Noé et le déluge: éléments de solution (2/3)

Posté par Benoit Hébert

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Avec le récit des origines de l’humanité, le déluge de Noé est certainement l’histoire biblique la plus énigmatique pour le lecteur du 21ème siècle. Surtout, ce récit est l’enjeu d’une véritable controverse entre les partisans d’une lecture biblique littérale, et ceux (chrétiens ou non)  qui souhaiteraient prendre en compte les données de l’archéologie et de la géologie.

Une chose est sûre. Le récit biblique relatant un déluge universel est en contradiction avec les données de la science, auxquelles d’ailleurs de nombreux chrétiens ont participé. Dans le cours universitaire de Denis Lamoureux sur le sujet que malheureusement nous n’aurons pas le temps de traduire tout de suite, nous voyons que l’histoire de la géologie au 19ème siècle a largement tournée autour de l’interprétation de ce texte, et que les géologues qui ont petit à petit pris conscience de l’invraisemblance d’un déluge universel étaient très souvent des chrétiens convaincus…

Heureusement, des théologiens et des scientifiques ont fait la synthèse des données bibliques, archéologiques, géologiques aujourd’hui disponibles. La réponse ne correspond peut-être pas à ce que beaucoup attendent, mais avec de la réflexion et du temps, elle est finalement l’issue logique de ce débat qui fait dialoguer la Bible et l’œuvre de Dieu: la nature.

Je précise à nouveau que cette façon de concevoir le texte biblique paraîtra anti-intuitive pour beaucoup de chrétiens. Il ne s’agit pas de remettre l’inspiration des Ecritures en cause, mais plutôt de respecter la façon dont il a plu à Dieu de communiquer avec l’homme dans l’histoire. Par ailleurs, s’il s’agit d’une nouveauté pour beaucoup, ces explications sont en réalité largement admises et  devenues banales pour les spécialistes. Je n’invente pas le fil à couper le beurre!

 

La solution

 

La résolution de ce casse tête tient en un mot : il faut replacer ce récit dans son contexte culturel et historique.

Les chapitres 1 à 11 de la Genèse présentent une structure, un fonctionnement et une origine anciennes de l’univers et de la vie. Nous savons aujourd’hui comment les peuples anciens du Proche Orient voyaient le monde, y compris les hébreux, le peuple élu de Dieu. Certains chrétiens seront peut-être étonnés, mais on trouve cette construction du cosmos dans la Bible.

  • Comprendre que les peuples du Proche Orient ancien avaient aussi leurs récits de « Noé », qu’ils s’appellent l’épopée de Atrahasis ou de  Gilgamesh.

Ces récits antérieurs au récit biblique, découverts et déchiffrés par les archéologues au 19ème siècle présentent d’étranges similitudes dans les détails avec le récit biblique, ce qui n’a pas manqué de troubler beaucoup de croyants. Comme l’explique très bien ce professeur catholique dans la vidéo de l’introduction à cette série, le point important est que le récit biblique comporte des similitudes, mais aussi de grandes différences sur la nature des motivations de Dieu à provoquer le déluge, par opposition aux dieux babyloniens…Ces différences contiennent la vision d’un Dieu qui ne supporte pas le mal et non capricieux ou arbitraire, et c’est là que réside le message spirituel valable pour nous aujourd’hui.

Atrahasis et le déluge biblique, Gilgamesh et le déluge biblique

Une étude attentive du texte original nous montre que le récit du déluge est en réalité constitué de deux récits emboîtés, provenant de deux sources différentes appelées sacerdotale (P) et Yawhiste (J). Ceci se retrouve dans les 11 premiers chapitres de la Genèse.

Extrait du dernier article concernant la structure poétique en chiasme du récit

« Le Saint-Esprit n’a pas seulement inspiré le rédacteur du récit biblique de la Genèse d’intégrer les récits yavhiste (J) et sacerdotal (P), mais il a aussi utilisé un schéma poétique : un chiasme en Genèse 6-9. Cette technique littéraire ancienne apparaît souvent dans l’Ancien Testament. Elle est faite de deux parties : la première moitié est une image dans un miroir de la seconde, produisant ainsi une séquence inversée des idées et des mots.

 

A Noé et ses Fils Sem, Cham et Japhet (6 :9-10)

B         Promesse du déluge et d’établir une alliance (12-18)

C                     Réserve de nourriture et des espèces vivantes (19-22)

D                                Ordre d’entrer dans l’arche (7 :1-3)

E                                             7 jours : attente du déluge (4-10)

F                                                         40 jours : l’eau monte et l’arche flotte (11-17)

G                                                                    150 jours : les eaux montent (18-24)

CENTRE                                                                 Dieu se souvient de Noé (8 :1)

G’                                                                  150 jours : les eaux cessent de tomber (2-5)

F’                                                       40 jours : l’eau se retire et l’arche s’échoue (4-6)

E’                                           7 jours : attente que la terre sèche (7-14)

D’                               Ordre de quitter l’arche (15-22)

C’                    Multiplication de la nourriture et de la vie (9 :1-7)

B’        Promesse de ne pas envoyer un nouveau déluge (8-17)

A’ Noé et ses Fils Sem, Cham et Japhet (18-19)

 

Ce qui frappe tout particulièrement dans ce chiasme, c’est l’utilisation symbolique des nombres de jours 7, 40 et 150. Le but du chiasme est de faire porter l’attention en son centre et sur le point central. Ici, Genèse 8 :1 souligne le message de foi suivant : « Dieu se souvient de Noé », dans sa colère, alors qu’Il juge l’humanité.

L’étude attentive du récit du déluge, la présence de deux sources et le cadre poétique de Genèse 6-9 vont à l’encontre de l’interprétation traditionnelle de ce déluge comme de l’histoire littérale. Les récits d’activité humaine ne contiennent pas de problèmes chronologiques et ne sont pas en conflits l’un avec l’autre. L’histoire réelle ne contient pas non plus de structure en chiasme. Le récit biblique du déluge lui-même nous montre l’échec du concordisme historique. »

« Comment pouvons-nous croire dans les enseignements théologiques et moraux de ce récit si nous rejetons son caractère historique puisque les leçons sont basées sur la supposition que le récit correspond à des faits historiques ?

La réponse est que nous lisons par-dessus l’épaule des Israélites auxquels ce récit s’adressait. Ils croyaient qu’il s’agissait de faits. C’était une croyance naïve, mais ils n’avaient aucune raison de remettre en doute l’historicité du récit. Nous devons nous rappeler que leur compréhension du monde était celle d’un petit enfant. Comme l’a dit le théologien conservateur Charles Hodge du Princeton Seminary, ils croyaient que le ciel était solide, que la terre était plate, et que le soleil traversait littéralement le ciel. Tout comme pour un déluge anthropologiquement universel, les mésopotamiens du second millénaire avant J.C. croyaient qu’il s’agissait d’un fait historique important, et cette tradition s’est très probablement transmise aux Israélites au travers des patriarches mésopotamiens, en commençant avec Abraham. »

 

Conclusion

« Il faut reconnaître que les récits bibliques doivent énormément aux récits mésopotamiens. Sur différents points, les équivalences entre les récits sont surprenantes: de part et d’autre, il est question d’une arche, d’une inondation, du salut d’une seule famille, de l’envoi d’oiseaux à la fin du déluge et d’une sacrifice final. Le « modèle » du récit biblique est donc, selon toute probabilité, un récit mésopotamien ou une tradition mésopotamienne, et non l’exact compte rendu d’une expérience vécue. Nous sommes donc à nouveau assez loin d’un « récit historique » au sens moderne du terme. par ailleurs, le récit biblique contient une profonde réflexion théologique. » (JL Ska p. 29)

 

Je sais que cette façon de comprendre le récit biblique n’est pas habituelle chez les évangéliques, et que cela suscite légitimement des objections et interrogations, en particulier en ce qui concerne le Nouveau Testament. Jesus lui même n’a-t-il pas fait mention du déluge de Noé comme universel? Et Pierre? Ne retrouve-t-on pas des récits analogues sur le globe, chez d’autres peuples?… Tout cela fera l’objet d’un troisième article.

 


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1 Commentaire

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    Mariel jeu 02 Mai 2019 Répondre

    Hello bonjour à vous,
    Que Dieu vous bénisse. Puis-je faire un peu d’ironie et répondre en partie:
    1
    Il y a deux textes imbriqués, un Yaviste, l’autre Elohiste : lequel des deux est inspiré ? Comme chrétien vous allez répondre, – les deux ! C’est ce que je crois. La différence entre vous et moi, c’est que je ne crois pas que Dieu perde son temps à écrire des romans. Quelle preuve avez-vous que le sens spirituel d’un Texte inspiré soit forcément le signe qu’il n’a pas de consistance historique ? L’un empêche t-il l’autre ?
    Croyez-vous oui ou non à la résurrection des morts ? C’est bien un domaine où la science vous dira non !
    Il y a deux textes imbriqués, ce serait une preuve que le déluge n’a pas existé ? Mais où est le rapport ?
    2
    Il y a plusieurs récits du déluge, plusieurs récits polythéistes, plus anciens que le récit monothéiste, selon la science archéologique (récits sur tablettes d’argiles) vs récit biblique sur manuscrits . Ce serait une preuve que le récit biblique est donc copié sur des textes plus anciens ! Mon cher ami, la science d’aujourd’hui sera l’ignorance dans notre avenir, comme la science d’autrefois est l’ignorance d’aujourd’hui.
    Pour prouver qu’un des récits est antérieur aux autres encore faudrait-il trouver les originaux. Avez-vous les originaux en main ? Non ? Aucun original ? Alors vos allégations sont juste de l’encre. Les récits babyloniens sont-ils inspirés et garantis par le Seigneur ? Ne serais-ce pas plutôt le récit biblique dans la thora au sujet duquel Jésus a parlé, qui est inspiré ? Or que croyait Jésus ? Que croyaient les apôtres ? La moindre des choses est de croire ce qu’ils croyaient, et de croire comme ils croient.
    3
    Si plusieurs récits d’origines géographiques diverses militent plutôt en faveur d’un même évènement universel, il semble que cela n’ôte en rien la probabilité historique du récit biblique, bien au contraire.
    4
    Ensuite je veux rappeler que ce n’est pas le polythéisme qui a précédé le monothéisme, mais le contraire, le monothéisme a précédé le polythéisme :
    Actes 17:26  » … Il a fait que tous les hommes, sortis d’un seul sang, habitassent sur toute la surface de la terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure ;… » lire avec le contexte.
    Gen 1,1 Au commencement Elohim créa (bara en hébreu) … les cieux et la terre.
    Gen 1,26 Puis Elohim dit : faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine …
    v27 Dieu créa (bara) l’homme à son image, il le créa (bara) à l’image de Dieu, il créa (bara) l’homme et la femme. (Lire texte et contexte) =3 xfois « BARA » !
    Esaïe 42:5 Ainsi parle Dieu, l’Eternel, Qui a créé les cieux et qui les a déployés, Qui a étendu la terre et ses productions, Qui a donné la respiration à ceux qui la peuplent, Et le souffle à ceux qui y marchent.
    Ainsi, de même que Dieu a CREE, bara, l’univers en le faisant venir à l’existence, de même il a créé le monde mineral inerte, avant de creer (bara) la vie, le monde végétal et le monde animal. De même – bara toujours – il a créé l’humain, et lui, il l’a créé « à son image, selon sa ressemblance », pour garder les termes employés.
    Ceux qui ont vécu la chute, connaissaient Dieu, les générations suivantes ne l’ont plus connu parce qu’ils ne l’invoquaient plus. La lignée (les descendants de Seth) des patriarches antédiluviens l’invoquaient, Les descendants de Caïn l’invoquaient-il ? Là on peut douter. Toujours est-il que :
    Genèse 6:11 La terre était corrompue devant Dieu, la terre était pleine de violence.
    Genèse 6:13 Alors Dieu dit à Noé : La fin de toute chair est arrêtée par devers moi ; car ils ont rempli la terre de violence ; voici, je vais les détruire avec la terre.
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    Mais je me pose aussi la question, en quoi le procédé littéraire – inspiré aussi, puisque constitutif du Texte – que l’on appelle chiasme, serait-il une preuve contraire à sa réalité ? Quelque chose est-il impossible à Dieu ? 7 jours, 40 jours, 150 jours avant et après le point d’orgue du déluge sont-ils impossibles à Dieu ? Dieu n’a t-il pas fait les choses pour que l’impie se trouve libre d’avoir de « bonnes » raisons de ne pas croire ? Mais si ! :-) Dieu a fait les choses de façon à ce que le monde matériel soit la matrice de la liberté humaine. Dans le jardin d’Eden, Dieu a laissé le tentateur entrer, celui par lequel le doute éclos d’un mensonge, et nous l’avons écouté.
    Le mensonge a fait place au doute au sujet de ce que Dieu a dit, et le doute a fait mentir Dieu.
    Au contraire, je persiste et signe à croire à l’inérrance du Texte inspiré, puisque le NT en parle, Jésus en parle dans Matthieu (2 xfois, cherchez), Jésus en parle dans Luc (2 xfois, cherchez), Luc en parle (1 xfois ref Luc 3,36), Pierre en parle (2 xfois ref. 1Pi 3,20 ; 2 Pi 2,5), Hébreu 11 en parle. Le Livre d’Hénoc en parle, et Jude fait allusion à l’épisode des anges qui se sont unis aux filles des hommes, donnant une race dont l’ADN a été changé. Est-ce que ce fut là une des motivations qui résolu Dieu à détruire la terre par le déluge : sa promesse d’un salut était-elle compromise par la possibilité d’une propagation de cet ADN non souhaité à toute la terre ?
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    Est-ce que les scientifiques d’aujourd’hui invoquent le Dieu premier scientifique, le premier des mathématiciens ? Est-ce une de leur préoccupation seulement, je pose la question. Rares sont ceux qui lui réservent une place comme hypothèse ou postulat de départ : que diriez-vous d’un dé où il manque le premier point ?
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    Ignorez-vous les explorations de l’Arche – puisque vous parlez d’archéologie – qui se trouve à 4000m sur un des pics du mont Ararat ? N’avez-vous jamais rien lu là dessus les récits de certains explorateurs ?. Mais plus basiquement n’arrivez-vous pas à la conclusion que nous sommes réellement arrivé à cette époque ou Jésus revient – soudainement – non pas comme le « petit Jésus » – oh qu’il est mignon ! – mais comme le juste Juge de toute la terre ? Etes-vous prêt ? L’attendez-vous ? Ce qu’il a dit est-il douteux ? Jésus n’a t-il pas validé – en Matt 24,15 – le Livre de Daniel?
    Dan 2,44 Dans le temps de ces rois, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et qui ne passera point sous la domination d’un autre peuple ; il brisera et anéantira tous ces royaumes-là, et lui-même subsistera éternellement. 45 C’est ce qu’indique la pierre que tu as vue se détacher de la montagne sans le secours d’aucune main, et qui a brisé le fer, l’airain, l’argile, l’argent et l’or. Le grand Dieu a fait connaître au roi ce qui doit arriver après cela.
    CE QUI DOIT ARRIVER, oui car après viendra la PAIX, quand Christ règnera, toute la terre sera en paix.
    Dan 2,46 – Le songe est véritable, et son explication est certaine.
    VERITABLE, CERTAINE

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