Le Bible dépeint une vue ancienne du cosmos

Posté par Marc Fiquet
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Texte sans contexte n’est que prétexte !

Cette formule bien connue à propos du texte biblique témoigne de l’importance de s’attacher à son contexte pour en dégager le sens originel.

Cette règle précieuse revêt une importance capitale pour celui qui s’intéresse à l’interprétation des premiers chapitres de la Genèse.

Dès le XIXe siècle, de nombreux écrits issus des fouilles dans la région du Proche Orient révèlent la manière dont ces cultures (les hébreux et les peuples voisins) percevaient le monde environnant : terre plate reposant sur des colonnes, voûte céleste solide retenant les eaux d’en haut, etc..

Ces éléments se retrouvent sur la gravure ci-dessus dont je n’ai pas pu identifier l’origine, elle apparaît sur différents sites internet en russe, espagnol ou anglais. Je me suis permis de la traduire pour l’occasion…

Une fois ces éléments connus pour nous, lecteurs du XXIeme siècles tout imprégnés de notre culture scientifique moderne, il est étonnant de voir comment certains passages bibliques trouvent tout à coup un nouvel éclairage les rendant tout à fait limpides en nous évitant de nombreuses explications alambiquées  ou la célèbre réplique : « je ne comprends pas mais je comprendrai au ciel »…

En fait en guise de mystère ces passages recèlent alors une simplicité qui nous évitera le piège encore bien trop répenadu dans nos églises d’une interprétation concordiste des Écritures (s’acharner à trouver de la science moderne dans les écrits bibliques).

 

Loren et Déborah Haarsma ont recensé nombre de ces passages qui témoignent de la manière dont les anciens (auteurs de la Bible) percevaient le monde. Nous donnant ainsi accès au contexte dans lequel ils ont été écrits,  le sens spirituel de ces passages s’en dégage d’autant plus facilement.

Voir ce nouvel article tiré du complément en ligne de leur livre « Origins » :
Chap 6: La cosmologie ancienne du Proche Orient dans la Bible

R_cosmologie_ancienne

 

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27 Commentaires

  1. Avatar
    Georges Daras dim 28 Déc 2014 Répondre

    Bonjour Marc,

    Une cosmologie ancienne, certes, on ne se lasse pas de le dire et de le répéter. Néanmoins, ma question est: se peut-ils qu’il y ait aussi dans la Bible une conception ancienne de Dieu, archaïque? Par exemple, une conception selon laquelle Dieu intervient dans le monde en provoquant des catastrophes naturelles, en suscitant des famines et des maladies ou encore en accordant à son peuple la victoire sur ses ennemis?

  2. Avatar Auteur
    Marc dim 28 Déc 2014 Répondre

    Bonjour Georges,

    Voilà une question intéressante et pour être tout à fait honnête peut-être même embarrassante… car beaucoup d’évangéliques ont déjà du mal à reconnaitre cette conception ancienne justement par crainte de sombrer dans une interprétation trop libérale des Ecritures, l’étape que tu proposes me semble dès lors un peu cavalière..

    Si la question mérite certainement une réponse, je pense néanmoins que tu pourras partager mon analyse :

    Les deux questions ne sont pas du même ordre et ne jouent pas sur le même plan.

    Le fait d’avoir eu accès à des documents archéologiques des peuples voisins d’Israël qui nous ont donné une vision claire de la manière dont ces peuples voyaient le monde, nous permet de faire un rapprochement naturel et sans artifice avec la description du monde qui en est faite dans les Ecritures, ces descriptions n’étant jamais la finalité théologique des auteurs mais « le décor » qui sert de support à l’action et au message spirituels.

    Or dans ta suggestion, la frontière entre la culture et la théologie ne se détache pas si nettement.
    Tu parles de l’action de Dieu dans le monde, c’est un vrai sujet mais les réponses ne se situent certainement pas au même niveau.
    On sait très fermement que la terre n’est pas plate ni soutenue par des colonnes, mais quand la Bible affirme que Dieu donne sa nourriture aux Lionceaux ou qu’il habille les lis des champs, c’est notre conception de l’action de Dieu dans le monde qui est mise à l’épreuve. Et sur ce chapitre, je doute qu’une réponse aussi claire que « la terre est ronde » existe.
    Dieu n’agit-il pas dans le monde également par les lois naturelles ?
    Dans le même registre, quand un chrétien prie pour un emploi et que les circonstances de la vie répondent en sa faveur, cela exclu-t-il le fait que Dieu ait répondu à cette prière ?
    Nous pourrions rattacher les évènements que tu cites à cette même catégorie d’action non ?

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      JFDN lun 29 Déc 2014 Répondre

      Sujet très intéressant mais propre à des affrontements:
      il y a ceux qui considèrent la Bible comme un écrit hyper scientifique  » c’est Dieu qui le dit  »
      il y a ceux qui vont considérer que la connaissance de la cosmologie des hommes de l’est du croissant fertile est totalement éclairante même pour des hommes du XXI ème siécle , occidentaux, de culture scientifique moderne et ou religieuse. Il ne faut pas omettre d’essayer autant que possible un quelconque transfert de culture.
      Il y a ceux qui vont attribuer à cette conception antique du monde un caractère d’ancienneté, dépassé et non acceptable dans notre philosophie moderne progressiste: tout ce qui était avant nous est dépassé.
      Il y a ceux qui …

      Bon débat

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      Georges Daras mar 30 Déc 2014 Répondre

      Bonjour Marc,

      Je comprends tout à fait ton appréhension. Toutefois, il ne s’agit pas de verser dans une lecture trop « libérale » des Écritures, mais de faire face à certaines réalités qui s’imposent à nous et d’en tirer des conséquences réfléchies et honnêtes. C’est simplement une question de vérité. C’est ce que je tente de faire de mon côté en tout cas.

      Quant à ton analyse, je dirai ceci:

      Il n’est pas du tout évident à mes yeux qu’il soit possible de distinguer entre ce qui relève du culturel, du contextuel, du « décor », de ce qui tient du « sens spirituel », du théologique. Les deux me paraissent imbriqués de telle sorte que l’image que l’ancien Israël se fait de Dieu et de son action dans le monde est nécessairement informée par sa conception du monde et de la nature. Cela me paraît évident quand par exemple les auteurs anciens attribuent si facilement à l’action divine des événements tels que ceux que j’ai énumérés: catastrophes naturelles, famines, maladies, victoires et défaites à la guerre, etc. On sait aujourd’hui d’où viennent bon nombre de maladies, ce qui provoque les tremblements de terre et les tsunamis, etc., et on sait très bien aujourd’hui que Dieu n’en est pas la cause. Reconnaissant cela, dans un effort théologique en accord avec nos connaissances scientifiques actuelles, il est possible de repenser Dieu et son action de manière renouvelée.

      Ensuite, Dieu agit-il par les voies naturelles? C’est une conception assez commune aujourd’hui que de reléguer l’action divine dans les causes secondes, alors que dans l’ancien temps Dieu est pratiquement la cause principale de tout ce qui arrive. Mais cela me laisse perplexe. Un arbre qui s’abat en raison du vent, je ne vois pas ce que Dieu peut bien venir faire là-dedans, pas plus que dans la force de gravité, et toutes les autres forces physiques qui font qu’il y a des phénomènes comme les tremblements de terre et les éruptions volcaniques. On peut à la limite se dire que Dieu est l’auteur de ces lois, qu’il les a instaurées, mais qu’il agit à travers elles, je ne vois pas comment on peut soutenir une chose pareille. Qu’on me donne des exemples.

      Enfin, le chrétien peut-être prier pour un emploi? Oui, certes. Mais est-il concevable que grâce à cette prière Dieu va lui donner un emploi? C’est beaucoup moins sûr, et cela me semble poser d’énormes problèmes, aussi bien pratiques que moraux, notamment vis-à-vis du problème du mal. Alors que Dieu n’épargne pas les plus atroces souffrances à des enfants victimes de viols et de maltraitance, qu’il laisse se perpétrer des massacres et des tueries inimaginables, voilà notre chrétien qui non seulement prie pour que Dieu lui donne un job, mais en plus Dieu réunit les conditions nécessaire à ce que ce chrétien obtienne ce job. Non, définitivement, je ne crois vraiment pas que cela se passe ainsi. Ou bien peut-être que je n’ai pas très bien compris ce que tu essayais de me dire.

      À bientôt!

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    Benoit Hébert lun 29 Déc 2014 Répondre

    à Georges,

    C’est vrai nous sommes un peu répétitifs sur le sujet, mais il nous paraît essentiel comme point de démarrage à la discussion concernant la science ancienne dans la Bible. Cette approche n’est pas perçue comme trop « menaçante » pour beaucoup d’évangéliques. Une fois que ce point est acquis, beaucoup de choses s’enchaînent logiquement. C’est la « stratégie » que nous trouvons pertinente développée entre autres par Denis Lamoureux.

    En ce qui concerne la présentation de Dieu dans l’AT, certains passages suscitent des interrogations…Mais comme le dit Marc, ton approche est parfois radicale. Je crois que nous nous accorderons pour affirmer que le Dieu de l’AT est aussi celui du NT, mais que c’est bien le NT dans la personne de Jésus qui nous révèle la personnalité de Dieu.

    Tout juste JFDN, continuer d’accorder notre foi dans l’inspiration de la Bible, tout en acceptant qu’elle contienne des données culturelles et scientifiques anciennes qui ne peuvent faire autorité pour nous aujourd’hui…tel est le défi que les chrétiens du 21ème siècle, et les évangéliques en particulier devront relever!

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      Georges Daras ven 02 Jan 2015 Répondre

      Bonsoir Benoît,

      Oui, je comprends bien les préoccupations du site, et je n’entends pas les critiquer. D’ailleurs, on a chacun un « dada » si je puis dire, moi compris évidemment, tout comme Bruno vis-à-vis de Gn 1-3. Néanmoins, j’éprouve de tout mon coeur et de toute mon âme le désir et la nécessité d’aller plus loin dans ma compréhension de Dieu, et cela passe par des remises en question qui peuvent en effet paraître radicales, brutales. On peut appeler ça des balbutiements.

      En te souhaitant une heureuse année 2015 et beaucoup de (bons) fruits pour tes projets!

      Au plaisir

  4. Avatar Auteur
    Marc mar 30 Déc 2014 Répondre

    Bonjour JFDN et tous,

    Je pense que Georges donnera suite à la discussion et que nous pourrons évoquer le principe de révélation progressive dans les Écritures, si ça se complique, j’irai chercher mes copains en renfort ;-)

    En attendant, pour rebondir sur les « il y a ceux », t’ajouterais une catégorie importante (dont j’espère faire partie) :il y a ceux qui sont en cheminement.

    C’est d’ailleurs cette attitude qui nous permet de ne pas sombrer dans l’affrontement systématique, il est également possible de ne pas avoir un avis tranché sur une question et donc apprécier que différents points de vue s’expriment.

  5. Avatar Auteur
    Marc mer 31 Déc 2014 Répondre

    Bonjour Georges,

    Merci pour ta réponse

    Nous sommes d’accord sur ton introduction :-D C’est bien la recherche de la vérité qui nous anime.

    Concernant les 3 § de ton développement :

    Je suis également d’accord qu’il est parfois difficile de déterminer la frontière entre le culturel et le théologique dans la Bible. Néanmoins l’aspect contextuel de l’environnement comme la représentation cosmologique du monde n’influe pas directement sur le message théologique ou moral de Dieu, c’est donc sans aucun risque « doctrinal » que nous pouvons changer de vue à ce sujet.
    Il existe néanmoins un impact secondaire qui va en découler, je le vois de 2 ordres :
    1. Des récits qui étaient qualifiés d’historiques deviennent symboliques voire mythiques, le sens spirituel reste intact mais nous quittons le mode de pensée bien souvent imposé par les lecteurs de la Bible : « il faut que l’histoire soit vraiment vécue pour qu’elle revête un sens ou qu’elle soit certifiée d’origine divine »
    2. Une remise en cause de notre compréhension de l’inspiration et de l’inerrance biblique car le Dieu omniscient n’aurait pas révélé de vérités scientifiques avant l’heure ! Le message spirituel de la Bible serait donc enveloppé dans un « décor » culturel authentique avec la vue et le vocabulaire le l’époque, et pas en avance sur son temps.

    C’est d’ailleurs uniquement cet aspect que voulait traiter cet article. C’est déjà une (très) grosse étape pour le monde évangélique francophone même si ce thème n’est pas nouveau sur notre site…

    Donc je reviens sur ta remarque initiale, je pense qu’il est possible de distinguer assez clairement le contexte culturel qui touche à l’environnement et le sens spirituel.

    Dans d’autres domaines culturels, la question est plus délicate car elle peut revêtir un caractère moral ou social (et pas seulement environnemental) on ne la traitera donc pas de la même manière car les impacts théologiques ne sont pas du même ordre que ceux que je viens de souligner ci-dessus car si la théologie n’a rien à dire sur le comment scientifique des choses il n’en est pas de même dans le domaine moral ou elle constitue la référence.

    Il est clair que sous le régime de la loi, l’ancien Testament nous donnera une révélation de Dieu imparfaite car celle-ci s’accomplie en Christ sous le régime de la grâce, c’est pourquoi nous partageons le fait d’une révélation progressive de Dieu dans les Écritures.

    Quant à l’action de Dieu dans le monde, il me semble que tu forces un peu le trait. Nous ne devons pas perdre de vue il me semble, la notion de liberté que Dieu a placée dans la Création.
    Aussi, dire que Dieu est l’auteur des lois naturelles donc agit (comme cause seconde) dans le monde ne me pose pas de problème, cela n’enlève pas le principe d’autonomie voire de création que possède le monde du vivant, sans cela nous pourrions imputer le mal à Dieu lui-même.
    Il a aussi la capacité d’intervenir directement dans sa souveraineté.
    Je pense que des auteurs comme CS Lewis ou john C. Polkinghorne ont beaucoup à nous apporter à ce sujet, mais j’aborde seulement leurs réflexions.

    Donc vu de ma fenêtre, il me semble que ton approche théologique reste trop globale sans différencier les nuances évoquées plus haut, je serai plus à l’aise avec les approches de Denis Lamoureux et Peter Enns pour ne citer que des théologiens évangéliques que nous avons traduits sur ce site.

    Bon Reveillon !

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      Georges Daras sam 03 Jan 2015 Répondre

      Bonsoir Marc,

      D’abord, je te souhaite une heureuse année 2015!

      Tu parles de la « représentation cosmologique du monde » comme d’un « décor », comme d’une représentation spatiale du cosmos telle qu’elle est illustrée dans le schéma en tête d’article. Toutefois, ce dont je parle va plus loin que cette représentation de surface, statique. Ce dont je veux parler c’est d’une conception du monde qui comprend à la fois le monde naturel et Dieu dans ses différents modes d’interaction avec ce dernier.
      Dans la vision du monde de l’ancien Israël, il est admis que Dieu intervient directement dans le monde naturel aussi bien que dans les affaires humaines. Dans ce dernier cas, je prendrais l’exemple des combats militaires: Dieu mène la guerre au devant de son peuple, il est celui qui conduit à la victoire ou qui inflige les défaites selon que son peuple est fidèle ou pas, selon qu’il a péché ou pas, selon que Dieu veut le châtier en se servant d’une autre nation, etc. C’est ce qu’on voit par ex. dans les conquêtes menées par Moïse et Josué, et dans nombre d’oracles prophétiques menaçants.
      Il me semble donc que dans ce cas précis une conception du monde ancienne se mêle à un discours théologique, puisque c’est sur fond de cette conception ancienne que les auteurs se permettent d’impliquer Dieu dans le domaine de la guerre, aussi bien par son agir que par ses paroles. Comment sépares-tu la vision du monde du « message spirituel »?
      Tu me parles de révélation progressive, de révélation imparfaite. Soit! Quelle lecture fais-tu de cette implication divine dans la guerre, de cette capacité qui lui est attribuée d’y intervenir directement et d’en influer le cours, selon cette idée de révélation progressive et imparfaite?

      Quant à la notion de liberté, je suis le premier à la reconnaître, mais aussi celle d’autonomie. Je peux comprendre qu’un chrétien cherche à se ressourcer en Dieu et trouver auprès de ses frères et sœurs une source d’encouragement dans sa recherche d’un emploi. Par contre, ce que je ne conçois pas, c’est d’imaginer qu’en priant Dieu le chrétien pourrait d’une manière ou d’une autre recevoir du boulot, comme si devenir chrétien c’était devenir un petit privilégié de la vie, un pistonné, alors que je pense que l’esprit évangélique nous enseigne tout le contraire.

      Enfin, pour terminer, je ne comprends pas comment tu arrives à faire d’une « cause seconde » une action de Dieu. Peux-tu me donner un exemple précis? Ma pensée sur le sujet, c’est que le monde est conçu (par Dieu) comme autonome, et qu’un arbre ou une plante qui pousse le fait à certaines conditions et selon certaines lois physiques, pas parce que c’est Dieu qui agit pour la faire pousser… Si tu pouvais éclairer ce point.

      À bientôt!

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        Benoit Hébert sam 03 Jan 2015 Répondre

        Bonjour Georges,
        merci de nous faire part de tes réflexions sur ces questions difficiles. Je réfléchis moi aussi en ce moment à la prière, son impact, son rôle et sa signification. Philip Yancey, auteur évangélique bien connu s’interroge de la même manière dans son livre « Prayer », il écrit : »Dieu s’inquiète-t-il réellement des détails de nos vies, comme réussir à vendre sa maison ou bien retrouver un chat perdu ? Si la réponse est oui, qu’en est-il alors d’un ouragan qui dévaste une ville ou d’un tsunami qui tue 250 000 personnes? Pourquoi Dieu paraît-il si capricieux dans sa décision d’intervenir ou pas sur cette planête chaotique? »

        Son livre fait 350 pages…et il aborde plein de sujets sans tabou: la guérison divine, les prières non exaucées…

        Une pensée m’a particulièrement aidée, même si elle n’apporte pas de réponse purement rationnelle à l’efficacité de la prière.
        « Quand le doute m’assaille et quand je me demande si la prière n’est pas qu’une façon sanctifiée de me parler à moi même, je me souviens que le Fils de Dieu, qui a appelé le monde à l’existence et qui soutient tout ce qui existe, ressentait la nécessité de prier. Il priait comme si cela faisait une différence, comme si le temps dévolu à la prière était aussi important que celui consacré à s’occuper des autres. »

        Souvent, nous ne comprenons pas les décisions de Dieu dans nos vies et dans le monde. Certaines circonstances sont très souvent le résultat logique de nos choix ou des erreurs des choix de notre société entière. Pourtant, il semble bien que le message de Jésus nous parle d’un Dieu qui agit réellement dans le monde et dans le cours des événements de façon naturelle et aussi surnaturelle. Pas seulement d’un grand horloger qui a établi des lois et contemple son œuvre du haut du ciel.

        L’idée d’un Dieu qui ordonne l’extermination de familles entières me paraît aussi contraire à la révélation de la personnalité de Jésus. Le monde évangélique a besoin d’une vraie réflexion sur ces questions…

        Je ne crois pas en un Dieu qui réponde à toutes les demandes de confort matériel ou physique de ses enfants, comme certains le prêchent pour se remplir les poches. Pourtant, la Bible enseigne bien qu’une bénédiction particulière accompagne clairement le chrétien fidèle, et ces domaines n’en sont pas exclus me semble-t-il.

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          Georges Daras dim 04 Jan 2015 Répondre

          Bonjour Benoît (et Marc par la même occasion),

          Je connais Yancey de nom et il est vrai qu’il a une très large audience auprès du public évangélique. Il se peut que le questionnement de départ soit réaliste et honnête, toutefois c’est les réponses apportées qui en règle générale ne me satisfont pas chez les évangéliques (mais pas seulement).

          La pensée que tu rapportes, celle qui t’a aidé, est assez générale pour que je puisse également y souscrire. Je ne remets pas la prière ni le besoin de prier en cause. C’est surtout la manière de prier, les attentes que certains chrétiens misent sur ces prières pour que Dieu intervienne dans leur vie ou dans le monde d’une manière ou d’une autre. Que certaines demandes soient motivées par la volonté de « se remplir les poches » ne change rien à la problématique de base, qui comporte à la fois des implications d’ordre pratique (comment?), morale (est-ce juste?), théologique (qui est le Dieu de mes prières? Que puis-je attendre de lui?).

          Enfin, je ne crois pas en un Dieu horloger, toutefois je me vois souvent contraint de constater par mes observations, mon expérience et celle d’autres personnes, que je suis libre et responsable de la vie que je mène, et que Dieu ne va pas intervenir de manière surnaturelle ou magique à chaque fois que je me trouve dans le pétrin. Ce qui ne veut pas dire que Dieu est seulement le Dieu horloger du déisme, mais qu’il faut penser Dieu et son action dans le monde (et donc aussi la prière) autrement que l’on a coutume de le faire, c’est-à-dire comme un Dieu interventionniste qui me donne santé et nourriture, une (belle) maison et une voiture, une situation sociale et familiale, qui me choisit une épouse et fait en sorte que ma journée se passe bien, auquel je demande sécurité et protection quand je prends l’avion ou que je pars en voyage ou que les enfants s’en vont en excursion avec l’école, et mille et une autres choses qui finissent par faire de Dieu un « Dieu grigri », un « Dieu talisman » (attitude en réalité fort répandue et plutôt « naturelle » à l’homme, d’autant plus suspecte). On sait tous, si l’on y réfléchit un tant soit peu avec honnêteté, que ces choses ne dépendent pas des interventions divines: ce n’est pas le Dieu de nos bénédicités qui remplit nos assiettes et qui donne à manger à l’affamé; ce n’est pas Dieu qui nous garantit une sécurité professionnelle, qui paie le loyer, le gaz et l’électricité; que les chrétiens, comme tous les humains, divorcent, sont frappés par la maladie et ne sont pas épargnés par les accidents d’avion, de car, de voiture, les empoisonnements, les chutes stupides qui détruisent une vie, ou que sais-je encore…

          Ce Dieu là, je l’ai enterré. Je n’y crois plus. Alors, la tactique évangélique consiste essentiellement à persister à vouloir toujours croire dans un tel Dieu, en lui trouvant des excuses et des bonnes raisons d’agir (ou plutôt, en l’occurrence, de ne pas agir) comme il le fait. Dieu est souverain, il fait ce qu’il veut. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Tout comme les arguments « bibliques » un peu faciles et rapides. Non merci. Tous ces raisonnements, je les ai déposés dans la tombe ou il repose, qu’il les emporte avec lui.

          Quand bien même Dieu ferait des miracles (même si le problème moral se pose toujours), ce n’est certainement pas sur cette attente constante que Dieu intervienne miraculeusement que le chrétien devra miser pour bâtir sa vie et progresser spirituellement. Ce serait même infernal à vivre, d’avoir d’un côté la certitude inébranlable que Dieu est un « Dieu de miracles » et de l’autre d’être maintenu dans l’incertitude constante d’une intervention éventuelle, parce que Dieu fait ce qu’il veut et qu’il n’est pas obligé, et qu’il intervienne ou pas, c’est sa volonté, il est souverain. Dans tous les cas de figure, l’image du « Dieu des miracles » est sauve, mais c’est au prix d’incessants tourments intérieurs. C’est une pensée perverse et fallacieuse dont il faut sortir.
          _____________

          Cela fait quelques années que je médite ces choses dans les douleurs de l’enfantement (si je puis dire) d’une pensée renouvelée de Dieu et de son action, car ces choses touchent au plus intime de nous-mêmes et à notre relation/communion avec Dieu. J’ai entre-temps dégagé quelques pistes qui permettront de nourrir une approche plus constructive de la chose, ce qui me permettra aussi d’en parler sur mon blog.

          – D’abord, j’ai de plus en plus la conviction fondamentale que l’action de Dieu ne se réalise pas par des interventions extérieures mais de l’intérieur, à travers les chrétiens assemblés en Église, et que nous sommes en quelque sorte « les mains et les bras de Dieu », comme l’exprime cette citation d’Adolphe Gesché: Le sort de Dieu nous est confié dans la mesure où, porteurs de Dieu dans ce monde, c’est de notre attitude que dépendra la connaissance et l’image de Dieu que les hommes se feront. Bien plus, Dieu lui-même, si l’on peut dire, ne pourra être tout à fait tout-puissant, bon, juste, sauveur vis-à-vis de tel homme, que si, à tel moment et dans telle circonstance, je suis bon et juste pour cet homme, exerce en quelque sorte à son égard la puissance de salut dont Dieu m’a fait commandement. Comme le disaient les Pères de l’Église, nous sommes les mains et les bras de Dieu. […] Il faut, si l’on peut se permettre l’expression, « pratiquer Dieu ».

          – Ensuite, la vie même de Jésus-Christ m’apprend que croire en Dieu n’entraîne pas quelque situation privilégiée que ce soit par rapport à ce qu’éprouvent et vivent nos semblables qui ne croient pas, mais qu’au contraire, le chrétien est supposé être le dernier s’il veut être le premier, servir et non être servi (par les hommes ou par Dieu…), se soucier des autres avant de se soucier de lui-même (tout un programme!), tendre l’autre joue et aimer ses ennemis, porter sa croix, perdre sa vie s’il veut la gagner, etc., dans la joyeuse assurance qu’en Jésus-Christ il a déjà tout reçu de Dieu, que sa vie est en lui et par lui et pour lui, dans son service et le service du prochain, fortifié et encouragé par ses frères et sœurs qui forment ensemble le corps du Christ, la société nouvelle fondée sur la bonne nouvelle de l’Évangile.

          – Enfin, la justification par la foi nous apprend que Dieu nous a aimé et nous aime indépendamment de nos œuvres, bonnes ou mauvaises, que cet amour manifesté et accompli pour nous en Jésus-Christ est inconditionnel. Je comprends pas alors cette logique des œuvres d’après laquelle le « chrétien fidèle » se verrait accompagner d’une bénédiction particulière, y compris dans le « confort matériel et physique ». Encore une fois, la vie de Jésus-Christ me montre tout le contraire, sans parler de tous les cas qui infirment cette idée (et alors on s’en remet à la souveraineté de Dieu, qui est libre de faire ce qu’il veut sans rendre de comptes à personne. Mais alors ça devient du n’importe quoi), sans parler aussi des aberrations théologiques dans lesquelles on tombe immanquablement et dans des interrogations du style « peut-être que Dieu n’a pas répondu à ma prière parce que je ne fais pas assez ceci ou cela, etc. », ce qui conduit dans une logique des œuvres et bien souvent aussi à la dépression et… à l’athéisme.

          Enfin, voilà un bien long message, je le reconnais, qui constitue sans doute un premier jet d’une réflexion ultérieure à développer sur mon blog.

          À bientôt!

          • Avatar
            Benoit Hébert dim 04 Jan 2015 Répondre

            Merci beaucoup Georges pour ce partage très édifiant. Au risque de te surprendre, je m’identifie à ta réflexion, et sans trahir la pensée de Yancey, il arrive aux mêmes conclusions, qui sont tout sauf stéréotypées…Tu me donnes d’ailleurs de l’excellent matériel pour ma prédication de dimanche prochain consacrée aux « prières non exaucées » ;-)

            Je cite Yancey
            p242 « En réponse à la prière, Dieu utilise habituellement des agents humains. » (il développe)

            p265 « certains prédicateurs à la tv ou la radio promettent que la guérison est toujours disponible pour les croyants. Si c’était vrai, les chrétiens auraient-ils besoin de mettre des lunettes, deviendraient-ils chauves…? »

            En tout cas, j’ai hâte de lire ton article sur ton blog!

            Je ne sais donc pas si il existe une pensée évangélique ‘unifiée » sur ce sujet, comme sur bien d’autres.

            • Avatar
              Georges Daras dim 04 Jan 2015

              Heureux d’avoir contribué à étoffer ta réflexion! Je pensais susciter une levée de boucliers, mais je constate que même Marc plussoie.

              Bon, je vais lire les pâtés de Marc et répondre en temps voulu.

              À bientôt! ;)

          • Avatar Auteur
            Marc dim 04 Jan 2015 Répondre

            YES Georges, idem pour moi, on a bien fait de pousser un peu, ton développent est très édifiant et nous partageons tes réserves,

            Comme le souligne Benoit et comme c’est le cas pour de nombreux sujets, je ne pense pas qu’il existe UN comportement évangélique de la prière même s’il faut avouer que les stéréotypes que tu dénonces sont assez fréquents.
            Par exemple le pasteur de mon église locale (évangélique) revient régulièrement sur l’attitude bien trop souvent consumériste des croyants qui font appel à sa « Sainteté le grand dépanneur » en parlant de Dieu, c’est même un des piliers de son enseignement que de dénoncer ce genre d’attitude.

            Nous souscrivions absolument à ce point clé :
            l’action de Dieu ne se réalise pas par des interventions extérieures mais de l’intérieur, à travers les chrétiens assemblés en Église, et que nous sommes en quelque sorte « les mains et les bras de Dieu »,
            Même si comme tu l’as déjà souligné certains milieux mettent l’accent sur le caractère miraculeux de Dieu d’une manière quasi exclusive, ce n’est heureusement pas le cas de toute la communauté évangélique.

            Nous suivrons les détails de ton développement avec attention, je pense que nous aurons quelques points de discussion car si je conçois les excès que tu soulignes il me semble deviner une certaine tendance au stéréotype qui ne place pas le point d’équilibre au même endroit que je que j’aurais tendance à faire… Mais je ne veux surtout pas me poser en référence,

            On pourrait par exemple parler d’Elie qui pria pour qu’il ne pleuve point et qui est repris par Jacques en exemple pour illustrer la prière agissante. Je suis quasi sûr qu’on ne tirera pas forcément le même enseignement de ces passages ;-)

            On s’éloigne carrément du sujet de l’article, mais la réflexion est fort intéressante… Merci encore pour ce partage.

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    JFDN mer 31 Déc 2014 Répondre

    Je ne conteste absolument pas vos propositions, je suis croyant…
    J’attire simplement l’attention sur le fait que Dieu (reçu existant il est permanent et immuable)
    La culture des hommes elle, est par contre fluctuante, conception ancienne et conception moderne du monde, cultures divergentes et diverses…
    Etre de d’une culture ne permet pas facilement le passage ou l’approche de l’autre et ne concerne d’ailleurs que la culture moderne, la nôtre, qui s’exprime souvent, trop facilement, comme supérieure (modernisme ou positivisme). Nos ancêtres ne sont pas là pour nous apporter une réplique.
    Le sujet  » la Bible dépeint une vue ancienne du cosmos  » posé ainsi, envisage t-il le problème de la compréhension de la Bible aujourd’hui:
    Dans sa compréhension littérale et ce que nos exégètes nous disent, c’est du domaine « histoire »
    Dans sa compréhension théologique disant DIEU et l’Homme: une question de Foi
    Dans les interprétations théologiques par les différentes écoles et obédiences Eglises aussi on est dans la dimension collective de la Foi

    Pour la seconde question: l’action et la présence de Dieu dans sa création on est bien dans le domaine de la Foi
    la cosmologie et la culture scientifique ont, pour les croyants, à y trouver leur place. Vaste problème….

    Marc parle de révélation progressive de Dieu aux hommes,je reçois la proposition mais je ne cerne pas la notion de progressive.

    • Avatar Auteur
      Marc mer 31 Déc 2014 Répondre

      Bonjour JFDN,

      Je réponds aux 2 questions :

      ‘la Bible dépeint une vue ancienne du cosmos » posé ainsi, envisage t-il le problème de la compréhension de la Bible aujourd’hui:’
      C’est bien dans ce but que nous partageons ces points de vue. Une exégèse qui conduit à une lecture historisante voire scientifique des premiers chapitres de la Genèse nous semble erronée, Il faut remarquer par ailleurs que l’exégèse au cours des siècles n’a pas toujours encouragé une lecture littérale de ces passages.
      Voir cet article qui traite du sujet par exemple : Comment les chrétiens interprétaient-ils le récit de la création dans la Genèse avant Darwin?

      Quant à une révélation progressive de Dieu aux hommes, voici ce que j’entends (comme confessant protestant évangélique) :
      1° que l’ancien Testament ne peut se lire qu’à la lumière du nouveau car en dehors de Christ et de son œuvre rédemptrice et souveraine, rien n’a de sens non seulement pour nous mais pour tout l’univers.. cf Col1:15-20 (lire ici)

      Avant la venue du Christ et celle su Saint-Esprit à la Pentecôte, la révélation , n’était donc pas complète.

      2° Mais si l’objectif est de connaître Dieu tel qu’il est, Il reste la barrière de l’interprétation pour saisir pleinement son message et la limitation humaine. Peut-il d’ailleurs s’enfermer dans des mots ? même depuis ces événements (la venue du Christ), pouvons-nous affirmer que nous sommes au paroxysme de la connaissance ? Ne sommes-nus pas en chemin jusqu’au jour où selon l’espérance chrétienne nous le verrons face à face ?
      C’est ce que nous explique Paul : 1 Co 13:12 ‘Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, de manière peu claire, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai complètement, tout comme j’ai été connu.’

      3° Un domaine que je maîtrise moins bien, je n’ai pas pris le temps de bien l’étudier, c’est comment le caractère de Dieu transparaît au fil du temps par les différents auteurs bibliques. Bien sûr on reconnaîtra l’aspect très anthropomorphique d’une expression comme « le Dieu vengeur » par exemple, mais il semble que selon les époques et la culture associée, le « tempérament » divin ne soit pas toujours retranscrit de la même manière. D’où l’importance pour le croyant de prendre les Écritures dans leur globalité et de prêter une attention particulière au contexte et à l’intention primaire des auteurs bibliques.

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    JFDN jeu 01 Jan 2015 Répondre

    Marc je te remercie pour ta réponse.
    Une compréhension « littérale » de la Bible ne peut que se situer dans une ligne sciento-historique. En tant que croyant au XXIème siècle je ne la conteste pas, j’y adhère, totalement, en partie, pas du tout, c’est en fonction des arguments présentés en face de ma conscience. Là déjà il y a matière à débat considérant les critères définissant l’historique.
    Pour un positionnement de Foi:
    La question de l’acceptation ou du refus dans la Foi de ces propositions sciento-historique se pose pour définir une Foi « fondée »: la science, de l’histoire « n’a qu’un caractère  » relatif « . Je ne suis pas anti-science.

    La Révélation progressive telle que tu la présentes implique que le Dieu des anciens était incomplet: Dieu dans l’Ancien Testament est il un Dieu masqué? Je ne suis pas Juif ça m’interpellerai. Y a t-il encore à venir? secret de notre Dieu? Alors a quoi il joue et qui suis je !
    L’Esprit Saint troisième volet du Dieu Un n’est-il apparu qu »à la Pentecôtes?

    Sur la question du caractère de Dieu chez les différents auteurs bibliques au delà du Pentateuque:
    La Bible nous parle t-elle de Dieu ou de l’Homme créature?
    Ma participation au débat n’a pas pour objet de déconstruire des positions mais d’aider à les préciser et par les réponses à conforter ou corriger les miennes.
    Je reconnais que des échanges de quelques phrases ou lignes ne permettent pas de tout exprimer.
    Fraternellement.

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    Marc jeu 01 Jan 2015 Répondre

    Oui JFDN tu as parfaitement raison, le sujet qui nous intéresse nécessite en général plusieurs mois voire quelques années de recherches, de confrontation à certaines vues que nous croyions acquises, de remise en cause etc.. Je comprends tout à fait ce que tu veux dire quand tu parles de confronter les différents arguments à ta conscience.

    Le site propose différents outils accessibles via le menu Ressources pour investiguer tranquillement et se faire sa propre opinion. Les 5 diaporamas de Roger Lefèbvre donnent déjà un bon aperçu de notre approche dans le débat autour des 1er chapitres de la Genèse, le dernier volet devrait sortir dans les jours prochains.
    Il y a aussi de nombreux articles que nous avons traduits de différents théologiens spécilaisés dans les rapports entre science et foi.

    Sinon, rien ne remplace des ouvrages complets. Toujours par Roger Lefèbvre, son livre « le Faux problème de l’évolution » répond à de nombreuses questions et propose une réflexion assez approfondie sur les enjeux et la façon de répondre au défi posé par les 1ers chapitres de la Genèse pour nous lecteurs du XXIeme siècle. Tu trouveras son CV et la présentation du livre ici : http://www.scienceetfoi.com/ressources/livre-faux-probleme-evolution-roger-lefebvre/
    Le ton est très pastoral, et Roger invite son lecteur à réfléchir plutôt que ne cherche à lui imposer un point de vue.

    Si tu as la chance de lire l’anglais, il existe un nombre conséquent d’ouvrages intéressants, il y a une section spéciale dans notre chapitre Bibliographie.

    Comme tu le soulignes également, l’exercice des commentaires a ses limites mais il permet au moins d’échanger des angles de vues que chacun pour exploiter.
    Dans ce que j’ai essayé d’expliquer, je ne dirais pas que le Dieu des anciens était incomplet mais que c’est la connaissance des anciens qui était incomplète. Dieu lui ne change pas.

    Nous devons cependant reconnaître qu’avant la nouvelle alliance promulguée par la mort et la résurrection du Christ, le régime de la loi imposait que Dieu ne s’exprime que par des signes visibles et symboliques du régime de la grâce à venir (ex les sacrifices du Lévitique) « ombres des choses à venir » comme l’explique très bien le livre des Hébreux dans le NT.

    Mais nous réalisons bien que le plan dynamique que la Bible nous dépeint ne trouve son parachèvement que dans l’au-delà, « la patrie céleste. »
    Donc même pour nous en ce bas monde, la révélation reste incomplète malgré la Pentecôte, car notre « chair » c-a-d notre condition humaine nous limite dans notre compréhension de Dieu. En tant qu’individu nous restons membre du corps, pas le corps tout entier. Et quand Paul nous parle d’être rempli de toute la plénitude de Dieu (Eph 3:19), cela traduit-il l’idée que notre conscience peut embrasser tout l’être divin, en avoir une compréhension claire de tous les aspects ??
    La foi n’accède-t-elle pas à une dimension qui finit par échapper aux limites de notre compréhension même si elle trouve une justification basée sur des faits compréhensibles et rationnels ?

    En résumé, on pourrait comparer la révélation progressive de Dieu à l’humanité à celle de la croissance d’un individu (naissance, enfance, âge adulte)

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    JFDN jeu 01 Jan 2015 Répondre

    je rappelle le titre du départ est :  » la Bible dépeint une vue ancienne du cosmos »
    Le texte biblique est né dans un espace géographique, géopolitique, culturel ancien
    Il est lu aujourd’hui par des lecteurs de culture moderne
    Les athées, agnostiques, croyants d’autres religions hors du Livre; ils le reçoivent comme oeuvre littéraire, trace
    historique ou informative d’une époque.
    Ils ne peuvent absolument pas l’aborder avec le moindre esprit de Foi (qu’ils n’ont pas) ils peuvent s’interroger sur le comment nous croyants en tirons une Foi
    Nous croyants nous pouvons lire dans le même esprit que le groupe précédent mais généralement nous le lisons avec notre intention de Foi
    L’interprétation de Foi peut être faite en considérant ce texte comme un livre de science qui rapporte des faits
    réels, Révélation par Dieu par exemple les créationnistes. Je ne partage pas leur point de vue mais je respecte.
    Par contre quand croyants et ou non croyants abordent un échange et mêlent dans la présentation des aspects profanes et des aspects religieux c’est contestable pour le moins.
    Partir d’une proposition profane pour passer sans prévenir à la dimension théologique nous entrons dans l’amalgame.
    Il est permis de partir d’un aspect profane pour présenter la démarche d’interprétation qui aboutit à la Foi
    tout comme il est permis de présenter l’échange dès le départ dans un contexte de Foi sur un sujet profane pouvant être débattu dans une dimension scientifique
    On n’en est pas là

  10. Avatar Auteur
    Marc jeu 01 Jan 2015 Répondre

    Pas de problème pour revenir au sujet principal, mais j’ai du mal à te suivre dans ton dernier commentaire, en particulier les 2 derniers § dont je ne comprends pas le sens.
    il me semble que les auteurs des textes sacrés s’adressent en priorité à des croyants avec un objectif spirituel évident. De plus dans un contexte socio-culturel ou tous les peuples croyaient en l’existence de divinités.

    Il parait évident aujourd’hui avec la somme de connaissances amassée ces 2 derniers siècles que ce texte ne peut pas être lu comme un texte scientifique. Ou alors toute la science historique, géologique et biologique est fausse !…

    As-tu lu notre article dans la rubrique des questions ?
    Questions sur l’interprétation de Genèse 1-3

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    Pascal sam 03 Jan 2015 Répondre

    Bonne année à tous !

    Je rebondis au premier commentaire de Georges Daras concernant la description d’un Dieu archaïque dans la Bible, et qui m’a interpelé.
    C’est une question que je ne cesse de me poser, et c’est ce qui a toujours provoqué en moi une répulsion à la lecture de nombreux passages de l’AT. Ce dieu de vengeance, de tourments infligés aux pauvres humains (sous prétexte que le premier d’entre eux aurait péché), ce dieu de colère, est-il le dieu d’amour et de pardon dont parle le Christ ? Est-il Dieu ?
    J’ai lu dans des ouvrages de Frédéric Lenoir fort passionnants et relatifs à la naissance du christianisme, qu’un courant lié au gnosticisme, rejetait complètement la création qu’il pensait être l’oeuvre d’un démiurge assez mauvais, et faisait une distinction nette entre le Dieu d’amour auquel se réfère le Christ, et celui qui est décrit dans l’AT.
    Entre cette position radicale, et d’ailleurs éradiquée très tôt par les pères de l’Eglise, et celle d’un Albert Einstein (qu’il partageait avec le philosophe Spinoza, me semble-t-il), qui croyait en un Dieu créateur de toute chose, mais qui n’intervient pas directement dans la vie des êtres humains, j’avoue que mon coeur balance, et ce ne sont pas les interprétations littérales de certains chrétiens radicaux qui vont m’aider à y voir clair…
    En tout cas, la question méritait d’être posée.

  12. Avatar Auteur
    Marc sam 03 Jan 2015 Répondre

    Bonjour Georges et tous,

    Discussion absolument passionnante mais qui montre toute la fragilité de la compréhension humaine des principes divins à l’œuvre dans la création..

    J’avais bien compris ton raisonnement Georges, mais il me paraissait important de souligner le fait que dans notre discussion, il y a bien 2 volets (que tu sembles rétif à vouloir séparer).

    Oui certainement que les Hébreux à la lumière de leur connaissance on ratatiné l’image du Dieu qui se révèle le Dieu d’amour dans le nouveau Testament. Jésus n’aura d’ailleurs jamais eu de cesse de travailler les religieux mais aussi ses disciples sur ce sujet.
    Cependant nous pouvons peut-être y voir aussi une accommodation de Dieu à la culture et au contexte de cette époque et aussi au fait que la révélation de la croix ne fût pas encore réalisée.
    Dieu peut intervenir par miracle mais aussi dans les lois naturelles qu’il a créées. La nature peut agir également en autonomie, mais est-ce à dire que Dieu ne s’y introduit pas dans sa souveraineté ? Il me parait donc fort délicat de faire un principe théologique que puisque les anciens voyaient une intervention directe et systématique de Dieu dans la nature, et que nous savons maintenant que ces lois possèdent un niveau d’autonomie évidente, cela exclurait radicalement le fait que Dieu soit à la manœuvre dans certains évènements.
    Pour conserver le monde cohérent, il parait tout à fait acceptable d’admettre que Dieu se serve des éléments naturels pour accomplir son dessein et ne recoure pas systématiquement aux miracles.
    Donc comme 2 sources peuvent être à l’origine d’un évènement, cela laisse encore intact le message théologique de l’AT qui affirmera par exemple le châtiment d’une nation grâce à l’action guerrière de son peule (comme il se servira de Babylone pour punir la désobéissance idolâtre d’Israël).

    C’est encore trop confus dans mon esprit à ce stade pour te donner des exemples précis de causes secondes, hormis que Dieu étant l’auteur des lois de la nature, c’est comme s’il soutenait en permanence la capacité créatrice du monde vivant. Or le concept même de liberté fait que ces principes peuvent être utilisés en bien ou en mal. On a forcément tendance à imputer le bien à Dieu mais pas le mal dont on ne sait plus trop quoi faire..
    Voir cet article où Collins apporte un éclairage intéressant.
    Comment expliquer la présence du mal dans la Nature ? (1)

    L’action de Dieu dans le monde matériel reste un vrai mystère, on s’en rend compte quand on essaie de l’enfermer dans une théologie qui en définirait le principe,
    Nous avons certainement trop tendance à osciller entre 2 positions extrêmes, celle du déisme (Voltaire, Einstein) ou l’ordre absolument fascinant émanerait d’un Dieu ayant mis en place les lois qui le régissent puis aurait quitté la scène sur la pointe des pieds et celle d’un théisme interventionniste à tous crins ou rien n’échappe à l’action volontaire de Dieu.
    Il semble que tu classes les auteurs de l’AT dans la 2eme catégorie, mais par effet balancier tu rejoins quasiment la 1ère qui n’est guère (et c’est un euphémisme) compatible avec l’image de Dieu qu’en rend la Bible. J’ai bien compris que tu étais en questionnement (comme nous-mêmes) ne prête pas trop attention aux formules lapidaires…

    Même si le NT ne donne pas de modèle explicatif, l’action de Dieu dans le monde et dans nos vies personnelles ne fait pas l’ombre d’un doute ! L’enseignement de Jésus et des apôtres ne laissent pas la prière comme une sorte de moulin battu pas les vents de nos sombres désirs égoïstes.. (c bô non ;-) ) C’est d’ailleurs largement confirmé par nos expériences et le témoignage d’innombrables chrétiens. (Même si comme dans tous les domaines, les excès des uns pourraient nous pousser dans l’extrême opposé).

    Je n’ai pas lu le livre que Benoit suggère mais je suis d’accord avec ses remarques. C’est comme pour l’évolution, on connait les faits mais il reste encore beaucoup à découvrir sur les mécanismes…

    Je ne dis pas que nous pourrions embrasser d’un coup les secrets qui font que Dieu répond ou non à une prière, mais il convient de remarquer que la volonté de Dieu, l’action du Saint-Esprit et la collaboration humaine semble constituer une sorte de triangle vertueux dans lequel nous sommes amenés à évoluer avec équilibre…

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    Coco Panache sam 03 Jan 2015 Répondre

    Bonjour les amis :)
    Bonne année 2015, et longue vie à Science & Foi !
    Cette discussion est intéressante

    • Avatar Auteur
      Marc sam 03 Jan 2015 Répondre

      Merci Coco, bonne année à toi aussi.

  14. Avatar
    Jean-Philippe mar 20 Jan 2015 Répondre

    Bonjour à tous
    Ces échanges sont vraiment passionnant et sont autant de grains à moudre pour nourrir bien des heures de méditation.
    Je me permets de vous partager quelques expériences mais aussi les réflexions que suscite la lecture de vos échange.
    Pour ce qui est de la vision antique du cosmos dans la Bible cela m’a paru une évidence dès la première lecture que j’ai fait de la genèse. Je n’avais alors aucune connaissance Biblique, j’avais juste étudié le nouveau testament que les gédéons distribuent à l’université. Dans ma naïveté j’ai lu ces textes comme n’importe quel objet littéraire et j’usais dans leur analyse des outils communs que tout le monde à a sa disposition après le bac. Il apparaissant alors, avant que l’influence du milieu ecclésial par lequel je venais de me convertir n’est vraiment d’influence, que la nature des textes de création étaient semblable a de la poésie pour la première partie et a un récit symbolique pour la deuxième. A la lecture du premier chapitre de la genèse je m’amusais a dessiner le monde qui y est décrit. Le dessin ressemblait à la vue subjective que les revues de vulgarisation scientifique donnent pour présenter l’état du ciel lors de leur parution, a savoir une base et un dôme au dessus. Les soucis vinrent après, avec l’église.

    Quand à l’idée d’une vue, d’un compréhension, ancienne ou archaïque de Dieu si la différence entre l’ancien testament et le nouveau semble flagrante (mais pas pour tout le monde), dans l’ancien testament certain verset me semble suggérer une évolution de point de vue singulière. Par exemple en 2 Samuel 24:1il est écrit « La colère de l’Eternel s’enflamma de nouveau contre Israël, et il excita David contre eux, en disant: Va, fais le dénombrement d’Israël et de Juda. » alors que dans 1 chroniques 21:1 pour le même événement c’est Satan qui en est l’instigateur. Dans les deux textes David se repent d’avoir pécher contre l’Éternel en faisant ce dénombrement ce qui pose problème si c’est Dieu qui en est l’instigateur. La plupart des commentateur évangélique que j’ai lu parlent d’une erreur de copiste pour expliquer la différence entre ces deux passages. Elle me semble un peu grossière si c’est le cas à moins que ce ne soit volontaire. Cette différence ne serait elle pas au contraire le signe d’une nouvelle perspective de l’action de Dieu dans le cœur de l’homme. Je me demande si dans un premier temps toute manifestation spirituelle en bien comme en mal ne serait pas attribuée à Dieu pour assoir le monothéisme dans un monde majoritairement polythéiste. Ainsi pour Pharaon ou il est écrit que Dieu lui endurci le cœur face a Moïse ne serait-on dans la même situation. A creuser.

    Pour ce qui est des réponses à la prière plusieurs pistes semblent se présenter. Il est vrais qu’il nous faut peut-être sortir d’une représentation de Dieu qui tendrait à le confondre avec le père noël ou un distributeur de friandises. Bien des prédications, bien des livres enferment les chrétiens dans une relation malsaine avec Dieu. Pour autant faut-il exclure toute réponse de Dieu à la prière, je ne le crois pas. Je ne crois pas non plus que celle-ci puisse être évaluée de façon quantifiable et mesurable par tous. Elle me semble relever de l’intime, de la relation personnelle avec Dieu, d’une conviction profonde. Le malheur est de vouloir la systématiser. Par exemple quelqu’un atteint d’une maladie chronique peu avoir la conviction que la réponse a sa prière est que Dieu le soutien sans cette épreuve et l’aide a la vivre sereinement, alors que son entourage, en fonction de l’enseignement qu’il a reçu pensera qu’il manque de foi pour la guérison.
    L’intervention de Dieu dans une vie peut êtres comprise a la relecture de cette vie. Ainsi des événement qui pour l’un semblent être le fruit du hasard sera compris par bien des croyants comme manifestation, intervention, de Dieu. C’est la proximité et l’implication de la personne qui lui font discerner la présence de Dieu. Dire la part d’objectivé et de subjectivité est une autre histoire.

    Dans la Bible ne peut il pas en être de même. Par exemple pour l’exode c’est à la relecture des événements (en supposant une base historique) que le(s) rédacteur(s), ou les narrateurs avant lui y ont vu la main de Dieu. Pour les mêmes événement un spectateur non impliquer n’y verrait qu’une suite de catastrophes naturelles.

    J’espère ne pas trop m’égarer loin du sujet.

    Fraternellement.

    Jean-Philippe

  15. Avatar Auteur
    Marc mar 20 Jan 2015 Répondre

    Merci Jean-Philippe pour cette synthèse et de nous donner ton avis sur la question.

    Dès le moment où l’on admet que Dieu a accès aux éléments de la Création (c’est quand même le principe de base du théisme) mais aussi que cette même Création possède intrinsèquement un large degré d’autonomie (ou de liberté) les interprétations sur l’origine d’un fait peuvent en effet varier en fonction de qui les observent.

    Une dérive assez courante est celle qui vise à vouloir formaliser l’action de Dieu selon des principes immuables à notre portée ou à utiliser la Bible comme un livre de recette de cuisine…

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