Le théisme « ouvert »


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Introduction

Merci à Bruno pour cette série d’articles sur les rapports entre contingence, libre-arbitre, déterminisme et action de Dieu.  Bruno nous explique ici en quelques mots ce qu’est le « théisme ouvert ». Je rappelle qu’il ne s’agit pas pour notre association Science et Foi de prendre parti en faveur du « théisme ouvert » (nos croyances fondamentales sont résumées dans la rubrique « ce que nous croyons« , et les différents membres de l’association peuvent avoir des opinions différentes) , mais de prendre connaissance de ce que c’est, et de laisser chacun se faire un avis. N’hésitez donc pas à exprimer des opinions divergentes sur ce sujet. Les réactions de qualité à propos du « théisme calviniste » ont, je l’espère, permis à plusieurs d’y voir plus clair à propos des enjeux et des difficultés soulevés par ces questions. (Benoit Hébert)

 

 Pourquoi le modèle du théisme ouvert ? (Bruno Synnott)

Nous sommes maintenant rendus à explorer une troisième voie dans le théisme évangélique, une voie présente depuis une vingtaine d’année appelée « théisme ouvert » (voir l’introduction de la série). Nous avons vu dans le dernier post que le théisme « arminien » reprend et adapte les éléments du théisme « calviniste » au profit – nous semble-t-il – d’une plus grande liberté humaine et d’une plus grande sensibilité divine interagissant avec l’homme. Or selon le théisme « ouvert », des nuances supplémentaires s’imposent; il faut pousser à sa limite cette théologie qui accepte pleinement la contingence et la liberté à la fois de Dieu et de l’homme.

Tout comme le théisme arminien (voir l’article précédent), le théisme « ouvert » reconnaît la possibilité que Dieu puisse changer ses plans en cours de route, répondant au libre-choix des humains[1]. Mais pour le théisme ouvert un pas de plus est franchi : Dieu ne connaîtrait pas entièrement le futur puisque ce dernier, en devenir, n’existerait pas encore. Plutôt, Dieu édicterait les règles générales et la structure dans lesquels toutes créatures évoluent. Dans ce cadre, il interagirait avec l’humain et prendrait des risques, rendant l’humain capable, par sa grâce prévenante, de répondre librement – ou non – à son invitation à faire sa volonté. On peut parler d’un théisme « néo-arminien »..

 

 Les prophéties

Les prophéties sont un argument classique pour montrer que Dieu connaît d’avance le futur. Comment le théisme ouvert comprend t-il les prophéties si le futur n’est pas entièrement connu ?

Réponse: Non pas comme des prédictions inévitables, mais comme des appels au changement[2]. Un exemple de cela se trouve dans les prophéties de jugement d’Amos, dans lesquels le prophète est non seulement chargé d’annoncer les jugements de Dieu, mais aussi de prier et d’intercéder en faveur du peuple (voir Amos 7. 1-3). Le but n’étant pas la destruction arrêté et fixé d’avance du peuple, mais sa repentance. Ainsi, même malgré ses annonces de jugements futurs, Dieu accorderait à son peuple le pouvoir, soutenu par la grâce, de changer sa destinée. En réaction à la liberté humaine, Dieu pourrait à tout moment changer ses plans en fonction de la réponse de son peuple, faisant de la prière et de la repentance un réel agent de changement.

Oui, mais qu’en est-il des prophéties messianiques ; Dieu n’a-t-il pas prévu exactement à l’avance ce qui adviendrait de Jésus-Christ ?

Réponse: Dans ce cas, les prophéties messianiques pourraient se comprendre non pas comme venant d’un Dieu qui « pilote toute chose » en direction d’un futur déjà prédéterminé. Mais comme provenant d’un Dieu qui montre sa toute-puissance en annonçant des événements voulues qui se réaliseraient  dans le cadre d’une contingence et d’une liberté réelle. Cela rend encore plus admiratif de la toute-puissance divine ! (C’est la position de J. Sanders qui dit en gros dans The God who Risks, que les prophéties messianiques font moins appel à une prescience plutôt qu’à sa volonté: Il dit:  » But this (the messianic predictions) does not require exhaustive foreknowledge of all future contingencies. Rather, it requires the ability to bring about what you said you would do, and God has such power »[4].

Le théisme « ouvert » va ÉGALEMENT plus loin que le théisme « arminien » en questionnant ses notions traditionnels de prescience et de temps et d’omnipotence.

 Le temps :

La façon traditionnelle de concevoir le temps ressemble à un bloc monolithique spacio-temporel créé par Dieu, que Dieu peut cerner de toute part. Or la science moderne montre que le temps est plutôt un continuum ou une succession, c’est-à-dire un « processus qui se déroule en continu dans un monde en « vrai devenir ».  « The continuous unfolding process of a world of true becoming » disait John Polkinghorne, un théiste « ouvert » à propos de sa notion du temps).

Augustin dans ses Confessions demandent à Dieu de lui expliquer la nature du temps (livre 6, ch 23-24). Augustin comprend que pour Dieu le temps ne se limite pas au mouvement des corps. Il saisit que le temps, pour Dieu, est toujours au présent et qu’en étant unis à Dieu notre conscience du temps change radicalement. Ainsi le temps et l’espace (l’espace/temps) créé serait un « toujours présent » pour Dieu, comme un bloc intemporel qu’il peut saisir entièrement (6,31) puisqu’au-dessus du temps.

Cette nature du temps (en bloc) est contesté par le théisme ouvert. Le temps se conçoit comme un processus en devenir, quelque chose de dynamique, et non un bloc figé depuis l’éternité. Dans cet optique, le théisme ouvert questionne :

  1. Le caractère « intemporel » de Dieu qui, de sa position élevée, verrait parfaitement le passé, le présent et le futur.
  2. La prescience divine. Comment Dieu pourrait-il avoir une prescience complète et arrêtée du futur alors qu’il n’est pas encore une réalité ontologique, et n’est pas encore quelque chose qui existe ?

 

 La prescience :

Arminius, dans la foulée du molinisme, croyait que Dieu connaissait à l’avance l’issue de toutes choses, mais sans toutefois les déterminer. Il y a quelque chose d’important à souligner ici. Nous avons déjà vu qu’Arminius croyait que la foi des élus, connue à l’avance, précédait leur prédestination. Il croyait que la prescience divine ne brimait en rien la contingence et qu’elle était parfaitement incompatible avec le libre-arbitre[3].

Dans le théisme « ouvert », Dieu est omniscient dans un sens différent. On ne dit pas que Dieu a une connaissance « limitée » du futur, ou qu’il ne serait pas Tout-Puissant à connaitre le futur. Mais puisque que Dieu choisit de respecter un monde qu’il veut réellement libre et contingent, il auto-limite sa connaissance. Il est omniscient au sens qu’il connait tout ce qui peut être connu. Si ce futur n’existe pas, et qu’il n’est pas encore réel, alors il ne fait donc pas partie des choses connaissables. Ne pas connaître ce qui n’existe pas n’est pas une limitation en Dieu. 

Pour le théisme ouvert, connaître parfaitement le futur d’une façon complète ne signifierait-il, en fin de compte, que tout est déjà arrêté et déterminé ? Quelles sont les alternatives alors si le futur ne peut être entièrement connu – étant contingent et en devenir – ?

Réponse: Dieu aurait le pouvoir d’anticiper les futurs contingents possibles et donc de n’être jamais surpris ou pris au dépourvu.

L’omnipotence divine

De même, on dira de Dieu qu’il est omnipotent (ou Tout-puissant) dans les limites de ce qu’il décide de faire. Dieu pourrait-il, par exemple, créer une roche qu’il ne pourrait pas soulever, et ce faisant contredire sa toute-puissance ? J’imagine que cela ne fait pas partie de ce qu’il veut faire; pourquoi le ferait-il et pourquoi le voudrait-il ? En créant un monde où la contingence et la liberté existe indépendamment de Dieu (incompatibilisme), Dieu pourrait avoir librement renoncé à exercer une micro-gestion de tout ce qui existe. Son auto-limitation ne serait pas de nature, elle serait librement décrétée.

Un autre argument contre l’idée d’un Dieu « intemporel » irait comme suit : comment un être intemporel pourrait-il interagir avec des humains vivant dans un cadre spatio-temporel, sans être lui-même participant de ce cadre? Selon le principe des la communication des attributs, Dieu a parfaitement expérimenté la réalité terrestre et temporel dans la personne de Jésus.  Dans le même ordre d’idée, suivant la doctrine de la kénose (Philippiens 2) ou auto-limitation de Dieu, on pourrait penser que Dieu décide de vivre dans le monde temporel de manière temporelle, comme il a vécu avant la fondation du monde dans le monde intemporel de manière intemporel. Le théisme ouvert conçoit Dieu entrant et expérimentant volontairement le temps qu’il a créé.

 

 Comment le théisme ouvert répond t-il au dilemme du départ ?

Dieu est omniscient et Tout-puissant. Or il décide volontairement de limiter 1/son omnipotence pour permettre une réelle contingence, et 2/ son omniscience pour que le futur soit réellement « ouvert » selon les choix de l’homme. Si Dieu le décide ainsi, c’est à cause de son amour. C’est par amour qu’il choisit d’auto-limiter sa Toute-puissance et son omniscience pour laisser une authentique liberté aux humains. Le théisme « ouvert » invite à délaisser l’idée d’un Dieu « parfait » au sens de la philosophie grecque : intemporel, impassible et immuable etc. Oui, Dieu a pu vivre l’omniscience et l’omnipotence dans le monde intemporel. Mais il choisit maintenant volontairement de s’adapter à sa création dans le monde temporel.

Avec quelle vision de Dieu le théisme ouvert nous laisse-t-il donc ? La solution proposée par John Sanders dans son livre The God who risks est appelé l’omniscience dynamique :

Dieu connaît tout le passé, le présent et le futur potentiel. Il anticipe tout ce qui peut arriver de contingent, selon le libre-choix des humains. Il est donc Tout-Puissant dans les limites qu’il donne à sa Toute-Puissance. Il est omniscient dans les limites de ce qui existe (le futur n’est pas encore réel).

Mais l’essentiel n’est peut-être pas encore dit. Cette auto-limitation ou kénose s’enracinerait dans l’amour de Dieu, essence principale de Dieu. Dans le prochain post à venir, nous réfléchirons aux implications de parler d’une essence principale en Dieu – l’amour –  duquel tous les autres attributs pourrait découler.

 

Notes


[1] 2 Rois 20; Ge 6,6; Ex 32, Am 7.4ss;

[2] Nous vous recommandons chaudement un livre : Osée, c’est osé! (2013) écrit par Marc Paré aux Éditions Mennonites

[3] Contrairement au théisme traditionnel, c’est une prescience non-coercitive.

[4] John Sanders, The God who Risks (2007), InterVarsity Press, p. 134


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24 Commentaires

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    Benoit Hébert jeu 09 Oct 2014 Répondre

    Bonjour Bruno,

    Bien qu’en ayant entendu vaguement parler, j’ignorais avant de te lire ce qu’est le « théisme ouvert ».

    De culture plutôt « arminienne », c’est à dire croyant dans l’authenticité du libre arbitre de l’homme sur des bases bibliques, je suis a priori « ouvert » sur la question.

    Le concept d’une contingence et d’un futur indéterminé raisonne avec l’expérience humaine et aussi avec une certaine vision de la nature et de l’Histoire.

    Je reste pourtant assez septique sur certaines conclusions.

    Autant en matière d’interprétation biblique concernant la nature, nous pouvons interroger celle-ci pour faire dialoguer le texte biblique avec les découvertes scientifiques, et choisir entre plusieurs interprétations celle qui semble être en accord avec la création, autant en ce qui concerne la nature et les attributs de Dieu, il me semble que seule la Bible est capable de nous les révéler.

    Sur quelle bases bibliques les théologiens qui ont adopté le « théisme ouvert » s’appuient-ils, en particulier en ce qui concerne le concept d' »auto-limitation » de Dieu (« kénose »)?

    Tu cites l’exemple des prophéties, appels au changement, et les difficultés des prophéties messianiques, mais qu’en est-il des prophéties qui décrivent précisément des événements à venir? Joseph et la famine en Egypte, celle de Jérusalem prédite dans les Actes, et les prophéties qui prédisent à l’avance le comportement de certaines personnes ou de certains événements (la destruction du temple de Jérusalem, les circonstances du retour de Jésus…). La venue même du Christ prévue de toute éternité…

    La définition de l’omniscience divine semble tellement changée qu’on se demande s’il convient encore de la qualifier d’omniscience…n’est-ce pas trop « humaniser » Dieu?

    J’imagine que les objections que je soulève ont reçu des éléments de réponse par les « partisans » du théisme ouvert.

    • Avatar Auteur
      Bruno Synnott sam 11 Oct 2014 Répondre

      Bonjour Benoît,

      Je répond ici à la première partie de ta question concernant le théisme ouvert et la question de « l’auto-limitation »

      En abordant la question du théisme ouvert, il reste évidemment plusieurs éléments importants auxquels il faut réfléchir et évaluer. Une de celle-ci concerne l’idée d’auto-limitation divine qui renvoie à la notion biblique de « kénose » (Ph 2.6-7) qui signifie « se vider de, se dessaisir ».

      « Philippiens 2, 6 : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit (εκένωσεν) lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! »

      Dans l’idée de la kénose du passage précédent, on voit le Fils de Dieu se dessaisir de sa toute-puissance divine pour entrer dans une vraie humanité (hormis le péché, 2 Co 5.21) et une vraie relation avec l’homme.

      Le théisme ouvert élargie ce principe pour tenter de comprendre l’activité de Dieu dans le monde; comment comprendre l’action d’un Dieu « séparé du monde » mais « agissant dans le monde » ?

      Une tendances lourdes chez les théologiens évangéliques préoccupés par la « chose scientifique » (tel que Polkinghorne, Barbour) est de reconnaître dans la création divine un acte « kénotique » (« divine kenosis » dit Polkinghorne) impliquant une auto-limitation de son omniscience et de son omnipotence. Celle-ci ne serait aucunement imposée à Dieu de l’extérieur par la nature créée. Elle serait librement voulue par Dieu (freely internally accepted) du fait que, par amour, Dieu a voulu créer un monde réellement contingent.

      Je fais une parenthèse sur la notion de contingence. La contingence s’oppose à la nécessité, comme le hasard s’oppose au déterminisme (même s »il ne faut pas confondre contingence et hasard). La contingence est le caractère de ce qui est inessentiel et variable, ce qui peut être ou ne pas être. Que notre monde soit contingent, c’est une des preuves de l’existence de Dieu selon Thomas d’Aquin.

      Un monde contingent est un monde dans lequel il y a « des possibles », dont un futur ouvert aux diverses possibilités, un futur « contingent ». Cela ne veut pas dire que dans la nature il n’y a aucune nécessité. Pour Leibniz, dans « le meilleur des mondes possibles », la contingence côtoie la nécessité dans le « principe du meilleur ». Il y a aussi évidemment les lois de la causalité, les causes mécaniques, etc. Aristote a, le premier, proposé une théorie des futurs contingents (De l’interprétation, 9), voyant un « principe d’indétermination » dans la nature sublunaire. On pourrait dire que pour la contingence soit possible, les ordres de détermination dans la nature ne doivent pas être micro-managé ou prédéterminé par un principe supérieur. On est un peu à l’opposé du théisme calviniste.

      Pour situer la kénose divine parmi les autres options concurrentes, mentionnons que celle-ci se distingue du théisme classique thomiste où Dieu est la cause première de tout, mais l’homme est la cause directe. L’auto-limitation n’est pas non plus un panenthéisme dans lequel Dieu est intimement associé à chaque événement quantique; dans cette perspective, Dieu est si intimement lié à la nature qu’il se confond (pratiquement) avec elle.

      La kénose divine se rapproche plutôt d’une « théologie du processus » dans lequel Dieu exercerait une influence sur la nature et les êtres créés, sans toutefois exercer un pouvoir direct. Il agit constamment dans le monde (pensons à la grâce commune), mais sans nécessairement déterminer ce qui s’y passe. Cette position offre peut-être la plus solide théodicée (solution devant le problème du mal), Dieu n’étant jamais responsable (même indirectement, comme c’est le cas du théisme classique) d’un viol ou d’une catastrophe naturelle par exemple. Mais cette position irait trop loin en sacrifiant (à tort, me semble-t-il) la Toute-puissance divine d’intervenir unilatéralement dans les affaires humaines.

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    Coco Panache jeu 09 Oct 2014 Répondre

    Bonjour Benoit
    « […] autant en ce qui concerne la nature et les attributs de Dieu, il me semble que seule la Bible est capable de nous les révéler »
    Pourquoi la Bible seule ? l’action passée du Saint-Esprit sur les hommes spirituels des temps passés n’est-elle pas une source actuelle de connaissance de Dieu, sur laquelle nous n’avons pas fini de puiser de la nouveauté ? et l’action actuelle du Saint-Esprit (donc de Dieu), l’expérience de l’homme spirituel d’aujourd’hui ne permettent donc plus d’en connaître sur les rapports entre l’homme et Dieu ?

    « Tu cites l’exemple des prophéties, appels au changement, et les difficultés des prophéties messianiques, mais qu’en est-il des prophéties qui décrivent précisément des événements à venir ? Joseph et la famine en Égypte, celle de Jérusalem prédite dans les Actes, et les prophéties qui prédisent à l’avance le comportement de certaines personnes ou de certains événements (la destruction du temple de Jérusalem, les circonstances du retour de Jésus…). La venue même du Christ prévue de toute éternité… »
    Pourquoi ne pas différencier l’homme capable de liberté, de la nature soumise aux lois physiques ? Dieu respecte la liberté de l’homme en ne connaissant pas ses choix futurs, mais face aux lois déterministe d’une nature qui n’a pas été créée libre, il peut très bien exercer sa prescience. Les exemples que tu montre sont des événements naturels (les famines) sauf « le comportement de certaines personnes » que tu rapportes. A qui penses-tu dont le comportement (tu devrais dire le choix futur) serait connu de Dieu ?

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      Benoit Hébert jeu 09 Oct 2014 Répondre

      Bonjour Coco!

      En tant que « protestant évangélique », tu ne seras pas surpris que je considère en effet que la révélation biblique est la seule source fiable capable de nous révéler la personnalité de Dieu. Par là je ne veux pas dire que dans l’Histoire, bien des hommes et des femmes ont appris à connaître Dieu de façon personnelle et particulière, mais ceci toujours en accord avec la révélation biblique. Sinon, je crains fort que l’homme livré à lui même et l’idée qu’il se fait de Dieu ne façonne un dieu à sa propre image…et c’est bien l’histoire des religions et même de certaines dérives du christianisme.

      J’aime bien ta distinction entre événements naturels et le comportement des hommes, mais ça me parait un peu artificiel. Tout est lié, le comportement des hommes et l’évolution du climat par exemple. A plusieurs reprises, je pense à des exemples de l’AT, Dieu annonce à l’avance la façon de réagir de telle ou telle personne, comme par exemple la résistance qu’opposera pharaon à Moïse pour faire sortir le peuple d’Israël hors d’Egypte (ex 3:19 « je sais que le pharaon ne vous permettra pas de partir… »).

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        Coco Panache jeu 09 Oct 2014 Répondre

        Oui mais là, on parle de comportements ; je me situe sur un niveau plus intime, ontologique. Je ne sais pas si cela te parlera, peut-être tu ne fais pas de distinction.
        Le niveau intime, c’est les choix fondamentaux, ceux qui engagent tout l’être, qui viennent du fond du coeur, et qui concernent les grandes options de ma vie. Je distingue ce niveau profond par rapport aux comportements qui sont superficiels, soumis aux événements extérieurs. Tu me dis que c’est une distinction artificielle, toutefois je ne le crois pas. Ces comportements superficiels sont prévisibles, même par les hommes. Jésus sait que Judas ne le suivra pas jusqu’au bout, car il voit dans sa façon d’agir des signes de réticences face à l’annonce du royaume de Dieu. Si Judas décroche quand on est est à l’annonce, comment pourra-t-il réagir quand l’événement scandaleux de la croix se rapprochera ? Jésus sait donc que Judas est fragile, toutefois il ne connait pas son choix intime final, puisqu’il l’appelle « ami » jusqu’au dernier moment, espérant que même au moment du baiser, Judas pourra éviter le choix de trahir.

        Tu dis que tu crains fort que l’homme livré à lui même et l’idée qu’il se fait de Dieu ne façonne un dieu à sa propre image. C’est curieux, pour un protestant évangélique, je ne vois pas de mention du Saint-Esprit qui vient assister cet homme, qui du coup n’est plus livré à lui-même.

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          Benoit Hébert jeu 09 Oct 2014 Répondre

          Si bien sûr Coco, la Bible sans l’assistance du Saint Esprit n’est d’aucune utilité, mais l’Esprit reste en accord avec le texte qu’il a inspiré. Se revendiquer d’une révélation particulière de l’Esprit qui est en contradiction avec des principes bibliques n’est pas recevable. En dernier lieu, c’est bien la Bible qui nous donne un critère « objectif » de discernement (je parle bien entendu des vérités de « vie et de foi », pas des connaissances scientifiques ou historiques).

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            Coco Panache jeu 09 Oct 2014 Répondre

            J’aurais dis que le discernement se fait sur l’amour, mais si tu veux sur la Bible, pas de problème !

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              Benoit Hébert jeu 09 Oct 2014

              cher Coco,
              Je ne comprends pas ce que signifie discerner une vérité concernant la personnalité de Dieu sur la base de l’amour!

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              Coco Panache jeu 09 Oct 2014

              C’est très facile. Dieu est Amour ; mais je ne peux pas accéder directement à sa personnalité ; or il se trouve que j’appartiens au genre humain, qui a été voulu par Dieu pour être à sa ressemblance et à son image, Lui qui est communion dans l’esprit entre personnes distinctes mais unies dans et par l’Amour.

              Où sont amour et charité (entre les hommes), Dieu est présent ; je peux donc connaître avec certitude des traits de la personnalité de Dieu en vivant la charité avec mes frères, puisque cette charité a les caractéristiques de la personnalité de Dieu, qui veut la partager avec les hommes.

              Tu vois, c’est facile

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              Benoit Hébert ven 10 Oct 2014

              D’accord Coco, je suis d’accord avec toi, mais crois-tu vraiment que ce sera suffisant? en particulier à propos du thème qui nous occupe.

              L’homme livré à ses propres pensées ne peut pas comprendre les attributs de Dieu, il lui faut une révélation. Pour le « protestant » que je suis, c’est la Bible qui est capable de me fournir cette révélation. Les idées des uns ou des autres peuvent être enrichissantes, mais dans le domaine spirituel, elles ne peuvent faire autorité.

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    Coco Panache jeu 09 Oct 2014 Répondre

    « La définition de l’omniscience divine semble tellement changée qu’on se demande s’il convient encore de la qualifier d’omniscience…n’est-ce pas trop humaniser Dieu ? »

    Je crois que le point sensible est là. On veut partir de notre définition de l’omniscience, et faire rentrer Dieu dedans. Forcément, ça coinçe…

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    Coco Panache ven 10 Oct 2014 Répondre

    Bon, tu as compris que je blague. Je sais bien que le protestantisme, pour des raisons historiques, a choisi de mettre l’accent sur la Bible comme source l’autorité. Je trouve ça très bien, pas de problème, je vais pas choisir pour les
    autres comment ils doivent faire ;)
    Tu me demandes si je crois qu’il est suffisant, pour connaître la nature et les attributs de Dieu, de s’y prendre comme je l’ai envisagé plus haut. Attention, j’ai pas zappé la Bible ! ni dit qu’il était suffisant de… Voilà ma pensée : il y a un lien dynamique entre la Bible, et l’action du Saint-Esprit qui se révèle de différentes façons : au sein d’une communauté vivante, dans l’expérience des anciens qui ont exploré intellectuellement la profondeur de Dieu, dans la Cène, et dans bien d’autres occasions que connaît l’Esprit. Bien sûr, il faut un point d’ancrage normatif : l’expérience des Apôtres et la Bible sont la source. Mais il faut passer à la pratique, sinon ça reste intellectuel ! Pour cela, j’aime particulièrement Jérémie 31. Dieu y dit qu’il va faire quelque chose de nouveau : il va inscrire sa loi au fond
    du coeur des croyants. Bibliquement, la loi, c’est la façon d’agir selon Dieu ; donc le croyant qui le veut bien va recevoir en lui la dynamique même de Dieu, sa façon de penser et de faire. Et le résultat ? Dieu dit que tous le connaîtront, des petits aux plus grands, et que cette connaissance ne viendra plus de l’extérieur, par instruction humaine, mais par révélation intime de l’esprit de Dieu Lui-même.
    C’est pas mal, comme programme, non ?

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    Benoit Hébert sam 11 Oct 2014 Répondre

    Merci bcp Bruno pour ta réponse détaillée (qui apparaît tout en haut de la file de commentaires)!

    La question principale à mon sens dans cette affaire est sur quelle base biblique les théologiens partisans du « théisme ouvert » s’appuient-il pour étendre le principe de kénose valable pour le Christ dans son incarnation à Dieu lui même dans sa gloire? s’agit-il d’une extrapolation  » philosophique » motivée par la recherche d’une réponse intellectuellement satisfaisante au pb du mal ou de la contingence dans la nature?

    Cher Coco,
    Oui, historiquement, le protestantisme conçoit l’autorité en matière de « vie et de foi » comme venant de la Bible, et de la Bible seulement et pas de la « tradition » ou d’une quelconque révélation nouvelle qui ferait autorité au même titre que la révélation biblique. ll semble bien que la Bible elle-même revendique cette façon de penser, et que cela présente un certain nombre d’avantages…

    Il est vrai aussi que par « excès de zèle », certains chrétiens de sensibilité protestante surtout ont étendu ce principe à tout ce qui se trouve dans le Bible, y compris la description de la nature ou de l’histoire. C’est un des points essentiel de notre conversation sur ce blog.

    En ce qui concerne le texte de Jérémie, très beau il est vrai, je l’interprète de la façon suivante:
    Dans l’AT, sous la « loi de Moïse », l’obligation morale, le fait d’accomplir dans les actes la volonté de Dieu était quelque chose d’extérieur à l’homme, alors que sous la nouvelle Alliance du Christ, cela part d’une motivation intérieure, car l’homme régénéré et animé par le Saint Esprit a conscience en lui même de ce qui plaît à Dieu, sans qu’un sentiment d’obligation extérieur ne s’impose à lui. Il n’est pas ici question d’ajouter quoi que ce soit à la révélation biblique.

    • Avatar Auteur
      Bruno Synnott lun 13 Oct 2014 Répondre

      Salut Benoît,

      Tu demande : « La question principale à mon sens dans cette affaire est sur quelle base biblique les théologiens partisans du « théisme ouvert » s’appuient-il pour étendre le principe de kénose valable pour le Christ dans son incarnation à Dieu lui-même dans sa gloire? s’agit-il d’une extrapolation » philosophique » motivée par la recherche d’une réponse intellectuellement satisfaisante au pb du mal ou de la contingence dans la nature? »

      Comme d’habitude, Benoît, tu mets le doigt sur les bonnes questions, preuve suprême d’intelligence… (Il me semble que celui qui pose les bonnes questions soit plus intelligent que celui qui trouve les réponses. Car, n’est-ce pas avec les bonnes questions que la connaissance progresse? Les réponses, pour leur part, ne sont-elles jamais définitives ou pleinement satisfaisantes? Mais bon, puisqu’il faut aussi des éléments de réponses…

      Tu veux des bases bibliques… Bon réflexe évangélique! Mais ici il faut savoir que nous nous situons au croisement de la science, de la Révélation et de la philosophie. Peut-être même que nous sommes déjà entrés dans le mystère même de la trinité… Donner un verset pour clore la question serait un peu facile. « Voici, tout est clair à cause de tel verset »… ne serait-ce pas là (un peu) un heurt à l’intelligence? Même si la Révélation (bien interprétée) ne peut aller contre les faits (eux aussi bien interprétés)…

      Je te dirais que la motivation principale concernant la question du théisme ouvert se loge dans le problème du mal : pourquoi le mal existe si Dieu est Tout-bon et Tout-puissant… ? Pourquoi Dieu punit-il ses créatures si lui-même a voulu/permis/décrété la chute du premier homme ? Il se pourrait que, en dissonance avec le théisme traditionnel, le théisme ouvert cherche à ouvrir la porte à l’idée que la chute était tout simplement inévitable (seul Dieu PEUT d’une manière absolue choisir de respecter ce qu’il est)? L’homme étant une créature, sa chute n’est ni voulue, ni permis ni même décrété; elle était tout simplement contingente, sans être surprenante. Dieu a tout fait pour l’éviter. Mais il a respecté le choix de l’homme (théodicée du libre-arbitre). Et mieux encore, il avait DÉJÀ pourvu à une solution avant même que le problème du mal survienne. Par son incarnation, sa crucifixion et sa résurrection bien sûr. Il n’a jamais cessé, depuis toujours (!), d’interpeller l’homme et de l’inviter à changer son attitude mauvaise et faire ce qui est bien. En Christ, il a manifesté cet amour infini (à l’oeuvre depuis le début), pourvoyant à une justice divine (déjà implicite) depuis avant la fondation du monde.

      C’est là peut-être que réside le côté attractif du théisme ouvert. Les racines de sa réflexion plongent dans la trinité. Dieu choisi de s’autolimiter pour faire place à une réelle liberté et un réel amour. Réfléchissons quelques instant au mystère de la trinité. Pourquoi le Père a-t-il engendré de toute éternité le Fils ? Et pourquoi le Saint-Esprit procède-t-il de toute éternité du Père et du Fils ? Pourquoi cette action intra-trinitaire de relation d’amour et de partage ? Suivant cet idée inspirante (mieux définie dans la doctrine de la circumincession), ne pourrait-on pas voir que le mouvement « en Dieu » puisse aussi se prolonger « hors de Dieu » dans un élan d’amour qui ouvre un espace de liberté à la création, sans la contraindre hiérarchiquement ? Allons à l’économie du salut. Pourquoi le Fils accepte-t-il l’anéantissement, la kénose (Ph 2.7) ? Selon le principe de la communication en Dieu – le Père étant dans le Fils et le Fils étant dans le Père (Jean 14.10) – il pourrait y avoir un sorte d’abaissement en Dieu à cause de la création, de la même manière que le Père s’était abaissé (si on peut dire) en engendrant deux autres personne de même nature, de toute éternité, dans le Fils et le S-E.

      Bon j’avoue que nous sommes entrés dans des mystères assez mystérieux. Ôtons nos sandales. Demandons l’aide de Dieu..

      Ais-je un verset en particulier à citer? Je propose à la réflexion des lecteurs le livre du prophète Michée que j’ai relu un peu par hasard hier. Ce dernier dénonce les injustices sociales (2.1-5; 6.9-16). Il annonce aussi ce que Dieu demande à son peuple (6.6-8). Ainsi, simultanément, Michée annonce le jugement de Dieu (ch. 1-3; 6.1-7.7) et le chemin qui permet de vivre (ch 4-5; 7.8-20). Les deux, le jugement et le salut, viennent souvent en pairs. Or ici, comme presque toujours, le jugement est conditionnel, ouvrant la porte à la repentance. Sinon pourquoi Dieu n’interviendrait-il pas immédiatement ? Pourquoi laisse-t-il « ouvert » la possibilité de repentance ?

      Le prophète Michée annonce que le messie viendra de Bethléem (5.1-4) lieu de naissance du roi David. Le prophète oppose Bethléem (lieu de la lignée royale selon Dieu) et Jérusalem (lieu de pouvoir corrompu). Dieu n’est-il pas Tout-puissant pour faire advenir cela ? Cela semble une prophétie non-conditionnelle. Dieu a de toute éternité prévu son incarnation et son sacrifice (1 Pi 1.20-21). Et il est en mesure maintenant de préciser avec Michée ce qu’il veut faire advenir dans la contingence des événements et la liberté des hommes. Il (me) montre sa Toute-puissance.

      Je pense que ces éléments peuvent nous amener à réfléchir sur l’action de Dieu dans le monde. Un Dieu qui, à ce qui semble, entre réellement dans « le jeu » qu’il a lui-même choisit de créer.

      Regarde (et je finis avec cela) Michée 1.2; fascinant ! Dieu « sort » de son saint lieu, et il « descend » sur terre. Le péché le trouble (1.5) (un Dieu impassible?). Il est indigné de colère (1.7). Toutefois, il n’intervient pas directement. Il « fera venir un conquérant », il « prépare un malheur » (1.15; 2.3). Cela ne révèle t-il pas 2 choses importantes en lien avec notre discussion : 1/ que Dieu veut la repentance, et c’est ce qu’il souhaite « by far » 2/ que Dieu n’agit pas sans une libre participation de l’homme, y compris celle des éventuels « exécuteurs de sa volonté ». Sinon pourquoi ne les châtie pas instantanément ? Et, pourquoi Dieu reste-t-il floue sur l’exécution futur (et contingent) du jugement ?

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        Benoit Hébert lun 13 Oct 2014 Répondre

        Les conversations et commentaires se croisent et s’entre croisent…j’espère que nos lecteurs s’y retrouveront. Merci pour tes compliments Bruno, excessifs et amicaux ;-)

        Un grand merci pour ta réponse qui permet de mieux comprendre les fondements et l’état d’esprit des partisans du « théisme ouvert ».

        Bibliquement, tout nous porte à croire que Dieu nous traite effectivement selon « notre présent », donnant une chance réelle à l’homme, lui permettant de faire des choix authentiques. Il fait confiance à des hommes qui parfois le décevront…mais il le fait quand même!

        Ceci dit, je ne vois pas trop de ce point de vue ce que le « théisme ouvert » apporte de plus que le « théisme arminien ».

        Cela donne tout de même l’impression que l’on laisse de côté tout un aspect de la description biblique de Dieu: sa transcendance, sa préscience, sa souveraineté, son contrôle de l’Histoire, pour mettre en évidence son immanence et son « accommodation » à la condition humaine.

        Comment Jésus pouvait-il dans cette perspective prévoir que Pierre le renierait trois fois avant que le coq chantât, qu’il mourrait dans des conditions violentes, contrairement à Jean? Comment Jésus pouvait-il affirmer que le Père avait fixé le moment de son retour de sa propre autorité? les œuvres que Dieu a « préparé d’avance pour que nous les pratiquions » etc…

        Je ne suis pas convaincu qu’il faille « sacrifier » cet aspect de la révélation biblique. Je n’aime pas beaucoup le recours au « mystère »…parce que parfois s’y cache une forme de paresse. Mais dans ce cas…

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          Bruno Synnott mar 14 Oct 2014 Répondre

          Bonjour Benoît, tu écris: « Ceci dit, je ne vois pas trop de ce point de vue ce que le « théisme ouvert » apporte de plus que le « théisme arminien ». Cela donne tout de même l’impression que l’on laisse de côté tout un aspect de la description biblique de Dieu: sa transcendance, sa prescience, sa souveraineté, son contrôle de l’Histoire, pour mettre en évidence son immanence et son « accommodation » à la condition humaine. »

          Très juste Benoît. Le théisme arminien est de loin la position la plus sûre (mais non sans difficultés) pour maintenir en équilibre la transcendance divine traditionnelle (prescience et souveraineté) avec les notions de libertés et de contingence dans le monde créé.

          La question que tu poses est la plus difficile (de ce que j’ai vu) à répondre pour le théisme ouvert. Comment les prédictions, et tout particulièrement les prédictions qui semblent assez précises – comme celle que fait Jésus (on pourrait également ajouter à ta liste Mt 21.19; 24, 26.12, 21) – peuvent-elles être expliquées sans tenir compte de la prescience exhaustive et précise?

          Je ne prétend pas apporter toutes les réponses. Mais les 3 exemples soulevés ne me semblent pas insurmontables.

          D’abord rappelons que pour le théisme ouvert,
          1- Dieu connaît tous les futurs possibles. Dieu n’a pas une prescience exhaustive de tous le futur puisque cela voudrait dire que le présent est un scénario déjà connu dans lequel ni Dieu ni l’homme ne peuvent changer quelque chose. Or puisque les actions humaines et divines dans le présent et le futur demeurent libres, le futur ne peut être entièrement fixé/connu
          2- Dieu est libre de nouveauté dans le présent et le futur. Il n’est pas lié par une prescience. Il est capable d’agir réellement en réponse aux prières – et encore plus celle de son Fils.

          De plus, nous savons que
          1- tous ce que Jésus demande en accord avec la volonté de son Père se réalise (voir Mt 21.18-22; Jn 9.4; Jn 11.3). Ce que Jésus annonce n’est pas déjà nécessairement connu/fixé, mais comme Dieu est Tout-Puissant, il peut faire advenir sa volonté dans la contingence (ce point est mis en évidence par J. Polkinghorne).
          2- Jésus est très intelligent. Il peut même lire les coeurs (Jean 2.25). Il devient parfaitement conscient de sa destinée, et aussi que les Livres Saint doivent se réaliser (Mt 26.54). Il peut avoir des « intuitions » hautement probables de ce qui va précéder le jour « J », jour qui est, rappelons-le, dans sa pensée depuis toujours (1 Pi 1.20).

          La mort violente de Pierre
          En comprenant bien le passé, Jésus peut anticiper le futur. Voir l’épisode de l’arrestation de Jésus Mt 26.53. Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. » Comprenant le côté caractériel de Pierre, Jésus peut facilement prévoir que la fin de Pierre sera semblable à sa vie, tumultueuse et intense. Et c’était là certainement le désir de Pierre de mourir de cette manière pour honorer son Seigneur.

          Le triple reniement de Pierre
          Second exemple. Jésus peut vouloir corriger Pierre de sa fâcheuse tendance et se surestimer. Il souhaite et sait en même temps que Pierre devra être confronté à cette contradiction pour pouvoir s’en débarrasser. Jésus anticipe le scénario et annonce le triple reniement de Pierre (Mt 26.34) qui est, d’un côté le souhait du Seigneur qui l’aime, et de l’autre ce que Dieu désire afin que Pierre puisse jouer son rôle. Et cela s’accomplit pour le bien de Pierre dans la contingence des événements, dans la liberté du Christ, de Dieu et de Pierre.

          Cela montre que nos prières, à l’exemple de Jésus, construise le futur. Regardez le passage du figuier sans fruit (Mt 21.18-22). Jésus dit: « tu n’auras jamais plus de fruits »… Devant les disciples étonnés (et un peu effrayés), Jésus leur répond qu’ils peuvent faire de même et dire à cette montagne – par la foi – de se jeter dans la mer. Le passage se termine ainsi: « si vous avez la foi, vous recevrez tout ce que vous demanderez dans la prière ». Me semble que l’annonce du reniement de Pierre pourrait se voir dans cette optique.

          « les oeuvres préparés d’avance » (Éph 2.10) doivent être compris en un sens large et non défini et non pas dans un sens exhaustif : chaque oeuvre de chaque jour est prévu d’avance… (ce qui nous conduirait à un déterminisme abrutissant).

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            Benoit Hébert mar 14 Oct 2014 Répondre

            Merci encore Bruno,

            Je crois que nos lecteurs ont de quoi réfléchir et se faire leur propre opinion.

            Certains aspects sont effectivement très attractifs, mais l’exemple de Pierre me parait toujours problématique. Surtout que le texte indique que le coq chante juste au moment où Pierre a renié pour la troisième fois…

            De toute manière, il est toujours intéressant de savoir de quoi il s’agit pour s’en faire une idée informée!

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    Coco Panache sam 11 Oct 2014 Répondre

    Je ne comprends pas pourquoi tu termines en disant « il n’est pas question d’ajouter quoi que ce soit à la révélation biblique ». On dirait un mouvement de défense, ai-je ajouté qque chose à la révélation biblique ?

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      Benoit Hébert sam 11 Oct 2014 Répondre

      Heuuuuu, non Coco, mais tu as écrit « Pourquoi la Bible seule ? l’action passée du Saint-Esprit sur les hommes spirituels des temps passés n’est-elle pas une source actuelle de connaissance de Dieu, sur laquelle nous n’avons pas fini de puiser de la nouveauté ?  »

      Des gens qui aujourd’hui se réclament du St Esprit et font des choses vraiment bizarres et « nouvelles », il y a en a bcp, alors sur quelle base faire le tri si ce n’est sur les principes bibliques?

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    Coco Panache sam 11 Oct 2014 Répondre

    Le tri se fait sur le critère de l’amour. Les principes bibliques, ça reste des principes, ce n’est pas aussi vivifiant et porteur de vie que l’amour effectif. Si quelque chose de « vraiment bizarre » est fait dans l’amour, je veux dire complétement dans l’amour de charité, de façon absolument certaine dans un mouvement oblatif, cela est compatible avec la façon de faire de Dieu, même si c’est pas décrit dans le Bible, et c’est donc un exemple vivifiant pour le baptisé, qui peut y puiser force et inspiration.
    Pourquoi le Bible, qui a fini d’être écrite, devrait circonscrire l’action de l’homme ? Un principe, c’est quelque chose qui ne transmet pas la vie.

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      Benoit Hébert sam 11 Oct 2014 Répondre

      Coco, nous ne sommes pas dans une discussion à propos de l’action de l’homme, même si nous avons un peu dévié de notre point de départ. Nous discutons de la base de notre connaissance de Dieu et de son action dans le monde, en rapport avec la contingence, le libre arbitre et le déterminisme. Dieu connait-il le futur, l’a-t-il déterminé à l’avance, a-t-il laissé une liberté authentique à l’homme et à la nature…? C’est ça l’enjeu de la discussion entre « calvinistes », « arminiens » et autres « théistes ouverts »

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    Coco Panache sam 11 Oct 2014 Répondre

    Ah zut, comme je ne sais pas où me situer entre calvinistes, arminiens et théistes ouverts, je ne suis donc pas sûr de ma légitimité pour en discuter…

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      Benoit Hébert sam 11 Oct 2014 Répondre

      je te rassure, tu n’es pas obligé de prendre position ;-)

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    Coco Panache sam 11 Oct 2014 Répondre

    Bon alors je vais attendre de lire ce que toi et Bruno en dites.

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