Jésus croyait-il au péché originel chez l’enfant ?

Posté par Roger Lefebvre
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Jésus enseignait-il que les enfants naissent corrompus à cause de la désobéissance de leurs lointains parents Adam & Ève ?

 

Avant-Propos : Pourquoi s’intéresser au péché originel ?

Marc Fiquet- Webmaster

Les chrétiens sont tous d’accord sur le fait que tous les Hommes doivent être réconciliés avec Dieu, que chacun éprouve des difficultés à faire le bien. Naturellement l’Homme « manque la cible », il lui est impossible d’accomplir la justice à laquelle il aspirerait lui-même. C’est sous le terme bien galvaudé aujourd’hui de « péché » que cette attitude est définie dans la Bible.

Pour tenter d’expliquer cet état de fait, Augustin à proposé la doctrine du péché originel qui a été largement revitalisée par les réformateurs Luther et Calvin au XVIe s. Pour de nombreux croyants, remettre en cause la doctrine du péché originel, c’est remettre en cause la doctrine du Salut chrétien, or  elle ne fait que tenter d’expliquer l’origine du péché et ne remet pas du tout en cause le fait que tout homme « manque la cible » et ait besoin d’accomplir sa vocation en Jésus-Christ.

Si Science & Foi porte un intérêt particulier à ces questions théologiques,  c’est pour montrer combien il peut être enrichissant d’établir un vrai dialogue entre certaines de nos traditions chrétiennes et les données de la science moderne (la génétique nous montre que l’humanité ne descend pas d’un couple unique) pour que notre théologie soit cohérente avec la révélation des Ecritures entières et  celle de la Création.

 

 


Nous sommes tous habitués à lire les paroles de Jésus

avec l’arrière-plan théologique

que l’on nous a inculqué en toute bonne foi,

bien qu’ils soient directement redevables aux premiers conciles

et aux pères de l’Église historique, tel qu’Augustin.

 

Mais que se passerait-il si, comme Marie,

nous nous nous mettions aux pieds du Seigneur

pour l’écouter comme une première fois ?

 


 

Fait divers

 

Le petit Jonathan a cinq ans. Depuis sa naissance, il entend ses parents se plaindre de leur voisin. Une fois de plus, son père est aujourd’hui aux prises avec le mauvais coucheur qui, par-dessus la haie, l’insulte de tous les noms d’oiseaux à propos d’une histoire de tondeuse à gazon jugée trop bruyante. Jonathan rentre à la maison, va chercher le révolver de son papa, ressort et tire sur le voisin, sans que son père ait eu le temps de faire le moindre geste pour l’en empêcher. Malgré tous les efforts du père pour contenir l’hémorragie, le voisin meurt avant même l’arrivée de l’ambulance.

 

Commentaires

 

La presse parlera-t-elle d’un criminel, d’un voyou, ou d’un assassin à propos du jeune meurtrier ? C’est peu probable. Par contre, elle ne manquera pas de blâmer le père pour avoir laissé une arme chargée à portée d’un si jeune enfant. On l’accusera certainement d’irresponsabilité si l’on apprend qu’il lui a montré comment enlever le cran de sécurité de son arme. Certains relanceront sans doute le débat sur le droit des particuliers de détenir des armes à la maison. D’autres réactiveront la polémique relative aux films et dessins animés où les protagonistes tuent impunément tous ceux qui les contrarient… Bref, les commentaires partiront dans tous les sens, mais personne ne remettra en cause le fait qu’un enfant de cinq ans est encore irresponsable de ses actes, et personne ne suggèrera qu’il faut le mettre en prison ou en maison de correction pour mineurs. Son père, par contre, risque bien d’avoir des comptes à rendre à la Justice.

 

En privé

 

Tout en étant une fervente chrétienne, la maman du petit Jonathan ne s’est jamais interrogée sur la relation qu’il peut y avoir entre la responsabilité et la culpabilité. Pour elle, le péché originel fait de son enfant un pécheur de naissance. Aussi, quand Jonathan fait quelque chose de mal, elle ne manque pas de l’encourager à demander pardon à Jésus qui a été puni à sa place en mourant cloué sur une croix, en saignant beaucoup et en ayant très mal. Dès lors, à chaque bêtise qu’il commet, le petit Jonathan se sent étreint par un profond sentiment de culpabilité en évoquant les souffrances de Jésus… Même si au fond de lui-même, il estime qu’avoir accidentellement renversé et brisé l’horrible vase de tante Adèle était plutôt un service à rendre à ses parents qui ne savaient comment s’en débarrasser de façon diplomatique. Mais aujourd’hui, la maman de Jonathan a vraiment de quoi alimenter sa théologie de la substitution.

 

Et pour Jésus ?

 

Jésus s’étant vu impliqué dans les bêtises – grandes et petites – du petit Jonathan, il semble juste de lui demander ce qu’il en pense.

 

Marc 9.36-37 :

Jésus prit un petit enfant, le plaça au milieu des disciples, et après l’avoir embrassé, il leur dit : Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants, me reçoit moi-même, et quiconque me reçoit, ne me reçoit pas moi-même, mais celui qui m’a envoyé.

 

À première lecture, on pourrait penser que « recevoir un enfant au nom de Jésus » signifie accueillir cet enfant de la même façon que Jésus l’accueillerait. Cela semble une façon légitime de comprendre la parole du Seigneur… Et pourtant, ce n’est pas cela qu’il a dit. En réalité, Jésus affirme que « recevoir un enfant en son nom », c’est le recevoir, lui Jésus, et même plus, puisque c’est recevoir Dieu lui-même !

 

Cela nous interpelle à plus d’un titre. Et tout d’abord, sachant qui il est, comment accueillerions-nous l’enfant Jésus aujourd’hui ? Avec un esprit de supériorité et de condescendance ? Ou avec respect, malgré son jeune âge ?… Dès lors, comment accueillons-nous les enfants qui veulent s’approcher de lui ? N’oublions-nous pas trop facilement qu’accueillir un enfant au nom de Jésus, c’est accueillir Dieu lui-même !

 

Mais alors – deuxième sujet d’étonnement – qu’en est-il du péché ? Dieu serait-il pécheur ? Car si c’est Dieu que j’accueille à travers un enfant pécheur – fût-ce un « état » de péché, plutôt qu’un péché « commis » – j’ai un sérieux problème avec le « péché originel » dont seraient atteints tous les enfants… et dont la Bible ne parle d’ailleurs nulle part ! Posons donc la question à Jésus pour voir ce qu’il en pense.

 

Marc 10.13-16 :

Des gens lui amenèrent des petits enfants pour qu’il les touche. Mais les disciples leur firent des reproches. Jésus, en le voyant, fut indigné et leur dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour leurs pareils. En vérité, je vous le dis, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant, n’y entrera point. Puis il les embrassa et les bénit, en leur imposant les mains.

 

Il peut paraître surprenant d’entendre Jésus proclamer que le royaume de Dieu est pour ceux qui sont « pareils » à nos enfants… Il doit pourtant savoir que nos bambins sont loin d’être toujours sages comme des images ! Le mal ne se manifeste-t-il pas en eux dès le plus jeune âge ? Que faut-il penser de la colère du nourrisson quand le biberon ne vient pas assez vite ? Ou de la jalousie qui le porte à repousser papa qui vient embrasser maman, alors qu’elle le tient sur son sein ?… Colère, jalousie : on parle bien de péchés, n’est-ce pas ? Faut-il alors être pécheur pour hériter du royaume de Dieu ?

 

Ne devrait-on pas poser la question autrement, et se demander si le « mal » est nécessairement « péché » ? Peut-on dire – par exemple – que le lion qui tue une antilope commet un péché ? Ou que deux lions qui se battent commettent un péché ? Ou encore, que ces lions commettent des péchés, parce qu’ils sont nés en état de péché ?… Il n’est pas un chrétien qui ne trouverait pareilles questions complètement absurdes : même ceux qui pensent que les lions sont devenus carnivores après la « chute d’Adam » ! N’est-il pas évident qu’un lion suit ses instincts, qu’il n’est donc pas moralement responsable de ses actes, et qu’en conséquence, il ne peut être tenu pour coupable du mal qu’il fait à d’autres êtres vivants. En d’autres termes, nous sommes tous disposés à admettre la nécessité de distinguer la notion de mal et la notion de culpabilité, du fait que cette dernière est intimement associée à la notion de responsabilité… D’où l’absurdité d’introduire la notion de péché concernant un lion.

 

Disons les choses autrement. Puisque le lion n’est pas moralement responsable de ses actes quand il fait le mal, on ne peut pas le déclarer coupable, et encore moins pécheur. Il apparaît donc clairement que la notion de péché est étroitement dépendante de la notion de responsabilité morale. Dès lors, avant de déclarer un petit enfant pécheur, la question qui s’impose est de savoir si l’on peut le dire moralement responsable de ses actes ? Le fait divers raconté en préambule paraît significatif : certes, Jonathan a fait quelque chose de mal, et même de très mal ! Mais tous s’accorderont à dire que n’étant pas encore responsable de ses actes, on ne peut considérer ce petit garçon comme coupable.

 

Dès lors, bien que sa maman paraisse ignorer le lien entre responsabilité et culpabilité, il est hors de question de parler de péché à propos de cet enfant. Partout dans la Bible, aussi bien dans le Premier Testament que dans le Nouveau, la notion de péché est indissociable de la notion d’expiation. Or, qui dit expiation dit péché, qui dit péché dit culpabilité, et qui dit culpabilité dit responsabilité… En d’autres termes : en dehors de toute responsabilité, pas de culpabilité, pas de péché, et nul besoin d’expiation. La porte du royaume de Dieu est donc largement ouverte aux petits enfants ; dès lors « exit » le péché originel qui est supposé leur en interdire l’accès !

 

Voici donc l’état de non culpabilité – on ne parle pas d’un état dont le mal est absent – qu’il appartient aux adultes de retrouver pour devenir comme les petits enfants et pouvoir entrer dans le royaume de Dieu. Pour le moment, le comportement du petit enfant répond à sa nature animale ou instinctive. Cette nature, il devra apprendre à la maîtriser à travers l’éducation reçue de ses parents, et avec l’aide de Dieu, s’il croit en lui. Cette éducation est indispensable pour poser les jalons destinés à préparer sa maturité et sa responsabilité morales. À ce propos, tout le monde connaît le passage de Matthieu 1.23 citant une prophétie d’Ésaïe ; mais on en néglige souvent les implications.

 

Ésaïe 7.14-15 :

C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici que la jeune fille est enceinte, Elle enfantera un fils Et lui donnera le nom d’Emmanuel. Il mangera de la crème et du miel, Jusqu’à ce qu’il sache refuser ce qui est mauvais Et choisir ce qui est bon.

 

Vrai Dieu, vrai homme

 

On a parfois tendance à oublier que Jésus a été un bébé comme tous les autres, tétant sa mère, pleurant et faisant dans ses langes. Puis qu’il est devenu un petit garçon comme les autres, prenant progressivement conscience, à travers l’éduction qu’il recevait, du fait que certaines choses sont bien et que d’autres sont mal. Ensuite, toujours éclairé par ses parents, il a encore grandi en maturité, prenant conscience de sa nature divine et de son destin particulier :

Ne saviez–vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ?
(Luc 2:49)

Mais l’on peut imaginer que cette prise de conscience ne fut pas facile à vivre, puisqu’il doit attendre d’avoir une trentaine d’année avant que Dieu lui confirme explicitement son statut divin à travers une voix venant du ciel :

Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection.
(Matthieu 3.17)

Affirmation que le diable mettra aussitôt en question avec beaucoup d’insistance :

Si tu es Fils de Dieu… Si tu es Fils de Dieu…
(Matthieu 4.3,6)

 

Certes, nous n’ignorons pas que Jésus « a été tenté comme nous à tous égards, sans [commettre de] péché. » (Hébreux 4.15) Mais comme nous l’avons vu, ne pas commettre de péché ne veut pas dire qu’un petit enfant ne fait jamais rien de mal en absolu. Qu’en est-il de Jésus ? La Bible n’en dit rien, sinon qu’il a dû apprendre « à refuser ce qui est mauvais, et à choisir ce qui est bon. »… Ce qui ne veut rien dire et tout dire à la fois ! Il n’est donc pas question de préjuger de quoi que ce soit. Mais on ne peut toutefois pas s’empêcher de penser qu’un petit garçon qui ne fait jamais la moindre bêtise ne serait pas vraiment tout-à-fait normal. Aussi, trêve de spéculations concernant Jésus, puisque c’est de nos enfants et de nous-mêmes qu’il s’agit ici.

 

Or, nos enfants ne sont pas simplement des petits animaux qu’il nous faudrait « dresser » à faire le bien plutôt que le mal. Car, on le sait aujourd’hui, la capacité de distinguer le bien du mal – en dehors de tout avantage personnel – est une faculté qui n’apparaît qu’à un certain stade du développement d’un enfant. Généralement, cette capacité apparaît vers l’âge de douze ou treize ans. Bien que fixé de façon empirique, ce n’est donc pas par hasard que cet âge est celui de la barmitsva dans le Judaïsme et le la confirmation dans le Christianisme, puisque c’est l’âge où l’enfant accède à la responsabilité morale. Aussi, les nombreux passages bibliques qui exhortent les parents à corriger leurs enfants ne leur demandent pas de frapper leurs enfants, mais – comme l’on met un tuteur à une jeune plante – de leur fixer des repères qui les conduiront à devenir des êtres moralement responsables, plutôt que demeurer des êtres strictement instinctifs.

 

Mais revenons aux parles du Seigneur. En disant

quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant, n’y entrera point

Jésus considère que cette réception du royaume de Dieu est déjà chose faite pour les petits enfants… Sinon sa phrase n’aurait aucun sens ! Ou alors, Jésus aurait dû préciser pour quels enfants c’est possible et pour quels autres ce ne l’est pas. On serait de nouveau en pleine spéculation. Prenons donc la parole de Jésus pour ce qu’elle affirme et posons-nous la question qui vient tout naturellement à l’esprit. Si un petit enfant se trouve tout naturellement dans le royaume de Dieu, et si devenu adulte il se trouve invité à y entrer, c’est qu’à un moment ou l’autre, il est sorti du royaume de Dieu ?

 

Évidemment, la doctrine du péché originel prend de plein fouet l’enseignement de Jésus pour qui, le petit enfant n’est manifestement pas condamné aux flammes éternelles pour le seul crime d’être né en ce bas-monde : ce qu’il n’a d’ailleurs demandé à personne, pas plus à Dieu qu’à ses parents ! Aussi, relisons le même récit dans l’évangile de Matthieu en acceptant – fût-ce comme une hypothèse d’école – l’idée qu’un enfant est déjà dans le royaume de Dieu, dès la naissance et même avant ! Nous verrons que cette conception est la plus naturelle et la plus cohérente avec les paroles de Jésus : bien plus que l’idée d’un nouveau-né pécheur, privé du paradis !

 

Matthieu 18.1-5 :

À ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? Alors Jésus appela un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : En vérité je vous le dis, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même.

 

Prenons les choses dans l’ordre. Première remarque, l’enfant en question n’est pas un nouveau-né, puisque Jésus l’appelle pour qu’il vienne à lui. C’est donc bien un petit enfant, avec tout ce que cela implique d’espiègleries en tous genres. Or, Jésus présente l’objectif de la conversion comme étant de devenir comme ce petit enfant placé au centre du cercle de ses disciples. Voici donc clairement affirmée la nécessité de devenir comme cet enfant pour entrer dans le royaume de Dieu. Notons au passage que l’humilité de cet enfant n’en fait pas un saint. Il a certes conscience de la dépendance dans laquelle il se trouve par rapport à ses parents, mais cela ne l’empêche pas de faire des choses qui sont mal… Tout comme la conversion nous fait entrer dans la dépendance du Christ et de la rédemption, bien que nous continuions à faire le mal. Il est vrai qu’un adulte est responsable du mal qu’il fait, alors qu’un petit enfant ne l’est pas.

 

Mais si le but de la conversion est de nous faire entrer dans le royaume de Dieu, cela ne répond toujours pas à notre question : Quand l’enfant qui est en moi a-t-il quitté le royaume de Dieu où il se trouvait depuis sa naissance ? Aussi, continuons notre lecture.

 

Matthieu 18:6-9 :

Mais si quelqu’un était une occasion de chute pour un de ces petits qui croient en moi, il serait avantageux pour lui qu’on suspende à son cou une meule de moulin, et qu’on le noie au fond de la mer. Malheur au monde à cause des occasions de chute ! Car il est inévitable qu’il se produise des occasions de chute, mais malheur à l’homme par qui elles se produisent ! Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie manchot ou boiteux, que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel. Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie borgne, que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans la géhenne de feu.

 

Pour l’instant, oublions ces amputations symboliques pour nous concentrer sur une question théologique essentielle : la perte du salut est-elle inhérente au seul fait de naître – voire même d’être conçu dans le sein maternel – ou est-elle un accident de parcours ? Qu’en dit Jésus ? Dans le passage précédent, il affirmait implicitement que les petits enfants sont déjà dans le royaume de Dieu. Ici, partant du principe que l’enfant a déjà entendu parler de lui, Jésus laisse entendre qu’un petit enfant n’a pas de difficulté à croire en lui : ce qui se vérifie dans nos familles chrétiennes. Par contre, Jésus va pointer du doigt deux séries de facteurs qui, très rapidement, risquent d’éloigner les enfants de lui et, plus généralement, de la foi en Dieu.

 

Notons que ce texte est l’un des rares passages de la Bible où la notion de péché est assimilée à une « chute » : ce n’est pas le cas pour Adam et Éve, notamment ! Pour le Seigneur, une première série d’occasions de chute  relève de facteurs extérieurs à l’enfant. Il s’agit de personnes qui vont décourager l’enfant de croire en Jésus et en Dieu. Ce peut être le discours matérialiste athée d’un professeur, des copains, des médias, etc. Mais ce peut être aussi l’attitude de proches qui vivent en contradiction avec la foi chrétienne qu’ils prétendent confesser. Que ce soient des athées sans scrupules ou des chrétiens irresponsables, ces personnes vont distiller le doute dans le cœur de l’enfant qui, dès lors, se trouve en danger de ne plus faire confiance au Seigneur et de l’abandonner.

 

Mais Jésus relève aussi une série de facteurs de chutes qui ne sont plus extérieurs à l’enfant, mais qui lui sont propres : tels son pied, son œil, sa main… C’est-à-dire les médias d’une nature charnelle – livrée à ses instincts naturels – dans laquelle les séductions de ce monde trouvent un terrain propice à la chute. Ici encore, l’enfant va s’éloigner de Jésus et de Dieu car, comme Jacques (1.14-15) le fait remarquer, nous n’avons pas toujours besoin que quelqu’un nous fasse un croc-en-jambe pour tomber. En matière de chute, nous nous suffisons largement :

Mais chacun est tenté, parce que sa propre convoitise l’attire et le séduit. Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, parvenu à son terme, engendre la mort.

 

Bref ! Que ce soient des facteurs extérieurs ou intérieurs, les occasions de chute ne manquent pas… Or, paradoxe des paradoxes, Jésus nous dit tout tranquillement que

dans ce monde, il est inévitable qu’il se produise des occasions de chute.

– O.K. ! Et nous, qu’est-ce qu’on fait avec un pareil constat ? On le met en poche, notre mouchoir par-dessus, et on devient fataliste ?… Non, bien sûr ! Mais alors, plus sérieusement : Pourquoi Dieu permet-il cela ?

 

L’enfance perdue

 

Pour répondre à la question, il suffit peut-être d’inscrire notre réflexion dans l’ensemble de la Révélation biblique… et du bon sens commun. Comme on l’a dit, les enfants ne choisissent pas de naître : pas plus dans leur famille selon la chair pour être aimés de leurs parents, que dans leur famille spirituelle pour être aimés de Dieu. Par contre, si les parents ne choisissent pas toujours d’aimer leurs enfants, Dieu, pour sa part, ne manque jamais d’aimer les siens. Voyons plutôt la suite de notre texte.

 

Matthieu 18.10-14 :

Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. Qu’en pensez-vous ? Si un homme a cent brebis, et que l’une d’elles s’égare ne laisse-t-il pas les 99 autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s’est égarée ? Et, s’il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il s’en réjouit plus que pour les 99 qui ne se sont pas égarées. De même, ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits.

 

Comme on le sait, ce passage a donné lieu à la doctrine des « anges gardiens ». Chacun en pensera ce qu’il veut : tel n’est pas notre propos, si ce n’est pour noter que rien de ce qui arrive aux petits enfants n’échappe à l’attention de notre Père céleste. Ce qui est intéressant pour tout le monde, puisque nous avons tous été petits avant de devenir grands. Or, Jésus est catégorique sur ce point : « Ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits. » Si donc nous nous sommes perdus en grandissant, ce n’était donc pas la volonté de Dieu ! La preuve ? Dieu a tout fait pour nous récupérer : « Le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu »… Comment ? En nous offrant de faire aujourd’hui le bon choix que nous n’avons pas fait hier !

 Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu !
(Matthieu 23:37)

 

Dieu, en effet, ne veut pas s’imposer à l’être humain : on le voit déjà dans le récit de l’Éden. Il veut être aimé pour lui-même, librement : ce qui implique de choisir entre lui et… autre chose ! Or ce genre de choix n’est possible que chez des êtres en âge de prendre leurs responsabilités. Car ce choix implique un amour adulte, désintéressé, dont le petit enfant est en grande partie incapable, tant que son immaturité naturelle le laisse centré sur lui-même. – Soit dit en passant, dans un monde de plus en plus narcissique, cela reste le lot de pas mal d’adultes. – Quoi qu’il en soit, dans le monde des adultes, chacun est appelé à faire librement le choix d’aimer Dieu en retour de son amour manifesté en Jésus. Comme nous le savons, cette démarche se fait par la conversion à Jésus-Christ, la communion du Saint-Esprit et l’adoption par le Père.

 

Finalement, tout l’enseignement de Jésus est une invitation à retrouver l’enfant qui est en nous et qui s’est perdu lorsque nous avons grandi. S’il en fallait une autre preuve, Jésus nous raconte la parabole de la brebis perdue. Car, notons-le bien : avant de se perdre, cette brebis faisait bien partie du troupeau du Seigneur, de ces « petits » dont le Père ne veut voir aucun se perdre ! Aussi, comme Jésus l’a fait pour chacune et chacun d’entre nous, il lui faut lui-même aller la chercher là où elle se trouve, afin de la ramener dans son troupeau… On dit bien la « ramener », puisque c’est là qu’elle était avant de se perdre. Or, comme on l’a vu, Jésus ne fait aucune ségrégation entre les petits enfants. Cela concerne aussi bien ceux qui connaissaient Jésus avant de se convertir que ceux qui ne le connaissaient pas.

 

D’une certaine façon, cette dernière précision se trouve confirmée par l’attitude différente des deux frères dans la parabole dite « du fils prodigue ». L’aîné n’a jamais connu son Père, bien qu’ayant toujours vécu dans sa présence et dans le respect des règles de bonne conduite. Ne croyant pas à l’amour de son père, il ne pouvait lui faire confiance et donc avoir foi en sa grâce. Le cadet, bien qu’ayant abandonné son père et toute règle de bonne conduite, connaissait suffisamment l’amour de son père pour revenir à lui dans un esprit de repentance et confiant dans sa grâce. Ces « retrouvailles » correspondent à ce que Jésus – dans son entretien avec Nicodème – nous a présenté comme une « nouvelle naissance », indispensable pour hériter du royaume des cieux dès ici-bas.

 

Jean 3.3-8 :

Jésus lui répondit : En vérité, en vérité je te le dis, si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le royaume de Dieu. Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas que je t’aie dit : il faut que vous naissiez de nouveau. Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit.

 


 

 

Roger Lefebvre

16 Commentaires

  1. Manu ven 02 Nov 2018 Répondre

    Le péché originel, quelle importance ? Que l’homme soit déchu ou non, il doit absolument être sauvé, vivifié, par la grâce de Dieu.

    « Pécheur ou non, l’homme est en toute hypothèse devant Dieu dans la situation d’un besoin radical de salut. » (Bernard Sesboüé, Jésus-Christ l’unique médiateur : essai sur la rédemption et le salut, JJC 33, Desclée, 2003, p. 25)

  2. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre sam 03 Nov 2018 Répondre

    Bien d’accord avec toi Manu !
    Mais pour nombre de croyants, la Rédemption est avant tout une réponse au péché d’Adam, et l’humanité n’est concernée qu’en tant qu’héritière de celui-ci. Ils demeurent prisonniers d’une lecture simpliste de Romains 5, où ils croient voir la confirmation de l’existence du péché originel propagé depuis Augustin dans la théologie chrétienne classique. Le pire, c’est que bien souvent, cette nécessaire historicité de nos « premiers parents » les contraint également à demeurer tributaires d’une lecture littéraliste des premiers chapitres de la Genèse, avec la nécessité d’une terre jeune et tutti quanti… D’où la présence de cette invitation à la réflexion dans les pages de Science et Foi.

  3. Peel sam 03 Nov 2018 Répondre

    L’introduction de Marc Firquet me fait quelque peu frémir car il semble indubitable pour lui que la science pousse à réviser la lecture des textes bibliques afin que cela colle avec les découvertes! Personnellement, si les textes bibliques de la Genèse (chapitres 1 à 11) n’ont rien de scientifique, je ne vois pas pourquoi il faudrait modifier et forcer ces textes pour qu’ils puissent être « cohérent » avec les découvertes scientifiques.
    Si je suis pas amateur d’une lecture littéraliste de Genèse 1 à 3, je ne suis pas non plus amateur d’une lecture ultra littéraire!
    Évoquer le péché comme étant « galvaudé » serait la marque visible du manque de connaissance du mot « péché ». Contrairement à ce qui est écrit, il ne s’agit pas uniquement de la définition de « manquer sa cible ». Cette dernière définition serait plutôt en lien avec la manière dont la Septante traduit le mot péché de l’hébreu en grec. L’arabe semble également aller dans ce sens.
    En hébreu, on peut traduire le verbe « hatta' » ou son substantif « hatta’t » par « négliger, faire défaut, être en tort ». Au travers de divers passages de l’AT, le mot hatta’t se construit autour de l’idée de rupture et même d’obstacle au dessein de Dieu (Gn 4.7; Jg 10.10, …).
    Le mot péché peut sembler être galvaudé mais je préfère de loin garder le terme et expliquer le sens du mot suivant son contexte.

    La petite histoire du garçon oriente dès le départ la suite du développement théologique. Si l’enfant ne sait pas encore faire la différence entre le bien et le mal (suivant les discours des sciences humaines) pourquoi utiliser un révolver et non simplement venir pousser le voisin voire lui donner un coup de pied? Parce que l’enfant sait qu’un tir de révolver mettra un terme définitif à la violence du voisin vis-à-vis de son papa. Même si l’on peut assimiler l’acte à l’éducation aux armes à feu, cela prouve que l’enfant a parfaitement compris qu’un révolver a un impact plus grand qu’un simple coup de pied!
    Irresponsable de ses actes?? A notre époque où l’enfant est « roi » on classera l’affaire sans suite.
    Le reste du développement est en droite ligne des idées des sciences humaines où l’on insiste sur la responsabilité de l’éducation et du choix des parents vis-à-vis de l’enfant qui est une espèce de page blanche et innocente. Postulats, et non des preuves, dont nous sommes redevables à Jean-Jacques Rousseau et à ceux et celles qui ont suivi son idéologie jusqu’à Françoise Dolto.

    Les textes de l’Evangile de Marc, chapitres 9 et 10, sont habillement choisis. Mais il ne faut pas oublier d’autres passages. Ainsi, si Jésus prend en exemple l’attitude de l’enfant il est en fait de même avec les adultes, même si la question du Royaume de Dieu n’y est pas fait mention.
    Matthieu 10.40-41: « Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. » Et le texte se poursuit dans une même veine.
    Il serait intéressant de lire les textes en parallèle entre Marc 9.33-37 et Matthieu 18. 1-5; Luc 9-46-48.
    On constate que Jésus ne met pas l’accent sur l’ontologie de l’enfant mais sur l’une ou l’autre de ses caractéristiques. Chez Matthieu c’est l’humilité. Luc semble également souligner cet aspect de l’humilité. Il semble évident que ce que Jésus met en exemple est l’humilité de l’enfant à recevoir l’invitation de Jésus. Il ne s’agit pas d’être le plus grand ou le plus petit mais d’accueillir humblement l’invitation de Jésus. Notez que Jésus met l’accent sur le fait que l’enfant a fait demi-tour pour venir à lui! C’est bien ce que fit Moïse lorsqu’il vit le buisson brûler et qu’il fit un détour pour venir voir (Exode 3.3).
    Ainsi, selon moi, ce n’est pas le fait d’être un enfant qui fait qu’il entrera plus rapidement qu’un adulte dans le Royaume de Dieu. Je pense que c’est faire dire aux textes ce qu’ils ne disent pas. La Grâce de Dieu suffit-elle à sauver un enfant? Cela est possible mais ne relève pas de mon ressort.
    Toutefois, être humble dans la réception de l’invitation de Jésus, est une porte ouverte à entrer dans son Royaume.

    • him dim 04 Nov 2018 Répondre

      Bonjour Peel.

      Tu dis « La Grâce de Dieu suffit-elle à sauver un enfant? Cela est possible mais ne relève pas de mon ressort. »

      Cela signifie t’il que même si la Grâce de Dieu ne suffit pas à sauver un enfant cela ne change rien au culte que tu rends à Dieu ?

      N’est il pas de ton ressort de juger de ce qui est bien et mal ?

      • Peel dim 04 Nov 2018 Répondre

        Bonjour Him,

        Pour ma part, je pense que oui, la Grâce de Dieu suffit à sauver les enfants. Mais n’étant pas dans la pensée de Dieu, il m’est impossible de répondre à 100% oui. Pourquoi? Parce que je ne parviens pas à concevoir ni à comprendre dans sa totalité ce que « l’amour de Dieu » signifie. Il en est de même du sens de sa « Justice ». Car qu’est-ce qui me dit que ce que je conçois comme « amour » et « Justice » est en soit proportionnel à la conception de ce que Dieu a de ces concepts? Je suis conscient que cette question n’est possible que si Dieu existe.
        Dieu m’a doté d’un cerveau et je suis en droit de l’utiliser. Ainsi, oui, il est de mon ressort de juger de ce qui est bien et mal. Le mal est scandaleux mais encore une fois comment puis-je mette en balance mes conceptions du bien et du mal, les vôtres, celles des autres dans le monde par rapport à l’unique conception de Dieu du bien et du mal?
        Pour vous donnez un exemple tiré de la Bible: Comment mettre en balance l’amour que Dieu, le Père, éprouvait pour son Fils et ce, jusqu’à le laisser entre les mains des hommes qui en feront ce qu’ils veulent, vont le torturer (les coups de fouet) et vont le crucifier. Et tous ça pourquoi? Pour sauver le reste de l’humanité (qui a nos propres yeux n’en vaudrait peut-être pas la peine). Qui serait prêt à faire cela ici-bas à titre d’humain? Je serais dans l’impossibilité totale de sacrifier un seul de mes enfants pour un seul salopard sur terre. Et pour moins que cela d’ailleurs.
        Comprenez vous la différence entre ce qui est bien et mal pour moi et bien et mal pour Dieu?
        Alors oui, je n’ai aucun souci à lui rendre un culte.

      • him dim 04 Nov 2018 Répondre

        Tu dis « Qui serait prêt à faire cela ici-bas à titre d’humain? »
        Si j’ai la garantie que :
        – mon fils ressuscite au bout de trois jours
        – qu’il obtienne de régner éternellement sur l’univers
        – et que mon fils soit d’accord
        Alors j’avoue que je serais très tenté d’accepter.

        Il me semble que se serait le cas de la plupart des pères ?

        Tu dis que la Grâce de Dieu suffit à sauver les enfants. Mais tu te déclares incompétent pour décider de te désolidariser de Dieu si, pour des raisons qui te dépassent, Dieu voit les choses autrement.
        J’ai du mal à te croire. Il y a bien un age en deçà duquel où si Dieu envoyait certains enfants morts en bas age en enfer tu te désolidarisais de Dieu.
        Soyons concret : si Dieu est susceptible d’envoyer des enfants morts avant l’age de X ans en enfer est ce que tu te désolidarise de Dieu ?
        Remplace X par des valeurs décroissantes et dis moi si il y a un age à partir duquel tu craques ou pas.
        (Si tu veux bien. Bien sûr)

        • Peel dim 04 Nov 2018 Répondre

          Des garanties?
          Qui a parlé de garanties? Il fallait que Jésus aille jusqu’au bout! Il n’y avait aucune garantie. Le combat dans le Jardin de Gethsémané fut rude et même limite (Matthieu 26.38-39; Luc 22.43-44).

          Je ne sais si tu trouverais la force de laisser faire mais moi, je ne pense pas que j’y arriverais.

          Il n’est pas question d’être solidaire ou pas mais de comprendre, d’être du même niveau que Lui. Mon neveu, qui est un enfant surdoué, perçoit et conçoit très vite des formules mathématiques et de physiques que même ses professeurs ont du mal à concevoir. Comment dès lors comprendre Dieu dont l’intelligence et la sagesse dépasse tout entendement?

          Qui a parlé d’enfer? L’enfer est vide. Il n’y a pas de Jugement pour l’instant. J’ai bien spécifié que je croyais que la Grâce de Dieu suffisait pour sauver les enfants mais c’est ce que je crois car je n’ai pas un passage de la Bible qui dit explicitement que Dieu sauve d’office tous les enfants. Voilà le problème.
          Un âge? Pourquoi un âge? Un enfant est un enfant.

        • him lun 05 Nov 2018 Répondre

          « Qui a parlé de garanties? » -> Je parle de garanties pour le père. On peut supposer que Dieu savait qu’il ressusciterai son fils, et le ferait asseoir à coté de lui sur son trône. Mais de toute façon comme le fils est Dieu aussi il pouvait affirmer  » Et vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. »

          « Qui a parlé d’enfer? » -> effectivement j’ai sans doute pas compris ce que tu entendait par « sauver les enfants ». Qu’entendais tu en fait? Sauver les enfants de quoi ?

          « Un âge? Pourquoi un âge? » -> Tu évites la question. Pourtant tu semble reconnaître qu’il y a un problème. Il y a un grande différence entre un enfant de 13 ans et un enfant de 3 ans au niveau de la responsabilité.

          Il y a effectivement un problème et je vais tenter de formuler autrement:
          Si compte tenu que tu ne peux pas être sûr que Dieu sauve d’office tous les enfants, que se passe t il pour toi si Dieu ne sauve pas les enfants morts avant l’age de 3 ans par exemple?
          Est ce que tu te dis de toute façon Dieu est juste quoi qu’il arrive même si je ne comprend pas sa justice. Ou bien es-ce que tu prends la responsabilité d’affirmer que c’est injuste ?

          Question subsidiaire (toujours si tu veux) : que répondrais tu à Dieu s’il te dit un jour « Ce n’est pas parce-que tu n’a pas trouvé une affirmation claire dans la bible que je n’attendais pas de toi que tu prennes position et que tu rejettes clairement un Dieu qui ne sauverait pas tous les enfants morts en bas age, car il ne pouvait en aucun cas s’agir de moi » ? .

          Autre question (j’exagère je sais) : que répondrais tu à Dieu s’il te dit un jour « Tu as bien fait de ne pas rejeter un Dieu qui ne sauve pas tout les enfants morts en bas age, car alors tu m’aurais rejeté » ? .

          • Peel lun 05 Nov 2018 Répondre

            A propos des garanties, on peut faire des supputations à volonté. Le fait même que le Fils de Dieu savait ne signifie pas qu’il irait jusqu’au bout. Il savait en tant que Fils de Dieu quel était le plan de son Père encore fallait-il qu’il l’accomplisse jusqu’au bout. Tout reposait sur la volonté et la persévérance de Jésus. Il était également pleinement homme avec la possibilité de succomber. Ce n’est pas pour rien que Paul utilise le parallèle de Christ comme 2e Adam.

            A propos de l’âge. Il peut te sembler que j’évite la question mais pas du tout. En réalité, pour moi, l’âge n’a aucune importance. A 13 ans, je considère qu’il ne s’agit plus d’un enfant mais d’un ado (comme on le défini ici en Europe). Je ne sais pas me scandaliser de quelque chose qui n’est pas.
            Le problème que je soulevais était en rapport avec l’exemple, avec la fiction, telle que formulée par Roger. Mais par expérience, en tant qu’enseignant, au départ dans le primaire et après dans le secondaire, il y a des enfants qui développent très tôt une conscience vis-à-vis des faits graves et d’autres pas du tout. J’ai connu un élève (un seul cas) de 9 ans qui avait insulté durement ses parents et les avait menacé d’une arme. Heureusement que cela n’est pas répandu…
            En ce qui concerne la question de l’enfer, je n’ai pas le temps de développer le sujet.
            Il faut sauver l’enfant de quoi? De ne pas pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu qui, selon les Pères de l’Eglise comme Justin et Irénée ainsi que selon toute la tradition juive, sera ici-bas. Ceux qui auront part à la première résurrection pourront rentrer dans le Royaume. Les autres resteront dehors. Voilà en gros.
            Maintenant, je suis conscient que cela fait beaucoup surtout pour quelqu’un, qui je crois, n’est pas croyant.

          • him lun 05 Nov 2018 Répondre

            Bonsoir Peel.

            « A propos des garanties, on peut faire des supputations à volonté » -> Les garanties concerne le père. Je répondais à « Qui serait prêt à faire cela ici-bas à titre d’humain? » et tu ajoutais « Je serais dans l’impossibilité totale de sacrifier un seul de mes enfants ». Donc ta comparaison est celle d’un père avec Dieu le père. Et on peut tout de même imaginer que Dieu le père avait des garanties quant à la résurrection de son fils.

            « A 13 ans, je considère qu’il ne s’agit plus d’un enfant » -> j’ai pris 13 ans parce que c’est l’age de raison ou de la bar mitsva. Mon but était effectivement que tu ne te scandalises pas nécessairement pour un enfant de 13 ans mais que tu te scandalises pour un enfant de 3 ans. C’était le sens de mes 3 dernières questions. Dommage que tu n’y répondes pas.

            « sera ici-bas » ? -> Cela sonne témoin de Jéhovah. Chez les chrétiens que je connais (a commencer par ma femme qui est pentecôtiste) il s’agit plutôt d’aller au ciel.

            « quelqu’un, qui je crois, n’est pas croyant. » -> Je ne crois aucune des religions révélées même si je considère qu’il y a de bonnes choses à prendre, et de mauvaises à laisser. Pour faire simple je suis plutôt déiste, mais je crois en la providence (hasard ressenti comme un signe de l’action bienveillante d’une Puissance supérieure).

            • Peel mer 07 Nov 2018

              Bonsoir Him,

              « Et on peut tout de même imaginer que Dieu le père avait des garanties quant à la résurrection de son fils. »
              Vous répondez en partie à la question « on peut imaginer » mais cela n’apporte rien de plus au débat car on ne peut pas le savoir.
              Selon moi, Dieu, en donnant la liberté à l’homme, lui offre différents chemins possibles tout en connaissant les tenants et aboutissants. Mais quel chemin empruntera l’homme? C’est le choix de l’homme et de lui seul. La garantie de la résurrection n’était valable que si Jésus empruntait le chemin de l’obéissance à son Père. Il a été tenté jusqu’au dernier moment… « Si tu es le Fils de Dieu descends de la croix » Matthieu 27.40.
              Il faut avoir cela à l’esprit car dire que c’était gagné d’avance, ce n’est pas comprendre tout le but du Salut.

              A propos du scandale. Je peux être scandalisé par la mort d’un enfant de bas âge. Mais cela ne change rien au problème. Ce que vous n’avez peut-être pas compris c’est que le scandale ne changera pas le dessein de Dieu. Qu’est-ce qu’on sait de Dieu et de ses desseins? Je ne sais pas rivaliser et ne peux pas comprendre vu que je n’ai pas une vue d’ensemble de ce délicat problème d’être sauvé ou pas.
              A ce titre, je vous invite à lire le passage suivant: 2 Rois 2.19-25 (surtout à partir du v.23). Scandalisé ou pas?

              Le Royaume de Dieu. « Cela sonne Témoins de Jéhovah ». Vous avez le mérite de m’avoir fait rire ;-)
              En effet, les Témoins de Jéhovah enseigne cela mais avec un manque cruel de rigueur; N’étant pas TJ mais bien protestant évangélique, j’accorde du crédit à la doctrine des Pères des 3 premiers siècles sur le sujet du Royaume de Dieu ici-bas. J’ai également une bonne connaissance (même si elle pourrait être totalement ridicule à côté de celle d’un enfant d’une Yéshiva) de la pensée juive. Toute la doctrine juive ainsi que Justin Martyr ainsi qu’Irénée de Lyon, notamment au chapitre 5 de son Contre les Hérésies, parle du Royaume de Dieu qui sera ici-bas. L’AT mais aussi le NT vont dans ce sens. L’idée du Royaume là-haut remonte également à la théologie de Saint-Augustin (encore lui) sur les deux Royaumes (cf. La Cité de Dieu). Mais nous engagerions un débat théologique qui n’a pas lieu d’être ici vu que ce n’est pas le sujet.

              J’ai bien pris note de votre confession.

            • him mer 07 Nov 2018

              Tu dis que:
              « La garantie de la résurrection n’était valable que si Jésus empruntait le chemin de l’obéissance à son Père. » Effectivement Jésus aurait pu refuser de boire « la coupe amère » que lui tendait le père, et donc la garantie ne vaut effectivement que s’il y a acceptation de la part du fils.
              Même si c’est difficile pour le père, il sait que si le fils va jusqu’au bout celui ci ressuscitera et régnera sur l’univers. C’est ce qui fait que je pense que beaucoup de pères trouveraient la force de « laisser faire » dans de telles conditions.
              Conditions que j’avais clairement exprimées je crois:
              – acceptation du fils
              – résurrection du fils au bout de trois jours
              – règne du fils sur l’univers

    • Marc Fiquet dim 04 Nov 2018 Répondre

      Bonjour Olivier,

      cette introduction n’avait pas pour but de faire frémir mais de rassurer..
      Pour certains chrétiens ces sujets sont encore « intouchables ». bien entendu pour ceux qui ont déjà adopté une lecture littéraire des Écritures, ils ne sont pas trop gênés par les découvertes de la science car ils reconnaissent une vocation complémentaires à chacun de ces 2 domaines.

      Comme tu nous suis depuis plusieurs années déjà, tu sauras certainement que c’est notre positon et que dans cette position, ni la science, ni l’Ecriture ne prend autorité l’un sur l’autre, la Science parle du comment, la Bible du Qui et du pourquoi.

      Chacun sait cependant que la Bible s’interprète, et depuis Origène s’est clairement posée la question du littéralisme qu’il a lui-même remis en question notamment pour ces textes de la Genèse. Certains l’ont suivi dans son interprétation d’autres non.

      Avec l’avènement de la science moderne, nous avons la chance d’avoir un autre « juge » pour nous aider à trancher sur la meilleure interprétation de ces textes, ce n’est pas que la science prenne autorité sur la Bible c’est qu’elle nous permet de nous confirmer que notre lecture littéraire est le meilleur choix car elle évite de rentrer en conflit avec ce que nous découvrons du monde donc de la Création de Dieu.

      De nos différentes discussions, Il me semble que tu es d’accord avec cela, là ou nos chenins semblent se séparer – dis moi si je me trompe – c’est que si tu sembles avoir abandonné le concordisme scientifique par rapport à ses textes c-a-d que pour toi, Gen ne contient pas forcément de la science moderne, tu penses que ces textes peuvent cependant être lu historiquement. c-a-d que tu juges important de maintenir un concordisme historique (par exemple une chute historique d’Adam selon la théologie d’Augustin).

      C’est bien ça où je me trompe ?

      • Peel dim 04 Nov 2018 Répondre

        Bonjour Marc,

        Alors oui, je suis favorable au fait de maintenir une certaine historicité des récits. Mais permets-moi de te répondre plus largement d’ici quelques jours plus largement.

  4. Roger Lefèbvre Auteur
    Roger Lefèbvre dim 04 Nov 2018 Répondre

    Bonjour Olivier,
    Merci pour ton commentaire.
    En ce qui concerne celui sur la notion de « péché, inutile de dire que j’y souscris à 100% : il fallait la préciser, assurément. Et tu l’as très bien fait.
    En ce qui concerne ton approche du Texte biblique, je nous crois assez proches…
    Aussi, je ne suis pas du tout un adepte de J.J. Rousseau, et de son idée du « bon sauvage » ; et cela, je tiens à le préciser. Je pense d’ailleurs que cela apparaît dans la suite de cet article dont ce qui précède n’est qu’une première partie. À voir, donc sur :
    https://voxclamantis.skyrock.com/3309625276-F64-JESUS-CROYAIT-IL-AU-PECHE-ORIGINEL-CHEZ-L-ENFANT.html
    Mon propos s’en trouverait peut-être éclairé… en bien ou en mal, c’est selon !
    Comme je le dis, un enfant n’est pas « sans mal » et donc sans péché, si l’on assimile le péché au mal en absolu. Ce que je mets en cause, c’est uniquement la responsabilité de l’enfant et donc sa culpabilité, objet de la rédemption en Jésus-Christ, compte tenu du fait que Jésus a également versé son sang pour notre sanctification (Hb 10.29).
    Le « mal », quant à lui, existe dans la nature depuis l’origine de l’univers. Encore faudrait-il définir ce qui est mal : une éruption volcanique destructrice, un lion qui tue une antilope, un enfant qui casse un vase en jouant ?…
    Mais comme le titre de l’article le suggère, mon propos se limite à la notion d’un péché originel associé à une condamnation transmissible : association que tous les théologiens (notamment catholiques) ne font d’ailleurs plus nécessairement.
    Cela dit, j’apprécie beaucoup la rigueur de ta pensée et j’aime te lire. Merci de commenter le reste de mon article !
    Roger

    • Peel dim 04 Nov 2018 Répondre

      Tout comme pour Marc, permets-moi de te répondre d’ici quelques jours car je suis un peu pris par le temps.
      Olivier

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