Quand Genèse révèle la grâce

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La grâce divine est un fondement sûr pour comprendre l’action de Dieu dans le monde depuis la création, en passant par sa providence, jusqu’à l’œuvre de salut révélé par Jésus-Christ à la croix.

La grâce est une faveur imméritée, un cadeau « gratuit ».

La grâce est la raison pour laquelle Dieu créé le monde. Par amour (És 43.4), pour « donner la vie » et la partager et la sauver :

C’est toi, Éternel, qui es notre père, qui, dès l’éternité, t’appelle notre sauveur
(És 63.16).

Dieu en lui-même, de toute éternité, est en son principe relationnel et communautaire. Le Fils est né (« engendré et non créé ») du Père et l’Esprit-Saint procède du Père et du Fils de toute éternité, dans une réciprocité asymétrique et non hiérarchique. L’amour absolu est au cœur du mystère trinitaire ayant créé le monde.

Puis Dieu créé généreusement un monde libre, i.e. contingent, dynamique, évolutif, capable d’innovation. Un monde capable de « produire » la vie « en abondance » (Ge 1.11, 20). Le monde évolutif que rejette certains chrétiens limiterait la nature à une simple mécanique et, par conséquent, limiterait la capacité de la nature « d’abonder ».

Dieu accorde ensuite sa faveur à l’humanité. Il fait de l’humain un être à son image, vivant et relationnel, capable de dominer la création par ses facultés intellectuelles. Il l’élit pour en faire sa créature d’élection. C’est ce que raconte Ge 2 :

 L’Éternel Dieu PRIT l’homme et le PLAÇA dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder .

Ce sont des termes d’alliance et d’élection. D’où le prend-t-il et pourquoi ? On ne sait pas, mais on sait que ce choix accorde à l’homme une faveur et une grâce.

Maintenant nous arrivons au cœur du récit de Genèse 2-3. Traditionnellement compris comme une chute, il est bien plus que cela. Il est aussi le signe de sa grâce. La grâce n’est pas seulement une notion du Nouveau Testament. On la retrouve au cœur du prologue de la Genèse (Ge 6.8).

Je vous invite à redécouvrir la grâce originelle au cœur du récit adamique (Ge 2-3) en lisant le texte suivant  classé dans les ressources de ce site dans la rubrique des difficultés d’interprétation biblique :

 

 

Bonne lecture !

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15 Commentaires

  1. Avatar
    Manu mer 07 Sep 2016 Répondre

    Bonjour Bruno,
    A la fin de votre article, vous écrivez « Oui il y a eu un péché originel ». De quoi s’agit-il exactement ? Du premier péché du premier homme ? Un péché qui aurait modifié (vicié) la nature humaine ?

  2. Avatar Auteur
    Bruno Synnott mer 07 Sep 2016 Répondre

    Bonjour Manu, il s’agit d’abord d’un acte, le péché des origines. Conséquemment à cet acte, découle un état, mais pas celui d’une nature viciée ou corrompue comme l’entendent certains. Il s’agit d’un état d’errance, d’aliénation qui affecte la manière de pensée, les valeurs, les habitus et par conséquence la culture. On pourrait dire que le péché affecte les mèmes. En naissant, l’enfant est entourés de mauvais mèmes. Il sera influencé à différent degré par le péché ambiant, si bien qu’il deviendra sien sans le savoir. Les enfants le subissent et intègrent le péché (disons les mauvais mèmes) à différents degré.

    Toutefois, la grâce originelle est également agissante, princalement par les moyens de l’église et des croyants, pour attirer l’enfant et, plus largement, chaque humain à Dieu. Sans cette grâce agissante, les enfants ne pourraient, bien sûr, connaître Dieu. C’est elle qui conduit la foi balbutiante des humains à choisir et connaître Dieu et son Fils unique: Jésus-Christ.

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      marc mer 07 Sep 2016 Répondre

      le terme de mèmes emprunté à Dawkins dans son contexte anti-religieux ne me parait pas la meilleure image pour répondre à cette question…

      dans le cadre d’un récit existentiel, il ne fait guère de différence entre le péché des origines et les suivants non ?

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    Manu mer 07 Sep 2016 Répondre

    « un acte, le péché des origines » : de quoi s’agit-il exactement ?

    • Avatar Auteur
      Bruno Synnott mer 07 Sep 2016 Répondre

      Il s’agit tout simplement d’un premier péché. Le péché a toujours comme origine un acte volontaire, sans quoi on glisse vers le gnosticisme. Il est donc pensable de parler d’un premier péché originel « originant », quoique il faut ajouter que ce péché :

      – est pratiquement impossible à situer dans l’histoire.
      – a pu apparaître simultanément à différents endroits
      – n’a pas prevoqué un cataclysme universel (comme le croit certains croyants) pour faire pousser des dents aux requins qui, auparavant, se seraient alimentés de plancton et autres organismes végétales…
      – serait apparu avec formation de la conscience et de la spiritualité humaine

  4. Avatar Auteur
    Bruno Synnott mer 07 Sep 2016 Répondre

    Merci pour vos questions, le sujet est passionnant.
    D’abord, Marc : je propose l’idée de « mème » (i.e. Un mème, de l’anglais meme ; calqué sur gène, sans rapport et à ne pas confondre avec le français même, est un élément culturel reconnaissable répliqué et transmis par l’imitation du comportement d’un individu par d’autres individus) pour tenter de comprendre la réalité du péché dans l’existence.

    On sait que le péché n’a pas d’être. C’est plutôt un manque d’être, par exemple une absence de justice, d’amour, de foi, etc. Pour cela que je refuse, comme certains, de dire que l’être humain a été « corrompu » par le péché et que l’être naît avec une essence dépravée, par nature ennemie de Dieu (c’est ce qu’on entend généralement chez les évangéliques réformés par « péché originel » ).

    Ceci dit, il faut prendre garde à ne pas trop diminuer la portée du péché originel, au risque de tomber dans une sorte d’humanisme qui nous sera reproché par Luther lorsque nous irons au ciel… Alors comment rendre compte de la réalité du péché dans l’existence. Quel est son véhicule ? Comment se transmet-il ? Comment affecte-t-il la pensée ? La notion de mème me semble peut-être une voie de réflexion valable. Et le fait que l’idée vient de Dawkins est encore plus amusante !

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      Yves dim 09 Oct 2016 Répondre

      « il faut prendre garde à ne pas trop diminuer la portée du péché originel, au risque de tomber dans une sorte d’humanisme qui nous sera reproché par Luther lorsque nous irons au ciel…  »

      Bonjour, je suis très intéressé par votre article sur ce site que je découvre, mais ma question ici est double :

      1 – Tout humour mis à part, peut-on être vraiment sûr que Luther nous croisera au ciel, lui qui demeura jusqu’à la fin ancré dans un antisémitisme d’une rare violence, à laquelle Hitler fit hélas référence pour la mettre en oeuvre ?

      2 – Que peut-on avoir à craindre de mettre en cause tout le développement doctrinal (par l’Eglise romaine) d’une notion que le texte biblique n’a guère explicité, se bornant à constater l’écart flagrant à toute époque – qu’il présente ainsi comme « depuis l’origine » – entre ce que l’homme sait être le bien pour son prochain et la réalité du mal qu’il ne cesse de commettre. Constat d’une « méchanceté » participant de la nature humaine, tout au contraire de la vision rousseauiste, mais qui s’accorde mal avec la foi que tout ce que Dieu a créé est bon.

      N’est-ce pas alors plutôt que tout ce que veut Dieu est bon mais que la création n’est pas encore achevée selon Sa volonté, ce que seule notre rédemption en Christ (selon Romains 8 : 20-22) permettra ? Je sais bien que ce n’est pas là la doxa orthodoxe, mais qu’en pensez-vous ?

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        Manu lun 10 Oct 2016 Répondre

        Que Luther soit au Ciel ou pas, si l’on craint qu’un homme nous reproche une position doctrinale, cela s’appelle la crainte des hommes et ce n’est pas un fruit de l’Esprit…

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    Manu jeu 08 Sep 2016 Répondre

    « Que le péché fasse partie du parcours terrestre de tout être humain, apprenti tâtonnant de l’amour, n’a vraiment rien de surprenant. Nul besoin d’un péché originel pour expliquer cela. »
    (Michel Salamolard, « Le mal : Dieu responsable et innocent. Réflexions inspirées par A. Gesché », Nouvelle revue théologique, tome 127, 2005/3, p. 386)

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    Benoit Hébert jeu 08 Sep 2016 Répondre

    merci à chacun pour cette conversation passionnante.

    Nous avions il y a quelques temps temps discuté avec Michel Salamolard, qui nous a fait la gentillesse de publier plusieurs articles sur ce blog suivis de discussions animées…

    Nous sommes beaucoup à penser que le péché originel a besoin d’être révisé. Je suis pourtant très mal à l’aise avec l’idée du péché comme un « tâtonnement ». Il me semble que le langage biblique à son propos est beaucoup plus fort, qu’il s’agit d’un véritable scandale. En faire une simple « erreur » plus qu’un acte volontaire ne me parait pas conforme à la signification du salut et de l’expiation.

    Toute la difficulté semble se trouver dans ce subtil équilibre à trouver : ne pas banaliser ni diminuer la gravité du péché et de ses conséquences, sans pour autant adhérer à la doctrine héritée d’Augustin.

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    Manu jeu 08 Sep 2016 Répondre

    Nul ne naît croyant, nul ne naît aimant. Il faut apprendre à croire, apprendre à aimer. Dans cet apprentissage, le péché est inévitable. Quel professeur pourrait croire que ses élèves ne feront aucune erreur ou faute ? Si ses élèves étaient aussi savants que lui, son statut de professeur n’aurait aucun sens. « On ne peut pas faire l’économie des fautes et des erreurs » (Stan Rougier). Telle est la nature humaine que Dieu a créée, nature bonne mais incomplète, qui doit être complétée par sa Parole, son Esprit.

  8. Avatar Auteur
    bruno lun 10 Oct 2016 Répondre

    Bonjour Yves, je vais continuer de penser que votre point 1 est une blague, disons de l’humour noire ;)

    Pour le point 2, je crois que non, nous n’avons pas à craindre de remettre en question le développement doctrinal, seulement il faut faire attention de ne pas briser trop rapidement la communion avec des frères. La doctrine du péché originel est vrai au sens où elle pointe vers l’incapacité de toute personne à parvenir à Dieu par lui-même et que tous, étant créé et donc faillible, tombe en tentation et ont besoin du secours de Dieu. La doctrine du p.o., à mon avis, va trop loin en spéculant sur toute forme de tare transmise par génération, qui ferait des nouveaux-nés des êtres de facto corrompus et ennemis de Dieu par nature, sans libre arbitre, etc…

    Ce que Marc parle selon moi, en tout ce cas ce que ça évoque chez moi, c’est la grâce originelle que j’évoque dans l’article. Dieu sait de quoi nous sommes faits, il sait que nous sommes comme des apprentis élèves qui vont se tromper et même se casser la g** à coup sûr. Il ne s’est jamais attendu à ce que nous soyons parfait, mais à ce que nous ayons la foi.

    Comme un bon père, un bon professeur, etc., Dieu ne cesse de tendre la main, il offre sa grâce. Ceux qui la rejette devront subir le juste jugement du créateur, qui a prouvé – oui prouvé – son amour envers nous alors que lorsque nous étions encore pécheur, Christ est mort pour nous. Loué soit-il

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      Yves mar 11 Oct 2016 Répondre

      Bonjour Bruno,

      Je suis désolé si j’ai pu vous paraitre iconoclaste dans mes propos sur Luther, dont je reconnais en effet ne pas voir en lui le « saint » (au sens biblique…) que certains protestants en ont fait, après que j’ai découvert récemment ce qu’il a pu écrire des juifs.

      Sur le sujet de votre article, j’apprécie beaucoup votre liberté d’analyse de la doctrine du péché originel telle que forgée par la tradition romaine, pour ne pas faire dire au texte biblique plus que ce qu’il a voulu signifier. Je comprends bien aussi qu’il ne faille pas briser la communion des frères par des remises en question trop brutales, mais je crois cependant que le monde évangélique a sérieusement besoin de sortir d’une certaine forme de religiosité doctrinale pour mieux entendre ce que le Seigneur a voulu nous révéler parfaitement de Sa grâce en Jésus notre Sauveur. Merci d’y contribuer ici.

      • Avatar Auteur
        Bruno Synnott mar 11 Oct 2016 Répondre

        Cher Yves, on a tous une bête noire en théologie. Moi c’est Augustin. Ceci dit il ne me viendrait pas à l’idée de douter de son salut. Merci par ailleurs pour le ton cordial dans vos interventions.

  9. Avatar
    Manu mar 11 Oct 2016 Répondre

    Un émission radio intéressante qui traite d’Adam, d’Augustin, du péché originel :
    Oser dire le mystère chrétien d’une façon nouvelle, avec Dominique Degoul
    https://www.youtube.com/watch?v=KWKiDLDLnLk

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