Réflexions sur le mal et la souffrance

Posté par Marc Fiquet
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Différents angles de vues sur l’évolution

Une des grandes résistances évoquées par certains croyants à propos de l’évolution  est qu’elle inclue dans ses propres mécanismes un processus de prédation qui peut nous apparaître cruel et incompatible avec la bonté divine.

Étrangement, ce même argument est repris par une frange radicale de l’athéisme pour évincer toute conception divine et le principe même de création.

La théodicée qui consiste à justifier la présence du mal en acceptant l’idée d’un Dieu bon et tout-puissant est un défi des plus complexes qui se pose à l’intelligence humaine, peut-être d’ailleurs la surpasse-t-elle définitivement ?

Les diverses interprétations bibliques de la mort (physique ou spirituelle) en font également un sujet de débat particulier pour la théologie.

Ce mystère ne devrait en tout état de cause pas influencer les chrétiens sur le regard objectif et scientifique qu’on peut porter sur l’évolution. Si l’on veut ensuite « glisser » sur le terrain philosophique ou religieux ce qui somme toute reste bien normal pour obtenir une vsion élargie du monde – Il faut savoir prendre le recul nécessaire, analyser différents aspects plutpot que de se focaliser sur un seul problème selon nous.

R_evoluyion_belle_laide

C’est ce tour d’horizon que nous proposent Loren et Déborah Haarsma, deux chercheurs et chrétiens qi nous apportent leur regard précieux dans les compléments de leurs livres Origins :

L’évolution est-elle belle ou laide ?

 

 

D’autres pistes d’investigation

Voici quelques idées pour occuper vos vacances à méditer sur ce thème profond et inépuisable :

  • Evolution ou pas, le phénomène de prédation n’est remis en question par personne. En faire un argument pour rejeter le processus biologique de l’évolution ou de sélection naturelle n’est-il pas alors un faux raisonnement ? Pourquoi certains animaux seraient-ils restés herbivores si toute la nature fut corrompue par le péché d’un seul couple originel ?
  • Si c’est à cause du péché de l’homme qu’en qq secondes les animaux reçurent des crocs et changèrent de régime alimentaire, s’y a-t-il pas un non sens et une impasse intellectuelle évidente ? La Bible exprime-t-elle explicitement cela ou est-ce une interprétation particulière des Écritures ?
  • Remarquons la nuance qui peut-être faite entre mal et souffrance. La souffrance fait mal, mais est-elle le mal est-elle mauvaise ?
  • Quand Dieu proclame sa Création Bonne, cela signifie-t-il forcément une création sans souffrance, sans mort physique ? Ou cette conclusion procède-elle d’une interprétation discutable des textes bibliques ?
  • Ce thème ne nous incite-il pas en particulier à lâcher une vue peut être excessivement anthropocentrique du dessein divin ?

 

La souffrance en question dans la Bible

  • N’y a-il pas de nombreux passages bibliques qui nous invitent à considérer la souffrance comme faisant partie intégrante de cette création et la mort physique comme une étape indispensable vers un avenir radieux ?

 

  • N’est-il pas étonnant de constater que dans son plan originel Dieu décida se s’incarner et de vivre lui-même ce processus de souffrance et de mort ?

 

Le secours de la philo

Leibniz_4

Promis, cet été je lis tout Leibniz ! Bon, disons au moins « Essai de Théodicée »

Rédigé en 1710, cet essai appréhende la question difficile de l’origine du mal, de sa compatibilité avec la nature parfaite de Dieu. Le philosophe montrera que le monde dans lequel nous vivons est le modèle qui répond au meilleurs équilibre des mondes finis  possibles en admettant un Dieu Bon et Tout-puissant.

Leibniz marque une différence entre l’entendement de Dieu et sa volonté, il souscrit à l’idée d’un Adam faillible  :

20 […]  nous qui dérivons tout être de Dieu, où trouverons-nous la source du mal? La réponse est qu’elle doit être cherchée dans la nature idéale de la créature, autant que cette nature est renfermée dans les vérités éternelles qui sont dans l’entendernent de Dieu indépendamment de sa volonté. Car il faut considérer qu’il y a une imperfection originale dans la créature avant le péché, parce que la créature est limitée essentiellement,

 

D’autres articles sur le blog

B_mal_nature

Le célèbre généticien Francis Collins et le physicien Karl Giberson se sont associés pour la rédaction d’un livre extra sur la compatibilité entre science et la foi « The Langage of science and Faith »  ; Nous avions publié ces 2 articles qui réfléchissent sur la présence du mal dans la nature :

http://www.scienceetfoi.com/series/comment-expliquer-la-presence-du-mal-dans-la-nature/

 

 

 

 

 

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12 Commentaires

  1. Avatar
    rodolphe (posta01) dim 10 Août 2014 Répondre

    Marc,

    A la suite de ton injonction de ne poster que des commentaires en rapport direct avec le sujet (« Genèse 1-11 Un message universel »), je me permets de réitérer mon dernier commentaire dans le cadre de cet article:

    « Redéfinissons déjà les mots, es-tu (sommes-nous) sûr(s) de concevoir la bonté et l’amour de Dieu dans leur contexte divin ou purement anthropomorphique comme tu te plais à le dénoncer ? »
    >> Une chose est parfaitement claire, les notions divines d’amour, d’omnipotence et d’omniscience sont incompatibles avec les définitions humaines.
    D’un point de vue humain (c’est ce qui nous intéresse), cela est donc suffisant pour invalider l’action d’un tel Dieu en ce monde !

    « la création dans sa globalité et son équilibre pointe très favorablement vers un Dieu Bon »
    « le point a) – si Dieu est amour et omniscient, il ne peut être tout-puissant – est une affirmation largement erronée pour les chrétiens qui expérimentent concrètement l’action de Dieu dans leur vie.

    >> Marc, peux-tu fournir des exemples à l’appui de tes affirmations et exploitables par tous, qu’on cesse de débattre (et de se débattre) dans le vide

  2. Avatar Auteur
    Marc lun 11 Août 2014 Répondre

    Mon cher Rodolphe,

    Tu contemples une toile de maître le nez collé contre le tableau, tu réagis au moindre coup de pinceau qui ne te semble pas placé correctement ou correspondre à tes critères personnels (que tu sembles d’ailleurs vouloir prouver comme universels).

    Je te suggère donc de prendre le recul nécessaire avant d’accuser Rembrandt ou autre Picasso de faire du travail digne d’élève de maternelle…

    Si tu avais correctement lu cet article, tu pourrais remarquer que même sur la définition du mal tous les hommes ne sont pas d’accord, il y a bien là une recherche qui s’impose, une question à creuser en priorité.
    Il est certain que si tu es persuadé d’en détenir la vérité, il n’y a plus beaucoup d’espoir à compter sur de quelconques progrès sur le sujet… En témoigne les différentes interprétations qui sont fait de l’affirmation de Genèse que Dieu à tout créer « bon » pour certains, l’idée de mort physique n’est pas compatible avec cette affirmation, pour d’autres (nous par exemple) la mort physique n’est pas liée au mal du péché mais fait partie de la contingence de ce monde et constitue un passage obligé pour une vie éternelle et meilleure.

    Au fil des siècles, la philosophie et les différentes religions se sont attaquées au problème du mal et bien sûr nos sociétés également, ayant besoin d’éthique pour se développer. Même nos cultures amènent des ressentis, des réponses et donc des comportements différents. Devant la même problématique de mal ou de souffrance, comment réagira un occidental, un asiatique ou quelqu’un du moyen orient par exemple ?

    Nous n’avons pas ici la prétention de répondre précisément à toutes les questions existentielles de l’humanité, mais de montrer en quoi la foi en Dieu est totalement compatible avec ce que nous observons du monde et en quoi le christianisme basé sur une lecture saine de la Bible offre un modèle de cohérence remarquable.

    Quant à ton sentiment de parler dans le vide, je vais gentiment de renvoyer la balle, la Bible premièrement (à condition de la lire) puis le témoignage de millions de gens rapportent des événements concrets sur l’intervention personnelle de Dieu dans la vie des hommes.

    Que tu remettes ces choses en doute, n’enlève rien à ces vérités, et c’est là ton choix, je te laisse méditer cette parabole de Jésus à propos de notre attitude de cœur et de notre faculté à accepter ces choses ou non. La conclusion est sans contour mais a le mérite d’interpeller le lecteur.
    https://www.biblegateway.com/passage/?search=luc+16%3A19-31&version=SG21

  3. Avatar
    rodolphe (posta01) lun 11 Août 2014 Répondre

    Bonjour Marc,

    C’est par cette belle matinée ensoleillée propice à des échanges fructueux que je me permets cette courte réponse.

    « La foi en Dieu est totalement compatible avec ce que nous observons du monde. »
    >> J’ai beau prendre du recul, je ne vois rien dans ta longue réponse qui évoque un exemple CONCRET (le témoignage de millions de gens ?) qui soutiendrait cette affirmation.
    Je vois juste de plus loin ! (humour)

    « Devant la même problématique de mal ou de souffrance… »
    >> Non Marc, la problématique du « mal » est sensiblement différente de celle de la « souffrance ».
    La première induit des considérations morales qui peuvent différer d’une culture à l’autre ou d’une époque à l’autre alors que tout le monde s’accorde sur la souffrance.

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    Yogi mer 13 Août 2014 Répondre

    Je n’ai pas lu tout le Théodicée, déjà parce que la question de l’apparition du mal dans le monde ne me semble pas poser de problème dès lors que l’on suppose que c’est « un mal pour un bien supérieur » ; comme nous n’avons pas la vue d’ensemble qu’a Dieu, cet argument permet en effet de justifier n’importe quel niveau de mal dans le monde.

    Je me suis plutôt concentré sur la question qui me paraît irréductiblement incohérente dans les religions monothéistes : omniscience divine et libre-arbitre humain. Cette question est plus particulièrement abordée dans la Partie I du Théodicée (chapitres 30 à 59) et dans l’annexe « Abrégé de la controverse » qui donne des précisions importantes.

    Je vois pour ma part trois points qui me semblent poser de graves problèmes dans le raisonnement de Leibniz.

    Tout d’abord, Leibniz donne à Dieu la responsabilité des causes mais pas des conséquences directes de ces causes. Ainsi de l’imperfection des actions humaines ou du mal perpétré, Leibniz §32 dit que l’action de la créature « renferme une variation non seulement dans les perfections que Dieu a communiquées à la créature, mais encore dans les limitations qu’elle y apporte d’elle-même, pour être ce qu’elle est. »
    Et pourtant au chapitre précédent il dit « Dieu ne pouvait pas lui donner tout [à la créature], sans en faire un Dieu; il fallait donc qu’il y eût des différents degrés dans la perfection des choses, et qu’il y eût aussi des limitations de toute sorte. »
    Autrement dit c’est bien Dieu qui introduit les limites et imperfections dans ses créatures, mais Leibniz le dédouane de toute responsabilité dans les mauvaises actions que les créatures réalisent ensuite du fait même de ces limitations. Trop facile.

    Ensuite, Leibniz admet bien que l’avenir est parfaitement déterminé et connu par avance de Dieu. Ainsi il dit au §52 : »Tout est donc certain et déterminé par avance dans l’homme, comme partout ailleurs, et l’âme humaine est une espèce d’automate spirituel, quoique les actions contingentes en général, et les actions libres en particulier, ne soient point nécessaires pour cela d’une nécessité absolue, laquelle serait véritablement incompatible avec la contingence. » Vu de Dieu, l’inévitabilité de nos actions passées comme future ne fait donc pas de doute.

    Enfin et surtout, la clé du raisonnement de Leibniz réside dans le distinguo qu’il fait, et qui me paraît nul et non avenu dans ses conséquences, entre la « nécessité hypothétique » et la « nécessité absolue ».
    En résumé :
    – tous les événements y compris les actions de l’homme répondent à une « nécessité », et sont tous connus à l’avance de Dieu,
    – cette nécessité est soit « absolue », c’est à dire obligatoire, inévitable, démontrable au sens mathématique du terme. Elle est celle §37 « dont le contraire est impossible ou implique contradiction ». L’homme ne peut alors pas en être tenu pour responsable, et il ne peut y avoir péché. Par exemple (le mien, je n’ai pas vu que Leibniz en donne) : on vous pousse d’une falaise et vous tombez,
    – ou alors la nécessité est « hypothétique » c’est à dire qu’en théorie nous avons la possibilité de le faire ou de ne pas le faire en exerçant notre volonté : ce sont les actions « contingentes ». Mais Leibniz précise bien §37 « supposé que Dieu la prévoie, il est nécessaire qu’elle arrive, c’est-à-dire la conséquence est nécessaire, à savoir qu’elle existe, puisqu’elle a été prévue, car Dieu est infaillible, c’est ce qu’on appelle une nécessité hypothétique ». Et il s’étend longuement aux §35, 41, 46 sur le fait que toutes nos actions « volontaires » sont déterminées et répondent à la somme de toutes sortes de causes, y compris internes et inconscientes, résultant de notre état présent, des événements antérieurs et ultimement des « décrets de Dieu ». Le tout étant parfaitement connu de Dieu de tout temps, et faisant partie intégrante de la définition même de notre existence en tant qu’individu particulier.

    ********************
    Je crois donc que Leibniz :

    1) refuse intellectuellement d’incriminer Dieu en quoi que ce soit, ce qui l’empêche de suivre la logique de ses raisonnements (problème qu’il n’a sans doute pas quand il travaille sur le calcul différentiel). Par exemple quand il rend la créature responsable des limitations qui lui ont été données par Dieu,

    2) prend insuffisamment en compte le fait que Dieu est créateur, et qu’à ce titre c’est bien Dieu qui a vu à l’avance, et choisi de créer en toute connaissance de cause, les individus tels qu’ils sont et toutes leurs actions telles qu’elles sont, que ces actions soient conditionnées de manière « mathématique » et absolue, ou bien « causale » et contingente, elles sont dans tous les cas prédéterminées par Dieu dès la Création.

    Dieu est donc concepteur, responsable et metteur en scène, du début à la fin, de tous les événements et de toutes les actions de ses créatures.

    C’est le prix de l’omniscience du Créateur.

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    Yogi mer 13 Août 2014 Répondre

    PS et sans rapport : je crois qu’une illustration avec un portrait de Leibniz serait plus indiquée qu’un portrait de Newton ;-)

    • Avatar Auteur
      Marc jeu 14 Août 2014 Répondre

      Merci pour ton œil avisé… c’est corrigé.

      Comme quoi le principe à la Wikipédia fonctionne bien, une erreur ne reste jamais trop longtemps en ligne :-D

      Il y beaucoup de pages avec la photo des 2 hommes suite à leur querelle à propos de la paternité du calcul infinitésimal… ça m’a enduit d’erreur :-(

  6. Avatar
    Coco Panache mer 13 Août 2014 Répondre

    Salut Yogi, on dit : « un empyrée » et « une théodicée »

    • Avatar
      Yogi mer 13 Août 2014 Répondre

      Merci. J’y veillerai.

  7. Avatar
    rodolphe (posta01) mer 13 Août 2014 Répondre

    Yogi,

    Belle explication de texte.
    A sa décharge, et considérant le contexte de l’époque où la religion avait encore une telle importance, Leibnitz pouvait difficilement aborder cette question sans avoir un objectif de conciliation hautement hasardeux.

  8. Avatar Auteur
    Marc jeu 14 Août 2014 Répondre

    Bonjour Yogi,

    Bravo, je vois que tu as pas mal bûché le sujet !…
    Je n’ai malheureusement pas le temps physique de te faire une réponse à la hauteur, mais je compte bien présenter ultérieurement une synthèse de l’essai de Leibnitz. Et pour être certain de ne pas y glisser des contre-sens, je la ferai relire par des personnes diplômées en philo.

    Brièvement : concernant le mal (c’est qd même là le thème de l’article) le mal pour un bien supérieur me semble n’être qu’une partie de la réponse. il y a d’autres pistes à explorer comme l’indique modestement ce billet.

    Concernant ton dada sur la compatibilité du libre-arbitre humain avec l’omniscience divine, je pense que Leibnitz répond lui-même à tes objections, comme dit plus haut il faudra que je travaille le sujet…

    en gros sur ton point 1)
    Leibnitz refuse intellectuellement d’incriminer Dieu en quoi que ce soit,
    => Oui je fais la même lecture que toi de sa démonstration
    ce qui l’empêche de suivre la logique de ses raisonnements
    => Pas d’accord du tout, c’est ce que je tenterai de démontrer dans un article de synthèse de son raisonnement, si l’on accepte son postulat de départ, tout le reste se tient.

    Avec Bruno, nous comptons bien explorer également d’autres pistes (philosophes et théologiens classiques comme Leibnitz mais aussi des plus contemporains) la littérature abonde sur le sujet..

    Désolé de te laisser sur ta faim pour le moment.

    • Avatar
      Yogi jeu 14 Août 2014 Répondre

      Bonjour Marc,

      L’essai de Théodicée de Leibniz a été pas mal analysé, et il y a par exemple en ligne un cours entier de J.Bouveresse au Collège de France sur le sujet, que je te recommande (330 pages quand même) http://books.openedition.org/cdf/1785

      Je l’ai parcouru, et notamment les commentaires qu’il fait sur les objections de Bernoulli, Russell ou Mates au travail de Leibniz. Mais je verrai le détail de ton point de vue.
      Bonne(s) lecture(s) !

  9. Avatar
    Coco Panache jeu 14 Août 2014 Répondre

    Bon, maintenant toutes les théodicées ont échoué à donner une réponse qui satisfasse vraiment quiconque…

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