La Bible est-elle un livre d’Histoire ? (5)

Posté par Benoit Hébert

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Après avoir réalisé que la Bible avait été écrite avec une compréhension ancienne du cosmos que Dieu n’avait pas cherchée à modifier dans le processus d’inspiration, j’ai réalisé qu’il en était de même pour l’histoire contenue dans les récits bibliques. Dans un langage théologique, j’ai renoncé au présupposé du concordisme scientifique et historique.

 

C’est une démarche difficile pour quiconque a été éduqué dans une culture théologique qui ne se pose aucune question (ou très peu) à propos du rapport des textes bibliques à l’histoire. Pour l’immense majorité des évangéliques, Dieu pourrait presque être accusé de nous « mentir » si on réalisait qu’il nous parle au travers d’un texte qui ne décrit pas de façon « fidèle » ce qui s’est vraiment passé.La Bible perdrait sa fiabilité. Le croyant désemparé serait amené à faire lui-même le tri entre ce qui est « vrai » et ce qui ne l’est pas.

Cette façon de penser ne fait aucune nuance entre les différents modes de rédaction des livres bibliques, entre l’A.T. et le N.T. Les historiens, les archéologues et les exégètes n’ont rien à nous apporter pour éclairer le caractère historique des textes. Ceux qui tiennent compte des travaux de la « critique biblique » sont accusés de se placer au dessus des Ecritures et de la Révélation divine, de placer la raison et la science en arbitre, voire en juge des textes inspirés. Bref, de savoir les choses mieux que Dieu lui-même.

Cette façon d’aborder les textes est devenue intenable, et il est temps que le monde évangélique le réalise, s’il veut garder le contact avec la réalité et une pertinence spirituelle et intellectuelle pour notre génération.

Le défi qui se présente à notre communauté est clairement celui de savoir si nous serons capables d’effectuer une mutation vers un équilibre délicat mais indispensable à trouver. D’un côté ne pas tomber dans le libéralisme théologique et la rationalisation excessive des textes, et d’un autre une réelle ouverture en ce qui concerne les progrès des sciences bibliques et autres. Accepter qu’il demeure des questions ouvertes, des débats par exemple sur la façon dont le Pentateuque a été rédigé…

Nous sommes si fiers de notre culture théologique évangélique et nous pensons que nous avons tant à apporter aux autres branches du christianisme que nous méprisons parfois. Aurons-nous l’humilité de réaliser que d’autres, ailleurs, ont davantage et mieux réfléchi à ces questions que nous ?

C’est mon souhait. Le monde évangélique se caractérise par un dynamisme spirituel incontestable mais parfois aussi par une pauvreté dans la réflexion. Nous devons apprendre à marcher sur nos deux jambes !

Un ami évangélique m’a dit un jour en plaisantant, « les réformés, c’est un organisme avec une grosse tête et un tout petit corps. ». J’ai parfois envie de retourner la boutade…

Je reprends les propos de J.L. Ska en ce qui concerne les défis des rapports entre histoire et Bible, quelque soit d’ailleurs la branche du christianisme à laquelle ont appartient :

« Traditionnellement, la Bible se présente comme un livre d’histoire ou d’histoires avec un début, un long développement et une fin. Le début de l’histoire coïncide avec la création du monde et la fin avec la prédication de l’évangile dans l’Empire romain du 1er siècle après J.C. On pourrait même aller jusqu’à dire que, dans les derniers chapitres de l’Apocalypse,la Bible décrit de manière anticipée la fin ultime de toute histoire : la fin du monde. En clair,la Bible contient l’histoire du monde du début à la fin. L’histoire est partielle et fragmentaire, elle ne prétend en aucun cas être exhaustive ; elle cherche plutôt à dire l’essentiel sur notre monde ; elle affirme savoir comment il s’est constitué, pourquoi il existe, quelle est la vocation de l’humanité dans l’univers et comment prendra fin cet univers que nous connaissons. L’histoire racontée dans la Bible, c’est l’histoire de notre monde, et c’est notre histoire. Tout particulièrement la Bible raconte comment l’humanité a longuement cherché le salut qui lui a finalement été offert en Jésus-Christ.

Pendant des siècles, ces affirmations n’ont créé aucune difficulté, spécialement au sein du Christianisme. Aujourd’hui, par contre, depuis l’apparition de l’esprit critique, les choses sont bien différentes, et il est devenu nécessaire de se demander quel est le lien entre l’ »histoire racontée par la Bible » et l’ »histoire réelle ». Il s’agit donc d’établir avec plus de précision si l’ »histoire » racontée par la Bible est fiable ou non. »Les énigmes du passé

 

A suivre…


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6 Commentaires

  1. Avatar
    Marc sam 06 Oct 2012 Répondre

    salut Benoit,

    Quand Ska écrit « depuis l’apparition de l’esprit critique, les choses sont bien différentes, et il est devenu nécessaire de se demander quel est le lien entre « l’histoire racontée par la Bible » et « l’histoire réelle ». Il s’agit donc d’établir avec plus de précision si « l’histoire » racontée par la Bible est fiable ou non.« 

    Quel but poursuit-il ?

    Est-ce le seul fait d’éviter l’amalgame entre preuves historiques issues de l’archéologie et inspiration divine des Ecritures qui concerne le message spirituel délivré par la bible ?

  2. Avatar Auteur
    Benoit Hébert sam 06 Oct 2012 Répondre

    bonsoir Marc,

    Je ne suis pas sûr de bien comprendre ta question, mais je vais essayer d’y répondre.

    A partir des deux ouvrages de Ska que j’ai pu lire, c’est un spécialiste de l’A.T. qui croit en l’inspiration de la Bible, mais qui se pose honnêtement et sans détour les mêmes questions que beaucoup de croyants sincères en ce qui concerne l’historicité de certains textes, notamment de l’AT.

    Cela ne l’empêche effectivement pas de croire que la Bible est un texte qui nous enseigne la voie du Salut en J.C.

  3. Avatar
    Peel Olivier dim 07 Oct 2012 Répondre

    Ce qui me fait souvent sourire dans « les affirmations », dont ils ne doutent pas, c’est que des théologiens comme J.L. Ska et les autres (Römer, Rendtorff, etc.) c’est que « eux » ils savent mais les autres pas. Ils se donnent le titre d’historiens et ils ne le sont pas. Ils prétendent déterminer ce qui est historique de ce qui ne l’est pas. Les faits? Parfois, l’archéologie vient démontrer que la Bible ne s’est pas trompée et des fois, on ne sait pas. Alors, comme on ne peut rien prouver, on fait place à l’idéologie car on veut traiter la Bible comme un autre ouvrage classique, voulant démontrer que ce sont les hommes qui, en premier, sont à l’initiative de cette Bible. Pourquoi? Pour satisfaire leur ventre.

    Ils oublient que c’est avant tout un ouvrage dans lequel Dieu s’est impliqué personnellement et que des hommes (élus, choisis dans le secret de Dieu) poussés par l’Esprit-Saint ont écrit des lettres, des poésies, de l’histoire, rassemblés des mythes, etc…

    Ces théoriciens, dont tout n’est pas à jeter, dissocient ce qui est écrit de ce qui est inspiré. Comment être sûr que c’est la bonne méthode? Pour moi, la Bible fait un tout. Je ne peux dissocier ce qui est inspiré de ce qui est voulu et décidé par l’homme.
    Rien ne m’empêche d’étudier les textes bibliques avec des méthodes scientifiques mais ces méthodes ont leurs limites. Elles ne peuvent prendre la place de l’action de l’Esprit-Saint. On est pas malhonnête pour la cause. Trop de science, tue la science.

    Je ne sais pas si J.L. Ska croit réellement dans l’inspiration de la Bible comme le dit Benoît. Après lecture de cet ouvrage et des précédents (comme celui sur le Pentateuque), cet auteur suit la mouvance traditionnelle de l’interprétation des Écritures. Il croit dans l’inspiration des Écritures mais à sa manière, comme théologien d’une part, comme croyant d’autre part. C’est tout à fait révélateur dans la formulation que nous offre Benoît:
    « elle ne prétend en aucun cas être exhaustive ; elle cherche plutôt à dire l’essentiel sur notre monde ; elle affirme savoir comment il s’est constitué, pourquoi il existe, quelle est la vocation de l’humanité dans l’univers et comment prendra fin cet univers que nous connaissons. L’histoire racontée dans la Bible, c’est l’histoire de notre monde, et c’est notre histoire. Tout particulièrement la Bible raconte comment l’humanité a longuement cherché le salut qui lui a finalement été offert en Jésus-Christ. »

    Et de conclure sur cette fin de phrase: Merci monsieur Ska d’exister pour nous aider à comprendre comment il faut comprendre la Bible et les « histoires » de la Bible.

    Il y a un même débat en ce qui concerne le cerveau humain. Oui, on peut expliquer aujourd’hui le fonctionnement et la constitution cérébrale. Oui, il y a de nombreux faits chimiques dans notre cerveau. Mais cela suffit-il à expliquer ce qui se passe après la mort? Tout s’arrête-t-il à notre mort ou non?
    Il en est de même de la Bible. Oui, il y a une organisation et des interprétations humaines dans les Écritures. Oui, je peux tenter d’expliquer les Écritures. Mais il y a-t-il autre chose en plus que ce livre? N’est-il fait que de pages et d’écritures? Quelle place laisse-t-on encore à l’intervention de l’Esprit-Saint dans la rédaction et l’interprétation même des Écritures?
    Une question qui reste honnêtement ouverte du côté rabbinique mais qui a tendance à être fermé du côté chrétien.

    Une dernière chose. Il est vrai que les évangéliques ont cette fâcheuse tendance à vouloir imposer leur manière de comprendre et d’interpréter les Écritures comme étant la seule norme à suivre. Ils se plantent. On se plante.

    Mais croire que les autres, comme J.L. Ska, on une toute autre prétention que les évangéliques, c’est vouloir offrir une bonne conscience à ceux qui n’en ont pas. Non, ces théologiens, même si il y a des humbles parmi eux, n’aiment pas non plus qu’on les contredises ou qu’on leur dise qu’ils se trompent. Il y a une chasse gardée de leur « autorité » et des « éditions ».

  4. Avatar Auteur
    Benoit Hébert dim 07 Oct 2012 Répondre

    Bonjour Olivier!

    Je suis tout à fait d’accord avec toi:nous aurions en effet bien tort de réduire la portée des textes à une vision purement « historique » des choses et nous passerions à côté de l’essentiel.

    La Bible est un livre avant tout à la portée spirituelle!

    Mon propos dans cette série d’article n’est pas d’opposer l’aspect spirituel à l’aspect historique.

    Il est plutôt de montrer qu’il existe d’autres voies que la vision évangélique traditionnelle: confondre ces deux plans.

    La question n’est finalement pas de savoir « qui » a raison, mais la question est de savoir s’il est légitime ou non de se poser la question des rapports entre Bible et histoire.

    Je n’ai senti aucune arrogance dans les écrits de JL Ska. Quant à Römer, je suis en train de le découvrir dans l’Introduction à l’AT chez Labor et Fides. Là aussi, dans la préface, le but est clairement expliqué: il ne s’agit pas d’un ouvrage d’édification spirituel mais une explication sur ce que l’on sait ou que l’on croit savoir à propos des origines historiques, des époques de rédaction des textes…

    Le défi est en effet d’intégrer toutes ces connaissances à une vision spirituellement édifiante des textes. Sur ce point là je pense que je suis comme toi, un peu (bcp) frustré de la séparation des genres dans ce genre d’ouvrages.

    C’est peut-être à ce niveau que les évangéliques pourront positivement contribuer à la réflexion!

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    Peel Olivier dim 07 Oct 2012 Répondre

    Cher Benoît,

    Content et heureux que nous soyons d’accord. En effet, comme je le signalais dans ma précédente intervention, je ne connais pas J.L. Ska personnellement. Mais pour avoir fréquenté beaucoup de ces théologiens, je sais qu’ils ont souvent un orgueil démesuré. Il est rare que j’en croise un qui n’en ai pas. Mais il se peut que ce soit le cas de J.L. Ska.

    Oui, le défi est à relever pour nous, évangélique.

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    Georges Daras dim 07 Oct 2012 Répondre

    Bonsoir Olivier,

    Je ne vois pas ce qui te scandalise à ce point. Je peux comprendre le fond de ton propos, mais je trouve la manière dont tu l’exprimes injuste et insultante.

    Tout d’abord, Ska et Römer ne se donnent pas le titre d' »historiens ». Ils sont exégètes, spécialistes de l’Ancien Testament, ce qui implique de facto une dimension historienne dans leur discipline. Il sont de ce fait très bien placés pour s’engager sur le terrain historique. Pas forcément pour faire oeuvre d’historien (ce qu’aucun ne fait), mais pour aborder certains dossiers (ce que fait Ska) et les traiter de leur point de vue d’exégètes, sans pour autant négliger les travaux d’historiens.

    Ensuite, prétendre qu’ils font « ceux qui savent » alors que les autres ne savent pas est une affirmation hautement subjective de ta part. Un Ska ou un Römer sont d’abord des chercheurs dont le métier est l’étude des textes biblique. Ils savent très bien ce que recouvrent les notions de thèse et d’hypothèse. Évidemment, lorsqu’ils sont amenés à accomplir un travail de haute vulgarisation (dont le livre de Ska est un exemple parlant), la matière traitée subit forcément quelques simplifications et généralisations. Cela dit, il existe des points sur lesquels on est tout à fait certains, comme par exemple le fait que les écrits du Pentateuque (entre autres) soient composés d’une pluralité de sources d’époques et de milieux différents. C’est un fait observable.

    Enfin, affirmer que la Bible est une production humaine, ce qu’elle est de part en part, n’infirme en rien qu’elle soit inspirée et que ses auteurs l’aient été. Elle est ET l’un ET l’autre. Ska ou Römer se contentent de nous exposer comment la Bible a été écrite et les genres littéraires qui la caractérisent afin de favoriser une meilleurs compréhension. Où est le problème? Cela ne remet pas en cause l’inspiration des Écritures, pas plus que cela n’entrave ton édification et celle de l’Église dans l’Esprit Saint. La Bible est inspirée telle qu’elle est, telle que nous la découvrons, avec nos thèses, nos hypothèses, nos limites scientifiques. L’inspiration des Écritures ne dépend pas de la quantité de nos connaissances. Par contre, elles nous permettent de mieux comprendre ce que nous lisons, et à ne pas prendre un récit mythique pour de l’histoire, ou les récits « historiques » de la Bible comme une « description objective de faits ». Ces connaissances ont ce but particulier. Elles n’ont pas pour but ni même la possibilité de confirmer ou d’infirmer l’inspiration, qui se situe à un autre niveau que celui de la connaissance intellectuelle et scientifique.

    Sachons donc faire la part des choses, rendre à l’homme ce qui est à l’homme et à Dieu ce qui est à Dieu.

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