Et si la nudité des premiers humains nous renvoyait à la nôtre ? (6)


Print Friendly, PDF & Email

Pourquoi j’ai écrit « Adam, l’homme nu »…

 Extrait du livre de Roger Lefebvre:

 

« La tradition chrétienne présente habituellement le récit d’Adam et Ève en Éden comme l’histoire de l’intromission du péché dans un monde créé innocent, pur et vierge de tout mal, sous quelque forme que ce soit. Dans cette perspective, le chapitre 3 de la Genèse ne nous rapporterait rien d’autre que le récit d’un drame historique : l’histoire de la chute de l’homme, autrement dit, du tout premier péché subvenu en ce monde, celui qui provoque le malheur de l’humanité depuis des millénaires. Dès lors, ce péché serait à l’origine de tous les autres et ne pouvait qu’être appelé le péché originel. […]

Bien que le concept lui soit antérieur, c’est à Augustin, au IVème siècle de notre ère, que l’on attribue l’expression péché originel pour décrire l’état de corruption de la nature humaine faisant suite à la chute d’Adam et Ève dans le jardin d’Éden. Cette expression n’existe nulle part dans la Bible, mais repose sur les différents passages [tels que] Genèse 2 et 3, Romains 5, 1 Corinthien 15, etc. […] En fait, le thème du péché originel a été abondamment débattu, discuté et même contesté au sein de l’Église chrétienne, donnant lieu à diverses interprétations des textes, ainsi qu’à nombre de nuances au niveau de sa formulation. Il serait donc téméraire de prétendre en faire le tour ici. […]

Pour Augustin, l’expression péché originel ne décrit donc pas un péché qui remonterait aux origines de l’humanité, mais bien un péché qui corrompt la nature originelle des humains. Pour lui, il s’agit donc de l’état de l’humanité depuis l’origine, bien plus qu’une faute ou qu’une culpabilité transmissible de génération en génération. Il n’en fait pas moins remonter la responsabilité à la chute d’Adam. Cette idée d’une transmission quasi génétique de la condamnation et de la sanction du péché originel à la descendance d’Adam, est donc associée aux thèses exprimées par Augustin dans sa lutte « Contre Pélage« , vers l’an 397 de notre ère. Même si elles ne faisaient pas l’unanimité au sein du Christianisme de l’époque, elles constituèrent sans doute, le premier exposé systématique sur le sujet. […]

Quoi qu’il en soit, cette transmission du péché par voie générationnelle est précisément la représentation populaire que je mets ici en cause. Héritage funeste qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’aphorisme bien connu : Les parents boivent, les enfants trinquent ! »

[…]

(Adam, l’homme nu, Roger Lefèbvre, Éd. Science & Foi, 2014, pp. 71 à 74)

 

Accéder à la fiche du livre

Cliquez ici

Pour vous procurer le livre :

Choisissez votre format papier ou numérique :

Livre2_Roger Logo_kindle   Logo_epub

(Suite de la présentation de ce livre dans un prochain article.)

Le livre de Roger Lefèbvre est disponible aux adresses suivantes :

Version papier : http://www.clcfrance.com/adam-l-homme-nu_ref_SF-A010.html

E-book : http://www.amazon.fr/ADAM-LHOMME-NU-premiers-renvoyait-ebook/dp/B00PNTERK2


Navigation dans la série<< Et si la nudité des premiers humains nous renvoyait à la nôtre ? (5)
ROGER LEFEBVRE
De formation Ingénieur agronome, et après ses études à la faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, Roger devient pasteur de l’église protestante évangélique d’Ath, en Belgique, où il travaille aussi comme professeur de religion protestante dans divers lycées jusqu'à sa retraite en 2009. De 1998 à 2013, il assure la présidence de l’Alliance Évangélique Francophone de Belgique (AEFB).

8 Commentaires

  1. Avatar
    Manu sam 20 Juin 2015 Répondre

    Bonjour,

    « Cette transmission du péché par voie générationnelle est précisément la représentation populaire que je mets ici en cause. »
    Pourquoi parlez-vous de « représentation populaire » ?

  2. Avatar
    Roger Lefèbvre dim 21 Juin 2015 Répondre

    Parce que cette conception de transmission quasi génétique est la plus populaire concernant le mode de transmission du « péché originel » et de la « culpabilité » qui lui est associée. Notamment dans nos pays de tradition catholique où il faut vite baptiser un enfant après sa naissance, de peur qu’il ne meurt et ne puisse « aller au ciel ». D’où aussi l’invention des « limbes » pour les bébés non baptisés qui mourraient : un endroit qui n’est ni le ciel, ni l’enfer… Point de vue contesté par les protestants, puisque Jésus affirme qu’il faut être comme un petit enfant pour hériter du Royaume de Dieu.

    • Avatar
      Marc dim 21 Juin 2015 Répondre

      C’est peut-être sur le sens de « populaire » que Pascal hésite : ici, il faut comprendre populaire dans le sens de répandu.

  3. Avatar
    Manu dim 21 Juin 2015 Répondre

    Populaire, c’est-à-dire répandue parmi le peuple ? Soit, mais je trouve que l’expression « représentation populaire » est quelque peu maladroite, car elle pourrait laisser penser que le peuple (les laïcs ?) aurait mal compris ou déformé la doctrine du péché originel. En réalité, la « transmission du péché par voie générationnelle » est un point essentiel de cette doctrine qui a été élaborée par des théologiens (dont Augustin) et inculquée au peuple. Sans « transmission du péché par voie générationnelle », il n’y a plus de péché originel.

    Alors, il faut peut-être avoir le courage d’aller au bout de ses convictions. Ce qu’a fait le prêtre et théologien espagnol Alejandro de Villalmonte dans son ouvrage « Cristianismo sin pecado original » (ed. Naturaleza y Gracia, 1999)
    http://www.capuchinoseditorial.org/libro/99/cristianismo-sin-pecado-original

  4. Avatar
    Roger Lefèbvre dim 21 Juin 2015 Répondre

    Remettre la notion de péché originel en cause est précisément ce que je fais dans ce livre, dont ces quelques extraits sont tirés, en vue d’encourager sa lecture et sans prétendre remplacer le développement de l’ensemble.
    En ce qui concerne les laïcs, il serait malvenu de leur reprocher de percevoir ce que la plupart des chrétiens affirment implicitement dans leur doctrine.
    Quant à l’usage du mot « populaire » il me paraît conforme à ce qu’en dit le Robert en donnant l’exemple de « bon sens populaire », « croyance populaire » (précisément), etc. Mais il est vrai qu’on peut toujours ergoter car, comme le dit une « expression populaire » : chacun voit midi à sa porte !

  5. Avatar
    Isabel Fesser dim 21 Juin 2015 Répondre

    Merci de ces intéressantes réflexions. En effet en 2007 le pape Benoit XVI a dit publiquement que « le Limbe n’est qu’une hypothèse théologique qu’il faut laisser tomber ».
    Ce qui est à mon avis un peu « troublant » ce sont les paroles de Paul dans Ro. V et 1ère Cor. XV
    Mais j’adhère pleinement et j’apprécie l’article 6 que je viens de recevoir et de lire ainsi que les commentaires. Merci.

  6. Avatar
    Roger Lefèbvre dim 21 Juin 2015 Répondre

    Merci de votre intérêt… et de votre perspicacité ! D’un point de vue biblique, ce sont en effet les deux chapitres de la Bible qui peuvent poser problème si l’on n’adopte pas l’idée d’un péché originel transmissible à toute l’humanité par voie générationnelle. Proposer une réponse acceptable (sans prétendre résoudre la question de façon définitive) est d’ailleurs l’un des objectifs de ce livre… Réponse qu’il n’est pas possible de résumer en quelques lignes.
    Mais sur cette question, notre théologien, Bruno Synnott rédige actuellement un livre beaucoup plus complet que ma modeste contribution : livre que nous attendons avec impatience, peut-être pour la fin de cette année. À suivre, donc, à moins que vous ne désiriez déjà consulter mon livre…

  7. Avatar
    Manu lun 22 Juin 2015 Répondre

    Pédagogie divine : Dieu nous crée et nous éduque par étapes. Peut-être que, dans l’Église, l’étape actuelle est celle de la remise en cause de la doctrine du péché originel, et que l’étape suivante sera celle de son abandon. Je l’espère.

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*