L’ historicité du déluge biblique (2/2)


>2 Articles pour la série : Le déluge de Noé et l'histoire

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Denis O. Lamoureux est professeur  de science et de religion à l’Université d’Alberta. Sa nomination à ce poste est le premier cas de titularisation dans cette discipline au Canada. Il détient trois thèses d’état (dentisterie, théologie et biologie). Lamoureux soutient que, si les limites du christianisme évangélique et de la biologie évolutive sont respectées, alors les relations qu’elles entretiennent sont non seulement complémentaires mais aussi nécessaires. Il est membre du conseil de direction de l’American Scientific Affiliation du Canada et membre de l’ASA (American Scientific Affiliation).

Ceci est un extrait de Evolutionary Creation aux éditions Wipf and Stock

L’ historicité du déluge (Genèse 6-9)

Les problèmes concernant la chronologie dans le récit biblique du déluge et les conflits entre les événements sont résolus si on considère que ce texte est constitué de deux versions complémentaires de celui-ci en Genèse 6-9. Comme dans les récits de la création, nous avons les preuves des deux sources Yahviste et Elohiste. Mais contrairement à Genèse 1 et 2, les deux récits s’interpénètrent en un seul récit, ce qui rend leur identification plus difficile. Dans deux articles précédents, le récit Yahviste (J) et le récit Elohiste (P) ont été présentés, dans leur version standard. Les caractéristiques linguistiques et stylistiques de chaque récit nous montrent aussi la présence de ces deux sources. Trois séries de preuves différentes indique donc la compilation de deux récits.

  • Premièrement, chaque récit séparé forme un ensemble cohérent. Chacun possède une introduction décrivant l’état de péché de l’humanité avant le déluge et la raison divine de la détruire. Dans chaque version, Noé est averti du déluge à venir et il reçoit l’ordre de préserver la vie dans l’arche. Les deux versions soulignent son obéissance. Dans le récit sacerdotal : « Noé agit ainsi ; tout ce que Dieu lui avait commandé, il le fit. » (6:22), puis le récit Yahviste : « Noé fit tout ce que Yahvé lui avait commandé.»(Genèse 7:5). Chaque récit raconte le lancement des eaux du déluge et leur retrait. Et les deux récits concluent à propos des événements après le déluge et la promesse divine de ne jamais détruire à nouveau le monde avec un déluge.

 

  • Le vocabulaire et les expressions des récits J et P du déluge sont aussi caractéristiques de Gen 2-4 (J) et Genèse 1 (P) respectivement. Ceci sera développé dans un article unique à venir. En voici déjà deux exemples, la version yahviste  (J) du déluge et celle de la création contiennent le nom « Yahweh » « Seigneur », les mots « ish » (homme), « isha » (femme), « mal », « malédiction », « maudit », « pluie »…Les récits élohistes (P) de la création (genèse 1) et du déluge se distinguent par l’utilisation du mot « Elohim » (Dieu), le commandement d’être « fécond et de remplir le terre », l’affirmation que l’homme est fait à « l’image de Dieu » et la catégorisation de la vie « selon son espèce ». A suivre avec de nombreux autres exemples…

 

  •  Troisièmement, et ce sera développé dans un autre article à part, les récits P et J du déluge possèdent leur propres caractéristiques stylistiques et linguistiques, indiquant deux auteurs différents. Par exemple, seule la version yahviste utilise le mot « face » (9x), « cœur » (4x), « balayé » (4x), et l’expression « plus jamais je ne recommencerai à… »(2x). Alors que les expressions « toute chaire » (13x), « alliance » (9x), « les eaux montèrent de plus en plus sur la terre » (4x), et « un couple de tout ce qui est chair » (3x) n’apparaissent que dans le récit sacerdotal. De plus, le récit J utilise le chiffre 7 dans sa chronologie (4x) et pour compter les animaux impurs (2x), et le nombre 40 (4x) pour compter le nombre de jours et de nuits de pluie sur la terre. Par contraste, le récit (P) est caractérisé par l’utilisation du nombre symbolique 60 dans l’âge de Noé au début du déluge (600 ans), la longueur de l’arche (300 coudées) et la durée du déluge (300 jours). A suivre avec de nombreux autres exemples…

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Denis Lamoureux

4 Commentaires

  1. Avatar
    Peel Olivier dim 14 Août 2011 Répondre

    Effectivement, c’est très troublant. Il faut admettre que l’auteur ou les auteurs de Genèse 1-11 a ou ont probablement compilé au moins deux récits de l’événement du déluge.
    Maintenant, je serais plus prudent par rapport à la formulation de Denis Lamoureux quand il déclare: « que le déluge de Noé n’a probablement jamais eu lieu. » Le fait qu’il ait une différence de vocabulaire entre les récits n’exclut en rien l’historicité du déluge en soi. Plusieurs civilisations antiques relatent les événements du déluge (Chine, amérique du sud, etc.). J’invite, à ce titre, à plus de prudence.

  2. Avatar
    Peel Olivier dim 14 Août 2011 Répondre

    Effectivement, c’est très troublant. Il faut admettre que l’auteur ou les auteurs de Genèse 1-11 a ou ont probablement compilé au moins deux récits de l’événement du déluge.
    Maintenant, je serais plus prudent par rapport à la formulation de Denis Lamoureux quand il déclare: « que le déluge de Noé n’a probablement jamais eu lieu. » Le fait qu’il ait une différence de vocabulaire entre les récits n’exclut en rien l’historicité du déluge en soi. Plusieurs civilisations antiques relatent les événements du déluge (Chine, amérique du sud, etc.). J’invite, à ce titre, à plus de prudence.

  3. Avatar
    benoit hébert dim 14 Août 2011 Répondre

    salut Olivier,
    j’ai eu les mêmes réticences que toi à reconnaître qu’il y avait deux auteurs de Genèse 1-11, et je sais que ce sera le cas pour la plupart des évangéliques.beaucoup ne se donneront même pas la peine d’étudier sérieusement cette question.

    Je sais que ça a été assez fastidieux voire aride de lire toute cette série, mais ça valait la peine. j’irai jusqu’au bout avec les deux derniers articles annoncés pour ceux qui restent encore septiques.

    je te remercie bcp de nous faire part de tes réflexions car les centaines de lecteurs anonymes de ce blog pourront s’identifier à ton parcours qui a été le mien qq années en arrière.

    qq remarques supplémentaires

    Denis Lamoureux dit qu’il ne croit pas au déluge « tel qu’il est décrit dans la Bible », c’est à dire universel, ne laissant comme survivant que Noé et sa famille. Les seuls animaux survivants étant ceux de l’arche…
    Je suis de son avis. La Bible décrit un déluge universel et non local, et ceux qui voudraient tordre le texte pour en faire la description d’un déluge local ne m’ont pas convaincu. Ce déluge universel n’a jamais eu lieu.

    La tradition de ce déluge est certainement basée sur un ou des déluge locaux, et ça Denis Lamoureux l’admet fort bien.Les récits des déluges de part le monde confortent-ils l’idée d’un déluge universel? ta remarque me donne l’idée d’un autre article…à suivre!

  4. Avatar
    benoit hébert dim 14 Août 2011 Répondre

    salut Olivier,
    j’ai eu les mêmes réticences que toi à reconnaître qu’il y avait deux auteurs de Genèse 1-11, et je sais que ce sera le cas pour la plupart des évangéliques.beaucoup ne se donneront même pas la peine d’étudier sérieusement cette question.

    Je sais que ça a été assez fastidieux voire aride de lire toute cette série, mais ça valait la peine. j’irai jusqu’au bout avec les deux derniers articles annoncés pour ceux qui restent encore septiques.

    je te remercie bcp de nous faire part de tes réflexions car les centaines de lecteurs anonymes de ce blog pourront s’identifier à ton parcours qui a été le mien qq années en arrière.

    qq remarques supplémentaires

    Denis Lamoureux dit qu’il ne croit pas au déluge « tel qu’il est décrit dans la Bible », c’est à dire universel, ne laissant comme survivant que Noé et sa famille. Les seuls animaux survivants étant ceux de l’arche…
    Je suis de son avis. La Bible décrit un déluge universel et non local, et ceux qui voudraient tordre le texte pour en faire la description d’un déluge local ne m’ont pas convaincu. Ce déluge universel n’a jamais eu lieu.

    La tradition de ce déluge est certainement basée sur un ou des déluge locaux, et ça Denis Lamoureux l’admet fort bien.Les récits des déluges de part le monde confortent-ils l’idée d’un déluge universel? ta remarque me donne l’idée d’un autre article…à suivre!

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