La Terre est-elle jeune ? (2) Exemples de réponse à quelques faux arguments

Posté par Benoit Hébert
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La Terre est-elle jeune ?

C’est ce qu’on pourrait croire en « surfant » sur certains sites créationnistes francophones qui n’hésitent pas à vous fournir rien de moins que « 101 preuves de la jeunesse de la terre et de l’univers ». Pour le non spécialiste, il y a quoi être impressionné ou tout du moins un peu perdu ! A-t-on véritablement raison de croire que la terre s’est formée il y a 4,5 milliards d’années environ, comme l’annonce la totalité de la communauté scientifique ? Ces milliers de chercheurs nous cachent-ils la vérité, ou bien s’appuient-ils sur de simples hypothèses ? Tout de même, s’il existait 101 preuves du contraire, il y aurait de quoi douter ! En réalité, on pourrait prendre ces soit disantes preuves une par une et montrer qu’elles n’en sont pas, mais qui aurait le courage de faire ce travail ! Et bien des scientifiques chrétiens l’ont fait pour vous, sur le web anglophone. Je me suis pour ma part contenté (!) de traduire un article de Matthew S. Tiscareno, docteur en science des planètes (Université de Tucson, Arizona), actuellement chercheur au département d’astronomie de l’Université de Cornel (New York), lui-même chrétien évangélique réfutant 23 de ces « preuves ».». Cette liste de « preuves » est régulièrement mise à jour par les créationnistes de la jeune terre, et ils renoncent régulièrement par eux-mêmes à certains arguments utilisés autrefois, une fois qu’ils s’aperçoivent qu’ils ont été complètement discrédités et qu’il deviendrait vraiment ridicule de les conserver. Le problème est qu’il faudrait faire cela avec tous, donc on en conserve tout de même quelques uns…

En guise d’exemple, voici 6 arguments réfutés par ce spécialiste qui font partie des 101 preuves présentées.

  • La fusion solaire
  • L’hydrogène et l’hélium sur  Mercure, Venus, la Terre et Mars.
  • La durée de vie des comètes
  • Les volcans sur Io
  • L’échappement du méthane de Titan
  • L’instabilité des anneaux de Saturne

    La fusion solaire

Certains créationnistes prétendent que le soleil ne fonctionnerait pas par fusion thermonucléaire, sa source d’énergie ne pourrait donc pas durer 4,5 milliards  d’années. La principale raison de  penser cela est que le total de neutrinos provenant du soleil est seulement le quart de ce qui était théoriquement prévu.  L’existence d’un flux de neutrinos peut tout d’abord s’expliquer par bien d’autres mécanismes que la fusion nucléaire. Alors, même si la théorie avait besoin de révision, il était très risqué d’affirmer que cette difficulté remettait en question la fusion solaire (pour être exact, certains disaient que le manque de neutrinos montrait que la fusion ne pouvait rendre compte de toute l’énergie du Soleil). Cependant, les ajustements nécessaires à la théorie ont maintenant été réalisés : selon une récente preuve expérimentale, le neutrino n’est pas une particule sans masse comme le photon, mais sa masse est non nulle comme l’électron. Avec cet ajustement, la théorie rend correctement compte du flux de neutrinos solaires.  Il n’y a donc aucune raison de douter que la fusion nucléaire est la source de l’énergie solaire.

    L’hydrogène et l’hélium sur Mercure, Venus, la Terre et Mars

Certains créationnistes  affirment que les théories dominantes seraient incapables de rendre compte d’un manque d’hydrogène et d’hélium sur les planètes Mercure, Vénus, la Terre et Mars. La réponse est simplement que ces gaz étaient présents lors de la formation de ces planètes, mais qu’ils se sont échappés pour deux raisons. La première est que ces planètes sont proches du Soleil et que la lumière du Soleil a rendu ces gaz plus énergétiques, leur permettant ainsi de s’échapper plus facilement. La deuxième raison est que ces quatre planètes sont plus petites que les planètes périphériques gazeuses géantes, ainsi la force gravitationnelle n’était pas suffisante pour retenir ces gaz légers.

    La durée de vie des comètes

Les comètes passant à proximité du soleil (celles  que nous voyons) ne pourraient avoir survécu 4,6 milliards d’années dans leur orbite actuelle. Ceci n’est pas nécessairement vrai pour des comètes ayant une période orbitale très grande, mais en général, ce point est valide.Pourtant, cette affirmation est un exemple « d’équation à un seul membre » qui prend en compte le taux auquel les comètes sont détruites mais ignore le renouvellement de cette population de comètes. Cette population est stable  car de nouvelles comètes sont constamment introduites dans le système solaire depuis au-delà de l’orbite de Pluton.Lorsqu’elles sont hors de portée des effets destructifs du soleil, les comètes peuvent avoir une durée de vie très longue. Celles qui passent à proximité du soleil n’ont pas eu une telle trajectoire depuis la formation du système solaire, elles ont été perturbées dans leur mouvement par un corps plus massique (une planète, une étoile ou même une autre comète). En observant les orbites des comètes, les scientifiques en ont déduit qu’elles provenaient de deux sources principales : la ceinture de Kuiper, un nuage en forme de disque juste au-delà de l’orbite de Neptune, et le nuage de Oort, de forme  sphérique qui pourrait s’étendre jusqu’à une année lumière du soleil. Une des preuves de cette théorie est que, contrairement aux autres corps du système solaire, la répartition est équivalente entre le sens direct et le sens indirect des orbites. C’est la preuve que ces comètes ne sont pas sur leur orbite d’origine, mais  qu’elles ont été déviées de manière statistiquement aléatoire et déviée dans leur orbite actuelle, selon la théorie de Oort/Kuiper. Toutefois, à cause de leur petite taille, de leur faible réflectivité et de leur grande distance par rapport au soleil, ces objets sont presque impossibles à détecter. Puisque cette théorie est cohérente et qu’elle explique toutes les observations, elle devrait suffire à dispenser les partisans d’une Terre jeune d’objections concernant la durée de vie des comètes. Récemment, l’expérience est venue  confirmer cette théorie grâce à des progrès dans la technologie des télescopes. Depuis  1995, plus de 50 objets provenant de la ceinture de Kuiper/Oort ont été découverts, confirmant cette théorie qui reste un objet d’étude pour la science des planètes.

    Les volcans sur Io

L’idée est que l’existence de volcans sur Io, le plus gros satellite de Jupiter, démontre que cette lune ne s’est pas refroidie depuis la création, et que celle-ci est donc récente.  Nous connaissons très exactement l’origine de cette chaleur interne à Io : très proche de Jupiter, des forces de marée énormes engendrent des frottements à l’intérieur du satellite. Voilà pourquoi c’est l’objet le plus actif sur le plan du volcanisme dans le système solaire. En réalité, les calculs basés sur l’effet de marée en avaient prévu l’existence  avant  l’arrivée de la sonde Voyager sur Jupiter, et sa découverte de l’activité volcanique de Io (voir Peale, Casson, et Reynolds, Science, v.203, pp. 892-894, 1979).

    L’instabilité des anneaux de Saturne

Comme la question du méthane de Titan, la question de l’instabilité des anneaux de Saturne est un « mystère inexpliqué » dû à un manque de données. Les anneaux de Saturne sont très complexes et nous n’avons eu que peu d’occasions de l’étudier de près (Pioneer 11 et les sondes Voyager n’ont été que des approches avec une instrumentation limitée). Dans l’état actuel de nos connaissances, il est vrai que nous ignorons comment les anneaux ont pu  rester stables pendant plus de 10 à 100 millions d’années. Il y a deux principales solutions possibles à ce problème : ou bien le secret de la stabilité des anneaux reste à découvrir, ou bien le système d’anneaux est en fait plus récent que Saturne.  La deuxième possibilité est intrigante : les anneaux des planètes géantes pourraient être cycliques, régénérés par du matériel qui erre trop près de Saturne et est disloqué par la gravitation, puis est à nouveau dissipé au cours du temps. Quelque soit l’explication, cela ne devrait pas avoir d’implication sur l’âge de Saturne, encore moins sur celui du système solaire ou de l’univers.

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