Discussion à propos de « De la génétique à Dieu » de Francis Collins– Partie 3a

Posté par Marc Fiquet

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 Résumé – 3a/4

PARTIE III : La foi en la science, la foi en Dieu

La troisième partie du livre vise à montrer quelle démarche cohérente de foi le scientifique d’aujourd’hui peut entreprendre (et aussi comment le croyant peut embrasser la science moderne sans pour autant compromettre sa foi). En abordant tour à tour les principales alternatives possibles, une solution se dessine pour ne pas quitter la voie de l’harmonie et de l’équilibre science / foi.

Afin de faciliter les échanges sur cette section qui mène au message principal que souhaite partager Francis Collins, elle se trouvera scindée en plusieurs billets dont voici le premier.

 La genèse, Galilée et Darwin

L’auteur nous rappelle premièrement au travers de quelques expériences personnelles combien le thème de l’évolution est encore tabou aux Etats-Unis, même dans le milieu scientifique, jusqu’à provoquer des réactions épidermiques à la limite du compréhensible.

Les résultats d’un sondage publié en 2004 révèle que 45% des américains répondent favorablement à l’hypothèse suivante : « Dieu a créé les êtres humains peu ou prou sous leur forme actuelle, en un moment donné des 10 000 dernières années. »

Cherchant les raisons de ce rejet violent des preuves mêmes de l’évolution des espèces, Collins évoque le vertige que donne le calendrier de l’histoire de notre planète tel qu’il nous est désormais connu : si on ramène les 4 milliards et demi d’existence de la terre à l’échelle d’une journée de 24 heures, la vie émerge à 3h30, l’homme moderne 3 secondes seulement avant la fin de la journée ! La vie d’un homme d’âge moyen aujourd’hui ne remplirait que la dernière milliseconde de la journée !!

La théorie de l’évolution constitue donc un défit important pour notre capacité à appréhender sereinement l’apparition et le rôle de l’homme dans la Création.

Le cœur du problème pour les croyants semble se situer au niveau des textes sacrés et notamment du livre de la Genèse dans la bible, mais

« que dit précisément la Genèse ? »

A ce stade de l’analyse, l’auteur se contente de présenter les constats suivants :

  • Le style poétique du récit de la Création saute aisément aux yeux
  • On note des différences entre les 2 récits de Genèse 1 et 2 : par exemple, « la végétation apparaît trois jours avant la création des humains, alors que dans Genèse 2, il semble que Dieu ait créé Adam à partir de la poussière de la terre avant même que tout arbuste ou plante existât. »
  • Chercher une autre lecture que purement littérale de ces textes ne date pas de l’époque de Darwin. Saint Augustin entre autres, pose et tente de répondre à ces questions il y a plus de 1600 ans, notamment sur la signification des jours employés dans le 1er chapitre de la Genèse : « De quel type de jours s’agissait-il ? Il nous est extrêmement difficile, voire impossible de le concevoir. »
  • Nous trouvons au travers les 20 derniers siècles, ce débat vivant au sein de l’église, certains prônent une interprétation littérale menant à un monde créé en 6 jours calendaires, d’autres signifient que l’intention de ces textes était plutôt portée sur « l’aspect que pouvait prendre le caractère de Dieu et non de tenter d’enseigner des faits scientifiques relatifs aux spécificités de la création qui aurait été tout à fait déroutant à l’époque » de leur rédaction pour leur auditeurs.

Tout en récusant l’idée que la recherche scientifique serait un obstacle à la quête du véritable sens des chapitres 1 et 2 de la Genèse, F Collins interpelle son lecteur : « si Dieu a créé l’univers, ainsi que les lois qui le régissent, et s’il a doté les êtres humains de capacités intellectuelles leur permettant de discerner ses œuvres, souhaiterait-il que nous négligions ces mêmes capacités ? Serait-il diminué ou menacé par ce que nous découvrons de sa création ? »

En effet, le combat qui oppose aujourd’hui plusieurs branches de l’église à certains scientifiques, n’est pas sans nous rappeler les batailles du XVIIeme siècle et la fameuse affaire Galilée.

L’affaire Galilée

Nous suivons alors au travers de quelques paragraphes très instructifs, le cheminement du savant dans ses découvertes les plus marquantes l’amenant à la conclusion que la terre tournait autour du soleil (et non le contraire), raisonnement qui « lui valut les foudres de l’Eglise catholique » au point même d’être accusé de « remettre en doute la doctrine de l’incarnation. »

Les versets bibliques fusent pour lui faire prendre conscience de son infamie :
psaume 93:1  » le monde est fermement établi, il ne saurait être ébranlé. »
Ecclésiaste 1:5  » le soleil se lève, le soleil se couche, il convoite le lieu d’où il se lève de nouveau. »

Si aujourd’hui les chrétiens s’entendent pour dénoncer l’erreur de l’église d’alors et ne pas voir dans ces versets une description scientifique, c’est certainement du au nombre de preuves écrasantes démontrant l’héliocentricité. Saurions-nous nous attendre au même apaisement vis-à-vis de la théorie de l’évolution ?

C’est à nouveau avec Saint-Augustin (dans son ouvrage La Genèse) que le narrateur veut exhorter les chrétiens d’aujourd’hui à réfléchir sur le témoignage qu’ils pourraient offrir  aux non-croyants : « s’ils trouvent un chrétien ayant tort dans un domaine qu’ils connaissent bien eux-mêmes et l’écoutent maintenir ses positions insensées à propos de nos livres comment vont-ils croire les livres et les questions relatives à la résurrection des morts à l’espérance de la vie éternelle et au royaume des cieux, parce qu’ils pensent que leurs pages sont pleines de mensonges sur des faits qu’ils ont eux-mêmes appris grâce à leurs propres expériences et à la lumière de la raison ? »

Bien entendu, les questions que soulève l’évolution sont d’un autre ordre et paraissent plus complexes que de simplement savoir si la terre tourne autour du soleil. Avant d’aborder les différentes réponses possibles à « l’interaction controversée entre la théorie de l’évolution et la foi en Dieu« , gardons à l’esprit cette remarque de Galilée le croyant : « Je ne me sens pas obligé de croire que le Dieu qui nous a doté de sens, de la raison et de l’intelligence, nous ait destinés à renoncer à en faire usage. »


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