous conseille de : « Regarder. Écouter. Recevoir. ».

Une bonne approche consiste à nous demander quelle était la signification pour les premiers auditeurs avant de nous demander ce qu’un texte a à nous dire aujourd’hui. Le style de langage, le genre littéraire, les premiers lecteurs, le contexte historique et culturel sont autant d’indices utiles pour nous aujourd’hui. En les étudiant, nous pouvons éviter de projeter des idées modernes (par exemple scientifiques) sur le texte.

 » Tout travail ou tout art exige d’abord de nous l’abandon. Regarde. Écoute. Reçois. »  — C.S Lewis1

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 En détail

 

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Les bases

Appliquer une méthode d’interprétation à  un passage de la Bible peut parfois être décourageant. C.S. Lewis nous conseille de : « Regarder. Écouter. Recevoir. »2 Lire et comprendre la Bible est un processus de découverte qui va bien au delà d’un survol rapide. Il nous faut d’abord étudier et chercher attentivement la signification voulue par l’auteur sans imposer un a priori de sens au texte. Pour lire la Bible d’une manière correcte et pleine de sens,

Il est logique d’utiliser ce que le pasteur Ernest Lucas appelle

« les méthodes usuelles d’interprétation biblique qui ont été bien établies depuis Augustin et les premiers Pères de l’Église. »3

Lucas, docteur en théologie et en biochimie nous explique que ces méthodes usuelles impliquent les cinq questions suivantes : Quel est le type de langage utilisé ? De quel type de littérature s’agit-il ? Qui sont les premiers auditeurs ? Quel est le but du texte ? Quelle connaissance pertinente avons-nous en dehors du texte lui-même ?4

Quel est le type de langage utilisé ?

Lorsqu’on étudie n’importe quel type de texte littéraire, il est d’abord nécessaire de déterminer le type de langage utilisé. Dans le contexte de l’interprétation biblique, le lecteur doit d’abord déterminer si le texte est écrit en langage figuratif, symbolique, scientifique ou bien d’une manière simple. Il faut aussi que le lecteur soit conscient que nous avons tendance à appliquer des canevas d’interprétation basé sur le type prédominent du texte que nous lisons. Par exemple, si le texte est écrit d’une manière simple, nous aurons tendance à l’interpréter tel quel. Lorsqu’on lit un passage, la compréhension d’un passage n’est pas toujours intuitive et elle peut requérir un travail supplémentaire d’érudit.

Considérez par exemple cette parole de Jésus :

“Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.” (Marc 10:25) 5

Ici, Jésus utilise visiblement un langage parabolique, qui est probablement hyperbolique, c’est à dire volontairement exagéré. Alors que cette métaphore pourrait vouloir dire qu’il est impossible pour un riche d’aller au ciel, Jésus s’empresse d’ajouter :

“ C’est impossible pour les humains, mais non pas pour Dieu, car tout est possible pour Dieu.” (Marc 10:27) 6

Ainsi, il est plus probable que la 1ère affirmation de Jésus soit hyperbolique et non littérale.

Pourtant, les versets alentour ne peuvent pas toujours autant nous aider pour nous révéler le type de langage utilisé. Même dans l’exemple ci dessus, on argumente souvent que le trou de l’aiguille fait littéralement référence à une porte de Jérusalem qui porte le même nom. Pourtant, les spécialistes de la Bible ont également montré qu’il n’existe pas de preuve historique pour soutenir cette affirmation.7 D’autres ont suggéré que le verset n’était pas si extrême et qu’il y avait une confusion dans la traduction entre le chameau et d’une corde ? Pourtant, un examen attentif des premiers manuscrits confirme qu’il s’agit bien d’un chameau. Seules les traductions les plus récentes lisent « corde », le texte original semble avoir été écrit pour une compréhension hyperbolique.8

Comme cet exemple le montre, la consultation du travail des spécialistes peut apporter une appréciation plus complète d’un passage par la compréhension du type de langage dans le lequel il a été écrit, et en révéler ainsi l’interprétation la plus juste.

 

De quel type de littérature s’agit-il ?

Les genres littéraires sont un autre facteur important pour l’interprétation biblique. Le passage fournira obligatoirement des indices sur le type de littérature dont il s’agit. Un peu comme la détermination du type de langage, il faut interroger le texte dans son ensemble pour savoir s’il était figuratif, historique, scientifique ou théologique. Est-ce une chanson, un poème, un récit à la 1ère personne ? Les genres littéraires dans la Bible peuvent être un récit historique (Rois, Actes), une épopée dramatique (Job), un texte juridique (Deutéronome), de la poésie (Psaumes), des écrits de sagesse (Proverbes), un récit évangélique (Luc), un texte apocalyptique (Daniel, Apocalypse)9 . Chaque genre requiert des principes particuliers d’interprétation, il est donc indispensable de reconnaître la forme littéraire. Il peut être utile d’aborder la Bible comme le pasteur John Polkinghorne le suggère, en la considérant comme une bibliothèque d’écrits par beaucoup d’auteurs différents plutôt que comme un livre unique. 10

Bien que la Bible soit une compilation d’écrits, elle présente une unité certaine et son inspiration divine lui confère son autorité.

 

 Qui sont les premiers auditeurs ?

Lorsqu’on lit la Bible, il faut aussi être conscient qu’elle ne s’adressait pas à nous en premier. Les normes culturelles, le symbolisme et la familiarité des premiers auditeurs peuvent tous contribuer à la manière avec laquelle la Bible a été écrite et comprise. Par exemple, Lucas souligne que les âges des patriarches dans l’Ancien Testament avait une signification symbolique beaucoup plus forte pour les premiers Hébreux que pour nous. 11 Les âges sont tous des multiples de 5 auxquels on ajoute 7 ou 14 de temps en temps, ce qui suggère une signification symbolique.

L’histoire du fils prodigue en Luc 15 est un exemple de l’importance de la culture dans le Nouveau Testament. Une lecture immédiate de la parabole –sans tenir compte du contexte- nous apprend l’amour et le pardon d’un père envers son fils, et donc l’amour de Dieu pour ses enfants. Pourtant, si on considère le contexte culturel, la signification est beaucoup plus profonde. Selon Kenneth Bailey, le fils Juif n’a pas seulement agit de manière inconvenante en réclamant son héritage, mais il s’est avili en le dilapidant. L’attitude du fils légitimait une  Kezazah, ou cérémonie de rupture à son retour.12 Dans cette cérémonie, le fils aurait été rejeté par tout le village et aurait été réprimandé par son père en colère. De plus, le fils aurait du quémander la permission d’aller chercher du travail dans le village voisin. À la place de cette réception  inhospitalière, le père attendait son fils avec compassion et amour. Dés que le père a vu son fils revenir, il a couru vers lui. C’est aussi un détail significatif car les hommes de l’âge et de la distinction du père marchaient toujours lentement et dignement dans la culture du Moyen-Orient. En courant, le père prit sur lui la honte et l’humiliation de son fils. Ensuite, il l’embrassa, lui donna sa plus belle robe et l’appela pour une fête au cours de laquelle on sacrifierait un veau gras. Lorsque Jésus raconta cette histoire à des auditeurs du Moyen-Orient, il est probable qu’ils ont compris l’amour du père d’une manière plus profonde, avec plus de nuance qu’un lecteur moderne ne peut le faire dans une lecture rapide. Comme cet exemple le montre, filtrer un passage avec la conscience des premiers auditeurs et de leur culture permet de le comprendre bien plus profondément.

 

Quel est le but du texte ?

En examinant le genre littéraire, le type de langage utilisé et les auditeurs prévus, on peut avoir des indices sur le but du texte. S’agit-il de l’enseignement d’une leçon nouvelle, ou d’une ancienne sous un éclairage nouveau ? S’agit-il de l’amour entre un homme et une femme sous forme de poésie ? S’agit-il de secouer la suffisance de l’auditoire ou de confronter de fausses idées reçues courantes ? Un texte peut avoir plus d’un objectif. Le langage, le genre littéraire et les auditeurs prévus peuvent aider à déterminer la façon pour laquelle il a été écrit d’une certaine manière.

Ernest Lucas souligne que la Genèse est un texte polémique avec une influence monothéiste en contraste avec le polythéisme répandu chez les peuples de Mésopotamie avec lesquels les Hébreux vivaient. 13 A la lumière du contexte culturel, il n’est probablement pas anodin que le mot « luminaire » ait été choisi pour décrire le soleil et la lune, plutôt que les mots Sémites pour soleil et lune, qui étaient aussi les noms des dieux païens. Le texte a été écrit d’une manière qui montrait un contraste fort entre les systèmes de croyance établis qui entouraient les Hébreux. La Genèse n’a pas été écrite que pour ça, car elle nous enseigne beaucoup de choses sur Dieu, la création, l’adoration et d’autres éléments de la foi et de la vie. Pourtant,

comprendre cet aspect polémique enrichit et nous instruit dans une juste interprétation de la Genèse.

Quelle connaissance pertinente avons-nous en dehors du texte lui-même ?

Au delà des éléments du langage, de l’auditoire et du texte lui-même, d’autres informations pertinentes peuvent nous permettre d’approfondir notre compréhension d’un passage. Par exemple, en étant conscient que Paul écrivait certaines lettres en étant en prison peut nous permettre de les restituer dans leur juste contexte. Lucas cite le professeur Donald MacKay en ce qui concerne l’utilisation de connaissance extratextuelle pour comprendre la Bible:

”Évidemment, la signification évidente de beaucoup de passages pourrait par exemple être confrontée avec des découvertes archéologiques, et le sens d’autres pourrait être enrichi par des découvertes scientifiques et historiques. Mais j’aimerais suggérer que la première fonction de la science dans ce domaine n’est pas de vérifier ni d’ajouter à « l’image » inspirée, mais plutôt d’éliminer des lectures inappropriées. Pour poursuivre la métaphore, je pense que les données scientifiques que Dieu nous donnent peuvent parfois lui servir à nous avertir que nous nous tenons trop prêt de « l’image », sous un mauvais angle, ou avec des attentes illégitimes, pour être capable de voir le message inspiré qu’il a voulu nous communiquer.” 14

La  connaissance extratextuelle peut étendre la compréhension d’un texte et aider à l’interpréter à la lumière des découvertes pertinentes. Cela ne signifie pas qu’il soit toujours nécessaire ou raisonnable d’essayer de prouver l’acuité d’un passage biblique particulier. De telles découvertes accroissent notre compréhension, mais ne sont pas le centre de notre foi.

Considérer le récit biblique

Il est particulièrement important de considérer comment un passage biblique s’insère dans l’histoire de toute la Bible. En plus de se poser les cinq questions proposées par Lucas, le lecteur devrait se demander comment le passage trouve sa place dans le reste de la révélation biblique. Plus précisément, comment les thèmes évidents dans le passage sont-ils liés avec ce que le reste de la Bible révèle du caractère de Dieu, de la nature de l’homme et de la personne de Jésus ? En prenant cette approche, il est clair que les 11 premiers chapitres de la Genèse décrivent le progrès du péché, le progrès de la grâce qui se prolonge dans toute la Bible. 15 Pour clarifier ce concept, le cas de la Genèse est présenté ci-dessous.

Le cas du livre de la Genèse

Le récit de la création a été interprété de bien des façons au cours des siècles. Les lectures littéralistes contemporaines de Genèse 1et 2 sont très différentes de celles d’écrivains anciens comme Origène d’Alexandrie, Augustin d’Hippone et Thomas d’Aquin. Les théologiens Chrétiens étaient ouverts à une interprétation allégorique de la Genèse bien avant la théorie de l’évolution.

Voir « Comment interprétait-on le récit biblique de la création dans la Genèse avant Darwin ? »

Les deux récits différents de la création en Genèse 1et 2 avaient déjà ouverts les esprits des lecteurs sur des vérités qui allaient au-delà d’un compte rendu historique et d’être précautionneux vis-à-vis d’une interprétation scientifique de chaque mot. Dans Genèse 1,  Dieu crée les plantes, les animaux marins, les oiseaux, les animaux terrestres puis l’homme et la femme ensemble (Genèse 1:12:3). Pourtant, dans Genèse 2, Dieu crée l’homme d’abord puis les plantes, les animaux terrestres et les oiseaux puis la femme à partie d’une côte de l’homme (Genèse 2:4-2:25).  L’ordre est clairement différent dans ces deux récits. De telles différences suggèrent que ces passages ne doivent pas être interprétées historiquement et scientifiquement, mais plutôt sous un regard figuratif, allégorique et/ou théologique.

En lisant Genèse 1 et 2 et de manière allégorique, nous voyons que ces passages posent les fondations de la compréhension biblique à propos de Dieu, du monde et de l’homme. Ces textes révèlent le désir de Dieu d’être en contact avec sa création. Nous voyons là que Dieu est en dehors du monde et qu’Il en a un contrôle total. L’univers n’a pas été créé dans une bataille cosmique comme le racontait d’autres récits mythiques de cette époque. Dieu n’est pas un concept abstrait mais un être personnel; son Esprit se meut au dessus des eaux. Il est aussi cette artiste accompli qui transforme la laideur en beauté et le désordre en ordre. Ainsi, le monde est un monde d’ordre dans lequel les découvertes et l’exploration scientifique sont possibles. C’est aussi un endroit de diversité et de beauté, et le monde est bon dans le regard de Dieu (Genèse 1:31). Le summum de cette bonté est l’humanité, faite à l’image de Dieu à la fois pour ressembler à Dieu et pour le représenter en prenant soin de ce monde.

Beaucoup a été écrit sur le livre de la Genèse, et nous ne faisons ici qu’effleurer la surface.

Considérer la Bible comme divinement inspirée

Finalement, parce que la Bible est considérée par les Chrétiens comme inspirée, toute interprétation perd son sens si on ne comprend pas cette notion d’inspiration divine. La Bible n’est pas un simple livre de littérature, mais pour des lecteurs fidèles, c’est un moyen de mieux connaître Dieu et de communiquer avec lui d’une manière personnelle. Beaucoup croient à l’efficacité de la prière avant de la lire, pour se préparer à la recevoir avec l’état d’esprit approprié. C’est aussi important de tenir compte des interprétations généralement acceptées par les Chrétiens dans le passé.

Notes

  1. C.S Lewis, An Experiment in Criticism (Cambridge: Cambridge University Press, 1961), 19.
  2. Lewis, An Experiment, 19.
  3. Ernest Lucas, “Interpreting Genesis in the 21st Century,” Faraday Papers, no. 11 (2007).
  4. Lucas, “Interpreting Genesis,” 2.
  5. Matthew 19:24 (NASB); Mark 10:25 (NASB); Luke 18:25 (NASB).
  6. Matthew 19:26 (NASB); Mark 10:27 (NASB); Luke 18: 27 (NASB).
  7. Abraham Mitrie Rihbany, The Syrian Christ (Boston: Houghton Mifflin Company, 1916), 131-132.
  8. Rory C. Foster, Studies in the Life of Christ: Introduction, the Early Period, the Middle Period, the Final Week (College Press, 1995), 1387.
  9. Bernard Ramm, Protestant Biblical Interpretation: A Textbook of Hermeneutics, 3rd edition. (Grand Rapids: Baker Book House, 1970), 11.
  10. J.C. Polkinghorne, Science and the Trinity: The Christian Encounter with Reality, (New Haven: Yale University Press, 2006), 44.
  11. Lucas, “Interpreting Genesis,” 3.
  12. Kenneth E. Bailey, The Cross and the Prodigal: Luke 15 Through the Eyes of Middle Eastern Peasants, (Illinois: InterVarsity Press, 2005), 66-74.
  13. Lucas, “Interpreting Genesis,” 3-4.
  14. Lucas, “Interpreting Genesis,” 2. The quoted passage is from D.M. MacKay, The Open Mind (Leicester: IVP, 1988), 151-152.
  15. Lucas, “Interpreting Genesis,” 1.

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