Les « nouveaux » rapports entre Bible et histoire (6)


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J’ai expliqué dans plusieurs articles pourquoi je ne peux plus considérer aujourd’hui que la Bible« historiquement vraie au sens moderne du terme » à 100% parce qu’elle est inspirée par le Saint Esprit. Cela ne signifie absolument pas que les Ecritures perdent leur validité ou leur inspiration. Elles continuent pleinement de remplir le rôle que Dieu a voulu leur donner.

“Car toute l’Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser et apprendre à mener une vie conforme à la volonté de Dieu.” (2 Timothée 3:16 Sem)

Quelle attitude adopter pour le croyant au XXIème siècle en ce qui concerne les rapports Bible et histoire, et en particulier l’AT

Je citerai quelques théologiens pour guider notre réflexion.

« L’enjeu pour l’historien est de savoir dans quelle mesure il peut ou non faire confiance au texte biblique qui constitue, quoi qu’on en pense, la source ancienne de loin la plus développée dont il dispose concernant l’histoire d’Israël. Dans la discussion contemporaine, les historiens d’Israël sont tiraillés entre une position radicalement minimaliste qui considère que le texte biblique ne rend compte d’évènements historiques que lorsqu’il est corrélé à des sources extra-bibliques fiables et une position maximaliste qui, au contraire estime qu’il faut considérer que la Bible reflète toujours des faits historiques à moins qu’elle ne soit contredite par les données archéologiques épigraphiques. Comme nous le verrons…, l’analyse critique des textes bibliques et la date de leur rédaction joue un rôle majeur dans la confiance qu’on peut ou non leur faire au plan historique. » Jean Daniel Macchi, Introduction à l’AT (Labor et Fides), p 55.

 

Cette description des présupposés de chacun quant aux rapports Bible/historicité me rappelle une discussion récente sur ce blog avec George Daras dans laquelle j’évoquais une conception de l’ »historique par défaut » qui s’identifie assez bien avec la deuxième position évoquée ci-dessus.La Bible étant considérée comme « historique par défaut jusqu’à preuve irréfutable du contraire ». Je ne suis pas historien, mais je me dis qu’il doit quelque part exister un juste milieu entre ces deux attitudes extrêmes.

J’ai l’impression que c’est la voie choisie par J.L Ska :

« Comme il se doit, une position équilibrée évite les extrêmes…Les positions trop tranchées ou trop poussées ne résistent généralement pas longtemps à la critique. Il est donc nécessaire de trouver une « voie moyenne ». » Les énigmes du passé

 

Remettre en avant la vocation véritable des textes.

 

Ceux qui défendent le caractère « 100% historique » des récits bibliques le font apparemment pour des motifs louables : défendre l’inspiration et l’autorité du texte. Pourtant, est-il possible de considérer que Dieu nous parle au travers d’un texte qui ne réponde pas aux critères modernes d’historiographie ?

 

« Les récits bibliques…ne visent pas tant à l’exactitude de la chronique fidèle et détaillée, ils cherchent plutôt -et en premier lieu- à transmettre un message existentiel à propos des événements qu’ils décrivent. En clair, ils veulent « former » plus « qu’informer ». La « signification » de l’événement raconté est plus important que le « fait à l’état brut », pour autant qu’il existe dans notre monde humain des « faits à l’état brut ». Le rapport des textes bibliques avec la « réalité » est complexe, certainement plus complexe que le rapport entre un reportage télévisé et un fait d’actualité. » JL Ska.

 

C’est aussi l’avis de Jean Daniel Macchi

 

« Les textes qui composent la Bible hébraïque ont souvent l’apparence de comptes-rendus historiques. En effet, par des indications généalogiques, la notation des années de règnes et la datation relative d’événements, la Bible présente un système chronologique relativement cohérent sur lequel il serait possible de plaquer des dates absolues…

Pour bien comprendre les problématiques liées à l’histoire de l’Israël ancien, mais aussi pour faire droit à la nature même du texte biblique, il convient de souligner que le schéma historiographique qui vient d’être décrit est véhiculé par une littérature produite dès la fin de l’époque de la monarchie, puis durant l’exil et les périodes perses et hellénistique. L’historiographie biblique est donc, dans une large mesure, construite bien après les événements qu’elle relate. En outre, ces textes n’ont pas été rédigés dans le but de rendre compte de « ce qui s’est réellement passé », mais afin de délivrer un message de nature théologique sur la relation de Dieu avec le monde, l’humanité et son peuple. »

 

Ce point me parait crucial et c’est là une différence fondamentale entre les écrits de l’AT et du NT.

 

Comme le dit si bien John Walton, « la Bible a été écrite pour nous, mais elle n’a pas été écrite d’abord à nous ».

 

« Quelle est, dès lors, la vraie différence entre l’histoire comme nous la comprenons aujourd’hui et les récits bibliques ? Partons d’une définition assez simple : l’histoire, ou la science historique appelée historiographie, est basée sur des documents et des témoins…

Les témoins sont, pour leur part, des témoins oculaires, c’est-à-dire des personnes qui ont assisté aux événements. Il peut également s’agir de personnes qui ont recueilli les témoignages des témoins oculaires. Quoi qu’il en soit, à la base du témoignage il importe qu’il y ait un témoin direct. C’est pour cette raison que l’histoire s’occupe uniquement d’événements publics et non d’événements privés. La prière ou la réflexion d’une personne seule dans sa chambre ne fait pas partie de l’histoire, car, forcément, il n’y a pas de témoins. Et lorsqu’il n’y a pas de témoins, l’historien se tait.

Dans la Bible, par contre, le lecteur rencontre souvent des récits qui ne correspondent pas exactement à cette définition d’ »historiographie ». En général, le lecteur ne réagit pas, car les textes sont très connus et quasiment personne ne se pose de questions critiques à leur sujet. » JL Ska

 

JL Ska poursuit sa réflexion en donnant des exemples qui m’ont donnés à réfléchir

 

A suivre…


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