Homme ou bonobo? (1)

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L’actualité récente nous a démontré que l’homme peut avoir un comportement sexuel assez proche sous certains aspects de celui d’un de ses cousins biologiques : le fameux bonobo réputé pour sa sexualité « débridée ».

Hommes et bonobos sont tous deux issus d’un processus évolutif. Pour quelle raison Dieu le Créateur ne considérerait-il pas de la même façon le comportement de l’homme et celui de ces grands singes ?

 

La Bible nous apprend que l’homme est la seule créature faite à l’ « image de Dieu »  et que Dieu a inscrit dans son cœur et sa conscience une loi morale. Ainsi, toutes les sociétés reconnaissent que le bien et le mal existent (même si elles ne sont pas toujours d’accord entre elles à propos de ce qu’il faut mettre dans chaque catégorie), et elles ont construit des systèmes juridiques indispensables à leur bon fonctionnement sur cette conviction. Au fond, si Dieu n’existe pas, on ne voit pas bien sur quel fondement moral on pourrait poursuivre un homme parce qu’il exploite le genre féminin pour assouvir ses fantasmes, surtout si les dames en question sont plus ou moins « consentantes » !

 

Certains théologiens chrétiens (évangéliques en particulier) rejettent l’évolution en bloc. Penser que l’homme est issu d’un processus évolutif est inenvisageable pour eux. Ils s’attachent à une lecture littérale du texte de la création d’Adam et Eve et y voient les géniteurs de l’humanité. La plupart ont adopté la vision d’Augustin du péché originel. L’homme a été créé directement par Dieu dans un état d’innocence paradisiaque, et Adam a désobéi. A cause de lui, nous naissons avec une nature pécheresse…Pour ces croyants, les bonobos et les hommes ne sont pas des cousins, la question que je pose est donc un faux problème, voire une insulte au genre humain !

 

Cette lecture a satisfait un grand nombre de générations de chrétiens dans les siècles passés, mais elle est intellectuellement intenable aujourd’hui. La génétique a confirmé que le chimpanzé est notre cousin biologique le plus proche, les bonobos des cousins plus éloignés et que l’humanité, comme toutes les autres espèces vivantes, est le fruit de l’évolution et n’est pas issue d’un couple unique.

 

Comment alors comprendre que seule l’espèce humaine soit moralement redevable envers le Créateur ?

 

D’autres théologiens chrétiens (y compris évangéliques) ont pleinement accepté l’évolution. L’un des précurseurs dans ce domaine a été le prêtre catholique Theilhard de Chardin. Très visionnaire, voici ce qu’il écrivait :

 

« Il me paraît essentiel que les perspectives chrétiennes puissent être présentées enfin sous forme (d’une vision du monde) organisée, cohérente avec le monde moderne. Comment, sans cela, équilibrer la puissance des solutions communistes et fascistes de la Terre […] Trop de gens dans l’Eglise conservent le secret espoir que le XIXème siècle sera effacé et que nous nous retrouverons bientôt à la bonne époque d’avant la Science et la Révolution. Que cet esprit prévale et se serait le désastre final, le schisme consommé avec l’humanité. »

 

« Il est vain […] il est injuste d’opposer la science et le Christ ou de les séparer comme deux domaines étrangers l’un à l’autre. La science, seule, ne peut découvrir le Christ, mais le Christ comble les vœux qui naissent dans notre cœur à l’école de la science […] Oui je voudrais réconcilier avec Dieu ce qu’il y a de bon dans le monde moderne : ses intuitions scientifiques, ses appétits sociaux, sa critique légitime. »

 

Réalisant que la conception d’Augustin était devenue intenable à cause des découvertes de la science, il a jugé utile de réfléchir sur la signification du péché originel. Il a considéré que ce péché faisait en quelque sorte partie de l’ordre créé, un péché « coextensif à l’Histoire et l’Univers :

 

« Il y a partout dans le Monde un Péché Originel, il ne peut y être que partout et depuis toujours, depuis la première formée jusqu’à la plus lointaine  des nébuleuses. Voilà ce dont nous avertit la science. Et voilà ce que, par une pure coïncidence bien rassurante, viennent tout juste de confirmer, si nous les poussons jusqu’au bout, les exigences les plus orthodoxes de la Christologie. » (Comment je crois, Seuil, p. 222) »

 

Je souscris pleinement à la position des auteurs de Pour lire la création, l’évolution aux éditions du Cerf.

 

« Depuis bien des études théologiques de gens compétents plus ou moins influencés par les idées Theilhard de Chardin vont tenter de revisiter ce dogme du péché originel pour en comprendre le véritable sens et le rendre compréhensible à une mentalité moderne façonnée par la paléontologie. Tout en les écoutant avec respect nous préférons prendre nos distances avec cette ligne theilhardienne et les disciples qu’elle a engendrés.

 

Nous avons notre méthodologie propre […] et tenons à marquer l’importance de l’acte créateur de Dieu qui ne peut créer des êtres pécheurs et par conséquent nous ne pensons pas que l’intelligence moderne est incapable de remonter à un événement de rupture entre Dieu et les hommes du fait des hommes et non de Dieu, situé dans l’histoire réelle des débuts de l’humanité. Le nier ou l’escamoter conduit à des difficultés intellectuelles et théologiques qui nous paraissent insolubles. »

 

Et à moi aussi !

 

Cette position théologique étant prise, reste alors le plus difficile, concevoir un modèle scientifiquement plausible qui explique pourquoi l’homme peut être considéré comme responsable de son comportement moral, et pas le reste du monde animal. Ce modèle fait appel à des notions comme le comportement inné, le comportement acquis chez l’animal et chez l’homme, la psychologie évolutive, la sociobiologie, le rôle tout particulier de la culture chez l’homme et sa liberté comportementale. Là encore, les auteurs de Pour lire la création, l’évolution aux éditions du Cerf m’ont été d’une aide précieuse. J’essaierai de synthétiser leur conception des choses dans un prochain article.

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7 Commentaires

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    Pascal ven 06 Avr 2012 Répondre

    Ma petite réflexion sur le dernier point de l’article…
    L’Homme peut être considéré comme moralement responsable de ses actes, parce qu’il a été créé à l’image de Dieu.
    Mais à l’image seulement. Et une image peut se ternir, jaunir, être floue, sous-exposée, sur-exposée, etc…
    Quant à Teilhard de Chardin, qui fut un jésuite scientifique et qui est cité ici, il développait aussi l’idée très intéressante que l’être humain représente le maillon de l’évolution naturelle, au travers duquel cette Nature devient consciente d’elle-même (voir son ouvrage « Le phénomène humain »). Et cette conscience qui s’étend jusqu’à la conscience du bien et du mal, est ce qui démontre notre filiation au Créateur.

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    Bruno Synnott mer 11 Avr 2012 Répondre

    Bonjour Benoît, merci pour tes réflexions toujours captivantes !

    Je crois que le dilemme vient de la compréhension du « péché » comme « désobéissance » à une loi morale, naturelle ou divine. Marc me pousse à écrire sur ça, alors je me permets de saupoudrer mon commentaire avec la préparation que je m’apprête à lui servir sur le Big Bang Bruno!

    Le péché me semble plutôt être « un acte de liberté, devant Dieu, en direction de l’autonomie ». Je compte élaborer là-dessus, mais si c’est le cas, Theilhard voit du péché là où il n’y en a pas. Car depuis la création du monde, si je fais abstraction des anges, je ne vois nul trace de mal ou de péché dans la création, du simple fait que la création ne commet pas « d’acte de liberté ». Elle obéit, comme tu l’expliques dans ton dernier post, à une « économie formationnelle ». Autrement dit, pour pécher, il faut minimalement exister « devant Dieu », et exister comme « être libre ».

    Se pourrait-il alors que le dilemme se résout de lui-même ? Les bonobos ne pèchent donc pas; non seulement parce qu’ils sont créé parfaits (par Dieu et la nature en même temps, paradoxe!) selon leur nature (Ge 1.31 : « cela était très bon »!). Mais tout simplement parce qu’ils n’existent pas « devant Dieu », comme être libre pouvant choisir de s’écarter de leur nature.

    Les bonobos ne briserait en fin de compte aucune loi… Car la nature pourrait être, par définition, « ce qui ne brise aucune loi » ou « ce qui ne déroge jamais à sa propre loi ».

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    Yogi mer 11 Avr 2012 Répondre

    @ Bruno Synnott : Comment peut-on être « libre » face à un Dieu omniscient, qui connaît avant même que vous n’existiez les moindres décisions que vous allez prendre et ce que vous allez faire dans les heures qui viennent ?

    Dieu omniscient en créant le monde crée sciemment du même coup votre propre histoire et la crée dans ses moindres détails. Il me semble que l’omniscience de Dieu et la liberté de l’homme sont mutuellement incompatibles.

  4. Avatar Auteur
    Benoit Hébert mer 11 Avr 2012 Répondre

    Merci Bruno ces réflexions.

    En quelques lignes, tu résumes bien ce qui sera surement la conclusion de mon prochain article. Seul l’homme a acquis une liberté comportementale, ce qui le rend responsable de ses actes!

    Je constate que tu as changé le nom de ton blog!

    Après « I’m bad, I’m bad, I’m very very bad », tu vas faire tout exploser!Bang!

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    Bruno Synnott jeu 12 Avr 2012 Répondre

    Bonjour Yogi.
    Je crois comme vous dans l’omniscience divine. Par contre, je ne me sens pas obligé pour autant à retirer à l’homme sa liberté, et de ne plus en faire un « sujet responsable de ses actions ». Permettez-moi de vous expliquer mon point de vue.

    Je sais que cela vous semble contradictoire, mais un être pensant, capable et responsable, ne s’oppose pas nécessairement à un être souverain et omniscient. Pour concilier le paradoxe apparent, il faut seulement accepter le principe que la Bible soit 100% humaine et 100% divine à la fois, tout comme Jésus, et accepter qu’elle aborde la réalité sous deux angles différent, qui peuvent sembler irréconciliable à première vue.

    Lorsque j’étudie la Bible en partant de l’homme, je vois qu’il doit « choisir la vie » (Dt 30)et, par conséquent, qu’il est libre de le faire et responsable de ses choix (Ge 4,7 par exemple). Lorsque je lis la Bible en partant du point de vue divin, je vois qu’il est Tout-Puissant, qu’il connaît tout, qu’étant hors et dans le système, il est à la fois passé, présent et futur, transcendance et immanence. S’il dit qu’il nous a élu, qui pourra le contester ?!

    Ainsi, il est nécessaire, et sain pour l’esprit, de garder en tension ces vérités afin de ne tomber dans aucun déséquilibres doctrinales. Je sais que cela peut heurter certains systèmes théologiques, et qu’il est difficile de marcher sur les crêtes des montagnes, mais je crois que c’est l’invitation que nous lance un Dieu qui ne travaille pas à l’insu de notre humanité.

    Cela fait appel au concept de vérité que je décris comme « la quête qui trouve son apaisement et sa clarté dans le paradoxe »
    http://lebigbadbruno.blogspot.ca/2012/04/la-quete-de-verite.html

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    Yogi ven 13 Avr 2012 Répondre

    @ Bruno Synnott : On peut craindre que « vivre dans le paradoxe » soit perçu comme « vivre dans un monde où A et non-A existent simultanément », autrement dit un monde de contradiction, où la logique n’a plus cours et où la raison ne peut pas s’exercer.

    Faut-il donc abandonner la Raison aux portes de la Foi ?

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    Bruno Synnott ven 13 Avr 2012 Répondre

    Ce qui semble irréconciliable à la raison est la porte d’entrée vers des mystères que seule la foi, éclairée par l’Esprit, peut saisir et apaiser la raison.

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