N’y a-t-il rien à dire sur un Dieu inaccessible aux preuves de la science ?

Posté par Marc Fiquet
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Cet article veut répondre à un commentaire  posté ici (il y a un bon moment de la part de Rodolphe) à propos des investigations sur l’origine de l’univers.

La question est double et une des vocations du site Science et Foi est justement de tenter d’y apporter des réponses sinon convaincantes, pour le moins pertinentes… prenons donc le temps de revenir sur ces points qui nous paraissent fondamentaux :

 

  1. Dieu n’est pas démontrable au sens scientifique, nous ne trouvons donc pas à disposition d’arguments suffisamment objectifs pour que cette « notion » devienne décidable.
    « A partir de là, à quoi bon évoquer un sujet sur lequel il n’y a rien à dire ? »
    .
  2. Les progrès de la science semblent gommer peu à peu la nécessité de Dieu dans la Nature car tout finit par recevoir une explication rationnelle sans à avoir à se référer à une intervention divine miraculeuse. Du fait que l’investigation scientifique soit l’outil le plus approprié à la connaissance exacte des phénomènes naturels,
    « Pour quelle raison en irait-il différemment de l’étude de l’origine de notre Univers ? »

Ce premier article se limitera à répondre à la première question.

 

N’y a-t-il réellement rien à dire sur Dieu ?

Dans l’absolu, cette question ne parait pas avoir grand sens, tant l’histoire de l’humanité nous démontre à elle seule que c’est certainement le sujet de conversation dominant au fil des millénaires et que les questions existentielles qui habitent l’homme, même si elles semblent être peu à peu étouffées par le développement et les ambitions matérialistes du monde moderne, sont loin d’être éteintes.

N’est-ce pas alors cette dérive qui pourrait donner de la légitimité à cette question ?

Car une sorte de dualité fallacieuse semble s’être dressée entre les exigences du monde matériel et les questions spirituelles, d’où cette remarque bien connue autant polémiste dans sa tournure que dans l’attribution de sa paternité – — faites une recherche internet pour voir, en tapant le texte suivant :

 le XXIe siècle sera spirituel ou ne le sera pas

 

Les excès de la religion

Il faut reconnaitre que lorsque la religion s’est immiscée (ou s’immisce encore) sur le terrain de l’investigation scientifique et tentant d’expliquer les lois de la nature par le seul biais de la Bible, elle contribue à maintenir une confusion des genres qui explique de la part de certains scientifiques, le rejet parfois violent de toute trace religieuse et par analogie de Dieu.

Quelques grands scientifiques se seront essayés à certains amalgames pour tenter d’échapper à la pression religieuse souvent familiale (Monod, Hawking), d’autres dans une démarche plus honnête cherchent seulement à comprendre et expliquer les mécanismes du monde qui les entoure.

Nous convenons donc que le chercheur qui s’intéresse aux mécanismes de la physique et de la biologie doive faire abstraction de ses présupposés religieux (comme philosophiques ou antireligieux) qui pourraient constituer un obstacle à l’objectivité des faits.

La question de Dieu peut et doit en effet être écartée de la démarche scientifique, même si pour le croyant, les mécanismes naturels sont établis par Dieu.

En cela, le chrétien ne sera pas choqué et pourra même adhérer à la célèbre réplique de Laplace à Napoléon lui demandant pourquoi Dieu était absent de son livre de mécanique céleste  :

Mais sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse !

 

La démarche scientifique

Pour un rappel de la démarche scientifique, voir les excellents diaporamas de Roger Lefèbvre :

 

Si une science honnête doit être exercée en évacuant l’idée de Dieu (ou plus exactement l’idée qu’on se fait de Lui) il reste tout à fait évident que le débat reste ouvert sur le terrain philosophique ou existentiel, que la question posée est un non-sens car justement quand il est question de sens, comment ne pas évoquer l’existence de Dieu ?

Et de quel droit limiterions-nous le champ de la vérité à celui restrictif de ce qui reste accessible à nos sens, à la science ?

 

Le domaine de la foi

Dans le contexte qui nous intéresse, il s’agirait donc de reformuler la question : la science a-t-elle quelque chose à dire sur Dieu ?

On pourrait être prompt à répondre non !

Il est certain que de se résoudre à voir Dieu comme un objet de laboratoire qui répondrait à nos scénarios d’hypothèses / expériences irait à l’encontre même de la définition de la foi qui est définie dans la Bible par cette affirmation :

 La foi est une manière de posséder déjà ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités que l’on ne voit pas.
Hebreux 11 :1

 

L’ingérence et les dérives du scientisme

Un extrême venant souvent en chasser un autre, et selon l’effet bien connu du balancier, faisant écho aux dérives de la religion s’immisçant sur le terrain scientifique, nous assistons depuis les lumières et davantage encore, depuis peu avec l’avènement du nouvel athéisme, à une  science se déguisant en apôtre de la vérité philosophique pour tenter de démontrer que le hasard et la nécessité sont des palliatifs logiques et courageux aux explications triviales de la religion.

Astrophysique, neuroscience, biologie, certains scientifiques livrent parfois des conclusions philosophiques extrapolées des faits prétextant ainsi que la raison est toute puissante pour accéder à la vérité !

Il n’est en général pas très compliqué de faire la part des choses, en séparant les faits scientifiques desdites extrapolations philosophiques. Et pour être tout à fait clairvoyants, nous devons reconnaître que les préjugés religieux peuvent tordre la réalité des faits autant que les préjugés antireligieux peuvent considérablement atrophier notre accès à la vérité ou à la réalité ultime.

 

Le piège à éviter

Une dichotomie trop sévère entre la science d’un côté et la foi de l’autre, supprimerait tout point de jonction entre ces deux domaines.

L’homme est un être complexe dans un environnement qui l’est tout autant. Il reçoit donc en lui-même des faits et des données émanant de la science, et doit les confronter à ses aspirations philosophiques, morales, spirituelles…

Dans sa recherche de la vérité, le point d’inflexion entre les domaines scientifique et philosophique/religieux n’est pas toujours si simple à définir (sauf peut-être pour un certain légalisme religieux). Prenons une question telle que « Qu’est-ce que la vie ? » par exemple. Où s’arrête la science, où débute l’éthique ou la religion ?

Aux frontières de l’espace-temps, il semble que le débat soit tout aussi agité, c’est la 2ème question posée en introduction, nous y reviendrons dans un prochain article.

Prenant donc la mesure de la complexité que peut revêtir l’accès à la vérité du Monde avec un grand M, nous conviendrons comme l’illustre parfaitement cet article tiré des Questions du site que :

La foi informe la science et la science informe la foi.

Voir Quelle est la relation appropriée entre la science et la foi ?

 

Pour conclure

Dieu n’est pas démontrable sur le plan scientifique, soit ! Est-ce une raison valable pour le pas s’intéresser à son existence ?

Francis Collins témoigne dans son livre « De la génétique à Dieu » de quelle manière il s’aperçu que ses convictions athées ne reposaient en fait sur aucunes bases rationnelles solides. Ce généticien de renommée mondiale fut convaincu de l’existence de Dieu en questionnant des valeurs comme l’altruisme et l’existence d’une morale supérieure.

Si Dieu, comme il l’a été souligné n’est pas décidable au plan scientifique, il l’est au niveau de la conscience et de la foi et une démarche rationnelle peut tout à fait nous amener sur « son terrain ».

La Bible définit le chemin qui mène à Dieu en nous invitant à réfléchir à notre condition, à un dessein divin supérieur, à considérer l’oeuvre de rédemption accomplie par Dieu en Jésus-Christ. Elle offre des réponses aux questions existentielles qui nous habitent, le chemin est certes étroit mais bien visible. C’est donc bien humblement que j’oserai conclure avec cette interrogation :

Allons-nous persister à lui imposer nos définitions plutôt qu’à répondre à son invitation ?

Je laisse bien entendu le soin à chacun de répondre pour lui-même à cette question.

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9 Commentaires

  1. Avatar
    rodolphe (posta01) jeu 10 Juil 2014 Répondre

    Bonjour Marc,

    « Dans l’absolu, cette question (« n’y a-t-il rien à dire sur un Dieu « indécidable » » ) ne parait pas avoir grand sens, tant l’histoire de l’humanité nous démontre à elle seule que c’est certainement le sujet de conversation dominant au fil des millénaires »

    >> Personnellement, j’aurais plutôt contexté ma réponse par « en apparence » au lieu de « dans l’absolu ». En effet, la météo AUSSI est un sujet de conversation « dominant au fil des millénaires ». Pour autant, il n’a pourtant jamais fait progressé les techniques de prévision en la matière.

    « Une sorte de dualité fallacieuse semble s’être dressée entre les exigences du monde matériel et les questions spirituelles »

    >> Effectivement, le moindre intérêt de nos sociétés occidentales pour la spiritualité semble bien correspondre à une certaine réalité. Toutefois, et sans porter de jugement de valeurs, ce constat ne doit pas être envisagé sous la seule perspective théiste car les religions n’ont pas le monopole de la spiritualité. Par conséquent cette problématique ne doit pas être confondue avec la question initiale : « n’y a-t-il rien à dire sur un Dieu indécidable ? »

    Un peu plus loin dans l’article (Les pièges à éviter) on peut lire :
    « La foi informe la science et la science informe la foi. »

    >> Si j’adhère à la deuxième partie de cette symétrie (la science informe la foi), j’en conteste absolument la première partie pour la simple raison que la foi en tant que « confiance indécidable » n’a aucunement le statut de connaissance, même potentielle.

    Dans la conclusion :
    « Si Dieu, comme il l’a été souligné n’est pas décidable au plan scientifique, il l’est au niveau de la conscience et de la foi. »

    >> Dans ce cas, le Dieu chrétien n’a aucun monopole. Tous les dieux et toutes les divinités le sont également… De tous temps et toutes cultures confondues.
    Et dans ce cas, aura-t-on fait avancer le schmilblick ???

  2. Avatar Auteur
    Marc jeu 10 Juil 2014 Répondre

    Salut Rodolphe,

    Une des limites de ce qu’on pourrait nommer « la foi raisonnable » est qu’elle ne peut s’affranchir « du saut vers le haut » comme le souligne Denis Lamoureux dans son cours Science et Religion.
    voir ici : http://www.scienceetfoi.com/wp-content/_ajouts/DL12-categ/index.html

    Quand on passe de la physique à la métaphysique, rien ne nous oblige en effet à « atterrir » sur le Dieu des Chrétiens.
    Alors pourquoi Christ plutôt qu’un autre ? je compte bien y revenir plus tard comme promis à Yogi il y a qq temps déjà.

  3. Avatar
    rodolphe (posta01) jeu 10 Juil 2014 Répondre

    Bonsoir Marc,

    « la foi raisonnable »
    Voilà bien une expression qui m’échappe quelque peu.

    >> Et pourquoi pas une « certitude hasardeuse » ou encore une « connaissance irrationnelle » (je peux en trouver plein d’autres des comme ça)

     » Alors pourquoi Christ plutôt qu’un autre ? je compte bien y revenir plus tard comme promis à Yogi il y a qq temps déjà.  »

    >>Ca serait chic, en effet !

    A+

  4. Avatar
    rodolphe (posta01) ven 11 Juil 2014 Répondre

    Pour ceux que ça intéresse, un article incontournable du magasine La Recherche (Iliya Prigogine – 2000) Déjà !
    Qui nous explique la thermodynamique de la vie.
    Je n’y ai pas lu une fois le mot Dieu, ou projet divin. Non l’auteur nous invite plutôt à découvrir des concepts comme le second principe, le hasard, la nécessité, l’entropie, les structures dissipatives… Bonne lecture
    http://www.larecherche.fr/actualite/aussi/thermodynamique-vie-texte-integral-01-05-2000-71049

  5. Avatar Auteur
    Marc ven 11 Juil 2014 Répondre

    Nous aurons bientôt l’occasion de reparler du hasard sous la plume de Pascal Touzet le généticien de l’équipe Science a Foi. Ca permettra d’aller chahuter un peu Monod sur le terrain philosophique dans lequel beaucoup s’engouffrent sans trop de discernement ni de recul.

    Pour l’heure nous préparons notre départ pour Oxford.

    A très bientôt en live sur FB.

  6. Avatar
    rodolphe(posta01) lun 04 Août 2014 Répondre

    Je souhaiterais revenir sur cette
    partie de l’article « Le piege a eviter » (une dichotomie trop severe entre science et foi)
    « L’homme est un etre complexe
    (…) il recoit des faits et des donnees qu’il doit confronter a ses aspirations philosophiques morales et spirituelles. »
    La question « Qu’est-ce que la vie ? » est ainsi evoquee pour mettre en evidence cette problematique.
    Premierement, remarquons que meme en l’absence des dimensions philosophiques morales ou spirituelles, la definition scientifique du vivant pose probleme car plusieurs niveaux peuvent etre consideres (cellule, organisme) meme si la la cellule apparait comme l’entite minimale requise. Il y a aussi les virus qui pourraient etre qualifies de « a demi-vivant » si on considere leur mode de multiplication qui exige un hote.
    Ce simple constat minimise donc considerablenent l’idee de depart tendant a conferer aux dimensions philosophiques morales ou spirituelle un role dans la definition d’un phenomene qui doit avant tout etre apprecie dans le cadre d’un continuum.(presque vivant, a demi-vivant,

  7. Avatar
    rodolphe(posta01) lun 04 Août 2014 Répondre

    Les limites du vivant sont donc floues pour au moins 2 raisons:
    – les structures et processus de replication impliques (virus, cellule)
    – l’analyse d’echelle (ADN, cellule, organisme)
    Par exemple, et malgre leur nature non biologique, les flocons de neige AUSSI naissent, se multiplient et meurent !
    Ce n’est donc pas la DEFINITION de la vie qui doit etre recherchee a travers la philosophie, la morale ou la spiritualite mais la VALEUR que l’on confere a un niveau de complexite donnee.
    Voila la raison pour laquelle en definitive, la dichotomie est totale entre la science d’une part, la morale et la spiritualite d’autre part.

    • Avatar Auteur
      Marc lun 04 Août 2014 Répondre

      C’est ridicule Rodolphe, l’organisation même de notre société avec ses comités d’éthiques montre que les choses ne sont pas si simples même pour donner une définition.

      SI on se focalise ne serait-ce que sur l’homme, cela est valable tant sur le débat sur l’avortement par exemple que sur la fin de vie.
      Quand il est question de valeur on va s’intéresser à la conscience par exemple, à la dignité, Morale et science seront alors en interaction, c’est une des limites du NOMA.

  8. Avatar
    rodolphe(posta01) lun 04 Août 2014 Répondre

    Je n’ai jamais pretendu qu’il n’existait pas d’interaction entre
    science et morale, je dis simplement que cette interaction est une construction humaine !
    Si par exemple la science nous permet d’exploiter la puissance de l’atome elle ne nous dit pas comment l’utiliser.
    « E = MC2 » ne formalise aucune consequences philosophiques ou morales a partir des termes mis en relation.
    On peut affirmer la meme chose s’agissant du niveau de developpement d’un foetus si ce n’est que dans ce dernier cas on n’evoque pas une formule de physique mais un continuum de vie allant de la premiere cellule constitutive d’un organisme a un individu a part entiere !
    Quant a la conscience, la morale ou la spiritualite, ce sont les outils qui nous permettent de juger ce qui nous semble acceptable ou non.
    Le NOMA de Gould ne dit pas autre chose !
    Les categories n’interagissent pas entre elles mais a travers notre conscience.

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