» Dieu et la science, Pourquoi la religion est inutile pour expliquer l’Univers.  » La Recherche

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Le dernier numéro du magazine La Recherche s’intitule « Dieu et la science, Pourquoi la religion est inutile pour expliquer l’Univers. »

Dans un article intitulé « Comment savoir s’est séparé de croire » , Véronique Le Ru, maître de conférence en philosophie à l’Université de Reims nous explique  que « les créationnistes veulent imposer l’idée qu’une entité divine comme explication en science. » A la lecture de cet article, une évidence s’est imposée à moi : Véronique le Ru et le magazine La Recherche font exactement ce qu’ils reprochent aux créationnistes : s’approprier les découvertes de la science à des fins philosophiques et métaphysiques masquées tout à fait défendables, mais pas sur le terrain de la science elle-même. Comme je ne suis ni partisan du mouvement créationniste ou de l’Intelligent Design, ni rationaliste athée qui ne dit pas son nom, je rejette ces deux types de démarches aussi malsaines l’une que l’autre en ce qui concerne les rapports entre science et croyance métaphysique.

Ainsi : «  la religion est inutile pour expliquer l’univers. » Comment interpréter ce titre ? Puisque nous avons une explication scientifique de la formation de l’univers, cela exclut l’existence et l’action du Créateur ? Ce titre est (volontairement ?) ambigu. A plusieurs reprises, Mme le Ru a du mal à cacher son parti pris philosophique contre la foi. Lorsqu’elle évoque le postulat d’objectivité de Descartes, à aucun moment elle ne souligne que « de refuser systématiquement que la nature puisse porter un projet, celui de Dieu qui l’a créé » en tant que matérialisme méthodologique, n’est pas à confondre avec le naturalisme philosophique. Autrement dit, ce n’est pas parce que la science dans sa méthode se refuse à évoquer Dieu en tant qu’explication, que la science a démontré que Dieu n’existe pas ! Mme Le Ru concède que l’on peut comme Pascal être croyant et scientifique de haut niveau : « la croyance, qui repose sur l’autorité et la foi, et la connaissance qui repose sur la raison et l’expérience, ont des droits séparés. » Je ne suis pas sûr que Pascal serait d’accord avec cette façon de présenter sa méthodologie qui attribue à la science toute l’objectivité et à la foi la subjectivité.

Sur le site science et foi, j’ai mis un lien vers un article (Faraday Insitute) de Roger Trigg,  professeur de philosophie à l’Université de Warwick, président fondateur de la British Philosophical Association, article intitulé : « La science a-t-elle besoin de la foi ? »

Cet article donne un éclairage qui permettra d’équilibrer la vision rationaliste développée dans ce dernier numéro de La Recherche. Voici quelques extraits de cet article :

« Le pouvoir de la Raison

Au début du XXIème siècle, on trouve très surprenante l’idée que la science, à l’image de la raison humaine, ne se suffise pas à elle-même. Sans conteste, la science constitue d’elle-même la source de la connaissance, et elle détermine ce qui est rationnellement acceptable. On n’accepte pas que la science puisse avoir besoin de toute autre justification, surtout si cette justification est de nature religieuse. C’est pourquoi la science a souvent donné une apparence de solidité et de confiance en soi, alors que la foi religieuse semble avoir cédé du terrain face à cette même connaissance scientifique. Les croyants ont parfois placé leur foi dans l’incapacité fréquente de la science à expliquer certaines choses. Il s’agit pourtant d’une stratégie hasardeuse. Ce n’est pas parce que nous ne savons pas ce qui provoque quelque chose que nous devons attribuer à Dieu sa cause évidente. Cette difficulté peut être le résultat d’une ignorance temporaire de notre part. Avec l’avancée de la science, les brèches de notre savoir peuvent enfin être comblées, ôtant ainsi un motif de foi supplémentaire. Celui que l’on nomme le « Dieu des lacunes » est un Dieu qui manque d’assurance, et on peut aisément balayer toute nécessité légitime de son existence…

Séparer la science et la foi

Si la science est l’arbitre de la vérité, et qu’elle ne peut traiter des événements non physiques, cela exclut par définition toute possibilité d’une intervention surnaturelle et divine dans le monde physique (dans un sens, cela écarte par la même occasion les prétentions de base de la doctrine chrétienne au sujet de l’incarnation et de la résurrection). Si la science refuse de coopérer avec la foi, cela mène inévitablement à l’idée que la foi n’ajoute rien à notre compréhension du fonctionnement de l’univers tel qu’il est exploré par la science. Ce qui est reconnu comme un savoir établi doit être assujetti aux règles de recherches publiques, à travers l’observation, la mesure et l’expérience. La science devient l’arbitre de toute connaissance recevable,et ses méthodes définissent la vérité. Tout ce qui se trouve hors de la portée de la science est considéré comme indémontrable. Ce point de vue n’est qu’à un cheveu de la vision positiviste, qui assure que ce qui ne peut être testé scientifiquement, ou vérifié, n’a aucun sens…

En tant que fait historique, la science moderne s’est développée à partir d’une compréhension de l’univers comme une création divine ordonnée, dotée d’une rationalité inhérente. La question est de savoir si elle peut continuer à avancer en toute assurance après avoir jeté par dessus bord toutes les hypothèses théologiques. L’univers est-il si uniforme que la science puisse généraliser et proclamer des faits universels à propos de la nature de la réalité physique ? Est-il doté d’une rationalité telle que nos esprits soient capables de la comprendre ? Les symboles mathématiques les plus abstraits, produits de l’esprit humain, sont-ils capables d’exprimer son fonctionnement ? Sans un recours à Dieu comme source et base de la raison, et comme créateur de l’univers doté d’une méthode rationnelle, les perspectives de fournir une quelconque légitimation externe à la science sont faibles… »

La rédaction du magazine La Recherche s’insurge à juste titre: « Fréquemment des religieux de toutes confessions prétendent nous dire ce qu’il faudrait penser sur des questions scientifiques, notamment sur les origines de la vie et de l’univers. » Laissez-moi aussi affirmer que : «  trop souvent, des scientifiques rationalistes et les philosophes athées prétendent nous dire ce qu’il faudrait penser sur des questions métaphysiques, notamment en ce qui concerne l’existence du Créateur. »

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2 Commentaires

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    Peel Olivier ven 10 Déc 2010 Répondre

    Merci à toi Benoît d’avoir réagit à l’article paru dans la revue La Recherche que j’ai moi-même lu. J’ai également trouvé que l’intervention de madame le Ru était non seulement partisane mais également pas très pertinente. J’avoue m’être ennuyé à la lecture de ses articles tant les discours sont répétitifs. Je ne perçoit plus la recherche d’une idée nouvelle ou révolutionnaire. On se contente de répéter ce qui c’est déjà dit.
    Je me demande si le fait d’évacuer le spirituel de la réflexion scientifique n’aurait pas appauvrit le progrès scientifique proprement dit.

  2. Avatar
    zongo adama lun 02 Avr 2018 Répondre

    Je ne suis pas satisfait de votre explication

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