Et le péché originel dans tout ça? (2)


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Nous reprenons notre exposition de la pensée de Denis Lamoureux à propos de quelques questions que beaucoup de chrétiens se posent concernant les conséquences du polygénisme :

 

« Il est certain que le polygénisme graduel est une notion dérangeante pour la plupart des chrétiens. Ceci suscite très souvent trois objections en ce qui concerne la compréhension de l’origine de l’homme. Toutes ces questions sont légitimes, mais ont toutes trois une réponse :

 

  • Si Adam n’a jamais existé, alors il n’a pas péché et il n’était pas nécessaire que Jésus meure sur la croix.

Pour les partisans de la « création évolutive », le but central de Genèse 3 est de nous révéler que tous les hommes sont des pécheurs. C’est pourquoi tous ont besoin d’être rachetés par le sang de l’Agneau. Le péché est bien une réalité, même pour ceux qui sont convaincus du polygénisme graduel, et le péché est bien entré dans le monde au cours de l’évolution. Pourtant, cette entrée n’est pas due à un seul événement ponctuel de rébellion commis par un seul homme.

 

  • Si nous ignorons exactement quand l’image de Dieu et le péché sont « entrés dans le monde », alors ces caractéristiques spirituelles n’existent pas.

 

Cette objection trouve une réponse dans l’analogie avec le développement embryologique de l’homme. Si nous ignorons quand exactement chacun d’entre nous commence à porter l’image de Dieu et quand nous devenons pécheurs, alors ces caractéristiques n’existent pas. Bien sûr, aucun chrétien ne peut être d’accord avec une telle affirmation. Le fait que la Bible ne nous révèle pas quand chacun d’entre nous commence à manifester ces caractéristiques spirituelles ne remet pas leur réalité en cause. Pour les chrétiens qui acceptent le polygénisme graduel, l’image de Dieu dans l’homme et son péché sont des principes non négociables de la foi chrétienne.

 

  • Si les caractéristiques spirituelles humaines se sont développées pendant de nombreuses générations, alors la destinée éternelle des créatures « de transition » est problématique.

 

Déterminer la destinée éternelle de n’importe qui est la prérogative de Dieu, pas la notre. Le développement dans le sein maternel nous fournit là encore un éclairage intéressant. A peu près 50% des œufs fertilisés n’aboutiront pas à un enfant. Quel est donc leur statut éternel ? Voilà une autre bonne question, clairement dans le domaine du mystère. De même, la destinée éternelle de créatures disparues, dont certaines ont manifesté des comportements religieux modestes est au-delà de la compréhension humaine mais n’est pas un problème insurmontable pour ceux qui sont convaincus par le polygénisme graduel.

 

En respectant tout à la fois les limites de la science et celles de la Bible, nous pouvons avoir une approche cohérente des origines de la spécificité humaine. Libre de tout concordisme scientifique et historique dans notre lecture des récits inspirés de la création, nous n’avons pas besoin de considérer que l’image de Dieu et que le péché de l’homme sont apparus dans des événements historiques ponctuels. Ces caractéristiques sont au contraire apparues de manière mystérieuse et graduelle au cours de l’évolution de l’homme. Malgré nos limites intellectuelles pour comprendre pleinement leur entrée dans le monde, deux croyances fondamentales demeurent : nous sommes les seules créatures à l’image de Dieu, et nous sommes les seules à avoir besoin d’un Sauveur. »

 

Vous vous en doutez, tous les penseurs évangéliques ne sont pas d’accord avec cette façon de voir. C’est en particulier le cas de Tim Keller, célèbre pasteur à Manhattan qui accepte l’évolution, et a écrit à ce sujet un article paru sur le blog de la fondation BioLogos.

 

.

Voici quelques extraits significatifs.

 

« Certains diront : « Même si nous ne pensons pas qu’il y ait eu un Adam litéral, nous pouvons accepter les enseignements de Genèse 2 et de Romains 5, c’est-à-dire que tous les hommes ont péché et  peuvent être sauvés au travers de Christ. Les enseignements de base sont intacts, même si nous n’acceptons pas l’historicité d’Adam et Eve. » Je pense que c’est trop simpliste.

[…]

 

Si vous ne croyez pas que la « chute » de l’humanité est un événement historique unique, quelle est l’alternative ? Vous pourrez suggérer que certains hommes ont commencé à s’éloigner de Dieu, en exerçant leur libre arbitre. Mais alors, comment le péché s’est-il répandu ? Simplement par un mauvais exemple ? Cela n’a jamais été l’enseignement Chrétien  traditionnel de l’église de la doctrine du péché originel. Nous n’apprenons pas le péché des autres, nous héritons d’une nature pécheresse. Alan Jacobs, auteur du grand livre Le péché originel : une histoire culturelle, affirme que quiconque tient à la vue classique d’Augustin du péché originel doit croire que nous sommes « programmé » pour le péché ; nous n’avons pas simplement appris le péché au travers de mauvais exemples. Cette doctrine nous apprend aussi que cette situation ne faisait pas partie de notre nature initiale, mais que nous sommes tombés d’un état d’innoncence. Un autre problème surgit si vous rejetez l’historicité de la chute. Si certains hommes se sont éloignés de Dieu, pourquoi d’autres n’auraient-ils pas résisté et qu’ainsi certains groupes auraient été moins pécheurs que les autres ? Alan Jacobs insiste dans son livre pour affirmer que la condition égale de pécheurs de toute la race humaine est fondamentale dans la vision traditionnelle. »

 

J’ai apprécié le livre de Tim Keller, « La raison est pour Dieu », mais je dois reconnaître que les arguments qu’il avance ici, bien que très répandus ne me convainquent pas. La solution qu’il propose pose plus de problèmes qu’elle n’en résout véritablement. Nous auront l’occasion d’en reparler ! Stay tuned !


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1 Commentaire

  1. Avatar Auteur
    Benoit Hébert jeu 29 Mar 2012 Répondre

    Un excellent article sur le blog de Daras.

    http://exegeseettheologie.wordpress.com/2012/03/29/le-peche-originel-son-sens-sa-portee-partie-12/

    « La question du péché originel est souvent abordée sous l’angle de la doctrine, c’est-à-dire plus précisément celui de sa formulation et des problèmes qu’elle suscite (par ex. son rapport à l’histoire, voire à la biologie). Il ne s’agit pas ici d’entrer dans ce genre de débat, débats qui ont certes leur place (voir par ex. certains articles de ce blog ami), mais qui, à mon avis, ne rendent pas forcément service à ceux qui tentent de s’intéresser à la signification d’un tel dogme et à ce qu’il aurait à nous dire dans notre contexte actuel. Un dogme, comme l’Écriture, peut rester lettre morte. C’est tout le mérite du théologien Adolphe Gesché, que j’ai eu l’occasion de présenter (clic), de nous faire découvrir, tant aux lecteurs chrétiens que non-chrétiens, la pertinence et l’actualité de cette doctrine du péché originel, de faire résonner sa vérité en nous et ainsi mettre en lumière un aspect de l’espérance chrétienne. « 

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