Qu’est-ce qu’un mythe?

Posté par Bruno Synnott
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Introduction (Benoît Hébert) :

Bruno Synnott est pasteur à Montréal, titulaire d’une maîtrise en théologie pratique.

« Je suis impliqué dans une église évangélique et anabaptiste comme pasteur jeunesse et je travail également comme intervenant en soins spirituels et religieux dans un hôpital de Montréal, Québec. Je m’intéresse finalement à comprendre la philosophie herméneutique d’un Paul Ricoeur, croyant (intuitivement) qu’elle aidera l’église évangélique à se sortir des impasses herméneutiques actuelles. « 

Voici comment il  définit lui même son rêve :

« Je rêve d’une église évangélique/anabaptiste moins dogmatique (tout en demeurant confessionnelle), moins fondamentaliste (tout en restant attaché aux éléments du christianisme historique), et plus communautaire (sans abolir toutes structures), plus égalitaire (en reconnaissant le rôle de chacun) et plus pertinente pour la société (sans tomber dans le conformisme social) »

 

Bruno a donc écrit toute une série d’articles passionnants concernant les problèmes théologiques soulevés par la question des origines de l’homme et la nature du péché. Vous les trouverez sur son blog: le Big Bang Bruno! Depuis un certain temps déjà, je souhaitais aborder la question explosive du mythe. Est-ce un genre biblique acceptable? J’espère que vous réagirez à cet article!

 

Qu’est-ce qu’un mythe?

Nous aimerions ici répondre à une question chaude chez les chrétiens évangéliques : est-ce que les récits de création dansla Bible sont des mythes ? Nous verrons que les premiers récits de la création dans le livre dela Genèse empruntent beaucoup au genre littéraire des mythes du Proche Orient Ancien (POA), mais s’en distinguent également.

 

D’abord, le genre littéraire du  « mythe »  est loin d’être, comme le pensait les rationalistes du XIXe siècle, l’expression d’une pensée prélogique, irrationnelle et primitive. Ils expriment plutôt une compréhension qu’on pourrait qualifier  «d’ontologique» ou de « métaphysique » sur le monde, y compris sur le rôle que l’homme doit prendre dans ce cosmos. Partant de là, il sera aisé de voir en quoi les hébreux récupèrent ce genre littéraire des origines commun aux peuples du POA, tout en bouleversant les vieux habits, à cause d’une réflexion théologique et sapientielle approfondie et renouvelée par le monothéisme.

 

Les premiers récits de la création (Genèse 1-3) deviendront non seulement le point de départ du monde et de l’histoire humaine, mais le point de départ de toute réflexion rationnelle, éthique et religieuse sur le monde et sur le sens de la condition humaine.

 

Un système de pensée très profond

« Le mythe est un récit qui a pour objet de dire l’origine de ce qui existe, d’explorer la complexité du monde au milieu duquel vivent les hommes. Il a une fonction explicative. Comme tel, il représente une des modalités de la réflexion humaine »[1]. C’est donc un mode de pensée des « origines ». Nous avons déjà parlé de l’inaccessibilité du commencement (T=0) dans un blogue précédent[2] et c’est pourquoi il existe un moyen d’expression permettant d’évoquer les réalités qui dépassent l’expérience humaine ou scientifique. On parle même de «  système de pensée original, aussi complexe et rigoureux à sa façon que peut l’être, dans un registre différent, un système philosophique »[3] et j’ajouterai même, que pourrait l’être les paradigmes scientifiques.

 

Dans son livre Bible, mythes et récits de commencement, Pierre Gibert rapporte la citation suivante d’un grand scientifique français, François Jacob : « À certains égard, mythes et sciences remplissent une même fonction. Ils fournissent tous deux à l’esprit humain une certaine représentation du monde et des forces qui l’animent. Ils délimitent tout deux le champ du possible… »[4]. Et « c’est sans doute la structure du mythe judéo-chrétien qui a rendu possible la science moderne. ». Voilà qui nous change des insultes auxquels nous ont habitués les modernes !

 

Penser l’existence humaine

« Il sert aussi à justifier les conventions qui organisent la vie des individus et des groupes : il vise à fonder et à instaurer la vie de ceux qui le racontent. Pour ce faire, il se situe volontiers dans un temps primordial, « en ce temps-là », temps des dieux, hors de notre chronologie.»[5] .

 

C’est pourquoi, la  façon positive et constructive d’aborder le mythe biblique de la création est, selon Paul Ricoeur, de le prendre tel quel afin d’en libérer le fond symbolique. Ce processus permet de « penser l’existence humaine à partir d’une origine dont elle ne dispose pas, mais qui lui est annoncé symboliquement dans une parole fondatrice »[6]. En d’autre terme, il éclaire au moyen de récits symboliques la condition humaine, ce qui permet de penser l’existence actuelle.

 

La Bible est-elle un mythe[7] ?

Pour ceux qui défendent l’exactitude historique et littéral du texte sacré, il y a des contradictions insurmontables lorsque l’on tente d’harmoniser les deux premiers récits de la création [8]. De même, lorsque l’on tente de faire concorder la chronologie des évènements relatés en Genèse avec les recherches géologiques et/ou scientifiques.  Il semble de plus en plus évident pour tous que l’ambition de ceux qui ont écrits ces textes ne fut pas d’expliquer chronologiquement, selon nos critères modernes, l’origine du monde et de l’homme, puisque ces auteurs vivaient dans un monde pré-scientifique. Comment alors peut-on leur prêter pareille intention ?

 

Suite à plusieurs études sur l’étude comparative des mythologies anciennes (Gunkel, Lagrange, Éliade, etc.), on s’aperçut que loin d’être naïve, ces récits bibliques de création entretenaient un rapport polémique avec les mythes du POA et apportaient un éclairage métaphysique différent, explicite et unique, rencontré nul part ailleurs.

 

Démythologisation

« Aussi la tradition biblique rencontre-t-elle le langage du mythe, spécialement dans les onze premiers chapitres de la Genèse qui se tiennent à la racine obscure de l’histoire. Le souvenir de mythes très fameux dans le monde antique affleure dans ce texte. Mais la Bible privilégie trop l’histoire pour avoir un rapport paisible au mythe, par essence anhistorique. En fait elle utilise des motifs mythiques qu’elle soumet à un sévère traitement démythologisant. Elle en fait les moyens d’expression d’un langage symbolique qui lui permet d’évoquer des réalités qui débordent l’expérience »[9]

 

Ces textes ont donc « quelques ressemblances » avec d’autres textes mythologiques du Proche Orient Ancien au milieu duquel ils sont nés. On a noté depuis longtemps des parentés avec des récits mésopotamiens[10] et égyptiens. Maisla Genèse utilise des fragments de mythologies dont elle rationalise le cœur. Elle fait sa propre synthèse en réinterprétant radicalement ces matériaux au service d’une nouvelle vision de Dieu et de l’homme. La recherche a montré d’étonnantes « singularités » aux récits de création par rapports aux mythes que nous disposons des peuples du POA.

 

Donc, en terminant, il semble que Genèse 1-2 se trouve à l’intersection de l’histoire et des temps primordiaux. Pas purement mythique, car il y a un lien de continuité avec le reste de la Bible. Pas purement historique, car c’est une œuvre littéraire sans lieux précis, sans date, sans témoins. Cette œuvre de reconstruction a une valeur fondatrice et explicative de l’histoire du salut et de la condition humaine présente.

 


[1] Anne-Marie Pelletier (2001), Les origines (Genèse 1-11),La Bible et sa culture, sous la direction de M. Quesnel et P. Gruisson, Desclée de Brower, p. 40

[2] Cf. Bruno Synnott (2012) Trois récits fondateurs en compétition

[3] Mythologie (2006), dans Philosophie le manuel, sous la direction de Philippe Ducat et Jean Montenot, edition Ellipses, p.373

[4] Pierre Gilbert (1986), Bible, mythes et récits de commencement, Seuil, p. 65

[5] Anne-Marie Pelletier (2001), idem, p.40

[6] Paul Ricoeur, Conflit des Interprétations, Seuil, 1969, p. 330

[7] Ni Ricoeur, ni Gibert, ni Pelletier n’utilisent le terme « mythe » pour désigner les récits bibliques de création. Dans sa dernière analyse (Penserla Bible, 1998) il opte pour l’expression « récits primordials ». Aussi, des exégètes Allemands comme H. Gunkel avait déjà établis certaines distinctions entre « mythe païens » et « mythe biblique ».

[8] Voir mon texte Genèse 1-2 : Petite étude comparative (15 janvier 2012)

[9] Pelletier, idem, p.40

[10] Cf. Mythes babyloniens Enouma Elish, poème d’Atra-Asis ou l’épopée de Gilgamesh, Mythes Égyptiens

32 Commentaires

  1. Benoit Hébert ven 25 Mai 2012 Répondre

    Cher Bruno,
    merci pour cet article remarquable!

    Oui l’utilisation la notion de mythe pour évoquer le genre littéraire de Genèse 1-11 est pour le moins délicate.Dans l’esprit de la plupart de nos contemporains, la notion de mythe est synonyme de mensonge, de tromperie, de rêve…bref la caractéristique des « mythos », comme disent les jeun’s.

    C’est le sens de fable ou de légende rejetées par les apôtres(mutoï).

    A cause de cette difficulté dans l’utilisation de la notion du « mythe », bien des évangéliques le rejettent a priori comme genre littéraire biblique.

    Voici une petite citation d’Henri Blocher dans « La Bible au microscope »:
    « Dieu pouvait-il user de n’importe quel genre littéraire? Tous sont-ils compatibles avec la Parole de Dieu?
    La plupart des auteurs contemporains répondent oui a priori, mais le P. Schiffini juge qu’il en est d’interdit, « vicieux »: le mythe, le sophistique, la poésie érotique. Les évangéliques se partagent de façon semblable.
    Le oui dépend de la séparation nette du langage et de la parole: le genre n’est qu’un outil, et tout dépend de ce qu’on en fait. Le non se justifie par la remarque que l’outil, et l’outil linguistique n’est pas absolument neutre: il se prête mieux, il invite à tel emploi; le langage est fait par la parole et pour la parole…

    A vin nouveau, outres neuves! Nous estimons significatives l’aversion biblique pour le genre « mythe », et la création biblique d’un genre nouveau, celui de l' »évangile ». »

    Ce passage me paraît tout à fait typique de la démarche évangélique vis à vis du mythe en général (n’y aurait-il pas quelques allusions érotiques dans le Cantique des Canbiques?) . L’article de Bruno y fait en partie (et en partie seulement allusion) en évoquant la démythologisation.

    Ceci dit, Bruno, je te rejoins, il me semble que nous les évangéliques avons jeté le bébé avec l’eau du bain. Il existe une autre définition du « mythe » tout à fait compatible avec le genre biblique.

    En voici une autre définition donnée par Pierre Grelot:
    « l’effort entrepris par l’imagination humaine pour représenter concrètement certaines réalités qui échappent radicalement à l’expérience sensible, mais n’en ont pas moins une place dans l’expérience religieuse. »

    Faute « d’autoriser » ce genre dans la Bible (comme si c’était à nous de décider!), nous avons historicisé par défaut les onze premiers chapitres de la Genèse (et peut-être d’autres dirait sûrement Georges Daras). Une bonne partie des conflits d’interprétation entre Bible, science et histoire viennent de là, à mon humble avis. Tout ceci est aussi relié à la notion d’innerance biblique en matière d’histoire et/ou de science.

    Voici encore ce qu’écrit Henri Blocher dans « la Bible au microscope »

    « Nous écartons deux fausses solutions

    a. On ne peut pas réduire l’autorité scripturaire au domaine de la « foi et des moeurs », ou de la « vérité salutaire ».
    b. On ne peut pas réduire l’autorité scripturaire aux enseignements majeurs, en laissant aux auteurs la liberté d’errer dans leurs affirmations de moindre importance. »

    Autrement dit, aucune latitude pour un quelconque principe d’accommodation du Saint Esprit dans le processus d’inspiration. Les anciens Hébreux ne peuvent pas avoir utilisé leur conception du cosmos (le firmament, les eaux d’en haut et d’en bas…) ou de l’histoire. Cette position est tout simplement intellectuellement intenable, et elle ne rend pas compte du texte biblique dans son contexte culturel et historique.

  2. Marc ven 25 Mai 2012 Répondre

    Oui ce mot peut faire peur lorsqu’on l’associe à la bible ne serait-ce que parce qu’il forme la racine de mythologie !

    Il y aurait certainement moins de résistance à utiliser les termes d’allégorie ou de parabole. Bien que ces expressions gomment également tout fondement historique de ces récits.

    Mais pour revenir au mot « mythe » il est évident que la difficulté provient des différents sens qu’il recouvre, en voilà deux tirés du dictionnaire du CNRS http://www.cnrtl.fr/lexicographie/mythe?

    * Expression allégorique d’une idée abstraite; exposition d’une théorie, d’une doctrine sous une forme imagée.

    * Représentation traditionnelle, idéalisée et parfois fausse, concernant un fait, un homme, une idée, et à laquelle des individus isolés ou des groupes conforment leur manière de penser, leur comportement.

    Alors laquelle pourrions-nous appliquer aux premiers chapitres de la Genèse ?
    Le mythe n’est-il pas redoutablement efficace pour nous expliquer au travers la richesse des images qu’il décrit des idées abstraites ou des situations existentielles profondes ? Nous voilà bien plus à l’aise avec les serpents qui parlent et la manducation du fruit qui donne accès à la connaissance du bien et du mal non ?

  3. Auteur
    Bruno Synnott sam 26 Mai 2012 Répondre

    Benoît et Marc, je résumerais ainsi que ce qui est difficile à saisir dans cette notion de « mythe »; c’est qu’un texte puisse emprunter au genre littéraire du mythe, tout en demeurant « vrai ». Dans notre conception, mythe et vérité s’oppose; or il n’en est rien.

    La problématique du genre mythologique vient du fait qu’elle aborde le problème de « l’avant histoire », le temps avant l’histoire; le genre du mythe a pour sujet quelque chose qui échappe à la mémoire universelle: la création du monde et de l’homme. Qui était là !

    Lorsque la Bible dit: « Au commencement Dieu… » (Ge 1.1) il n’y avait aucune personne pour en attester la véracité. Pour donner un exemple terre-à-terre, c’est comme un enfant: qui peut raconter sa propre naissance ? Personne ! Notre naissance demeurerait à jamais énigmatique si quelqu’un ne sous en avait parlé. Le genre du mythe aborde donc un pan de la réalité inaccessible au souvenir collectif.

    La création du monde ne peut être abordé que par le genre littéraire du mythe. Cela en fait-il automatiquement une fable ? Bien sûr que non ! Voir: http://lebigbadbruno.blogspot.ca/2012/01/trois-recits-fondateurs-en-competition.html

    Comment le savoir ? Par la structure métaphysique et ontologique du mythe. Est-elle rationnelle ? Est-elle compatible avec les recherches scientifiques ? Permet-elle une conception juste du mal, de la nature, des questions existentielles ? Il semble que les deux mythes bibliques de la créations, rapportées en Ge 1-3, soit les plus valables pour fonder l’histoire, la pensée rationnelle et scientifique.

  4. Marc dim 27 Mai 2012 Répondre

    Oui Bruno, nous sommes bien d’accord, mais pour de nombreux chrétiens, cette figure littéraire n’est pas compatible avec les textes sacrés car leur conception de l’inspiration divine rend caduque ce genre d’explication :?

    Beaucoup pensent que les auteurs bibliques se sont littéralement et systématiquement vus dicter la pensée de Dieu, qui lui, était bien témoin de ses actes originels.

  5. Georges Daras dim 27 Mai 2012 Répondre

    Oui, mais Marc, tu penses bien qu’une opinion aussi extrémiste et figée dans un total déni de réalité ne mérite même pas d’être évoquée ou discutée. Cela tient davantage de la pathologie qu’autre chose.

  6. Marc dim 27 Mai 2012 Répondre

    Bonjour Georges,

    Je te trouve bien sévère !
    Cela n’a rien de pathologique mais c’est culturel, l’histoire et même la vie de tous les jours nous montrent combien il est difficile de changer sa manière de penser les choses, de remettre en cause son éducation ou sa culture surtout quand ça touche à la Bible (la Parole de Dieu).

    Ce qui te parait si évident demande un effort colossal à d’autres sans même parler de ceux qui te retourneront le compliment tellement ces concepts sont éloignés de leur manière de concevoir les Ecritures…
    Tu peux aisément reconnaitre qu’entre ton cheminement et celui d’un « né évangélique » le rapport à ces questions ne pourra pas être d’emblée le même.

    Et c’est justement pour combler ce gouffre que nous n’avons pas fini d’en discuter ;)

  7. gakari1 lun 28 Mai 2012 Répondre

    Bonjour,
    Et puis Georges, je continue à penser que, pour bcp de chrétiens évangélique, l’inspiration en mode « dictée » par le Saint-Esprit est un des fondements de leur foi.
    Ce n’est donc pas forcement pathologique, mais plutôt protecteur.
    Ceux qui sont nés dans ce milieu comme moi, devront dangereusement se dépouiller de leur idée de l’inspiration et ceux qui auront, en plus, appris, dans un institut biblique à reconnaître et combattre tout ce qui dépasse du modèle évangélique, devront renier des années d’études et pour certains, garder cela pour soi, devenir paria ou quitter le milieu. (cela dépendant du milieu, bien sûr, je ne veux pas faire de généralités, même si j’ai pu voir ces différents cas).
    Et puis, peut-être que c’est plutôt nous qui avons un pb pathologique à vouloir nécessairement connaître la vérité, quitte à se faire violence :-)

    Yannick

  8. Georges Daras lun 28 Mai 2012 Répondre

    Bonjour les amis,

    Il me semble que plane un certain malentendu. Quand Marc écrit que « beaucoup pensent que les auteurs bibliques se sont littéralement et systématiquement vus dicter la pensée de Dieu » (je souligne), ce n’est même pas particulièrement aux évangéliques que je pense, même pas aux évangéliques « classiques » (déclarations de Chicago), étant donné que ceux-ci refusent de parler de dictée tout en reconnaissant les particularités littéraires et stylistiques de chaque auteur biblique. La description de Marc me fait penser soit à la conception islamique de la dictée du Coran à Muhammad par l’ange Gabriel, soit à des groupuscules chrétiens fondamentalistes à la vue desquels les évangéliques passeraient pour modérés.

  9. Marc lun 28 Mai 2012 Répondre

    A vrai dire Georges, cette question mériterait d’être posée dans nos églises, mais je ne pense pas me tromper en affirmant que pour pour la majeure partie des évangéliques qui n’ont pas étudié la théologie, non seulement la constitution du canon reste un mystère, mais la question du moyen de l’inspiration n’a même peut-être jamais été une interrogation pour eux. Leur croyance en l’Ecriture Sainte leur suffit, Christ étant présenté comme la Parole faite chair, pour beaucoup cela rend la bible « intouchable ».

    C’est donc plus l’ignorance que « la mauvaise-foi » ou un ancrage dogmatique marqué qui constitue un frein à accepter les styles littéraires tel que le mythe.

    D’où l’importance de ces espaces d’échange pour informer et réfléchir ensemble à ces questions.

  10. Georges Daras lun 28 Mai 2012 Répondre

    Marc, tu es pratiquement en train de me décrire une église avec des pasteurs sans formation et un manque manifeste d’enseignement. Pourquoi demeurer dans un tel état d’ignorance? Quelle fédération ou association d’églises permet cela? Je ne comprends pas.

  11. Marc lun 28 Mai 2012 Répondre

    Georges, ce n’est pas ce que je dis, mais il faut avouer que les pasteurs évangéliques ne s’étendent pas trop sur ces sujets qui restent un peu cantonnés aux écoles et à la formation.

    Une fois dans leurs églises, les enseignements sont le plus souvent « pratiques » et ils ne transmettent pas forcement l’ensemble de leurs cours et typiquement ceux liés à la constitution du canon.
    Certaines petites structures ne dépendent d’aucune fédération (moins de 30% d’entre-elles), les enseignants n’ont pas forcément été formés dans une école officielle.

    C’est la contrepartie d’une église pratique, engagée et en pleine croissance. Ca n’évite malheureusement pas certaines dérives.

    Attention tout de même à ne pas enfermer l’ensemble de cette communauté dans des clichés trop simplistes, la diversité des sensibilités est assez large.

  12. Benoit Hébert lun 28 Mai 2012 Répondre

    Le fait est que la formation théologique des pasteurs évangéliques peut parfois être légère, même si certains d’entre eux considèrent déjà ce qu’on leur demande comme « lourd ». La nécessité d’une formation théologique « académique » n’est pas toujours reconnue, voire parfois considérée comme un handicap si elle a été effectuée dans une école d’une sensibilité quelque peu différente que celle dans laquelle le ministère est appelé à exercer.

    Il y a même parfois une certaine culture « anti-théologie ». Celle-ci est considérée comme une démarche purement intellectuelle qui n’apporte rien à la foi, voire pourrait l’amoindrir…

    Même si mon opinion peut surprendre, tout n’est pas à rejeter dans le mode de fonctionnement avant tout « pragmatique » de certains évangéliques. L’idée qu’une formation théologique académique ne soit pas nécessairement un critère d’efficacité spirituelle se vérifie dans la pratique. Les évangéliques (en tout cas de mon milieu) mettent surtout l’accent sur l’appel et la formation sur le terrain. Certaines formations théologiques universitaires « libérales » peuvent aussi laisser l’auditeur perplexe quant au contenu spirituel du texte biblique…

    L’idéal est de pouvoir associer appel et formation, sans jeter le bébé avec l’eau du bain. Je connais aussi des pasteurs autodidactes à la connaissance impressionnante!

    Georges, je suis en train de lire ‘L’Ancien testament expliqué à ceux qui n’y comprennent rien ou presque’ de Jean Luis Ska, un auteur que tu nous a recommandé. Je réalise là encore le gouffre entre la vision traditionnelle évangélique de l’AT et celle de cet auteur critique en ce qui concerne l’analyse des auteurs, de l’historicité, des dates de rédaction…

  13. gakari1 lun 28 Mai 2012 Répondre

    C’est vrai qu’il est rare que ces sujets soient etudiés en profondeur, mais de que je connais, dans les milieux baptistes ou charismatiques, il serait très malvenu de parler de mythes pour les premiers chapitres de Genèse. Cela aurait un trop gros impact intellectuel : doctrine de l’inspiration, méthodes d’interprétation, école du dimanche.
    En ce qui concerne les pasteurs, leur formation dépend du type d’institut mais les quelques que je connais, n’aiment pas vraiment l’exégèse. Ils ont une réelle formation, mais elle n’est pas scientifique et ce n’est pas ce qu’on leur demande, je crois.
    Il faudrait juste qu’ils apprennent, en ce qui concerne ce dont on parle ici, l’humilité et l’apologetisme intelligent, ce serait pas mal.

    Une chose me chagrine: lorsque l’on se pose ces questions, ce n’est pas dans l’Eglise évangélique (celle que je connais un peu) que l’on trouve des réponses. C’est dommage qu’il n’y ait pas plus d’hommes ou de femmes dans l’Eglise qui ne soient pas à l’aise avec ces sujets.
    Heureusement il y a internet et les bouquins, mais c’est bien aussi les discussions…

    Yannick

  14. Marc lun 28 Mai 2012 Répondre

    Yannick, c’est ça aussi l’église (le blog !!) :D

  15. Georges Daras jeu 31 Mai 2012 Répondre

    Merci pour ces échanges enrichissants. Je suis d’accord avec vos analyses, bien que j’aurais tendance à penser que « l’anti-intellectualisme » soit plutôt le fait de mouvements pentecôtistes ou pentecôtisants qui mettent l’accent sur l’expérience et le vécu. Dans son livre Du ghetto au réseau (p. 303-320), Sébastien Fath propose une éclairante typologie des différents courants évangéliques (dans le contexte français).

    Il voit d’un côté les piétistes-orthodoxes, avec trois regroupements principaux (il peut y avoir des chevauchements):
    – l’une axée sur le social,
    – l’autre sur l’orthodoxie doctrinale (c’est là qu’on retrouve les Facs de théologie françaises d’Aix et de Vaux, les auteurs comme Blocher, Wells et les autres),
    – il qualifie le dernier de « ascétique-rigoriste » du type darbysme.

    De l’autre côté, il place les charismatiques-pentecôtistes, au sein desquels il dégage également trois sensibilités (je reproduis les intitulés):
    – Le milieu pentecôtiste ascétique: « sortir du monde »… avec l’Esprit,
    – Le charismatisme d’épanouissement personnel: la marijuana du Seigneur,
    – Le milieu charismatique magique: combattre incubes et succubes.
    __________________________

    Benoît,

    Concernant le livre de Ska, je présume que ce doit être de la bonne vulgarisation. Tu me diras ce que tu en penses!

    J’en profite pour annoncer un article (en ligne ce soir ou demain) sur l’historicité du récit des noces à Cana (Jn 2.1-11) où je présente les analyses de Meier qui conclut en faveur de la non-historicité. Je discuterais aussi certains de tes propos émis sur l’historicité « a priori » ou « par défaut ».

  16. Benoit Hébert jeu 31 Mai 2012 Répondre

    Et bien cher Georges, je suis impatient de te lire!

    Je signale aussi le dernier article de Bruno Synnott sur le « big bang bruno » qui est vraiment passionnant!

    J’ai presque fini le livre de Ska. C’est très intéressant et il faut bien le dire plutôt nouveau pour moi. Ce livre ne me suffira pas pour me faire une opinion, et il faudra que j’approfondisse par des lectures plus complètes que tu nous as conseillées!

    Il y a un passage super intéressant en faveur de l’historicité de Moïse (tu ne seras pas étonné que cela m’ai plu!)

  17. Georges Daras jeu 31 Mai 2012 Répondre

    L’article sera assez costaud. J’ai jeté un oeil à celui de Bruno. J’aurais parié qu’il parlait de Gn 3! ;) Bravo pour sa persévérance!

    Quant à Ska, je t’avoue que je me méfie de l’excès de vulgarisation. Ce n’est pas le genre à contenter intellectuellement ou à convaincre le sceptique. Pour approfondir, je veux bien te conseiller en fonction de ce que tu cherches.

    Si tu veux un panorama bibliographique commenté comprenant 1000 livres publiés (en français) sur la Bible jusqu’en 2003, tu peux te procurer le numéro 124 de la revue trimestrielle « Cahiers Évangile ». http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=6324

    Pour 9€, tu as là une très bonne base de références réparties en catégories. Par exemple, sur Genèse 1-11, il y a 16 références, dont la Cahier Évangile de Pierre Grelot que tu as présenté dans un de tes articles. Cela dit, certaines références sont malheureusement épuisées.

  18. Auteur
    Bruno Synnott ven 01 Juin 2012 Répondre

    J’ai hâte de te lire Georges.
    Merci Benoît. J’arrive tranquillement au bout de mon cheminement: montrer une nouvelle conception du péché originel qui s’harmonise avec les données de la science. Georges, faut comprendre que les évangéliques (dont j’en suis) sont prisonniers d’une interprétation historiciste de Ge 1-3 et des spéculations pseudo-scientifique qu’en a tiré Augustin. Faut en parler et même-là, s’est tabou!

    P.s. j’ai lu votre longue et captivante discussion sur le déluge. J’ai un point à apporter, mais je n’ai pas eu le courage de l’écrire encore. Grosso modo je soutiens, à partir des textes bibliques, que le déluge était universel d’un point de vue régional, et régional d’un point de vue universel ! La subtilité de l’argument repose sur le mot « terre » (hébreux = eh’- rets) qui est synonyme de « pays ». Par ex Ge 6.14; 7,4; 7,12; etc. « toute créature de la terre périt » = « toute créature du pays périt ». Les deux sont en fait interchangeables.

    De plus, le langage universel est employé en d’autres occasions pour décrire des phénomènes locaux. Comme la famine de Joseph en Ge 41.54,57: « et les sept années de famine commencèrent, comme Joseph l’avait prédit. La famine sévissait dans tous les pays. » = sur toute la terre.

    L’évènement était donc universel, du point de vu des auteurs ou témoins locaux, mais régional du point de notre point de vue à nous.

    Par ailleurs, il est clair que cet épisode est remanié pour montrer une perspective théologique de dé-création, de jugement. L’Israël exilé cherchait à comprendre – donner sens – des évènements de l’exil. Le déluge est suivi de la re-création (Ge 8.1: « Il fit souffler un vent sur la terre; alors les eaux se mirent à baisser » est un parallèle avec Ge 1.2,7,9). Cela illustrent bien le l’espoir qui suit le jugement d’un peuple en exil. Si Dieu avait poursuivi son plan avec Noé, après le déluge sur la terre (ou le pays), ainsi Dieu pouvait-il bien tout recommencer avec eux!
    Donc un épisode local, mais considéré comme universel, ressaisi par des auteurs post-exiliques, pour montrer qu’il y a des précédents à la colère divine, et que ce jugement n’est pas une fin en soi, mais conduit et porte à une re-création, à laquelle les contemporains sont en droit d’espérer.
    Ça fais-tu du sens ?!

  19. Benoit Hébert ven 01 Juin 2012 Répondre

    Merci Georges pour ta disponibilité!

    Bonjour Bruno

    ta série sur le péché originel est un régal!

    En ce qui concerne le déluge, dis moi si grosso modo tu t’identifies à l’interprétation de Carol Hill

    http://www.csun.edu/~vcgeo005/Carol%201.pdf

    « Conclusions
    From this information, we can draw the following
    conclusions:
    1. Biblical evidence for a universal Noachian Flood is the
    “universal” language of Gen. 6-8—words like “earth,”
    “all,” “every,” and “under heaven.” However, these
    words are used in other places in the Bible to describe
    local or regional events and, therefore, cannot necessar-
    ily be taken as all-inclusive over the entire planet Earth.

    8. The picture that emerges from all of the biblical and
    nonbiblical evidence is that Noah’s Flood was confined
    to Mesopotamia, extending over a vast alluvial plain
    as far as the eye could see, from horizon to horizon
    (under the “whole heaven” or sky). The top of all the
    hills (ziggurats?) were covered by this flood, and all
    people and animals were drowned except for Noah, his
    family, and the animals on the ark. The flood was a real,
    historical event that covered—not the whole world—
    but the whole of Noah’s world.

    9. The idea that the Noachian Flood was a universal flood
    stems from a centuries-old interpretation of the Bible
    not warranted by either the biblical or scientific evi-
    dence. The King James Version, written in the seven-
    teenth century, reflects the very limited view that
    people had then of the planet Earth and its geology, and
    it is this centuries-old, traditional view that has been
    passed down to generations of Christians ever since.
    The Bible should always be interpreted within the
    framework of the culture in which it was originally
    written—in this case, the Mesopotamian culture of the
    third millennium BC, not the European culture of the
    seventeenth century AD. It is only by considering the
    culture and world view in which Gen. 6–8 was written
    that the Noachian Flood can really be understood.  »

    Un article de Carol Hill défendant une interprétation historique de Genèse 1-11
    http://www.asa3.org/ASA/PSCF/2007/PSCF6-07Hill.pdf

    Voici la réponse de Paul Seely à l’article de Carol Hill
    http://www.asa3.org/ASA/PSCF/2008/PSCF3-08Seely.pdf

    « The second millennial worldview of the Flood, as seen
    in Mesopotamian traditions, is that it destroyed every
    human being except those on the boat.

    The biblical
    account is in full agreement with this as is seen not only in
    the various phrases which indicate universality (e.g., “all
    the high mountains under all the heavens”), but in the way
    Noah is addressed after the Flood as a second Adam.

    In real history, however, neither the flood of 2900 BC nor
    any other flood in Neolithic times destroyed all of humankind, even in Mesopotamia. If “all the earth” in the biblical account referred just to Mesopotamia, the flood should
    have at least destroyed all humans in Mesopotamia.
    None did. The Near Eastern archaeologist Mallowan said,
    “No flood was ever of sufficient magnitude to interrupt
    the continuity of Mesopotamian civilization.”

    The flood of 2900 BC did not even destroy all humans in southern
    Mesopotamia where it left its sedimentary deposits.
    In Kish, the most northerly city where the flood of 2900 BC
    left a deposit, the inhabitants came back soon after the
    flood, did a few minor repairs on their mud-brick houses,
    and moved back in.

    The biblical account of the Flood, as interpreted both
    by the biblical context and by the second millennial
    worldview does not match the findings of archaeology.
    Although there really was a flood and all accounts agree
    that a man was divinely warned to build a boat and
    escape, all the rest of humankind was not destroyed.
    The biblical Flood account is thus not accurate history.
    It is an accommodated Mesopotamian historical tradition
    revised to teach lessons of faith and morals. »

    Et je suis plus convaincu par Paul Seely que par Carol Hill!

  20. Georges Daras ven 01 Juin 2012 Répondre

    Bonjour Bruno,

    Ton argument à partir du mot ‘erets ne tient pas, car contrairement à ce que tu dis « terre » et « pays » ne sont pas interchangeables. C’est le contexte qui exige soit l’un soit l’autre (soit autre chose encore, comme « sol »). Quand il est dit en Gn 1.1 que Dieu créa les cieux et « la terre » (ha’arets), il ne viendrait à l’idée de personne de restreindre cet acte créateur au seul « pays » (lequel?). De plus, si tu soutiens que le déluge est une décréation-recréation (je te suis là-dessus), alors ‘erets doit forcément avoir le sens qu’il a en Gn 1.1, d’autant plus que de Gn 1 à Gn 6, il n’a pas encore été question de pays et de nations, présentées comme issues de Noé et de ses fils (10.32). Bref, la perspective est clairement universaliste.

  21. Benoit Hébert ven 01 Juin 2012 Répondre

    Oui Georges, je suis entièrement d’accord.

    Les partisans du déluge biblique en tant que déluge local me paraissent l’être surtout dans un souci de réconcilier le texte biblique avec la « réalité historique ».

  22. Auteur
    Bruno Synnott ven 01 Juin 2012 Répondre

    Oui George, excuse ce long commentaire. J’apprécie ta remarque et elle m’a stimulé à développer encore ma réflexion. Peut-être suis-je en tort alors corrige-moi si tu as un peu de patience encore.

    Ce que je dis c’est que 1. soit le déluge a paru universel aux yeux des rédacteur, mais pas universel au sens de toute la « terre ronde » formée de 5 continents. 2. Soit les rédacteurs lui ont donné cette signification à des fins théologiques, pour enseigner, à partir d’un événement lointain et connu par des mythes concurrents – comme le mythe babylonien – la dé-création quasi-complète (qui suit un jugement divin) et la re-création avec Noé (ouvrant à un nouveau monde).

    Il est clair selon moi que le récit a surtout la prétention de vouloir apporter une signification théologique et existentielle « vraie » à un événement local lointain et flou historiquement, rapporté par des mythes concurrents, comme le mythe du déluge Babylonien, dans lequel l’équivalent du Noé biblique est sauvé des eaux par un Dieu soucieux de préserver l’humanité pour être servi par eux comme esclave.

    Pour ce qui du petit débat sur l’interchangabilité du mot « ha’arets », il semble qu’il faille dire que « terre » et « pays » ne soient pas « interchangeables » tout le temps, et que le contexte apporte des précisions nécessaires. Par contre, la distiction entre les deux sens n’est pas aussi nette, à mon avis, que tu sembles le sous-entendre.

    Reprenons ton exemple : lorsque les rédacteurs de Ge 1.1 écrivent « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre », voyaient-ils dans la « ha’arets » une terre ronde formée des 5 continents… Non, ils voyaient la terre comme l’ensemble du pays, c’est-à-dire le territoire qui existe et que Dieu a créé.

    C’est pourquoi je dis que le mot « ha’arets », bien qu’il ait une perpective clairement universaliste, ne signifie pas « toute la terre ronde, formé de 5 continents ». Il était universel d’un point de vu local. Car en utilisant le mot « ha’arets » dans le contexte de Genèese 6-7, les rédacteurs ne voulaient certainement pas mentionner un déluge mondial, recouvrant les 5 contients (scientifiquement trop avançé pour eux). Au mieux, ils pourraient avoir voulu dire que le déluge a couvert toute la terre, c’est-à-dire l’ensemble du territoire connu par les gens de l’époque.

    Ils ont peut-être donc pensé rétrospectivement que, du point de vu des témoins de jadis et des mythes concurrents, toute la terre fut recouverte et toutes âmes tuées sur l’ensemble du territoire connu de l’époque.

    Mais l’intention principale est que puisque l’histoire du déluge se raconte, dans plusieurs cultures, à partir d’un événement local fort lointain, qui a frappé l’imaginaire des peuples, les rédacteurs bibliques, qui croient peut-être à cette perspective universelle, sentent le besoin de corriger la « vraie » signification théologique, afin de réformer la vision du monde des cananéens qui étaient, en quelque sorte, contaminés par ces mythes paiens avoisinants, comme le mythe babylonien. (J’arrive pas à croire que ce paragraphe contient une seule phrase !!!)

    Ainsi le mythe ou récit biblique du déluge aurait surtout la prétention de vouloir apporter une signification théologique et existentielle « vraie » à un événement local lointain et flou historiquement, qui faisait l’objet de d’autres interprétations chez les peuples dominants avoisinants, comme les babyloniens, et qui nécessitait une nécessaire réinterprétation pour les cananéens soumis à l’influence des élites babyloniennes.

    Je vais devoir en faire un article pour changer un peu de Genèse 1-3 !!

  23. Auteur
    Bruno Synnott ven 01 Juin 2012 Répondre

    Et Benoît,
    Après deux lectures aussi attentives que possible, je dirais… « Amen! » aux deux auteurs ! car leur perspective me semble complémentaire. Sans le connaître, je parierais que le premier veut demeurer dans une perpective innérantiste. Et c’est ce que je tente toujours de faire aussi.

    Par contre, je suis heureux de voir qu’un gars comme Seely évite tout concordiste navrant, prend ses distances avec toute historicité, car en effet nous ne voulons pas aller dans cette direction (c’est un présupposé du BBB).

    Je sais que le récit du déluge n’est pas historique au sens moderne et n’a pas besoin de l’être pour être « vrai ». S’il me semble assez difficile de croire qu’il y a eu un déluge qui a détruit toute la population du monde connu de l’époque, je me laisse encore tenter de croire qu’il y a eu un déluge qui a pu tuer toute une région locale, qui étaient peut-être aussi l’ensemble du monde connu des auteurs de ces légendes. Dur à infirmer de toute manière !

    Ma théorie préférée est celle-ci !!! Ho que je retombe dans le concordisme ! Mais je rirais si c’était vrai! http://fr.rian.ru/science/20080421/105530138.html
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mer_Noire#Apports_r.C3.A9cents_de_la_th.C3.A9orie_du_remplissage_de_la_mer_Noire

    …Dans mes rêve, j’imagine le détroit de Bosphore, comme un barrage naturel, se rompre il y a 7000 ou 8000 ans, suite à la fonte des glaciers et des pluies diluviennes, déversant l’équivalent de 200 chutes Niagara dans cette zone immense et noyant des milliers de personnes pris au dépourvu. Oups ! Vous auriez dû écouter Noé !

    • Benoit Hébert sam 02 Juin 2012 Répondre

      Bonjour Bruno,

      Tu ne peux pas dire Amen aux deux auteurs en même temps bien qu’ils aient beaucoup de points communs. Carol Hill reste en effet dans une perspective « innérantiste » d’un point de vue historique. Pour elle, le récit biblique et l’histoire doivent être en accord. Le Saint Esprit ne peut pas avoir inspiré un récit qui soit « historiquement » faux en s’abaissant au niveau des auteurs. Donc elle croit véritablement que Noé a construit une arche remplie d’animaux attirés par Dieu, que cette arche s’est échouée dans le massif de l’Ararat, et pas sur le Mont Ararat…Bref, elle cherche à tout prix à montrer que le récit biblique est historiquement « vrai ».

      Paul Seely aborde le texte dans une toute autre perspective. Il n’est pas un « innérantiste » historique et scientifique. Il n’est pas gêné que le texte soit « historiquement faux ». Il ne croît pas à l’arche remplie d’animaux sauvages et son échouage.

      Leur conception de l’inspiration est fondamentalement différente. Voilà ce qu’écrit Paul Seely.

      « Scripture never claims to be authoritative except in
      the area of faith and morals (2 Tim. 3:16). Any failure of
      Scripture to be scientifically or historically correct is
      irrelevant to the authority of Scripture because unlike the
      area of faith and morals, Scripture never claimed to be
      authoritative in these other areas.

      God is a Father, not a rationalistic scholastic philosophertheologian. He was willing to come down to the intellectual level of his children in order to communicate to them
      lessons of faith and morals. His employment of ancient
      history and science as if it were really true is a gracious
      accommodation to the Israelites’ limited knowledge. »

      Le déluge de la mer Noire ne peux pas correspondre au déluge biblique. Il n’est pas situé en Mésopotamie…Sa datation ne correspond pas non plus à la description biblique, il est trop précoce, avant l’âge du bronze, l’installation de toute ville (Caïn…).

  24. Marc ven 01 Juin 2012 Répondre

    Ouais bonne idée Bruno, mais il te reste encore une question à répondre sur ton Blog avant !!

    http://lebigbadbruno.blogspot.fr/2012/05/le-concept-de-la-chute-est-un-mode.html?showComment=1338500932645#c5099608728187643622

    Ca te plait pas le thème de la théodicée :?:

    • Benoit Hébert sam 02 Juin 2012 Répondre

      Un petit coup de pouce à Bruno avec la publication de l’article, l’évolution, laide ou belle? Il pourra ainsi pleinement se consacrer au déluge!

  25. Georges Daras sam 02 Juin 2012 Répondre

    Article publié!

    Les noces de Cana: évaluation historique d’un récit de miracle
    http://exegeseettheologie.wordpress.com/2012/06/01/les-noces-de-cana/

    Merci Bruno pour ton commentaire kilométrique! Je suis curieux de le lire! À bientôt!

  26. Georges Daras sam 02 Juin 2012 Répondre

    Bruno,

    Il me semble que c’est une erreur que de vouloir rattacher une dimension géographique au déluge. Littérairement, il est clair que ce déluge est universel: tout être humain, tout ce qui vit doit périr. Il importait peu aux rédacteurs bibliques de savoir où commence et où s’arrête le monde pour donner une portée universaliste à leur récit. Ils n’avaient pas une grandeur géographique en tête mais la notion de totalité, qui demeure la même au fil des âges et ne dépend pas d’une vision du monde particulière. Tout, c’est tout.

    • Benoit sam 02 Juin 2012 Répondre

      Encore d’accord avec toi Georges! Tout, c’est tout! C’est d’ailleurs ce que dit Jésus!
      “ Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. 37 Comme aux jours de Noé ainsi en sera-t-il à l’avènement du Fils de l’homme. 38 Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; 39 et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vienne et les emporte tous ; il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme.” (Matthieu 24:36-39)

      Dans le récit biblique, tout le monde est mort, sauf Noé et sa famille. Il ne reste plus personne, plus aucun animaux. Noé est le second Adam avec qui Dieu établit une nouvelle alliance. Le père de toutes les nations qui se sépareront aux pieds de la tour de Babel…

  27. Marc sam 02 Juin 2012 Répondre

    Benoit, bel effort pour la publication de l’article de Loren et Deborah Haarsma mais j’ai l’impression de l’avoir déjà lu… Enfin merci qd même, c’est un thème qui est souvent abordé dans les discussions sur le thème de l’évolution dans une perspective divine.

    Et puis si j’insiste avec Bruno c’est qu’il botte en touche assez souvent sur le sujet, je veux juste savoir s’il va attaquer le problème de front à un moment, son analyse m’intéresse :mrgreen:

    Il n’est pas obligé de faire tout un article immédiatement, juste dire si ça fait partie du programme pour la suite ;-)

  28. Auteur
    Bruno Synnott dim 03 Juin 2012 Répondre

    Salut Marc,
    Je t’avais écris une réponse, mais je ne sais pas pourquoi elle a été effacé. Comme demain j’enseigne dans un ralliement de nos églises, je vais devoir te demander de patienter quelques heures. mais disons que la souffrance « ressentie », même la plus horrible, n’est pas « mal ». La souffrance et la mort sont des conditions de notre existence.

  29. Auteur
    Bruno Synnott dim 03 Juin 2012 Répondre

    George,
    Je comprends mieux que les rédacteurs du récit du déluge ont pris une légende babylonienne (qui a peut-être ou non un fond historique) et en ont fait une vérité prophétique et préfigurative du jugement ayant mené à l’exil (étant donné que les rédacteurs ont dû écrire ces textes après l’exil).
    Tout comme, chez l’apôtre Pierre, il est la figure « antitupos » (1 Pi 3,21) du baptême, et préfigure aussi le jugement à venir (1 Pi 2.5).
    Prophétique et préfigurative, c’est textes sont « vrais », non pas parce qu’ils sont historiques, mais parce qu’ils vont s’accomplir. Ils sont vrais parce qu’ils sortent de la bouche de Dieu et ont une fonction de mise en garde à jouer pour les croyants de toute époque.

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