"La Bible affirme, les sciences confirment" (1/2), par Georges Daras

Posté par Benoit Hébert

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Introduction (Benoît Hébert)

J’aime ceux qui me font réfléchir à ce que je crois, même si sur le moment je suis parfois dérangé. Si vous êtes chrétien « évangélique », vous éprouverez certainement ce sentiment à la lecture des articles de Georges Daras.

Georges Daras est « titulaire d’un master en théologie, chrétien de sensibilité protestante, et habite Bruxelles. »

Son blog  » exégèse et théologie » « a pour but principal d’ouvrir une fenêtre sur des questions exégétiques, historiques et théologiques, relatives au monde biblique. .. »

A la lecture de plusieurs articles, on découvre que Georges Daras n’est pas un « évangélique traditionnel », il se qualifie lui même d' »évangélique critique ».

Je livre donc à votre réflexion cet article que Georges Daras a accepté de publier sur ce blog, espace où des arguments contradictoires peuvent s’exprimer. Ses propos n’engagent que lui et sont le témoins des débats théologiques et bibliques qui animent le monde protestant.

 

« La Bible affirme, les sciences confirment » (1/2), par Georges Daras

« Les doctrines de l’inerrance et de l’inspiration verbale (infos ici) entraînent de fâcheuses conséquences théologiques, mais aussi au niveau de la recherche scientifique. Quand je regarde par exemple les recherches menées par les exégètes sur les origines du Pentateuque, celles de tel livre biblique, quand les historiens tentent de reconstruire une histoire d’Israël en élaborant des hypothèses explicatives sur ses origines, comparant les données extra-bibliques, tenant compte des apports de l’archéologie, etc., je me demande quelle contribution à ces recherches ont offert et offrent les évangéliques actuellement?

 

Comment est-il possible de participer à la recherche si l’on tient par principe que Moïse est le rédacteur du Pentateuque et que les récits bibliques sont historiques (1)? Non seulement la participation à la recherche est difficile, mais toute recherche authentique — c’est-à-dire indépendante, critique et la plus objective possible — est en elle-même rendue impossible. Sauf si, bien entendu, cette recherche se donne une finalité bien particulière et se mue en idéologie: défendre, voire démontrer, l’exactitude historique et la vérité de la Bible et, le corollaire obligé de cette démarche, critiquer toute recherche ne partageant pas cette même ambition et dont les résultats contrarient ou mettent en doute l’exactitude historique de la Bible. Par ailleurs, ce qui vaut en histoire, vaut également dans les sciences de la nature, avec le créationnisme.

 

Bien qu’existante, la séparation n’est pas absolue. L’approche évangélique des sciences n’exclut pas la recherche scientifique quand celle-ci se rapporte à un objet d’étude réduit, limité, local, ou, tout au plus, à un sujet dont les implications ne touchent pas à la sacro-sainte inerrance biblique (2). De plus, ces limites imposées à la recherche n’excluent aucunement l’érudition dont peuvent faire preuve certains exégètes et historiens évangéliques (3). Enfin, si je mets ici le doigt sur une faiblesse des évangéliques, cela n’exclut évidemment pas leurs forces dans d’autres domaines — malgré les reproches que je pourrais faire — comme la théologie pratique et la théologie biblique.

 

•—L’histoire

 

Pour les évangéliques qui croient par principe à l’historicité des récits bibliques, les avancées de l’histoire et de l’archéologie n’ont plus qu’un rôle de confirmation. La Bible affirme, les sciences confirment. Cette idée est exprimée de manière franche et directe par Émile Nicole, professeur d’Ancien Testament à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine. En lisant l’un de ses articles, j’ai été agréablement surpris de l’autonomie accordée à la recherche archéologique. Je suis toutefois tombé des nues quand j’en ai lu la raison:

  • « Croyant que la Bible dit vrai, nous avons tout à gagner qu’un témoignage indépendant        soit porté sur les faits qu’elle rapporte. Laissons donc la recherche archéologique se      poursuivre de manière indépendante, son témoignage n’en aura que plus de poids  lorsque des confirmations évidentes apparaîtront […]. —

                                    (“La Bible  dévoilée?“, Théologie évangélique, 2/2, 2003, p. 106) »

 

Cette autonomie concédée à l’archéologie n’est qu’apparente, puisque son but manifeste est de témoigner de la vérité de la Bible, de “repérer les empreintes laissées par Dieu dans l’histoire antique” (p. 110). Quand l’archéologie ne confirme pas, mais remet en question l’historicité de la Bible, Nicole est obligé de trouver toutes sortes d’échappatoires: manque d’objectivité des archéologues, approche biaisée, scepticisme de principe, limites et incertitudes de l’archéologie, etc. Comment pourrait-il en être autrement? Ainsi, l’histoire et l’archéologie sont des sciences respectables lorsqu’elles se réduisent à confirmer l’historicité de la Bible; elles ne démontrent, dans le cas contraire, que le scepticisme ambiant, un biais philosophique implicite chez ses praticiens, et encore toutes sortes d’autres poisons mortels mis à nu par l’apologétique. Voilà à quoi se réduit bien souvent la participation évangélique à la recherche académique: une apologétique perpétuelle.

 

Dans cette même logique de “confirmation”, certains auteurs versent dans le triomphalisme. Selon Henry C. Thiessen “les découvertes archéologiques ont grandement contribué à confirmer la précision historique de l’Ancien Testament.” (4) Dans le Nouveau Dictionnaire Biblique (Emmaüs, 1992), nous lisons à l’entrée “Archéologie” que “des hommes remarquables ont illustré cette science. Dieu s’en est servi pour confirmer les récits bibliques” (p. 111).

 

Alfred Kuen, pour sa part, esquive complètement le problème du rapport entre Bible et histoire. Dans Comment interpréter la Bible(Emmaüs, 1991), un chapitre est consacré au “contexte historique, géographique et culturel”. Ce chapitre est présenté comme une des étapes de l’interprétation biblique, qui doit être attentive aux contextes historiques et culturels de la Bible. L’histoire et l’archéologie sont ainsi instrumentalisées et d’usage ponctuel au fil des textes, réduites à un rôle d’aide, d’illustration et de clarification. Le présupposé fondamental est que “toutes les paroles et tous les événements relatés dans la Bible sont […] intimement liés à leur temps” (p. 97). L’idée induite par l’approche de Kuen est que les récits de la Bible sont tous historiques et que le seul obstacle à leur compréhension réside dans leur distance dans le temps. Ce qui se résout en partie par la contextualisation. C’est exactement la recette mise en oeuvre dans les “histoires bibliques d’Israël”: la Bible sert de trame historique que les apports de l’archéologie viennent consolider (5), obtenant ainsi un ouvrage prétendument “d’histoire” mais dont le caractère consiste davantage dans une paraphrase (6). Si l’on pousse cette logique à son extrémité, il suffirait d’une Bible munie de notes culturelles et historiques: histoire biblique!

Notes

1. Voir ce qu’écrit Émile Nicole face aux théories relatives à l’installation des israélites en Canaan:

  • Il appartient à ceux qui, comme nous, croient par principe à la fiabilité historique de ces récitsd’examiner les problèmes qui se posent […].” À la fin de son article, il récidive et parle de “ceux qui croient à l’exactitude historique de ces récits” (“L’installation des Israélites en Canaan“, Fac-réflexion n° 17, octobre 1991, je souligne).

On le voit: vérité, inspiration et historicité sont étroitement liés, de sorte que la position évangélique se trouve complètement cadenassée.

  • Jean-Pierre Berthoud est du même avis que Nicole, quand il écrit que “si la Bible est vraie, elle doit l’être dans tout ce qu’elle dit, dans ses affirmations géographiques, archéologiques, historiques et scientifiques, autant que dans ce qu’elle déclare sur le plan spirituel et théologique” (Création, Bible et science, p. 265).
  • Henri Blocher confirme l’idée en confessant “la vérité intégrale, à tous les niveaux, de la Parole de Dieu. Donc aussi en histoire” (“Histoire, vérité et foi chrétienne“, Théologie évangélique vol 7, n°2, p. 134).

2. Par exemple, il est communément admis dans la recherche néotestamentaire, plus spécifiquement paulinienne, que 7 épîtres sur les 13 sont incontestablement de Paul, tandis que les autres sont sujettes à débat. Si un exégète évangélique travaille sur une épître incontestée comme celle aux Galates, il n’aura aucun mal à admettre son authenticité, voire à renforcer son point de vue en citant des exégètes de renommée internationale. Par contre, s’il s’agit d’une épître dont l’authenticité paulinienne est largement contestée, comme la première ou la seconde à Timothée, l’exégète évangélique, ne pouvant souscrire à une telle option, est obligé de se mettre sur la défensive et déployer un argumentaire dont la logique explicite ou implicite est motivée par la doctrine de l’inerrance et celle de l’inspiration verbale qu’il professe. L’accumulation de tels cas amène à des positions curieuses, suspectes d’un point de vue académique.

3. Un brillant exemple en matière d’histoire est donné par l’égyptologue anglais Kenneth A. Kitchen, qui a publié en 2003 (rééd. en 2006) une somme à l’intitulé programmatique: On the Reliability of the Old Testament. Dans le domaine de la théologie systématique, Henri Blocher fait preuve d’une pénétrante et vaste érudition, restituant avec acribie la pensée de ceux qu’il critique. En exégèse, je vois un équivalent chez Samuel Bénétreau, dont j’apprécie particulièrement les travaux.

4. Dans Esquisse de théologie biblique, Marne-la-Vallée / Lennoxville (Quebec), Farel / Bethel, 1995 (2e éd. française; 1re éd. angl. révisée 1979), p. 81.

5. Dans certains cas, les apports de l’archéologie ne suffisent pas. Par exemple, la plupart des exégètes et historiens évangéliques abordent tout à fait sérieusement une question liée au déluge (Gn 6-9), a savoir si son étendue fut locale ou universelle. Les tenants de l’une et de l’autre position recourent à des arguments de type ethnologique (histoires antiques relatives à un déluge), géologique, paléontologique, voire biologique. Pour une belle compilation des arguments en présence, voir Alfred KuenEncyclopédie des difficultés bibliques, vol 1. Pentateuque, Emmaüs, 2006, p. 121-132. Un autre exemple réside bien sûr dans le récit de la création, dont certaines lectures littéralistes — ou plutôt “scientifiques” — font appel à des arguments issus des sciences naturelles ou dures. Dans tous les cas, le récit biblique, préalablement conçu comme intégralement historique, fait office de réceptacle des diverses théories de tous ordres censées en expliquer le contenu. L’interprétation sombre bien souvent dans un naturalisme qui frise parfois le ridicule.

6. Dans cette veine, le livre de Werner Keller, publié pour la première fois en allemand en 1956 —La Bible arrachée aux sables —, est paradigmatique. Voir aussi les travaux de Kenneth A. Kitchen, déjà cité; Brian TidimanPrécis d’histoire biblique d’Israël, Nogent-sur-Marnes, Institut biblique de Nogent, 2006, dont le sous-titre prête à sourire: “De la création [!] à Bar-Kochba”; sous la forme d’atlas, voir Paul LawrenceAtlas de l’histoire biblique, Cléon d’Andran (France), Excelsis, 2009; d’un point de vue juif engagé, voir André et Renée NeherHistoire biblique du peuple d’Israël, Paris, Adrien Maisonneuve, 19884(1re éd. 1962). Moins caricatural que le précédent, touffu (700p), mêle érudition et édification. »

A suivre…

 


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17 Commentaires

  1. Auteur
    Benoit HEBERT mer 25 Jan 2012 Répondre

    Bonsoir Daras,

    Merci de nous faire part de tes réflexions parfois « dures à avaler » ou simplement « dures à écouter » pour l’évangélique que je suis!

    Voici quelques premières réflexions suscitées par ton article (coupé en deux):

    Tu associes les deux notions d’inspiration verbale et d’inerrance.

    Ne pourrait-on pas dissocier davantage ces deux notions?

    Par exemple, il me semble que l’on peut tout à fait croire dans l’inspiration verbale, au sens de la déclaration de Chicago que tu cites en lien:

    « Art. VIII – Nous affirmons que Dieu, dans l’oeuvre de l’inspiration, a employé les traits propres de la personnalité des auteurs qu’il avait choisis et préparés, comme leur style personnel.
    Nous rejetons l’opinion selon laquelle Dieu, puisqu’il leur a fait écrire les mots mêmes qu’il avait choisis, aurait étouffé leur personnalité.
     »

    C’est à dire que tout comme Jésus était pleinement Dieu et pleinement homme, la Bible correspond à 100%;, jusque dans le choix des mots tout en respectant la personnalité de chaque auteur, à ce que Dieu a voulu qu’elle soit.

    Pourtant, il est tout à fait vrai que le corollaire de cet article (Où est le lien logique?) est beaucoup plus problématique:

    « Art. IX – Nous affirmons que l’inspiration, sans conférer d’omniscience, a garanti que les énoncés des auteurs bibliques sont vrais et dignes de foi sur tous les sujets dont ils ont été conduits à parler ou écrire. »

    Autrement dit, tout est historique, tout est scientifiquement « vrai »!! C’est la version « absolue » de l’inerrance, qui n’est pas partagée par tous les évangéliques.

    « Art. XII – Nous affirmons que l’Ecriture dans son intégralité est inerrante, exempte de toute fausseté, fraude ou tromperie.
    Nous rejetons l’opinion qui limite l’infaillibilité et l’inerrance de la Bible aux thèmes spirituels, religieux, ou concernant la rédemption, et qui exclut les énoncés relevant de l’histoire et des sciences. Nous déclarons, en outre, illégitime l’emploi d’hypothèses scientifiques sur l’histoire de la terre pour renverser l’enseignement de l’Ecriture sur la création et le déluge. »

    Là, on a un vrai problème!!

    Je m’arrête pour l’instant.

  2. Daras jeu 26 Jan 2012 Répondre

    Bonjour Benoît,

    Merci pour ce premier commentaire. Avant de poursuivre, je t’invite à mettre la citation de Émile Nicole en retrait pour pouvoir mieux la distinguer. Veille à faire de même avec la seconde partie.

    Je pense qu’il est impossible de séparer inerrance et inspiration verbale dans la mesure où la première est garantie par la seconde. Ce sont deux affirmations poussées à l’extrême et totalisantes: inerrance sur TOUS les sujets; inspiration de CHAQUE mot de l’original. L’inspiration verbale « chosifie » la Bible: chaque mot est voulu par Dieu, non simplement le sens d’un récit ou l’enseignement d’une parabole. On a donc un niveau lexical d’inspiration indépendant du sens que peuvent avoir ces mots assemblés en phrases et en textes de différents genres.

    • Auteur
      Benoit HEBERT jeu 26 Jan 2012 Répondre

      Bonjour Daras,

      j’ai mis en retrait les citations!

      Je suis extrêmement curieux d’approfondir la notion d’inspiration verbale. Mais voilà ma première réaction.

      Il est tout fait vrai que les partisans de la notion d’inerrance historique et scientifique s’appuient sur la notion d’inspiration verbale. Ne serait-ce pourtant pas ce lien « logique » (en fait une simple extrapolation philosophique) qu’il faudrait mettre en cause?

      La notion d’inspiration verbale n’est-elle pas affirmée par Jésus lui même dans l’autorité qu’il donnait à chaque iota de l’A.T.?

      Le fait que chaque mot soit mystérieusement inspiré par le Saint Esprit n’exclut évidemment pas que le sens de ce mot doive être cherché en accord avec la phrase, le livre, le genre littéraire auquel il appartient.

      Sortir un mot de son contexte est une erreur pour moi indépendante du fait que l’on croit à l’inspiration verbale ou pas. Je ne sais pas si je suis très clair!

      Nier l’inspiration verbale, n’est-ce pas considérer que l’auteur inspiré a en quelque sorte interprété la pensée divine en la mélangeant avec ses propres opinions? et comment faire le tri? Je ne parle pas là de l’histoire ou de la science mais du message spirituel que Dieu nous révèle dans sa Parole.

      Je vais étudier de près les articles que tu m’as envoyés!

  3. Daras jeu 26 Jan 2012 Répondre

    Benoît,

    Il me semble difficile de déduire la doctrine de l’inspiration verbale des Écritures ou de la soi-disant conception qu’avait Jésus de l’AT. Plus que toute autre chose à ce sujet, nous savons que la Bible n’offre nulle part de traité sur l’inspiration, encore moins Jésus.

    Prenons les choses autrement. Si Jésus et les disciples croyaient en cette inspiration verbale, comment se fait-il qu’ils ne l’aient pas mise en pratique en écrivant les évangiles en araméen, avec un Jésus parlant araméen, plutôt qu’en grec? Il faut en conclure que les évangélistes n’avaient nullement l’intention de nous transmettre des « mots inspirés », mais un message véhiculé au moyen du grec.

    Un second problème est-lié à celui-ci: si l’on postule que ne sont inspirés et inerrants que les manuscrits originaux hébreux et grecs (ceux qu’auraient écrit les disciples eux-mêmes, non ceux reconstitués par la critique textuelle et qui sont les seuls accessibles à nous), alors il faut en déduire que toutes nos traductions bibliques ne sont ni inspirées ni inerrantes, ce qui pose un problème très grave.

    Il n’y aurait pas de problème si l’on ne postulait pas une inspiration verbale, ce qui expliquerait pourquoi Jésus parle grec et non araméen, ce qui résout le problème des traductions que l’on peut affirmer inspirées, parce que cette inspiration ne tient tout simplement pas aux « mots ». Sur ce sujet, je rejoint totalement ce que dit Siegwalt.

  4. Auteur
    Benoit HEBERT jeu 26 Jan 2012 Répondre

    rebonjour Daras,

    Le texte de Siegwalt est passionnant en effet.

    Le fait est qu’établir une « théologie » de l’inspiration est quelque chose de difficile.

    Ta remarque à propos des traductions ne manque pas d’intérêt. Ceci dit, quand nous lisons une traduction française de la Bible, nous savons qu’il ne s’agit « que » d’une traduction et que si besoin est, nous devrons retourner aux originaux. Autrement dit nous n’affectons pas le même degré d’inspiration au texte traduit qu’au texte original. Nous avons conscience que traduire, c’est bien souvent interpréter.D’où l’intérêt d’avoir plusieurs traductions, d’apprendre les langues anciennes…

    Il est vrai que les disciples ont écrit en grec en rapportant des propos de Jésus qui était en araméen…Pourtant cela ne me semble pas un argument complètement décisif non plus, parce que nous discutons de l’inspiration « verbale » du texte grec, qui peut tout à fait correspondre mot pour mot à ce que Dieu voulait qu’il soit, que Jésus se soit exprimé en grec ou en araméen n’y change rien.

  5. gakari1 jeu 26 Jan 2012 Répondre

    Bonjour,
    D’autant plus qu’il soit possible que les auteurs du nt se soient servis de la septante, et qu’ils n’auraient pas eu, peut-être eux aussi « la version originale ».
    Si on prend en considération l’histoire des manuscrits bibliques, qui est pleine de rebondissements, ainsi que celle de l’établissement du canon, dure dure de penser qu’elle soit inspirée au mot près.

    Daras, auriez-vous une référence quant au fait que certaines épitres attribuées traditionnellement à Paul soient d’autres auteurs (en particulier Thimothee).

    Yannick

  6. Daras jeu 26 Jan 2012 Répondre

    Benoît,

    Je suis d’accord qu’il nous faut toujours revenir aux textes originaux. Néanmoins, c’est à mon sens pour mieux comprendre la Bible et non parce qu’elle serait moins inspirée en traduction. Le problème que j’ai soulevé demeure: il y a une « chosification » de l’inspiration, une « matérialisation » opérée sur les textes originaux (qui nous sont inaccessible, je le précise encore une fois! Ce que nous avons c’est une restitution, certes hautement fiable, mais néanmoins approximative). Pour moi, l’inspiration est un processus dynamique qui nécessite l’action du Saint Esprit, tant chez les auteurs de la Bible que chez leurs lecteurs. Si je dis la Bible inspirée, c’est parce que ses auteurs l’étaient, non parce qu’elle serait inspirée par nature. Mais cela ne suffit pas, car la Bible ne serait pas inspirée si elle n’était pas également inspirante, par le moyen du Saint Esprit dans nos vies. Il n’est donc pas question pour moi de localiser l’inspiration à un endroit plus qu’à un autre.

    Pour être franc, je trouve l’inspiration verbale inutile. Ses promoteurs ne font que la postuler en vue de se procurer une garantie, une sécurité. Mais je ne vois pas en quoi la Bible aurait besoin de ce genre de chose.

    @Yannick,

    Vous avez tout à fait raison. La plupart des références à l’AT sont faite sur base de la version grecque de la Bible. Si les auteurs du NT croyaient que l’original hébreu était verbalement inspiré et inerrant, pourquoi se seraient-ils servi de la Septante qui n’est qu’une traduction?

    Concernant la question de la pseudépigraphie et en particulier Timothée, je vous renvoie à une étude (que je n’ai pas lue) du dominicain Hervé Ponsot, qui soutient l’authenticité des Pastorales, contrairement à l’opinion courante des spécialistes. http://biblio.domuni.eu/articlesbible/pastorales/frpast.htm

    Comme je ne l’ai pas lue, je ne peux dire mon avis. En version papier, vous trouverez un aperçu des débats dans les bonnes introductions au NT (p. ex. celle de Raymond Brown ou celle des éditions Labor et Fides). Vous pouvez éventuellement consulter les introductions à ces épîtres dans l’édition d’étude de la TOB accessible en ligne: http://bibliotheque.editionsducerf.fr/par%20page/120/TM.htm

    Vous pouvez encore consulter l’excellent Dictionnaire Encyclopédique de la Bible, accessible à cette adresse (taper p. ex. pastorales): http://www.knowhowsphere.net/Main.aspx?BASEID=DEB

  7. Auteur
    Benoit HEBERT jeu 26 Jan 2012 Répondre

    @Daras,
    il y a des pépites et matière à discussion dans les articles que tu m’as envoyés!

    Le point qui me marque le plus dans ces lectures est la façon d’incorporer pleinement la dimension humaine des auteurs inspirés sans y voir une menace ou une mise en compétition avec la pensée divine, mais une force!

  8. gakari1 jeu 26 Jan 2012 Répondre

    J’étais sûr que vous aviez des liens et livres sous le bras :-)
    Merci Daras.

  9. Auteur
    Benoit Hébert dim 29 Jan 2012 Répondre

    Bonjour Daras,

    Un certain nombre de pb sur le blog ont été résolu, encore désolé!

    J’annonce à nos lecteurs que nous reprendrons la discussion à propos de l’inspiration verbale dans une série d’articles sur le sujet. Une série dans laquelle j’avancerai les arguments « évangéliques classiques » en sa faveur ainsi que dans le principe d' »innerance’, puis tu répondras en t’appuyant sur les références qui sont les tiennes. Cela s’annonce encore passionnant!

    Dans cet article, tu écris:
    « je me demande quelle contribution à ces recherches ont offert et offrent les évangéliques actuellement? »

    Des membres de la communauté évangélique ont malheureusement fait le même constat que toi, et j’en ai fait état dans les colonnes de ce blog. L’historien Mark Noll, de confession évangélique a écrit un livre « le scandale de l’intelligence évangélique » qui a eu un grand impact dans la communauté académique évangélique.

    Voici un extrait de cet article à consulter!

    « J’ai donc trouvé intéressant de traduire quelques extraits d’une critique du livre de Mark Noll faite par Bill Hamilton, membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).

    « Les évangéliques et les fondamentalistes ont été accusé d’anti-intellectualisme depuis des années. Certains ont franchement accueilli cette accusation avec fierté, d’autres s’en sont profondément sentis indignés. Beaucoup d’entre nous se sont inquiétés que cette accusation ne soit fondée, et se sont demandés comment le monde évangélique en est arrivé là, et comment y remédier. Mark Noll ne laisse aucun doute sur son jugement personnel de l’état de l’intelligence évangélique.

    La première phrase du livre est « Le scandale de l’intelligence évangélique est qu’il n’y a guère d’intelligence évangélique. » Sans ménagement, Noll poursuit : « La principale accusation que l’on peut faire au mouvement fondamentaliste, et en particulier au dispensationnalisme qui a fourni les interprétations les plus systématiques de la Bible aux fondamentalistes et aux évangéliques les plus récents, c’est sa stérilité intellectuelle. Lors de son processus d’accouchement, la communauté évangélique n’a pour ainsi dire fourni aucune explication sur le fonctionnement du monde naturel soumis à Dieu, à propos du fonctionnement des sociétés humaines, pourquoi les hommes agissent comme ils le font, ou bien ce qui constitue les bénédictions et les dangers de la culture.

    Les fondamentalistes et leurs descendants ne manquaient certainement pas de convictions profondes sur ces sujets—des convictions d’ailleurs appuyées par des versets bibliques. Certaines de ces convictions étaient tout à fait justes. Pourtant ces croyances manquaient cruellement d’une connaissance profonde du monde créé dans lequel on les appliquait. Le résultat fut une théologie qui ne pouvait servir de guide pour une vie intellectuelle plus large. Il n’y a pour ainsi dire aucune philosophie fondamentaliste, aucune histoire des sciences fondamentaliste, aucune esthétique fondamentaliste, aucune critique littéraire fondamentaliste, et aucune sociologie fondamentaliste. Ou tout au moins, il n’y en pas eu qui ait accordé suffisamment d’attention à la façon dont Dieu a créé le monde et a placé l’homme sur cette planète. Et parce que les évangéliques ont largement conservé la mentalité du fondamentalisme quand il s’agit d’observer le monde, bien qu’ils se soient souvent distanciés de certains traits caractéristiques du fondamentalisme, la moisson évangélique en terme de vie intellectuelle a aussi été très maigre… »

    Il faut replacer cet article dans son contexte américain…

    Bien entendu, et comme tu le fais remarquer, le monde évangélique a aussi de nombreuses qualités, comme son pragmatisme et sa souplesse.

    J’ai été frappé par la statistique présentée par le sociologue Sébastien Fath qui montrait que les évangéliques français lisaient beaucoup plus leur Bible au quotidien que les protestants de type réformés pou luthériens.

    Ta remarque sur l' »instrumentalisation » des sciences historiques et archéologiques est frappantes. Il est vrai que toute recherche de ce type doit être entreprise avec un « scepticisme initial » quant à son aboutissement. Si ce n’était pas le cas, la démarche serait tout simplement malhonnête intellectuellement.

    Envisager que des recherches archéologiques puissent aller à l’encontre de l’histoire « telle qu’elle est racontée dans le Bible » est une éventualité que bcp d’évangéliques refusent par principe.

    Ils sont prêts à en accepter les résultats si ceux-ci vont dans le sens de leur interprétation. C’est flagrant en ce qui concerne le déluge de Noé.

    Alfred Kuen est un auteur pour lequel j’ai le plus grand respect, mais là aussi je vais dans ton sens. Sa compilation de points de vue apparemment contradictoires sur Genèse 1-11 et l’histoire part d’un présupposé qui rend la discussion sans réponse: Genèse 1-11 est historique et il faut d’une manière ou d’une autre relier ces chapitres à des événements réels.

    Après avoir lu Denis Lamoureux (et d’autres), on réalise que le pb résulte dans les prémisses et que cela conduit tout droit à une confrontation directe avec les découvertes de l’histoire et de l’archéologie.

    Nous reparlerons de l’origine du Pentateuque lors de la publication de la suite de ton article…

  10. gakari1 lun 30 Jan 2012 Répondre

    Bon texte.
    Du point de vue personnel, il est très difficile de sortir du fondamentalisme car si on ne sort pas de l’enclos, il n’y a aucune raison de remettre en question ses principes, qui sont ultra-sécurisants, en globalité.
    Les problèmes surgissent lorsque nous ouvrons les yeux sur le monde extérieur, sans « lunettes » et que nous nous posons les questions qui « fâchent », sans que qqn réfléchisse à notre place.
    Sans cela, pourquoi vouloir sortir de ce ghetto ? Pourquoi se mettre volontairement dans l’insécurité ? Si ce n’est pour suivre Christ plutôt qu’une idéologie.

    Enfin, il est difficile de quitter ce milieu de pensée sans tout rejeter d’un bloc. Combien de chrétiens frustrés, abandonnés, voir rejetés qui aujourd’hui se sont éloignés de Christ à cause des chrétiens ?
    Il y a pourtant sûrement des vérités dans ce lot d’idées, qu’il ne faut pas forcément nier, combattre ou rejeter. Il faut réussir à faire la part des choses, et c’est difficile.

    Yannick

  11. Auteur
    Benoit Hébert lun 30 Jan 2012 Répondre

    Oui Yannick, c’est difficile et en même temps passionnant!

    Pour être très franc, je préférerais parfois que les choses soient plus simples! Mais notre amour pour la vérité doit être plus fort que notre recherche de la sécurité ou de la facilité!

    Il me paraît infiniment moins dangereux pour la foi authentique d’oser se poser un certain nombre de questions plutôt que de faire comme si elle n’existaient pas!

  12. Daras lun 30 Jan 2012 Répondre

    Bonjour Benoît,

    Merci pour ces réflexions. Mark Noll doit sûrement être une lecture intéressante. Même s’il existe une influence comme tu le soulignes, je tends à distinguer évangélisme américain et européen, notamment pour des raisons politiques. Les contextes sont trop différents.

    @Yannick,

    J’ai changé l’aspect de mon blog. Peut-être que ça passe mieux maintenant sur mobile? Dites-moi quoi.

  13. Daras lun 30 Jan 2012 Répondre

    PS: je ne vois plus le bouton « répondre ». Est-ce normal?

  14. Auteur
    benoit hébert lun 30 Jan 2012 Répondre

    Bonsoir Daras,

    Des modifications sont apparues lors de la mise à jour…je ne maîtrise pas encore!

    Bravo pour la nouvelle présentation de ton blog!

  15. Marc lun 30 Jan 2012 Répondre

    En attendant la structure de vos 2 blogs fait à priori appel au même moteur… Normal que tu trouves ça bien ;)

  16. gakari1 mar 31 Jan 2012 Répondre

    :-)
    Daras, merci beaucoup pour la mise en page, j’ai vérifié sur les 2 Rahab et qqs autres articles, et c’est parfait.

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