La Bible contient-elle de la « science ancienne »? Réponse aux arguments de J. C. Collins (2/2)

Posté par Benoit Hébert


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Il n’y a rien de vraiment nouveau dans les arguments de Collins et son refus de reconnaître dans la Bible une « science ancienne » ou plus simplement une description ancienne du monde physique partagée par tous les peuples de l’ère pré scientifique et en particulier par ceux du Proche Orient Ancien. Collins utilise principalement les arguments de langage  » phénoménologique  » et/ou « poétique ». Simplement, il le fait en ayant recours à un vocabulaire sophistiqué issu de la linguistique et de la communication. Dans sa conclusion, il résume lui même en quelques lignes son propos.

 

 Voyez vous, je ne suis pas en train de dire qu’aucun des auteurs de la Bible ne tenait pour vrai une telle image « primitive » du monde dont nous avons parlé. Je suis plutôt en train de dire que nous ne pouvons pas prendre leurs écrits en tant qu’affirmation d’aucune sorte de ces images, et encore moins comme une invitation pour nous à affirmer ces images. Comme il est normal dans tout comportement humain, nous ne pouvons pas dire à partir de leur locution quelles étaient les représentations du monde physique auxquelles ils tenaient (ou même s’ils en avaient une quelconque). En effet, dans la Bible, les références aux monde physique sont ou bien conventionnelles (comme les « 4 coins du monde » le serait pour nous), ou bien poétiques ; et quand elles sont poétiques, elles invitent le lecteur à se faire une image du référent comme si il était ainsi ou ainsi. Dans chaque cas, nous pouvons facilement identifier les référents ou nous faire une image adaptée, pour coopérer (ou pas) avec la communication.

 

Tous ceux qui croient dans l’inspiration de la Bible croient, comme Collins, que les « images du monde physique » utilisées  permettent à chacun de comprendre le message biblique. Pour autant,  est il légitime de faire une distinction entre la conception du monde physique des auteurs bibliques et ce qu’ils en ont écrits ?  Nous sommes visiblement invités à le faire par Collins sous prétexte que ces descriptions font partie de textes « poétiques », mais aussi par des arguments linguistiques selon lesquels on ne peut pas, à partir de leurs écrits extrapoler sur ce qu’il pensaient de la structure de l’univers. Collins est bien obligé de reconnaître que les auteurs bibliques pensaient très certainement la même chose sur la structure du cosmos que leurs contemporains.  Pourtant, alors que cette description se retrouve de façon assez évidente dans la Bible, nous sommes invités à la considérer uniquement comme un outil de communication « phénoménologique », sous prétexte qu’elle n’est visiblement pas le coeur du message spirituel.

 

Le théologien Paul Seely a largement montré pourquoi ce type de raisonnement est une projection de connaissances et de conceptions modernes sur le texte inspiré, et qu’il est ainsi interprété hors de son contexte historique et culturel.  Reprenons un cas d’école évoqué par Collins dans son article : celui du « raqia », le fameux « firmament« . Paul Seely en parle de façon très percutante en d’autres termes que Collins.

 

« Le lexique hébreux standard ainsi que de nombreux spécialistes modernes de la Bible (S. P. Driver, H. Gunkel, J. Skinner, G. von Rad, C. Westermann) ont défini le raqia (« firmament ») comme un dôme solide surplombant la terre. Pourtant, depuis Calvin, d’autres spécialistes « conservateurs » l’ont défini comme une étendue atmosphérique. Certains d’entre eux ont mis un soin tout particulier à réfuter le concept d’un dôme solide sur la base du fait que la bible fait aussi référence au ciel comme une tente, et que ses références à des fenêtres (ou écluses des cieux) et aux piliers de la terre sont visiblement poétiques. Ils affirment donc que le mot raqia signifie simplement « étendue ». Ils disent aussi que la compréhension du raqia comme un dôme solide repose sur la traduction de la septante (stereonoma), qui reflète simplement la vision grecque des cieux au moment où les traducteurs ont fait leur travail. Ainsi la traduction de raqia comme une étendue atmosphérique est la version historique, alors que la traduction par firmament serait simplement le résultat du fait de forcer le langage poétique biblique pour lui faire dire quelque chose en accord avec un concept que l’on trouve dans l’épopée babylonienne d’Enuma Elish.

Pourtant, comme nous allons le montrer en grand détail, l’histoire nous montre que le raqia était initialement conçu comme un dôme solide et pas une étendue atmosphérique. Les preuves grammaticales de l’A.T. que nous examinerons dans un second temps reflètent et confirment cette conception de solidité. Le fait historique simple qui nous permet de connaître la signification de raqia dans Genèse 1 est simplement le suivant : tous les peuples dans le monde ancien pensaient que le ciel était solide. Ce concept n’a pas commencé avec les Grecs.

Cette question est pourtant soulevée dans l’esprit des hommes modernes, puisqu’ils ont connaissance du fait que le ciel et l’espace sont presque infinis. Est-ce que les peuples scientifiquement naïfs croyaient vraiment dans un ciel solide, ou bien employaient-ils simplement un concept mythologique ou poétique ? Ou bien peut-être s’exprimaient-ils juste en langage phénoménologique, sans s’attendre à ce que le ciel soit effectivement solide ? C’est-à-dire faisaient-ils référence à l’apparence du ciel, mais étaient-ils capables de faire la différence entre l’apparence et la réalité ?

La réponse à cette question, comme nous allons le voir plus clairement plus bas, est que les peuples scientifiquement naïfs utilisaient leur concept de ciel solide dans leur mythologie, mais qu’ils croyaient néanmoins que le ciel solide faisait partie de la réalité physique. Et c’est précisément parce que les peuples anciens étaient scientifiquement naïfs qu’ils ne faisaient aucune différence entre les apparences du ciel et leur conception scientifique du ciel. Ils n’avaient aucune raison de croire que ce qu’ils voyaient n’était pas la réalité, c’est-à-dire les étoiles au dessus d’eux étaient fixées dans un dôme solide et le ciel touchait littéralement la terre à l’horizon. Ainsi, l’apparence était pour la réalité et ils en ont conclu que le ciel devait être une partie solide de l’univers, tout comme la terre elle-même. »

Bref, l’argument de Collins paraît bien tiré par les cheveux. Il n’y a aucune raison de penser que les auteurs bibliques pensaient autre chose que ce qu’ils ont écrits quand ils ont décrit l’univers physique et sa structure. Nous savons aujourd’hui que cela correspondait à ce que tous les peuples pré scientifiques croyaient à partir de leurs observations quotidiennes…

Nous les Gaulois n’avons peur que d’une chose, « c’est que le ciel nous tombe sur la tête !« 

 

La seule motivation de Collins paraît bien être le sauvetage désespéré des déclarations de Chicago à propos de l’inerrance biblique en matière de science.

Ceux qui font de ce sujet un principe théologique non négociable rejoindrons donc certainement C. J. Collins dans son analyse.

 

Pour ceux qui comme P Seely ou d’autres spécialistes ont abandonné toute idée de concordisme scientifique dans la Bible, ils seront à même de reconnaître que celle-ci a été écrite avec une vue ancienne du Cosmos. Le lecteur ne cherche pas alors à projeter sur le texte biblique sa propre compréhension du monde telle que la science moderne l’enseigne mais il tire du texte lui-même un message spirituel « incarné » dans la « science » de l’époque du Proche Orient Ancien.

 

C’est bien sûr cette deuxième option qui a notre préférence car elle reste plus fidèle au principe d’exégèse, elle permet de dégager l’interprétation du texte biblique du piège du conflit avec les données de la science moderne.


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1 Commentaire

  1. Manu lun 27 Août 2018 Répondre

    Sola Scriptura… and the Chicago Statement on Biblical Inerrancy.

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