Peut-on « toucher » au péché originel ? (2)

Posté par Benoit Hébert

>3 Articles pour la série : discussion à propos du péché originel
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Nous poursuivons notre discussion concernant le « péché originel » (p.o.) d’un point de vue évangélique, à l’aide du livre de Michel Salamolard : « pour en finir avec le « péché originel » ? », concernant la version catholique de ce dogme.

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M. Salamolard pose ouvertement la question, a-t-on le droit, en tant que catholique, de se poser la question de la pertinence de ce « dogme » ?

« Ce qualificatif, en effet, semble interdire tout questionnement et toute réflexion pour exiger une adhésion indiscutable de l’intelligence de la foi. » (p. 11)

M.S. souligne la difficulté soulevée par l’association faite entre salut en Jésus et « solidarité de péché en Adam » dans le catéchisme catholique (article 389) :

« La doctrine du péché originel est pour ainsi dire « le revers » de la Bonne Nouvelle que Jésus est le Sauveur de tous les hommes, que tous ont besoin du salut et que le salut est offert à tous par la grâce au Christ. »

« Ces formules posent problème…elles absolutisent en quelque sorte ce même « péché originel » en le liant indissociablement à la Bonne Nouvelle, de sorte qu’il deviendrait impossible de « toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ ».

Pareille conclusion, si elle s’imposait, rendrait totalement vaine la réflexion du présent ouvrage, qui vise explicitement à « toucher » à la doctrine du « péché originel », non certes pour la rejeter, mais pour la sonder et la mieux comprendre… »

 

Quelques remarques de notre point de vue « évangélique ».

  • Les évangéliques ont déjà dans leur ensemble « touché à la doctrine catholique du péché originel »
  •  La déclaration de foi du CNEF à laquelle nous adhérons en tant qu’association affirme l’universalité du péché et du besoin de salut en Jésus, mais elle ne mentionne rien à propos du p.o. …

 

Un principe est mis en avant par M.S. : le « principe de la hiérarchie des vérités de la foi ».

« Elles n’ont pas toutes le même statut ni la même valeur. Elles ne sont, par conséquent, pas forcément ni toujours irréformables. » (p.11)

Les évangéliques français ont mis en application ce principe en créant le Conseil National des évangéliques de France, regroupant 70% des évangéliques, avec des opinions théologiques différentes sur plusieurs sujets. Nous constatons tous qu’au sein d’une même dénomination, voire d’une même église locale, il existe aussi une telle diversité. On s’accorde sur l’essentiel, et on fait preuve de charité sur le reste !

M.S. écrit dans son contexte :

« Non seulement la plupart de ces opinions ne brisent pas l’unité catholique, mais elles en manifestent l’inépuisable richesse, qu’aucun système ne peut prétendre épuiser à lui seul. » (p. 15)

 

Questions :

  • Les évangéliques ont-ils de leur côté la liberté de réfléchir sereinement à leur version (si elle existe) du dogme du péché originel ?

  • Les évangéliques considèrent-ils que leur doctrine du p.o. est « intouchable » ?

  • Le « principe de la hiérarchie des vérités de la foi » fait-il partie des gènes évangéliques ?

  • Puisqu’il n’existe pas de « Magistère évangélique », comment une doctrine finit-elle par s’imposer en leur sein ?

  • Dans leur histoire, les évangéliques ont-ils eux-mêmes remis en question des « doctrines » admises dans les courants du Christianisme auxquels ils appartenaient ?

  • Les évangéliques ont-ils une conscience et une connaissance approfondie de l’histoire de l’élaboration des doctrines auxquelles ils adhèrent ?

  • Les évangéliques considèrent-ils leurs opinions théologiques comme définitivement figées, ou bien susceptibles de changements ?

 

Mon but ici n’est pas d’apporter des réponses toutes faites…à chacun de répondre !

Une petite remarque cependant. Les assemblées de Dieu américaines, dénomination évangélique assez nombreuse, a récemment changé son « opinion théologique » à propos des questions qui nous préoccupent concernant les rapports Bible et science ! Auparavant partisane d’une interprétation littérale et créationniste de la Genèse, cette dénomination accepte désormais en son sein une variété de positions…Amen ;-)

 


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12 Commentaires

  1. Manu ven 27 Nov 2015 Répondre

    « Puisqu’il n’existe pas de « Magistère évangélique », comment une doctrine finit-elle par s’imposer en leur sein ? »
    Il faut distinguer la théorie et la pratique.
    Théoriquement, il n’existe pas de « Magistère évangélique ».
    En réalité, bien sûr qu’il existe un magistère évangélique.
    Que croient les évangéliques ? En général, ce que croient et enseignent leurs pasteurs.
    Que croient leurs pasteurs ? En général, ce que croient et enseignent les professeurs des instituts bibliques et facultés de théologie, qui ont formé ces pasteurs et leur ont décerné leurs diplômes.
    Il faut donc reconnaître qu’il existe un magistère ecclésiastique professoral de fait dans les Églises évangéliques.
    On peut remarquer que certaines Églises évangéliques demandent à leurs membres d’adhérer « sans réserve » à leur confession de foi, ce qui est contradictoire avec le principe « Sola Scriptura », et qui manifeste un magistère de fait avec même la notion d’infaillibilité (s’il est exigé d’adhérer sans réserve à un texte, cela implique que les auteurs de ce texte sont infaillibles), ce qui n’est pas très éloigné de la théologie catholique.

    • marc sam 28 Nov 2015 Répondre

      Salut Manu,

      Tu as raison de dire qu’une sorte de magistère s’exerce, cependant, Il ne me semble pas que les confessions de foi de nos divers mouvements et églises aient la prétention de faire autorité à ce point, il s’agit plutôt de réunir une communauté autour d’un cadre définissant une expression de la foi dans laquelle chacun se sentira à l’aise dans le respect de sa compréhension des Ecritures.

      Cette diversité peut-être bénéfique comme elle peut faire l’objet de tensions.
      Quand ces différentes communautés décident de travailler ensemble, elles peuvent même définir une confession de foi commune plus large, laissant plus de liberté sur les sujets « secondaires », c’est ce qu’est parvenu à faire le CNEF comme le souligne Benoit dans son article.
      Le fait que le P.O. n’apparaisse pas explicitement dans cette confession de foi qui regroupe 70% des évangéliques de France devrait nous permettre d’accepter plus facilement que c’est un thème qui est sujet à discussion.

  2. Coco Panache ven 27 Nov 2015 Répondre

    LOL j’aime beaucoup cette démonstration :)
    re-Bonjour à tous

  3. Roger Lefèbvre sam 28 Nov 2015 Répondre

    Bonjour Manu et Marc,
    Comme le dieu Janus, le monde évangélique présente deux visages : un visage sombre et un visage lumineux. Tout dépend donc de celui que l’on regarde… Dès lors, M&M : match nul !
    Le fait est que de plus en plus de responsables évangéliques apprennent à collaborer avec des collègues qui divergent sur des points secondaires de doctrine (encore que ce qui est secondaire pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre : le p.o. par exemple) ; par contre, au niveau de leur propre communauté ou dénomination, ils peuvent se montrer plus exigeants voire sectaires à l’égard de leurs membres, ne supportant pas de voir une seule tête dépasser du rang.
    En fait, cette peur de la différence (car il ne s’agit pas toujours d’une réelle divergence) m’a toujours paru le fait de personnes mal affermies dans la foi (ce qui est un paradoxe chez des responsables d’églises) : je veux dire des chrétiens certains de ce qu’ils croient, mais qui ne savent pas pourquoi ils le croient… Confirmant par là même que l’être humain est souvent plus avide de certitudes (bien rassurantes) que de vérités (souvent perturbantes).
    Hélas, dans le domaine de la foi, comme en tout autre domaine, il n’est pas de progrès sans remise en question !

  4. Coco Panache sam 28 Nov 2015 Répondre

    En passant, Bonjour Roger

    Sinon
    Comme Marc s’est intercalé entre mon précédent commentaire et le premier de la liste, je répète que c’est bien de celui de Manu qui me plaît. D’ailleurs les remarques de Roger vont dans le sens de Manu. Donc 1/0 balle au centre… :)

  5. Roger Lefèbvre sam 28 Nov 2015 Répondre

    Bonsoir Coco Panache,
    Ne nous emballons pas… J’ai dit que certains responsables « peuvent » se montrer timorés, ce qui signifie que tous ne le sont pas !
    Pour leur défense, ils faut dire que beaucoup (mais non point tous !) se sentent un peu coincés aux entournures… Quand on a prêché quelque chose pendant des années, il faut tout de même un sacré courage pour dire : « Écoutez les gars, sur tel ou tel point je me suis complètement planté ! » Et certaines ouailles de penser : « Tout s’en va, tout f.. le camp… À qui peut-on encore faire confiance de nos jours ? »
    Pour d’autres, céder sur un point, c’est ouvrir la boîte se Pandore : « Où s’arrêtera-t-on ?… » C’est comme tirer sur le fil de laine qui dépasse du chandail : on finit par le détricoter complètement.
    Personnellement, j’ajoute des bretelles à la ceinture de mon pantalon (« pantalon biblique » s’entend…) et parfois une épingle de sûreté, et plutôt que d’affirmer : « The Bible says…! », je préfère dire : « Au stade où je suis parvenu, je comprends les choses comme ceci ou comme cela… » Question de ménager l’avenir ! Mais certains considèrent que ce genre de discours n’est pas très « pastoral »… On préfère : « Tout va bien braves gens, dormez en paix : c’est nous qu’on a la vérité ! »
    Yesss ssSire !

    • Antoine sam 28 Nov 2015 Répondre

      Tout ça me fait penser à 1 Cor 11.19, « Il faut bien en effet qu’il y ait aussi des divisions parmi vous, afin que l’on puisse reconnaître ceux qui sont approuvés de Dieu au milieu de vous » (SEG21 – « de Dieu » n’est pas dans le texte Grec). Chouraqui (traduction très littérale en général, je crois) donne « Oui, il faut qu’il y ait des scissions entre vous, pour que des hommes éprouvés se manifestent parmi vous ».
      Clairement, les divisions ne sont pas forcément mauvaises. Vis à vis de ce verset, je ne sais pas trop s’il veut dire,
      1/ Les controverses permettent de voir qui dirige, qui s’en mêle, qui les déclenche, indépendamment de leur issue, ou bien
      2/ Les controverses permettent d’atteindre la vérité, ou du moins, de s’en rapprocher.
      Je pencherais pour le 1/, mais bon…

      • marc sam 28 Nov 2015 Répondre

        Salut Antoine,

        Le contexte du passage semble difficilement soutenir une orientation vers le point 2.. Peu de commentateurs s’en feront l’écho à l’image de ce commentaire de ‘Parole Vivante’ qui me parait très éclairant :
        « Pointe ironique de l’apôtre. On peut aussi traduire : du moins cela permettra de reconnaître ceux qui sont vraiment fidèles et qui tiennent bon. « 

        Dans la pensée biblique, la diversité n’est pas incompatible avec la communion.
        La division elle, revêt il me semble un caractère négatif évident.

  6. Roger Lefèbvre sam 28 Nov 2015 Répondre

    Hello Antoine,
    Tu apparais, et aussitôt le débat s’élève ! ;-)
    L’une des difficultés de ce verset (faisons dans la pédanterie) vient du grec « dokimos », un nom qui est tantôt traduit par « (hommes) approuvés », tantôt par « (hommes) éprouvés » : dans le sens « approuvés » parce qu’ayant réussi l’épreuve de vérité… bref dans le contexte monétaire de l’époque, des « dokimos » : des hommes qui font « bon poids, bonne mesure ».
    Je verrais donc (soyons sémite !) non pas 1/ ou 2/, mais plutôt 1/ et 2/ : des controverses d’où émergent les hommes fiables, capables de mettre la vérité en valeur… (Pour peu, j’imagine, que l’on ne donne pas raison à la grande g…le de service : celui qui crie plus fort que les autres, comme cela arrive trop souvent !)
    Je dirais donc que, dans certains cas, à défaut d’être « bonnes », les controverses peuvent s’avérer utiles, voire « nécessaires », comme Paul semble le suggérer.
    Pour en revenir à des questions telles que la « pomme » de discorde (transition un peu facile, je te l’accorde !) dont il est question ci-dessus, il resterait à définir la « vérité » ainsi mise en valeur, comme « LA » vérité absolue, ou comme le consensus émergeant en des temps et des lieux bien définis : le péché originel vs le voile des femmes, par exemple… (Remarque que j’évite habilement de parler des femmes pasteurs.)
    Encore qu’il y ait des vérités absolues que l’on ne peut que prétendre approcher sans jamais pouvoir les cerner complètement. Prétendre définir la complexité du Dieu Trin (par exemple) serait vouloir se l’approprier et donc flirter avec le blasphème… Me semble-t-il.
    Telle est du moins ma lecture… au point où je suis arrivé dans mes cogitations !
    (Mais y’a qu’les imbéciles qui ne changent jamais d’avis, paraît-il !)

  7. Manu sam 28 Nov 2015 Répondre

    Si on étudie l’histoire des religions, on constate qu’elles ont toutes connu des divisions en leur sein : différentes variantes, écoles, branches, etc.

    Les chrétiens forment un seul troupeau, un seul Corps du Christ.
    Oui, mais il y a deux désirs qui existent (devraient exister) dans le cœur du chrétien : le désir d’unité (avec ses frères) et le désir de vérité. Ces deux désirs sont excellents, mais difficiles à concilier pratiquement, ce qui était déjà le cas dans l’Église primitive.

    On peut donc dire que les divisions parmi les chrétiens sont en partie dues à des causes « charnelles » (l’homme qui ne se laisse pas transformer par l’Esprit saint) et en partie dues au louable désir de vérité (compréhensions différentes de la Parole de Dieu). Cela peut se traduire par une rupture (cf. Luther).

    Dans la tradition protestante, on distingue l’Église invisible, le Corps du Christ, et l’Église visible qui se manifeste par une pluralité d’Églises ou de dénominations. Cette pluralité et diversité est sans doute préférable à l’unicité, comme le multipartisme est préférable au régime à parti unique.

  8. marc sam 28 Nov 2015 Répondre

    C’est bien résumé Manu ! 8-)

  9. Roger Lefèbvre dim 29 Nov 2015 Répondre

    Exact ! ça me fait penser à la comparaison bien connue (et donc quelque peu éculée) de l’orchestre composé de musiciens jouant la même mélodie sur des instrument différents, versus l’orchestre composé de musiciens jouant tous du même instrument mais jouant des mélodies différentes… ;-)

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