La Bible comporte-t-elle des erreurs ? Par John Walton

Auteur : John Walton
Print Friendly, PDF & Email

 

L’article original peut être consulté sur le site de la fondation BioLogos

 

NOTE DE L’ÉDITEUR : à Biologos, un de nos buts premiers est d’accueillir et présenter les discussions bienveillantes et réfléchies sur des questions controversées auxquelles l’Église est confrontée. Une de ces questions touche à l’autorité biblique. Que signifie le fait que la Bible soit la Parole inspirée de Dieu ? Comment cette conviction devrait-elle être exprimée et défendue ? Cet article fait partie d’un débat que Biologos a engagé sur ce sujet.

 

« Croyez-vous que la Bible comporte des erreurs ? »

Ce type de question m’est souvent adressé par des chrétiens qui souhaitent savoir si, comme eux, j’ai foi dans la véracité de l’Écriture. Il s’agit là d’une foi essentielle, partagée par la majorité des chrétiens, et ce pour des raisons valables.

Premièrement, la Bible vient de Dieu et nous ne nous attendons pas à ce que Dieu proclame un message erroné. Deuxièmement, sans une telle conviction, il serait difficile de faire confiance à la Bible en tant que source de nos convictions théologiques.

Cependant, toute personne qui veut prendre la Bible au sérieux doit trouver un langage qui rend compte de sa véracité et de sa fiabilité, et doit comprendre comment appliquer ce langage à la Bible d’une façon cohérente – il s’agit d’un défi de taille. Qu’est-ce qui pourrait constituer une erreur ? Y-a-t-il des erreurs qui importent peu ? Y-a-t-il en la matière une échelle d’importance ?

Différentes traditions ont choisi des voies distinctes pour exprimer cette doctrine. Certaines parlent de la Bible comme d’un guide infaillible de la vérité ; d’autres se chamaillent pour savoir si la Bible est la vérité ou contient la vérité.

 

Qu’est-ce que l’infaillibilité de la Bible ?

D’autres, comme moi, emploient le mot « infaillibilité » pour rendre compte de leur conviction. Je fais partie d’une tradition évangélique fortement influencée par la déclaration de Chicago sur l’infaillibilité, déclaration rédigée par un groupe de spécialistes dans les années 1970 afin de fournir aux chrétiens un langage pour exprimer leur foi dans la vérité biblique. Cette déclaration est devenue un modèle de référence, même pour ceux qui ne l’approuvent pas en tous points. C’est à ce stade que la discussion s’engage, même si elle ne s’arrête pas là. Voici quelques formules clés que l’introduction à cette déclaration utilise pour définir « l’infaillibilité » :

Extrait de l’article II : « L’Écriture Sainte, qui est la Parole même de Dieu, écrite par des hommes préparés et contrôlés par son Esprit, est d’une autorité divine infaillible dans tous les sujets auxquels elle touche : conformément à l’instruction de Dieu, elle doit être crue en tout ce qu’elle affirme ; obéie comme à un commandement de Dieu en tout ce qu’elle demande ; accueillie comme l’engagement de Dieu en tout ce qu’elle promet. »

Extrait de l’article IV : « Étant intégralement et verbalement le don de Dieu, l’Écriture est sans erreur ni faute dans tout son enseignement, tout autant à propos de son affirmation des actions de Dieu dans la création, des événements de l’histoire du monde et de sa propre origine littéraire sous l’égide de Dieu, qu’à propos de son témoignage de la grâce salvatrice de Dieu dans les vies individuelles. »

Dans ces extraits, l’infaillibilité est définie comme une caractéristique propre à ce que la Bible soutient dans tout de son enseignement. De nombreuses personnes, chrétiennes et non chrétiennes, semblent concevoir l’infaillibilité de telle sorte que tout ce qu’elles lisent dans la Bible devrait être dépourvu d’erreurs et conforme à ce que son contenu donne à voir au premier coup d’œil. Mais comprendre ce que la Bible affirme requiert une démarche attentive d’interprétation. L’infaillibilité ne nous dit pas, elle-même, ce que la Bible atteste vraiment. Elle indique seulement que, quel que soit ce que la Bible affirme, cela est entièrement vrai et exempt d’erreurs.

 

Quel est le rôle du contexte dans lequel la Bible a été écrite ?

Depuis les premières discussions théologiques sur la nature de l’Écriture dans les premiers siècles de l’histoire de l’Église et tout au long de la Réforme engagée dans les temps modernes, les théologiens ont reconnu le besoin de distinguer le message infaillible de l’Écriture et le caractère limité du contexte culturel humain dans lequel l’Écriture fut rédigée. Ce paramètre est souvent appelé « accommodation ».

Considérons par exemple le Psaume 16.7b qui, s’il est traduit littéralement, s’énonce ainsi : « Mes reins m’instruisent pendant la nuit ». Tous les anciens croyaient que l’ensemble des processus cognitifs avait pour sièges le cœur, le foie, les reins et d’autres organes internes (ils ne connaissaient pas la physiologie du cerveau). Il apparaît que le psalmiste n’avait aucune connaissance poussée de la manière dont la cognition fonctionne à un niveau scientifique. La Bible est-elle pour autant dans l’erreur ? Non, parce que ce passage n’essaie pas de montrer comment le corps humain fonctionne. Il n’entérine pas un point de vue d’ordre physiologique. Le Saint-Esprit adapta le message divin de la fidélité de Dieu au vocabulaire culturel de l’époque de David.

Cet exemple n’est pas isolé. Dans toute la Bible, nous trouvons une adaptation constante à la manière de penser des hommes de l’ancien monde. Dans le domaine de la science, la Bible n’énonce rien qui va au-delà de l’entendement ou de la foi des personnes de l’ancien monde. Celles-ci croyaient en un univers géocentrique avec une Terre plate en son centre, et c’est en ces termes que la Bible s’exprime. La Bible ne décrète pas pour autant que la Terre possède cette géographie cosmique.

Les déclarations de la Bible sur le monde naturel relèvent de la notion d’agent, à savoir le fait que Dieu est l’agent de la création à tous les niveaux et de toutes les manières. Tout a été créé par lui. À contrario, la science ne peut pas se prévaloir d’être un agent. Ses allégations concernent les mécanismes à l’œuvre, domaine dans lequel la Bible ne s’avance pas. Si la Bible ne fait pas d’affirmations contraires à celles de la science, elle est alors compatible avec la science. Si la Bible est compatible avec la science, les réserves émises sur les idées scientifiques modernes devraient être fondées sur une critique de la science et non sur une contradiction inhérente à l’Écriture. Les déclarations de l’Écriture ne peuvent être jugées comme véridiques ou erronées à l’aune des outils de la science, utilisés isolément.

 

Comparer la Bible aux découvertes de la science ?

Il est fréquent que les chrétiens croisent les affirmations bibliques et celles de la science. Certains estiment que, pour honorer l’infaillibilité de la Bible, ils se doivent de la lire d’une manière littérale. Cette lecture « littérale » les conduit à conclure que la Bible enseigne un déluge global et une jeune terre ; et, si tel est le cas, les déclarations bibliques sont en conflit avec celles avancées par la science dominante. L’écueil potentiel de ce raisonnement tient au fait que de telles conclusions ne sont tirées qu’à partir d’interprétations particulières de passages bibliques. Ces interprétations ne correspondent pas à des déclarations irréfutables du texte biblique lui-même et, par conséquent, elles ne peuvent revendiquer l’appui de l’argument d’infaillibilité. Le principe d’accommodation propre au texte biblique ne doit pas être tenu comme une erreur.

D’autres croient que les auteurs bibliques firent des « prophéties » divinement inspirées sur les découvertes futures de la science et que, par conséquent, l’autorité biblique s’étend à ces domaines. Dans ce cas, l’affirmation traditionnelle selon laquelle Dieu étend les cieux peut être interprétée comme une révélation surnaturelle du concept moderne de l’expansion de l’univers. Ceux qui établissent une telle interprétation savent bien que l’auteur biblique ne pouvait pas consciemment raisonner ainsi, mais ils soutiennent cette idée en invoquant l’œuvre anticipée du Saint-Esprit qui transcende les intentions de l’auteur humain. Quels que soient les mérites d’une telle approche, ces « prophéties » ne peuvent pas être interprétées comme des affirmations infaillibles de l’Écriture. Quand les positions scientifiques changent, ces commentateurs doivent alors modifier leurs interprétations.

 

Bible ou tradition ?

Les chrétiens doivent également être attentifs à établir une distinction entre les traditions théologiques et les déclarations clairement bibliques. Un bon exemple se trouve dans l’affirmation, prêtée à la Bible, selon laquelle les humains furent créés immortels et devinrent mortels après la chute. Bien que de nombreux chrétiens le croient, il est difficile d’étayer ce point de vue en prenant appui sur la Bible. Dans Romains 5.12, Paul indique que les hommes sont soumis à la mort à cause du péché. Cependant, l’existence d’un arbre de vie dans le jardin, dont Paul est bien conscient, laisse entendre que les humains étaient déjà mortels et avaient besoin d’un remède. Il est donc vraisemblable que, dans Romains 5, Paul remarque simplement ceci :  puisque le péché provoqua la perte du remède (arbre de vie), nous sommes sujets à la mort à cause du péché. Que l’on accepte ou pas cette interprétation de Romains 5.10, le fait est que la Bible ne dit pas clairement et explicitement que les hommes aient été créés immortels. Il s’agit plutôt d’une tradition théologique. Et dans les cas où la Bible n’enseigne pas une chose clairement, nous ne devrions pas corréler l’autorité de la Bible à la vérité de cette tradition.

 

Le principe d’accommodation  en matière d’interprétation biblique

L’infaillibilité est liée à l’intention de l’écrivain humain et il doit en être ainsi. Dieu œuvra à travers les auteurs humains et les investit de son autorité. Mais leurs affirmations doivent être appréhendées en gardant à l’esprit le principe d’accommodation, car Dieu n’améliora pas leur niveau de science afin de les utiliser comme son porte-parole en la matière. D’autre part, les intentions des auteurs prennent forme dans le contexte de leur culture et s’appuient sur un langage dont le niveau de compréhension était le leur et celui de leur auditoire. Cette approche interprétative est essentielle pour comprendre les affirmations de la Bible, qui sont infaillibles et font autorité.

John Walton

23 Commentaires

  1. Avatar
    temaro sam 16 Fév 2019 Répondre

    Ceux qui seront intéressés par une réfutation du plaidoyer de John Dalton en faveur d’un principe d’accomodation comme solution au postulat l’infaillibilité de la Bible ne manqueront certainement pas cette vidéo (lien ci-dessous)
    L’auteur s’attache ici aux trois grandes religions monothéistes et montre pour chacune d’elle, au regard de ce même principe d’accomodation, en quoi l’origine divine qu’on prête à leur texte fondateur ne résiste pas à la critique.
    Bon visionnage.

    Démonstration de la fausseté des trois grandes religions monothéistes.
    https://youtu.be/uLypAq6nCio
    (M. Volbach – thésard en science politique)

  2. Avatar
    Marc Fiquet mar 19 Fév 2019 Répondre

    Bonjour Temaro,

    l’auteur de cette vidéo part d’un principe qui est justement contesté par Walton : si la Bible était inspirée elle devrait contenir à l’avance de la science moderne.

    Comme Denis Lamoureux l’a montré dans son cours sur la science et la religion, un point commun réunit paradoxalement les scientifiques sceptiques et les littéralistes bibliques, c’est justement ce type de préjugé.

    Pour eux : soit on prend tout à la lettre, soit on jette tout. Mais ce type d’approche ne tient pas compte de la dimension humaine, de l’histoire et de la culture dans lesquelles Dieu incarne son message pour s’adresser à l’humanité.

    Sachant que la révélation ultime de Dieu au monde s’est faite en Jésus-Christ, c’est en tout cas ce qu’affirme le message chrétien.

    vouloir départager les différentes religions ou même prouver l’existence de Dieu en cherchant la relativité ou la théorie du Big bang dans des récits millénaires ou en dénonçant le fait que la science qui s’y trouve est celle de leur époque ne me parait guère sérieux..

  3. Avatar
    temaro mar 19 Fév 2019 Répondre

    John Dalton conteste un principe de simple bon sens, celui selon lequel on s’attend à ce qu’un texte dit révélé soit exempt d’erreurs ou à minima n’induise pas le lecteur en erreur.
    Mais ce n’est pas le cas, et la démonstration de l’auteur est limpide.
    Un minimum de sérieux exigerait de la réfuter avec de solides arguments.
    Personnellement, quand je lis plusieurs sottises dans un livre dès les premières pages, je ne suis pas très enclin à poursuivre.
    Et pourquoi cette expression en forme de pléonasme:
     » Les scientifiques sceptiques  » ?
    Le scepticisme n’est-il pas une condition de la démarche scientifique ?

    • Avatar
      Marc Fiquet mer 20 Fév 2019 Répondre

      Temarro, quand on aborde un texte ancien, le minimum est de se mettre dans le contexte dudit texte.

      Walton ne propose pas une méthode scientifique pour démontrer l’existence de Dieu.
      Dans sa foi évangélique, il affirme seulement qu’il ne trouve rien dans la Bible qui puisse l’induire en erreur. Il fait la distinction entre le message de foi qu’il estime inspiré et le contexte culturel qui est celui de l’époque à laquelle la Bible a été écrite.

  4. Avatar
    temaro mer 20 Fév 2019 Répondre

     » quand on aborde un texte ancien, le minimum est de se mettre dans le contexte dudit texte. »

    Je suis bien d’accord.
    Restons-en donc au contexte historique et culturel et considérons alors l’ensemble des sujets abordés par la Bible (ceci est valable aussi pour le Coran) sans distinguer les dîtes  » vérités révélées  » qu’elles relèvent des faits scientifiques ou du message spirituel.
    Le choix le plus raisonnable semble bien de considérer ces textes comme des productions humaines de leur époque, ni plus ni moins.

    Walton fait la distinction entre le message de foi qu’il estime inspiré et le contexte culturel…  »
    Cette position est tout à fait ARBITRAIRE. Il n’existe aucune raison de ne pas considérer la dimension spirituelle du texte independamment de son contexte.

  5. Avatar
    Marc Fiquet jeu 21 Fév 2019 Répondre

    Bonjour Temaro,

    La position de Walton n’est en effet pas la seule dans le monde Chrétien, ni même Protestant. Le but de cet article n’était pas de présenter une synthèse des différentes approches possibles.

    Ce que je voulais souligner c’est que la définition sous-jascente de la révélation (ou de ce qu’on devrait en attendre) dans la video ou dans celle que tu donnes est tout aussi arbitraire que celle de Walton et donc ne prouve rien non plus.
    Maintenant il est clair que ceux qui soutiennent que seule une révélation globale comprenant la science moderne et l’histoire est possible pour qualifier l’authenticité d’un texte sacré devront apporter les preuves de ce qu’ils avancent et je ne connais à ce jour aucun écrit remplissant ces critères.
    Cela veut-il dire qu’il faille rejeter toute notion d’inspiration et même de Dieu ? C’est là qu’il devient intéressant d’entendre ce que certains théologiens ont à dire.

    La proposition de Walton est à ce titre une piste à considérer, mais il faut déjà avoir l’esprit ouvert à ce que les textes bibliques puissent nous apporter quelque chose, et si le préjugé de départ est « de toute façon Dieu n’existe pas » elle ne nous sera à mon sens d’aucun secours.

    • Avatar
      temaro jeu 21 Fév 2019 Répondre

      Bonjour Marc,

      Il ne faudrait pas oublier que c’est à ceux qui soutiennent l’existence de Dieu qu’incombe la charge de la preuve. Mais une telle preuve est impossible.
      Au contraire, il est aisé de montrer que le dieu de la Bible possède tous les attributs de la psychologie humaine. La bible est en effet riche de passages nous montrant un dieu à la fois parfait et paradoxalement aussi très humain au fond, autoritaire, jaloux, misogyne, vengeur, etc…
      Cette analyse ne constitue pas une attaque en soi, elle résulte d’une analyse littéraire objective partagée par la majorité des intellectuels aujourd’hui.
      La conclusion semble limpide.

      • Avatar
        Thibault HEIMBURGER jeu 21 Fév 2019 Répondre

        Bonsoir,

        le problème ici n’est absolument pas de « prouver » l’existence de Dieu.Si l’on cherche une telle preuve (évidemment impossible) dans la Bible on ne la trouvera pas.
        La Bible ne fait pas sens sans cet a-priori car il s’agit de la bibliothèque d’un peuple foncièrement croyant dès le départ. Mais cette croyance a évolué au cours des temps historiques. C’est dans cette évolution-même que réside, avec des hauts et des bas, la Révélation.

        En effet, si on accepte comme une possibilité l’existence de Dieu, alors la Bible nous dévoile sa Révélation progressive, respectueuse des capacités de réception du peuple choisi à un moment donné..
        Depuis le dieu des armées, le dieu vengeur jusqu’au Dieu de Jésus-Christ, en passant par le Dieu libérateur de l’esclavage, le Dieu qui refuse les holocaustes mais demande une conversion du cœur etc.nous comprenons mieux la pédagogie divine.

        Toute lecture de la Bible qui ne tient pas compte des données historiques, anthropologiques, culturelles
        ne peut qu’aboutir à un véritable contre sens tant du point de vue strictement scientifique que du point de vue croyant.

        Quant à l’article de Walton, je suis dubitatif à propos des notions infaillibilité et de la déclaration de Chicago. Il y a pour moi beaucoup trop d’ambiguïté.

        • Avatar
          temaro ven 22 Fév 2019 Répondre

          Bonsoir Thibault,

           » Si on accepte comme une possibilité l’existence de Dieu…  »

          De nombreux intellectuels (philosophes contemporains) ont mis cette hypothèse à l’épreuve, et de façon indépendante… Sans succès.
          Rien, absolument rien ne plaide en faveur de l’existence d’un être surnaturel, personnel, parfait et créateur de l’univers.

          En vrac, quelques éléments:
          – Les prières n’ont pas d’effets significatifs sur nos attentes,
          – la souffrance gratuite ne trouve pas d’explication satisfaisante dans un cadre théiste,
          – l’évolution n’obéit à aucun finalisme,
          – il n’est pas justifié de convoquer le divin pour expliquer les conditions d’apparition de la morale. Ce sujet relève de l’anthropologie évolutive.
          – notre condition humaine et le sens de la vie n’impliquent aucune réalité de dimension supérieure,
          – une cause première qui ne s’explique pas elle-même n’explique rien.
          La liste est longue…

          • Avatar
            Thibault HEIMBURGER ven 22 Fév 2019 Répondre

            Bonsoir Temaro,

            ..Et ne nombreux scientifiques, intellectuels etc de haut niveau pensent le contraire.
            Quand je dis « pensent le contraire » je ne veux pas dire que quoi que ce soit a été démontré.
            La seule vraie question est celle de la compatibilité de l’existence de Dieu avec les avancées de la science. En d’autre terme, le théisme fait-il encore partie du « croyable disponible » à notre époque?

            Tu ne trouveras dans ce qui suit aucune « preuve ». Car il est bien clair que rien n’oblige à faire le « saut » de la Foi qui relève en dernière instance d’une attitude fondamentale de confiance dans un sens ultime de toute chose. Confiance, certes, encore dans le brouillard mais non pas sans raison.

            Je ne parlerai pas de l’efficacité de la prière ni de la souffrance car cela nous mènerait trop loin (en sachant que ce dernier sujet a été largement traité ailleurs)

            —-> L’évolution n’obéit à aucun finalisme.
            La science ne nous dit pas cela.Elle nous dit très exactement que les MECANISMES de l’évolution semblent n’obéir à aucun finalisme, ce que j’accepte totalement.
            Mais lorsque, prenant de la hauteur, je découvre ce que l’Univers a pu engendrer à partir d’une soupe de particules élémentaires et de Lois curieusement bien ajustées, à savoir une partie de lui-même capable de conscience, je pense qu’il n’est pas déraisonnable d’envisager la possibilité d’un volonté à l’origine de ce fait.
            Quant aux mécanismes élémentaires de l’évolution (à savoir essentiellement le rôle du hasard et de la contingence), je ne vois pas en quoi ils pourraient démontrer le contraire, à condition d’abandonner radicalement l’idée d’un Dieu « bouche-trou » ou d’un Dieu horloger.

            —-> la condition humaine et le sens de la vie n’impliquent aucune réalité supérieure.
            Tout dépend ce que l’on entend pas « sens ». Pour moi, fait sens tout ce qui n’a pas sa finalité en soi-même. Dans la Nature, il y a apparemment du sens et du… non-sens (ce caillou sur le chemin, cette galaxie lointaine n’ont pas de « sens », ils sont là, c’est tout).
            Mais dans le phénomène du vivant, on retrouve du sens.
            Manger, boire, se reproduire etc. tout cela fait sens: ces fonctions élémentaires sont en quelque sorte « au service » d’une raison supérieure: la survie de l’individu et de l’espèce, elle-même « au service » de la vie.
            Attention, il n’y a aucun finalisme dans ce que je dis. Car encore une fois, les mécanismes en jeu peuvent être, et sont, parfaitement soumis aux lois de l’Evolution darwinienne (hasard des mutations et de la dérive génétique, contingence des événements, sélection naturelle), il n’empêche que rien n’empêche d’y voir un sens, au sens où même Jacques Monod reconnaissait que l’œil est fait pour voir.
            La science, étudiant les mécanismes, ne peut rien nous dire sur l’existence ou non d’un sens du phénomène de la vie, compris comme cela. C’est à nouveau une question métaphysique fondamentale de confiance en un sens ultime ou non.

            —-> La Cause première…
            J’avoue n’avoir jamais compris cet argument.

            J’arrête pour ce soir.

            Bonne soirée.

            • Avatar
              temaro sam 23 Fév 2019

              Bonsoir Thibault,

              Attention aux contresens.
               » Monod reconnaissait que l’œil est fait POUR voir. »
              > Monod, dans son essai  » Hasard et nécessité » (et bien avant que l’histoire évolutive de l’oeil fut connue) faisait déjà la différence (quelle belle intuition) entre TELEOLOGIE et TÉLÉONOMIE.
              Le  » POUR voir  » doit être compris ici comme  » La FONCTION de L’oeil est de voir  » ce qui est différent de  » L’oeil est fait DANS LE BUT de voir « .
              https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Téléonomie

               » La science, étudiant les mécanismes, ne peut rien nous dire sur l’existence ou non d’un sens du phénomène de la vie  »
              > Tout au contraire, il existe trois raisons qui permettent de réfuter cette affimation.
              1. Le « sens » du phénomène de la vie (telle qu’on la connaît) est conditionné par les conditions physiques de la planète d’accueil. Par exemple, lorsque le soleil sera en fin de vie dans 5 milliards d’années, aucune vie ne sera plus possible sur Terre.
              Une autre limite à la vie est celle de la durée de vie estimée de l’univers. En fait, la fenêtre favorable pour la vie est très brève à cette échelle.
              2. Il n’existe pas de lien de causalité entre intentionnalité et complexité.
              Par exemple, un silex taillé n’a pas moins de sens qu’une montre ou un avion. A l’inverse (ce qui est contre intuitif et donc mal accepté) le phénomène de la vie n’a pas plus de sens que l’eau qui coule sous l’effet de la force de gravité ou simplement ce caillou, là, sur le chemin. La vie est là, c’est tout… Ou presque.
              3. L’intelligence humaine n’est pas le résultat linéaire de l’évolution mais celui d’une évolution buissonnante. Il n’existe aucune loi qui prescrirait l’avénement de l’homme moderne en particulier.

            • Avatar
              Marc Fiquet sam 23 Fév 2019

              [modérateur]
              Bonjour Temaro,

              Attention de ne pas monopoliser chaque article sur la thématique de l’existence de Dieu STP…

              il y aurait des choses à dire sur chaque élément de ta liste en effet, mais ça n’est pas le lieu ici.
              Voici une référence bibliographique intéressante qui va aux antipodes ce tes citations et des vues de Monnod :

              SCIENCE ET QUETE DE SENS, le sens et la place de l’Homme dans le cosmos. Quatre prix Nobel ainsi que des membres d’institutions prestigieuses. Tous s’opposent à la conception de Jacques Monod qui stipule que  » l’Univers n’était pas gros de la vie, ni la biosphère de l’homme « .

              https://www.amazon.fr/SCIENCE-QUETE-SENS-Collectif/dp/2750901251

  6. Avatar
    temaro sam 23 Fév 2019 Répondre

    Bonjour Marc,

    Je suis bien conscient (mais peut-être n’est-ce pas le cas de tout le monde ?) que de nombreux articles de ce site posent la question ultime: l’existence de Dieu.
    La référence que tu indiques est certainement très intéressante. (en laissant la porte ouverte à différentes interprétations philosophiques ou religieuses)
    Ne perdons toutefois pas de vue que l’évolution est aveugle. Cela semble un fait établi dans l’etat actuel des connaissances. Comme je le soulignais précédemment, complexité et intention n’ont rien à voir.
    Le piège est précisément celui-ci: la confusion entre ce que produit la nature et la reconstruction à posteriori que nous en faisons.
    La quête de sens est avant tout une quête humaine.

  7. Avatar
    temaro sam 23 Fév 2019 Répondre

    J’ai l’impression qu’on tourne en rond. J’ai pourtant souligné l’importance de ne pas confondre les sujets au motif d’une ressemblance intuitive entre finalisme et finalité adaptative.
    On est exactement dans le sujet avec la notion de convergence évolutive qui est avant tout une conséquence de la selection naturelle.

  8. Avatar
    temaro sam 23 Fév 2019 Répondre

    Juste un exemple de convergence tirée des activités humaines (la notion n’étant pas spécifique au monde de la biologie)
    Les ULM, les avions militaires ainsi que les avions civils ont tous des ailes.
    Pourtant, ils ont été conçus dans des buts bien différents. Si l’intention est bien la cause de ces artefacts, en revanche elle n’est certainement pas la cause de la convergence structurelle.
    Celle-ci doit être recherchée dans les seules contraintes aérodynamiques.

    • Avatar
      Marc Fiquet sam 23 Fév 2019 Répondre

      Merci de poster des commentaires en rapport avec les articles (Rodolphe ???)

  9. Avatar
    temaro sam 23 Fév 2019 Répondre

    Pourquoi Rodolphe ???
    Bref, je note ta demande.
    Permets-moi toutefois de faire remarquer que l’initiateur de cette digression sur la convergence revient à Thibault (post du 22/02)
    Mon intervention n’avait pour objectif que de clarifier les choses.

    • Avatar
      Thibault HEIMBURGER sam 23 Fév 2019 Répondre

      Bonsoir Temaro,

      Tu écris:

      —> »Permets-moi toutefois de faire remarquer que l’initiateur de cette digression sur la convergence revient à Thibault (post du 22/02) »

      Faux. Ni le mot ni même l’idée n’apparaissent dans mon post des 21 et 22/02.

      Ceci dit, Marc a raison: pour la clarté du débat, restons dans le sujet.

      Pour cette raison et pour ma part j’en resterai là.

      • Avatar
        temaro sam 23 Fév 2019 Répondre

        Bonsoir Thibault,

        Je terminerai mon intervention sur cet article avec ceci:

         » Ni le mot ni même L’IDEE n’apparaissent dans mon post des 21 et 22/02. »

        > N’est-ce pas toi qui a écrit:
         » Monod reconnaissait que l’œil est fait pour voir. » ?

        L’oeil n’est-il pas un exemple de convergence ?

  10. Avatar
    him dim 24 Fév 2019 Répondre

    Quel sont les sujets importants pour lesquels une infaillibilité de la bible aurait été bienvenue ?
    Personnellement j’en vois 3:
    – la médecine
    – la moralité
    – la vie au delà de la mort

    Bien que cela paraisse évident je justifie un peu:
    – la médecine surtout pour les siècles passés où la condition humaine était de perdre un enfant sur 4 avant un an et un sur 2 avant 15 ans. Les hommes se sont apparemment débrouillés seuls alors qu’un Dieu omniscient connaît théoriquement tous remèdes
    – la moralité afin de définir les meilleures lois du vivre ensemble
    – la vie au delà de la mort puisque la plupart des homme y aspirent et aimeraient connaître comment en bénéficier dans de bonnes conditions

    Mais le principe d’accommodation à l’entendement des gens de l’ancien monde ne le permet pas pour la médecine. Il semble ne pas le permettre pour la moralité non plus car la bible permet d’avoir des esclaves, de les battre pourvu qu’ils ne meurent avant un jour ou 2 puisque « c’est l’argent du maître ». Mais encore aujourd’hui il n’est bibliquement pas clair si le droit de mourir dans la dignité est moral ou immoral, ou si l’homosexualité est morale ou immorale en soit.

    Pour la vie après la mort les interprétation divergent:
    – pour les sadducéens il n’y a pas de résurrection
    – pour certains juifs qui se fient au zohar il y a réincarnation, pour la plupart une sorte d’enfer existe mais il n’est pas éternel
    – pour certains chrétiens un purgatoire existe et nos qualités humaines entrent dans la balance
    – pour certains chrétiens le salut dépend uniquement que la foi en Christ et non des qualités humaines de la personne ce qui peut conduire un serial killer au paradis s’il s’est converti avant de mourir et ses victimes en enfer si elles n’ont pas cru de leur vivant à la résurrection du Christ quand bien même elles ont fait montre durant leur vie d’honorables qualités humaines.

    Donc même pour la vie au delà de la mort la dépendance des lumières apportées par la bible au lecteur fait que même si elle est infaillible nul ne peut être certain de la validité de son interprétation.

    • Avatar
      temaro mer 27 Fév 2019 Répondre

      Oui Him.
      Les failles de l’infaillibilité biblique que tu soulèves ici vont au-delà des erreurs factuelles dont certains prétendent qu’elles ne sont pas de nature à interférer avec le message spirituel du texte.
      Personnellement, j’ajouterais à cette liste (médecine, morale, vie après la mort) la question religieuse elle-même.
      En effet, si au plan interreligieux, le dialogue a souvent été et demeure difficile, il l’est tout autant au plan intra-religieux.
      N’eut-il pas été bienvenu également que l’infaillibilité des textes dits révélés (trois grandes monotheismes) se traduisit dans un cahier des charges étanche à toute contestation ?
      Vers quel dieu se tourner alors lorsqu’on considère l’offre pléthorique du marché de la foi où la diversité dogmatique ne pointe pas vraiment en direction d’un idéal d’universalité ?

      Les apologètes zélés iront-ils jusqu’à étendre le principe d’accomodation soutenu par Walton à ces considérations ?

      • Avatar
        him mer 27 Fév 2019 Répondre

        Bonjour Temaro. Je ne pense pas que les apologistes étendraient le principe d’accommodation à l’entendement des réalités spirituelles importantes. (c ‘est à dire les réalités importantes pour le salut). Les chrétiens évangéliques que je connais diront plutôt que celui qui cherche sincèrement Dieu le trouve et par la même la connaissance infaillible des réalités spirituelles importantes pour leur salut. Et donc si un chrétien X croit pouvoir affirmer des réalités spirituelles entrant en contradiction sur des points majeurs concernant le salut avec celles qui sont affirmées par un chrétien Y c’est que l’un des 2 chrétiens au moins n’a pas réellement reçu la révélation de Dieu et l’entendement des saintes écritures. Et bien sur tout musulman ou hindouiste qui se repent de ses péchés et cherche sincèrement Dieu découvrira infailliblement aussi les réalités spirituelles nécessaires à son salut.
        Ce que je combat personnellement sont les affirmations spirituelles que je trouve immorales (comme la nécessité de se convertir avant la mort par exemple) quand bien même elles seraient vraies (ce qui est apparemment indémontrable).

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*