La Bible est–elle « exacte » en matière d’histoire ? (1)


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La question de l’ « exactitude  » historique dans la Bible est au cœur de mes réflexions depuis plusieurs années, depuis que j’étudie les rapport entre les onze premiers chapitres de la Genèse (d’Adam à Noé) et la science en particulier.

Avant d’entrer dans ce débat si sensible, j’aimerais rappeler la nature des rapports entre Bible et histoire qu’entretient la majorité des évangéliques. Je citerai pour cela Henri Blocher, dans quelques extraits d’un article intitulé « Inerrance et herméneutique » ( La Bible au microscope ).

Henri Blocher nous donne une définition historique de l’inerrance biblique (la Bible est « sans erreur »)

« La question (disputée) de l’inerrance

Les grands docteurs de l’époque orthodoxe parlaient d’infaillibilité ; ils s’expliquaient sans détour : l’Ecriture infaillible était pour eux « exempte de toute erreur », véridique au suprême degré, sans faute ni défaillance de mémoire. »

 

Mais, comme je l’ai écrit dans un article, plusieurs emploient une même expression en sous entendant des significations très différentes

« La question principale concerne ce qu’on met sous les mots : qu’affirment, au sujet de l’Ecriture, les tenants de l’inerrance-infaillibilité ? …

Le contenu de l’affirmation

Les adversaires de l’inerrance sont volontiers maximalistes quand il faut la définir : ils la décrivent (en la refusant) comme l’ »exactitude méticuleuse» des nombres, des généalogies, des citations, elle implique une expression rigidement littérale, l’anticipation du savoir de la science moderne, le nivellement de toute diversité biblique…Certains théologiens très proches de ceux que nous venons d’évoquer choisissent au contraire une stratégie minimaliste : le Bible échappe bien à l’erreur, mais l’erreur n’est plus vaguement, que « la déviation loin de la vérité enseignée par Dieu »-« infaillible » signifie « que la Bible entière atteindra son but de salut et d’édification . » (Henri Blocher)

 

Si je comprends bien Henri Blocher , pour que la Bible puisse être qualifiée de « sans erreur », les généalogies bibliques n’ont  pas besoin d’être historiquement « exactes », les nombres non plus. Fait-il allusion aux âges des patriarches, au nombre de guerriers impliqués dans les batailles de l’AT, au nombre des Hébreux ayant accompli l’exode hors d’Egypte ?

Henri Blocher évoque l’anticipation du savoir de la science moderne. C’est un point crucial. Ainsi, pour lui, le Saint Esprit n’a pas révélé par avance aux auteurs bibliques des vérités scientifiques sortant de leur domaine de compétence scientifique, dépassant la connaissance de leurs contemporains. Par exemple, les premiers versets de la Genèse n’évoquent pas le Big bang (« Que la lumière soit… »), c’est du moins une conséquence logique me semble-t-il.

Comme beaucoup de lecteurs de ce blog le savent déjà, je ne suis plus un « concordiste scientifique », c’est-à-dire que je ne crois pas qu’il nous faille faire correspondre les découvertes de la science moderne avec le texte biblique, pour la bonne raison que le Saint Esprit n’a effectivement pas cherché à dépasser le niveau de connaissance des auteurs. Je note aussi qu’Henri Blocher ne va pas jusqu’à affirmer que la Bible a été écrite avec une conception ancienne du cosmos (le firmament, les piliers, les extrémités de la terre…).

La conception de l’inerrance qualifiée par HB de « minimaliste » rejoint assez celle du « concordisme théologique total » de Denis Lamoureux, ou de l’inerrance limitée au domaine spirituel, ou encore une définition que j’emprunte à mon ami Roger Lefebvre : « la Bible ne contenant rien qui puisse induire la foi en erreur »

Henri Blocher évoque alors les déclarations de Chicago de 1978 comme un modèle du genre sur le sujet et il enchaîne avec une définition de l’inerrance :

 

« Les champions les plus représentatifs de l’infaillibilité-inerrance évitent les écueils du maximum et du minimum…

L’infaillibilité-inerrance signifie ceci : quand les écrivains sacrés, dans l’Ecriture, de manière explicite ou implicite, prétendent énoncer quelque chose de juste ou vrai, c’est à bon droit qu’il le font. Tout ce qu’ils affirment (dans leur situation et selon les conventions de leur langage) mérite l’entier assentiment du lecteur (oui et amen) : AUCUN PROGRES DU SAVOIR NE PEUT CONDUIRE A LE REJETER OU LE RECTIFIER, cela seul SOUS UN SEUL DES ASPECTS IMPLIQUES : nul n’aura jamais le droit de s’inscrire en faux contre l’Ecriture…

Les hagiographes ont pu parler de la réalité du monde dans les termes de l’expérience commune, telle que chacun la vit et la voit (langage dit « phénoménal », c’est-à-dire selon le phénomène, l’apparaître : « le soleil tourne) : ce type de discours était et demeure légitime ; on ne peut pas les taxer d’erreur sous prétexte qu’ils ne se sont pas situés dans un autre type de discours « scientifique ». Puisque Dieu, par eux, « assume la totalité d’un langage humain », avec toutes ses ressources et ses limitations-« seule l’erreur n’est pas recevable, comme le péché »- ils ont librement usé des façons de s’exprimer et des procédés litéraires qui s’éloignent de la formulation litérale mais qui n’auraient pas induit en erreur le lecteur intelligent de la situation primitive, capable de comprendre : les hyperboles et toutes les figures (tropes), brèves ou développées, les nombres arrondis, les simplifications schématiques, les télescopages dans les récits, les citations ad sensum, etc. Aucune erreur dans tout cela ; l’inerrance épouse la forme du langage lui-même. » (la mise en majuscule est de mon fait)

J’ai longtemps pensé qu’une telle conception de l’inspiration biblique faisait justice au texte lui-même, et rendait gloire à Dieu, mais ce n’est plus le cas. Je vais essayer de montrer sur un exemple comment une telle conception de l’inerrance ne peut conduire qu’à des conflits inextricables entre science/histoire et Bible et des impasses intellectuelles très lourdes de conséquence.

Prenons l’affirmation de Paul concernant Adam dans le discours à Athènes des Actes des Apôtres

« A partir d’un seul homme, il a créé tous les peuples pour qu’ils habitent toute la surface de la terre ; il a fixé des périodes déterminées et établi les limites de leurs domaines.” (Actes 17:26 Sem)

Clairement, Paul prend ici position en faveur du monogénisme. Pour lui, l’humanité toute entière est issue d’un seul homme, donc d’un seul couple : Adam et Eve. En cela, nous avons toutes les raisons de penser qu’il a adopté les opinions « scientifiques » de ses contemporains, comment pourrait-il en être autrement !

Nous savons aujourd’hui que l’humanité ne descend pas d’un couple unique, encore moins un couple ayant vécu au Néolithique, à l’époque où le place clairement le texte dela Genèse.Ce sont des données scientifiques extra bibliques qui nous en informent, et pas la Bible elle-même. Si je suis le raisonnement d’Henri Blocher, corriger la conception de Paul par de nouvelles données extra bibliques équivaudrait à « s’inscrire en faux contre l’Ecriture… ». Je pense au contraire qu’il s’agit de replacer le texte dans son contexte culturel et ne pas lui faire dire ce que le Saint Esprit n’a jamais souhaité y révéler.

Nous poursuivrons notre réflexion dans d’autres articles à suivre


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23 Commentaires

  1. Avatar
    gakari1 ven 24 Août 2012 Répondre

    Bonjour Benoit,

    Concernant la phrase de Roger Lefebvre: « la bible ne contient rien qui puisse induire la foi en erreur », j’avoue avoir du mal à comprendre, car cela semble assez vague et relatif.
    Si je base ma foi, par exemple sur l’existence d’Adam, d’Abraham ou de Moise et qu’un jour nous ayons la certitude qu’ils ne soient « que » des figures et qu’ils n’aient pas d’existences historiques telles que décrit dans la bible, je pourrai avoir une réaction de répulsion et dans ce cas, je pourrais dire qu’elle a induit ma foi en erreur, non ?

    Dans la mesure ou nous ne saurons jamais exactement (sur cette terre, du moins, peut-être) l’interprétation exacte, elle peut nous induire en erreur, je crois. Voir tous ceux qui se sont inspirés des conquêtes de Josué pour faire des horreurs.

    Soit je ne comprends pas cette expression, soit cette phrase n’est pas assez précise pour que je comprenne le principe d’innerance.

    Aussi, concernant le monogénisme, (même si ce n’est pas le sujet direct de l’article), un documentaire intéressant et récent :

    http://m.youtube.com/watch?v=uY-EqVmpNM0

    Yannick

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    Marc sam 25 Août 2012 Répondre

    Ben alors Yannick, tu ne parles pas le « Roger Lefebvre » couramment :?:

    Voici un petit article de Roger qui pourra te redonner le contexte de son expression favorite sur l’inerrance biblique. http://voxclamantis.skyrock.com/3016560671-D13-CECI-N-EST-PAS-UNE-PIPE.html

    Il ne faut pas confondre la lettre avec l’Esprit de la lettre… Là je pense que t’es d’accord.

    Marc.

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    Marc sam 25 Août 2012 Répondre

    Salut Benoit,

    La fin de l’article (l’affirmation de Paul) témoigne de la vraie difficulté de l’exercice.

    Comment les apôtres et les auteurs inspirés du NT ont-ils pu prendre des bases « fausses » pour affirmer des vérités spirituelles incontournables ?
    Cette tension évidente au sein du message biblique suffit à décourager bon nombre de chrétiens « habitués » à une certaines lecture des Ecritures faisant l’amalgame entre les vérités spirituelles et le contexte historique ou scientifique dans lesquels elles sont proclamées.

    Loin d’en avoir terminé avec mon « enquête personnelle », Denis Lamoureux et Peter Enns que tu cites sur ton blog m’ont déjà apporté un certains nombre de réponses convaincantes au travers de leurs ouvrages (je suis loin d’avoir tout lu..)..

    Cela demande un effort particulier (presque « contre-nature évangélique ») mais on parvient à distinguer dans les écrits des auteurs bibliques ce qui émane du message spirituel à transmettre : exemple que Dieu est à l’origine de la création donc de l’humanité, donc de tous les peuples et du moyen (humain) qui est utilisé pour transmettre cette vérité transcendante, à savoir son contexte historique et scientifique. Au temps et dans la culture de Paul on pensait « scientifiquement » que tous les peuples sortaient d’un couple unique. C’est ce que Enns appelle le « modèle incarnationnel » des Ecritures, DIeu n’a jamais cherché à outrepasser la connaissance de l’époque au travers de la bible, le message de Vérité spirituelle est transporté par des mots et un contexte humain.

    On peut d’ailleurs raisonnablement se demander ce qu’aurait bien pu produire une révélation de Paul sur le polygénisme humain pour les générations de ces 2000 dernières années avant l’avènement de la génétique…

    L’objectif de la bible n’est en effet pas de vouloir en mettre plein la vue avec des affirmations scientifiques ou historiques, mais de délivrer un message spirituel destiné à produire un fruit bien concret dans nos vies et à impulser une vie nouvelle et éternelle (excusez du peu)…

    Ceci dit, concernant l’histoire, il y a d’autres difficultés à résoudre comme tu as commencé à l’aborder dans l’article n° 2 de cette série.
    S’il s’avère assez évident (!..) que le 11 premiers chapitres de la Genèse sont écrits selon le genre littéraire du mythe (au sens d’allégorique) on ne peut pas en dire autant de l’exode et de l’histoire du peuple d’Israël en particulier qui semble bien ancré dans le réel.

  4. Avatar Auteur
    Benoit Hébert dim 26 Août 2012 Répondre

    Salut Marc,

    Oui, pour ceux qui ont conscience de toutes ces difficultés, il y a du pain sur la planche!

    J’essaye de partager qq réflexions et des lectures qui m’ont aidées dans cette petite série d’articles.

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    gakari1 lun 27 Août 2012 Répondre

    Ben non, Marc. Je n’ai pas fait « Roger Lefebvre » en seconde langue :)
    Merci pour l’article.

    Ce sont donc les originaux qui sont inspirés et sont La Parole de Dieu.
    Je connais cette logique évangélique, mais à mon avis elle soulève plus de problèmes qu’elle n’en résolve, ou ne fait juste que les déplacer.

    J’attends de lire la suite de l’article de Benoit.

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    David ven 17 Jan 2014 Répondre

    Bonjour,

    Encore une fois je vais commenter avec beaucoup de retard, mais je découvre seulement maintenant ces articles.
    Cette série m’intéresse particulièrement car j’ai été directement confronté à ce typos de problème.

    Il y a quelques années , j’ai commencé une licence d’histoire dans le but de devenir professeur d’histoire-géo. Très vite cependant je me suis ré-orienté vers la recherche et plus spécifiquement la recherche en histoire religieuse et je travaille actuellement sur le christianisme ancien.

    Ce domaine de recherche m’a évidement confronté à des questions nouvelles (problèmes du canon biblique, de la pluralité textuelle etc.) et je me suis rendu compte des grosses lacunes de la théologie évangélique dans ces domaines. Lorsque j’ai commencé à poser quelques questions à ce propos, je me suis tout de suite attiré les foudres de certaines personnes.

    La remise en cause de l’inerrance biblique était perçue comme une hérésie absolue et on m’a affirmé que les chrétiens y avaient toujours cru. Cet argument me dérangeait beaucoup, jusqu’au jour où je me suis aperçu qu’il était complètement faux. A force de travailler sur les textes anciens, je me suis rendu compte que la position des chrétiens était bien différente et qu’en réalité le fondamentalisme est une invention théologique bien tardive.

    A ce propos, je m’interroge sur cette phrase d’Henri Blocher :

     » La question (disputée) de l’inerrance
    Les grands docteurs de l’époque orthodoxe parlaient d’infaillibilité  »

    Qu’entend-il par « époque orthodoxe » et qui sont ces « grands docteurs » ?

    A l’occasion, je reprendrai cette question sur mon blog, mais j’ai déjà eu l’occasion de l’aborder rapidement dans un article :

    http://philochristos.wordpress.com/2013/02/02/inerrance-biblique-et-veracite-de-la-bible/

  7. Avatar Auteur
    Benoit Hébert ven 17 Jan 2014 Répondre

    Bonjour David,
    merci de nous faire part de ton cheminement. Le renoncement à l’inerrance historique et scientifique de la Bible gagne peu à peu du terrain chez les évangéliques à cause de toutes les dissonances intellectuelles insurmontables que ce dogme (non biblique) engendre. C’est en effet une invention assez récente dans l’histoire du christianisme, mais un ppe encore bien ancré chez bcp d’évangéliques!

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    Xavier mer 08 Juil 2020 Répondre

    Merci pour cet article (qui date un peu, mais bon…). Je suis bien d’accord avec la thèse de l’auteur de ne pas faire de la Bible un manuel de sciences quand ce n’est pas son but.
    Néanmoins, il faut être prudent avec certaines choses qui seraient censées être « acquises » par la science. Par exemple : « Nous savons aujourd’hui que l’humanité ne descend pas d’un couple unique ». Sauf erreur de ma part, il n’y a aucune preuve de cela. Seulement des hypothèses. Un grand professeur de génétique comme le Pr Lejeune ne considérait pas du tout le polygénisme comme un acquis irréfutable.
    Il y a donc une certaine humilité à avoir des deux côtés je pense. Certaines choses du discours scientifiques ne sont que des théories.
    Cordialement,

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      Marc Fiquet mer 08 Juil 2020 Répondre

      Bonjour Xavier,
      Merci pour ton message, oui l’article date un peu mais la discussion est toujours d’actualité la preuve…

      le fait que l’humanité ait émergée par spéciation d’un groupe constitué de plusieurs milliers d’individus constitue aujourd’hui le consensus scientifique.
      Un consensus ne signifie pas que certains scientifiques peuvent s’en tenir à l’écart pour des raisons qui leur sont propres, je vois que le Pr Lejeune est très proche des milieux catholiques, il peux donc vouloir défendre une vision du monde en fonction d’une tradition religieuse.
      Voir ici pour la notion de consensus scientifique :
      https://www.scienceetfoi.com/cest-quoi-un-consensus/
      on en parle aussi ici : https://www.scienceetfoi.com/ya-pas-debat/

      Quant à la confusion courante entre théorie de l’évolution et hypothèse d’une évolution pour l’espèce humaine (c’est ce modèle qui soutient le polygénisme) voici une vidéo de notre chaîne youtube qui explique assez bien les choses :
      https://youtu.be/MbYdNqYX5H4

      En espérant que ça te soit utile

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        Xavier mer 08 Juil 2020 Répondre

        Merci pour votre réponse.
        Vous avez raison, le polygénisme fait le consensus. Mais justement, le consensus n’est pas nécessairement la vérité. Ne faut-il pas distinguer ce qui est avéré par l’observation – qui seule peut confirmer ou infirmer une théorie scientifique – (par exemple le fait que la Terre soit ronde, la micro-évolution, etc) de ce qui n’est qu’une théorie (macro-évolution, origine de l’homme, etc.) ?
        Les théories scientifiques ont leur utilité et ont un certain pouvoir explicatif mais il faut se garder de valider d’emblée une théorie scientifique qui n’a pas été prouvée par l’expérience.
        Ainsi, je ne pense pas avoir vu de preuve décisive en faveur du polygénisme ou du monogénisme (ce qui semble d’ailleurs impossible puisque personne n’y était pour observer comment ça s’est passé et que nous ne pouvons remonter dans le temps…).
        Autrement dit, rien à ma connaissance ne contraint la raison en faveur de l’une ou l’autre théorie.
        Cordialement,

        • Avatar
          Marc Fiquet mer 08 Juil 2020 Répondre

          Pas la peine d’y être puisqu’on en porte les traces dans notre génome ;-) Ce qui te trouble peut-être c’est que certains spécialistes ne semblent pas être d’accord, tout comme certains cosmologistes peuvent être contre le modèle du big bang, mais combien sont-ils ? et pourquoi n’adhèrent-ils pas au consensus ?

          Les médecins légistes sont très bien placés pour dire que la science n’a pas toujours besoin de l’observation directe pour reconstituer une vérité historique.

          Voir ces questions auxquelles répondent deux scientifiques chrétiens et notamment le point 11 concernant la science historique :

          https://www.scienceetfoi.com/ressources/chap-13-questions-que-se-posent-les-chretiens-sur-linterpretation-de-la-nature/

          • Avatar
            Chrétien ven 10 Juil 2020 Répondre

            « Les médecins légistes sont très bien placés pour dire que la science n’a pas toujours besoin de l’observation directe pour reconstituer une vérité historique. »

            Sauf qu’ils ne pourront jamais vérifier que leur « reconstitution d’un vérité historique » est correcte, puisque pour ce faire il faudrait qu’ils puissent remonter dans le temps, c’est tout le problème avec la science dite historique, et c’est la raison on doit toujours préciser qu’il s’agit d’hypothèses et non de faits scientifiques. Citons à ce sujet le fameux paléontologue évolutionniste Henry Gee :

            « Aucun fossile n’est enterré avec son certificat de naissance. Cela, et la rareté des fossiles, signifie qu’il est effectivement impossible de relier les fossiles en chaînes de cause à effet d’une manière valable… Prendre une ligne de fossiles et prétendre qu’ils représentent une lignée n’est pas une hypothèse scientifique qui peut être testée, mais une affirmation qui a la même validité qu’une histoire du soir – amusante, peut-être même instructive, mais pas scientifique. »

            « Nous inventons ces histoires, après coup, pour justifier l’histoire de la vie selon nos propres préjugés. »

            (In Search of Deep Time – Beyond the Fossil Record to a New History of Life, pp. 116-117.)

            Puis une recension par Peter J. Bowler de « In Search of Deep Time » dans The American Scientist (vol. 88, mars/avril 2000), p. 169 :

            « Nous ne pouvons pas identifier les ancêtres ou les « chaînons manquants », et nous ne pouvons pas concevoir de théories testables pour expliquer comment des épisodes particuliers d’évolution sont survenus. Gee est catégorique : toutes les histoires populaires sur la conquête de la terre ferme par les premiers amphibiens, sur la façon dont les oiseaux ont développé des ailes et des plumes pour voler, sur la disparition des dinosaures et sur l’évolution des humains à partir des singes sont le fruit de notre imagination, motivée(s) par des préjugés et des idées préconçues. »

            • Avatar
              Marc Fiquet ven 10 Juil 2020

              bjr chrétien,

              1. Tu penses peut-être que le témoignage direct est une source sûre d’observation ?
              alors que penser des divergences des témoignages lors des procès ?

              2. La justice fait confiance au diagnostic des médecins légistes, c’est donc bien la preuve que ça fonctionne. S’il y avait un doute on ne condamnerait pas des gens sur la base des diagnostics des experts… on sait reconstituer la mort d’un corps à qq h près et même les conditions grâce à des techniques bien maîtrisées aujourd’hui. https://www.police-scientifique.com/medecine-legale/constatation-de-la-mort/. Tu n’entends rien aux sciences historiques…

              Les paléontologues font des prédictions en allant fouiller dans les couches en fonction de ce qu’ils s’attendent à trouver, et les résultats confirment les hypothèses que leur fournit à ce jour le modèle de la théorie de l’évolution.

              cf https://www.youtube.com/watch?v=mntwlQJfAII

            • Avatar
              Chrétien ven 10 Juil 2020

              Salut Marc,

              « Tu penses peut-être que le témoignage direct est une source sûre d’observation ? »

              Oui, si c’est Dieu le témoin direct, comme dans le récit de la création :p

              « alors que penser des divergences des témoignages lors des procès ? »

              Ce n’est pas le juge lui-même qui a observé ce qui s’est passé, de plus ici il s’agit de témoignages humains, donc faillibles. 

              « La justice fait confiance au diagnostic des médecins légistes, c’est donc bien la preuve que ça fonctionne. »

              Oui, et pourtant ça ne prouve pas qu’ils ne se sont pas trompés, les erreurs judiciaires il y en a eu, et il y en a encore, tu as une liste ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_erreurs_judiciaires_en_France. De plus, personne ne pourra vérifier que le jugement était correct, bref c’est toujours le même problème.

              Et c’est encore pire avec la paléontologie, là on doit tenter de reconstituer un passé encore plus lointain, lis donc ce que dit un expert comme Gee.

            • Avatar
              Marc Fiquet ven 10 Juil 2020

              En fait un des exercices préféré de la stratégie « créationniste » est de piocher des citations dans la littérature de scientifiques dit « évolutionniste » pour tenter de démontrer l’incohérence de la théorie de l’évolution. On leur fait dire un peu n’importe quoi.

              il faudrait remettre ces citations dans leur contexte, ils adhérent sans réserve à la théorie de l’évolution.
              Peter J. Bowler est un historien des sciences qui s’est positionné fermement contre les idées créationnistes.

              une revue en Français de son ouvrage Darwin deleted Imagining a World without Darwin est disponible ici :
              http://thomas.lepeltier.free.fr/cr/bowler-darwin-deleted.html

              « Bref, un monde sans Darwin serait très similaire à ce qu’il est aujourd’hui : la théorie de l’évolution serait largement admise, la sélection naturelle aurait fini par y être intégrée et la plupart des événements historiques se seraient produits à l’identique. Seule différence, sans Darwin, l’idée d’évolution aurait peut-être été acceptée plus rapidement. »

            • Avatar
              Chrétien ven 10 Juil 2020

              Sauf que là j’ai bien lu le contexte de ces citations, et il n’y a aucun problème, de plus je t’ai également cité un extrait d’une recension de son bouquin par un auteur qui comprend ce qu’il dit exactement comme moi, en fait c’est juste une question de bon sens et de connaissances en épistémologie, ce qui n’est pas votre fort sur ce blog c’est sûr…

              Tu écris :

              « Bref, un monde sans Darwin serait très similaire à ce qu’il est aujourd’hui : la théorie de l’évolution serait largement admise, la sélection naturelle aurait fini par y être intégrée et la plupart des événements historiques se seraient produits à l’identique. Seule différence, sans Darwin, l’idée d’évolution aurait peut-être été acceptée plus rapidement. »

              Mais tu sais très bien qu’aucun créationniste sérieux ne remet en question le concept de sélection naturelle (une idée qui vient aussi de créationnistes comme Edward Blyth au passage, que Darwin consultait pas mal semble-t-il), c’est un fait scientifique qui a été observé et reproduit de multiples fois, l’ascendance commune c’est une toute autre paire de manche (et elle est vraisemblablement fausse, Sanford l’a démontré avec son logiciel Mendel’s Accountant)…

            • Avatar
              Temaro ven 10 Juil 2020

              Bonsoir Chretien,

              Il me semble que tu tournes en rond là, en contestant de manière récurrente la notion de preuve historique…

              Est-il nécessaire de rappeler que l’observation en temps réelle SEULE, fut-elle reproductible à l’infini, n’explique aucun fait ? Elle nous induit même le plus souvent en erreur comme le rappelle E.Klein avec, par exemple, la loi sur la chute des corps !

              Passe donc à la vitesse supérieure par exemple en lisant ce pdf où un chapitre fort instructif est consacré à la preuve historique.

               » Recit de l’histoire de la vie ou De l’utilisation du recit  » (Guillaume Lecointre)
              https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&url=http://glecointre.mnhn.fr/docs/lecointre-vie.pdf&ved=2ahUKEwjBwszxtcPqAhUgDmMBHbJZCSYQFjAAegQIBRAB&usg=AOvVaw0darx4HjXiz3BeszdDpV8V

            • Avatar
              Marc Fiquet sam 11 Juil 2020

              désolé les amis, mais nous n’allons pas relancer une conversation fleuve maintes fois abordée et sans rapport direct avec le sujet de article.

              Laissez-moi le mot de fin si vous le permettez pour caricaturer un peu la teneur de nos échanges.
              Temaro fournit un très bon dossier qui explique comment s’articulent sciences historique et expérimentale au sein de la théorie de l’évolution. Celui qui cherche à comprendre possède tous les éléments pour cela.

              Mais on peut aussi sortir un des paragraphe du dossier pour dire que Lecointre montre que l’évolution dans sa dimension historique n’est pas digne d’une démarche scientifique (p. 396). Or ce n’est pas le sens du paragraphe suivant.

               » Il faut donc avoir conscience qu’une fresque historique remplit un besoin d’intelligibilité de notre propre histoire, mais ne suit pas réellement, dans son élaboration, une démarche scientifique, car il n’est pas possible de justifier solidement la sélection des « événements» » qu’elle contient. »

              Restons-en là SVP..

            • Avatar
              Chrétien sam 11 Juil 2020

              En oubliant pas préciser que Lecointre est un athée militant, je dis ça, je dis rien ;-)

              Pour conclure : un chrétien n’a aucunement besoin d’adhérer au « consensus » ici, ce dernier n’étant que le narratif des matérialistes athées.

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          Temaro mer 08 Juil 2020 Répondre

          Bonjour,

           » Ne faut-il pas distinguer ce qui est avéré par L’OBSERVATION – qui seule peut confirmer ou infirmer une théorie scientifique  »

           » je ne pense pas avoir vu de preuve décisive en faveur du polygénisme ou du monogénisme (ce qui semble d’ailleurs impossible) puisque personne n’y était pour observer comment ça s’est passé et que NOUS NE POUVONS REMONTER DANS LE TEMPS…  »

          Vos remarques sont pertinentes, et la non moins pertinente réponse nous est fournie par la génétique des populations.

          Voici un lien que je vous invite à suivre (parmi de nombreuses autres sources, y compris sur ce blog)
          https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Génétique_des_populations

          La première partie  » Introduction simplifiée à la génétique des populations humaines  » est très instructive.

          (extrait de l’article: partie  » Applications « )

           » L’étude de l’ADN mitochondrial a ainsi montré que tous les ADNmt actuels dérivaient d’ancêtres théoriques communes appelées ève vivant en Afrique, il y a environ 150 000 ans.
          Un autre marqueur génétique uniparental qui permet le même genre d’études est le chromosome Y. Ainsi, le plus récent ancêtre patrilinéaire commun est l’humain mâle de qui tous les chromosomes Y des hommes vivants descendraient. En analysant l’ADN de gens dans plusieurs régions du monde, le généticien Spencer Wells a conclu que tous les humains vivant aujourd’hui seraient les descendants d’ancêtres mâles qui auraient vécu en Afrique il y a environ 60 000 ans. « 

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    Temaro sam 11 Juil 2020 Répondre

    Salut Marc,

    Sans relancer le débat (ce n’est pas le but) je crains ne pas avoir bien saisi ta dernière réponse dans laquelle tu soulignes, je cite:

     » Lecointre montre que l’évolution dans sa dimension historique n’est pas digne d’une démarche scientifique (p. 396).  »

    Or ce n’est pas le sens du paragraphe suivant:
    » Il faut donc avoir conscience qu’une fresque historique remplit un besoin d’intelligibilité de notre propre histoire, mais ne suit pas réellement, dans son élaboration, une démarche scientifique, car il n’est pas possible de justifier solidement la sélection des « événements» » qu’elle contient. »

    En clair, où vois-tu un problème (un sens différent de ce que Lecointre montre par ailleurs) dans l’extrait ci-dessus ?

    Merci de preciser ta pensée.

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      Marc Fiquet sam 11 Juil 2020 Répondre

      j’aurais du utiliser le conditionnel pour être encore plus clair :

      « on pourrait aussi sortir un des paragraphes du dossier pour dire que Lecointre montre que l’évolution dans sa dimension historique n’est pas digne d’une démarche scientifique. »

      C’était pour illustrer par un exemple concret ce que font souvent plusieurs auteurs « créationnistes » donnant aux écrits des scientifiques « évolutionnistes » une portée hors de propos car sortis de leurs contextes.

      Je ne dis pas que ce type de bais est l’apanage de cette école de pensée en particulier mais c’en est un schéma récurrent.

      • Avatar
        Temaro sam 11 Juil 2020 Répondre

        Ah oui effectivement.
        Je n’avais pas perçu l’illustration au premier abord.
        Mais au deuxième rabord, c’est effectivement très pertinent.

        Bonne journée

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