David Vincent, nouveau venu dans l’équipe science et foi

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David Vincent, jeune historien, fait désormais partie de l’équipe science et foi. L’aspect historique des relations science et foi/théologie chrétienne est en effet une clé essentielle pour une juste compréhension des ramifications et des origines complexes de l’état actuel de la discussion, en particulier dans les milieux évangéliques. Vous avez déjà pu apprécier la maturité et la rigueur de sa réflexion sur son site récemment remanié.

Bonjour David, merci d’avoir accepté de répondre à quelques questions et de permettre ainsi aux lecteurs de Science et foi de te connaître mieux, puisque tu fais désormais partie de notre association.

 

Quel âge as-tu ?

Je suis né en avril 1993, j’ai donc 21 ans au moment de cet entretien.

 

Quel est ton parcours universitaire ?

Après un bac ES, j’ai commencé une licence d’histoire à l’Université de Nanterre (Paris X) dans le but de devenir professeur d’histoire-géographie au Collège ou Lycée. Cependant, durant ma deuxième année de Licence, j’ai découvert la collection « Sources chrétiennes ». Cette collection est une édition des écrivains chrétiens de l’Antiquité. La lecture de ces auteurs m’a tout de suite donné envie de m’orienter vers la recherche en histoire religieuse.

Après ma Licence j’ai donc effectué un Master recherche en Histoire Ancienne à l’Université de Nanterre puis un Master recherche en Sciences des Religions et Société à l’Ecole Pratique des Haute Etudes (EPHE).

 

 Quels sont les sujets sur lesquels tu as travaillés récemment ?

Mon premier mémoire, effectué sous la direction d’Hervé Inglebert, s’intitulait « L’influence de la paideia sur l’exégèse chrétienne dans l’Antiquité Tardive. Etude comparée des traditions d’Antioche et d’Alexandrie. »

 

Mon second mémoire, que je rédige actuellement sous la direction de Jean-Paul Willaime, porte sur « Les Pères de l’Eglise dans la théologie évangélique contemporaine. »

 

Tu as un projet de thèse. Quel en sera le sujet ?

Mes deux sujets de mémoire reflètent assez bien mes intérêts. Si l’intitulé exact de la thèse reste à définir, j’aimerais bien travailler sur un sujet qui me permette de réfléchir aux rapports entre théologie et histoire. Sous réserve d’éventuels changements, l’intitulé de ma thèse serait à peu près celui-ci : « Ecrire et enseigner l’histoire dans les facultés protestantes de théologie. »

 

Quand et pourquoi es-tu devenu chrétien ?

Je suis né dans une famille chrétienne évangélique. J’ai donc toujours fréquenté les églises évangéliques. D’abord une « Megachurch » pentecôtiste, puis deux assemblées de frères. J’ai donc connu les deux pôles « extrêmes » du monde évangélique.

Toutefois, mon engagement personnel a réellement commencé en 2008. Chaque année mon église locale distribuait à l’occasion du nouvel an des promesses avec un verset. Cette année là, j’ai reçu le verset de Jean 16 : 23-24 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. »

Au départ, je n’y ai pas vraiment prêté attention, puis au cours de l’année je m’en suis souvenu et j’ai commencé à prier en me basant sur ce verset. C’est à partir de ce moment que j’ai vu concrètement la main de Dieu agir dans ma vie. J’ai donc demandé le baptême qui a eu lieu le 6 juillet 2008.

Ce baptême marque le début de ma véritable conversion et de mon engagement personnel, puisque toute une série d’évènements a fini par transformer la foi que j’avais reçue en une foi personnelle. Cette transformation est passée par un questionnement puis une réappropriation des différentes vérités chrétiennes.

J’ai tout d’abord été convaincu de l’existence d’un Dieu créateur et personnel. Les nombreuses interventions divines rendaient le choix de l’athéisme impossible.

Une fois la certitude d’un Dieu créateur acquise, je me suis cependant interrogé sur la religion à suivre et je me suis tout particulièrement intéressé au Judaïsme et à l’Islam, qui représentaient pour moi les seules alternatives crédibles au christianisme. A cette occasion, j’ai découvert la littérature rabbinique (Midrash, Talmud, Commentaires bibliques) et j’ai lu le Coran.

Après avoir été persuadé que Jésus, tel que nous le présentait la Bible, était bien la vérité, je me suis cette fois questionné sur les autres confessions chrétiennes. Je me suis surtout renseigné sur l’orthodoxie et le catholicisme. Pour cela, j’ai lu plusieurs théologiens orthodoxes ainsi que le dernier catéchisme de l’Eglise Catholique. Mes études d’histoire m’ont cependant définitivement confirmé dans mes convictions protestantes et ont en particulier renouvelé mon attachement au principe du « sacerdoce universel » qui est pour moi le véritable gêne du protestantisme.

Toutefois, je rajouterai un dernier point : pourquoi je suis resté chrétien. En effet, si je suis devenu chrétien parce que j’ai vu Dieu répondre à mes prières et intervenir dans ma vie, je ne pense plus aujourd’hui que cette raison soit décisive. Je crois toujours que Dieu est bien intervenu dans ma vie, mais je pense qu’il peut tout autant répondre à des prières de musulmans ou de juifs. La réponse aux prières n’est donc plus pour moi un critère de vérité.

Si je suis resté chrétien, c’est donc essentiellement parce que je suis convaincu, au regard de l’ensemble de l’histoire humaine, que la vision chrétienne de Dieu et Son rapport au monde est la seule vision cohérente.

 

Quel est ton engagement en tant que chrétien ?

Mon engagement peut se décliner en trois sphères.

Au sein de mon église locale, je participe en tant que moniteur à l’école du dimanche. C’était déjà le cas dans mon église précédente. Par ailleurs, j’ai aussi été plusieurs fois animateur dans des colonies chrétiennes.

Dans le cadre de l’Université, j’ai été impliqué dans les études bibliques et les réseaux G.B.U. depuis maintenant trois ans. Cette année j’ai un peu moins de temps et je n’organise donc plus de réunions bibliques hebdomadaires.Toutefois, je continue à animer une fois par mois un « Café théo » en coopération avec l’aumônerie étudiante de Nanterre.

Enfin, ma dernière implication est sur internet. Depuis septembre 2012, j’ai commencé un blog (philochristos) où je partage mes réflexions sur toutes sortes de sujets en rapport avec la foi chrétienne. Depuis, la rentrée 2014, j’ai changé de blog (didascale.com) pour des raisons techniques. J’ai profité de ce changement pour restructurer quelque peu mes articles et affiner mes objectifs, mais le principe de départ reste le même.

 

 

En lisant les nombreux articles de ton blog, on prend conscience que la question des rapports entre Bible et histoire n’est pas sans point commun avec celui des sciences « dures » et des Ecritures. Est-ce aussi ton avis ?

 

Tout à fait. C’est ce que je souhaitais développer sur mon blog et c’est pour cela que j’ai accepté de rejoindre « Science et Foi ». Je reviendrai un peu plus en détail sur ce sujet dans la dernière question.

 

Le monde évangélique a souvent l’impression de représenter pour la société d’aujourd’hui le « christianisme primitif ». Que penses-tu d’un tel sentiment ?

 

Grosso modo, il y a deux visions dominantes dans le monde chrétien. La première « catholico-orthodoxe » voit l’histoire de l’Eglise comme une longue tradition ininterrompue et considère que leur Eglise existe telle quelle depuis les origines. La seconde, « protestante », propose au contraire une vision de « rupture-retour ». L’Eglise est tombée dans l’apostasie et il s’agit maintenant avec la Réforme de revenir au fonctionnement de l’Eglise primitive.

Une étude historique et objective des textes antiques montre cependant qu’aucune de ces deux conceptions n’est juste. Les chrétiens de l’Antiquité n’étaient, au sens actuel des termes, ni catholiques, ni orthodoxes, ni protestants. Ils étaient simplement eux-mêmes. Revenir à un christianisme primitif, me paraît plus une illusion qu’autre chose.

Par ailleurs, le cadre d’existence (rapports à la société, au pouvoir, etc.) et les mentalités sont totalement différents et il n’est plus possible de revenir à un quelconque christianisme primitif.

 

Dans quels domaines et sur quels sujets penses-tu pouvoir apporter une contribution au dialogue constructif entre foi chrétienne et science que notre association Science et Foi essaie de promouvoir ?

 

Je pense pouvoir contribuer principalement dans deux domaines.

Tout d’abord en rapport avec les sciences dures, je peux apporter une perspective historique sur les rapports entre les chrétiens et les connaissances profanes tout au long de l’histoire. Même si les questions actuelles, comme la théorie de l’évolution, peuvent paraître nouvelles, elles renvoient en réalité à des problématiques qui se sont posées tout au long de l’histoire de l’Eglise.

Deuxièmement, je pense qu’il peut être intéressant que l’association science et foi intègre aussi les sciences humaines et pas seulement les sciences dures. Si le terme de « science » évoque tout de suite  les « sciences dures », il me semble aussi pertinent de s’intéresser aux sciences humaines et sociales. Comme tu l’as toi-même souligné dans une question précédente, les rapports qui peuvent se poser entre l’histoire et la Bible par exemple sont aussi les mêmes qu’entre les « sciences dures » et la Bible.

Pour parler de mon domaine plus spécifique, les sciences historiques, il ne fait aucun doute que ces disciplines (sciences bibliques et histoire du christianisme) ont connu des progrès considérables depuis deux siècles et qu’on ne peut plus les ignorer, comme le fait encore trop souvent le monde évangélique. Si on peut, de manière tout à fait légitime et pertinente, critiquer certaines conclusions de l’exégèse libérale, il me parait en revanche impératif de prendre en compte un certain nombre d’acquis des disciplines historiques et je suis fermement convaincu que la « politique de l’autruche » et l’isolationnisme fondamentaliste n’ont aucun avenir et ne pourront pas tenir dans un monde de plus en plus connecté.

Merci David d’avoir pris le temps de répondre !

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11 Commentaires

  1. Avatar
    Antoine ven 21 Nov 2014 Répondre

    Merci David! Je suis très heureux qu’un historien rejoigne « science et foi ».
    Une remarque vis-à-vis de la conception « rupture-retour »: pendant 10 ans, j’ai été membre d’une assemblée très centrée sur cette idée. J’ai même travaillé pour elle à plein temps pendant 8 ans.
    Il me semble maintenant que l’obsession pour revenir à l’Eglise primitive est fondamentalement génératrice de divisions sans fin. Si je trouve 100 personnes qui sont d’accords sur dix points qu’il faut restaurer, le jour viendra vite où nous nous diviserons sur un onzième. La fragmentation du monde protestant témoigne, il me semble, de ce phénomène.
    Qu’en penses-tu ?

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      David sam 22 Nov 2014 Répondre

      Bonsoir Antoine,

      Oui génératrice de divisions et surtout illusoire. Car en réalité, chacun se crée sa propre Eglise primitive. Ce qu’on appelle « Eglise primitive » est surtout « l’Eglise idéale » telle qu’on se l’imagine et qui n’a pas grand chose à voir avec l » »Eglise primitive » historique.

      Enfin, pour être honnête, je ne suis même pas sûr qu’un retour à l’Eglise primitive, même s’il était possible (ce que je ne crois pas) soit souhaitable.

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    Bruno Synnott ven 21 Nov 2014 Répondre

    Bienvenu David,
    C’est un honneur d’acceuillir un gars comme toi !
    Tes connaissances historiques et bibliques seront importantes pour l’équipe. Par exemple sur ce sujet:

    À partir des recherches d’un gars comme Hans Küng, voir par exemple Küng (1999), Le Christianisme, ce qu’il est et est devenu dans l’histoire, Ed. du Seuil, il semble que la pensée d’Augustin a fini par imposer un changement de paradigme théologique par rapport à l’église d’Orient. Les accents théologiques (le péché originel, la perte de liberté, la prédestination, etc.) et ecclésiologiques (l’importance des sacrements ‘ex opere operanto’, l’église institutionalisé, etc.) d’Augustin seront largement ignoré par les théologiens de l’Orient.

    Avec la première grande synthèse dogmatique (La Cité de Dieu) Augustin a ainsi infléchi la théologie occidentale dans des spéculations rationalisante et totalisante des Écritures. Il semble que beaucoup d’évangéliques aujourd’hui soient toujours prisonniers de ce carcan doctrinal rationaliste : pensons à Blocher, l’exemple parfait, qui défent à tout prix « le » bon système calviniste, « la » bonne doctrine, – haut lieu s’il en est de la scholastique protestante !

    Je mentionne cela parce que cela affecte la réflexion sur la Genèse et le rapport à la science. Pour garder le système intégral, il faut une lecture historisante et innerantiste des récits de création, même si cette interprétation n’est plus adéquate tant au niveau herméneutique, philosophique et scientifique. Elle bloque encore encore aujourd’hui la venue d’air frais dans la réflexion de l’église évangélique. Et pendant ce temps les jeunes claque la porte de l’église évangélique…

    Il me semble que la perspective « rupture-retour » s’opère encore, dans l’église évangélique, dans un paradigme augustinien du « bon système théologique ». Le pattern n’aura pas de fin dans le sens de la fragmentation du monde évangélique, comme le souligne Antoire.. Il faut repenser le christianisme en amont de ces grandes synthèses mais aussi en aval, pour recevoir de manière honnête et critique l’apport des sciences. Qu’en penses-tu ?

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      David sam 22 Nov 2014 Répondre

      Bonsoir Bruno,

      Oui je suis largement de cet avis. Je pense qu’effectivement la véritable rupture entre Orient et Occident s’est effectuée au IV e siècle et que la théologie d’Augustin y a beaucoup contribuée.D’ailleurs, je pense que si Augustin n’avait pas écrit en latin mais en grec, il aurait probablement été condamné par un concile.

      Lui-même revendiquait sa fidélité à ses prédécesseurs, notamment Chrysostome. Pourtant, il suffit de comparer leurs propos sur le baptême des enfants pour se rendre compte du véritable fossé théologique qui les sépare. Tandis que Chrysostome commençait par expliquer qu’un petit enfant n’avait pas de péché, Augustin de son côté affirmait que le baptême lavait le péché originel !

      Pour ce qui est de la première synthèse dogmatique, je la ferais plutôt remonter à Origène et son Traité des Principes, qui est pour moi un ouvrage de référence. Je pense que la systématisation peut être positive (et j’y suis moi-même poussé) mais qu’elle est dangereuse lorsqu’on devient trop rigide.

      Pour moi Origène reste le théologien de référence pour deux raisons :
      a) D’une part, c’est sans aucun doute un des plus grands intellectuels de son époque
      b) D’autre part, il distinguait très clairement les vérités fondamentales, sur lesquelles tous les chrétiens sont d’accord, et les points secondaires sur lesquels on peut spéculer et diverger, sans qu’il soit nécessaire de se battre.

      Là où je te rejoins, c’est qu’à mon sens la grande erreur de la théologie occidentale est d’avoir voulu construire des systèmes fermés ce qui l’a conduit à trancher sur tous les points, y compris (surtout ?) ceux qu’elles ne maitrisaient pas. A cet égard, l’Orient a été un peu plus prudent.,

      Cette dogmatisation toujours plus poussée est à l’origine de toutes les divisions. Tant qu’il y avait une autorité centrale assez forte (concile/pape) on pouvait réprimer les dissidents. Après la disparition de celle-ci (protestantisme), il n’y a plus de limites aux divisions.

      Au fond, je dirais que le vrai malheur de la théologie occidentale est d’avoir perdu cet esprit de réflexion et de recherche (d’où le sous-titre de mon blog :D) qui animait des théologiens comme Origène où, tout en étant d’accord sur les vérités fondamentales (incarnation, crucifixion, résurrection), on s’autorisait à réfléchir sur les autres questions (vie après, la mort, etc.) et à proposer des hypothèses sans se sentir obligé de traiter d’hérétiques les chrétiens qui ne partageaient pas nos opinions.

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    Bruno Synnott dim 23 Nov 2014 Répondre

    Salut Vincent, je crois qu’on va bien s’entendre ;)
    Tout à fait d’accord avec toi. Origène est le grand méconnu de nos jours. À la faculté de théologie évangélique calviniste, on le tassait du revers de la main en disant qu’il était le promoteur d’une interprétation spirituelle et allégorique des Écritures. Son cas était réglé!

    Mais voici, pour pousser le bouchon un peu plus loin dans la conversation que nous avons, voici une idée maîtresse que je propose dans le livre que j’écris pour l’association S&F (parution 2015) :

    John « Jack » Collins (Le H. Blocher des américains) dit que nous commettons « une grosse erreur » si nous pensons à une position générale sur le rôle d’Adam et son péché comme étant quelque chose de particulier à l’Occident ou comme étant relié spécifiquement à Augustin . Selon moi, il se trompe énormément sur cela. Et c’est sûrement la faille principale de sa position sur Adam et Ève comme première paire d’humain de laquelle tous les autres descendent. En partant du présupposé que la Bible présente une seule trame narrative biblique valable : création – chute – rédemption, il refuse de voir les nuances de la position des Pères Grecs concernant ce schéma. Toute son exégèse s’en trouve biaisée car elle s’acharne à défendre l’indéfendable : une trame narrative valable, certes, mais qui n’est pas la seule ! C’est une trame narrative selon l’économie du salut. Or les Pères Grecs ont également développé une trame narrative du point de vue de la transcendance divine.

    H. Blocher et Jack Collins sont obnubilé par le modèle adamique d’Augustin. Un Adam moralement saint à la tête de l’humanité et dont la faute a transformé la condition morale de toute l’humanité. D’où la nécessité de la venue de Jésus pour réparer la faute. Ceci, contrairement à ce qu’affirme Collins, est clairement une spécificité occidentale et augustinienne, différente de la trame narrative d’Origène, d’Irénée et bien d’autres pères grecs. À moins que je me trompe ?

    Dans ce schéma occidental, Jésus est un plan B. Il aurait pu ne pas venir si Adam n’avait pas péché. Christ aurait pu ne jamais devoir mourir et manifester son amour ! Ce qui est incohérent ! C’est ce qui a forcé la tradition calviniste a ajuster la doctrine augustinienne de la chute dans le sens d’un « décret de la chute » (pré-lapsaire) pour contrer ce non-sens. Dieu décrète la chute…. Wow! Quel Dieu !

    Dans le modèle orientale, Jésus est VRAIMENT un plan A. Pour Irénée et, me semble, la majorité des Pères Grecs, la tradition n’enseignait pas qu’Adam et Ève furent créés parfaits au sens « d’achevé et de saint ». L’humanité fut plutôt créée à l’état d’enfance, immature en quelque sorte, appelés à progresser dans les vertus. Pour Irénée, seul Jésus est parfaitement l’image de Dieu. Jésus est l’accomplissement de la création d’Adam. Ce qui vient en premier, dit Paul, c’est ce qui est terrestre. Ce qui vient ensuite, le second Adam, c’est le spirituel (1 Co 15.45).

    Dommage que ni Blocher (Adam, ou es-tu?, p. 166) ni Collins (Four Views on the Historical Adam, 144) ne veulent reconnaître leur « biais ». C’est là, me semble, l’origine du problème et leur position dogmatique à la veille de s’écrouler. Ton expertise en histoire nous sera vraiment utile à ce point !

    Au plaisir de t’entendre là-dessus !

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    David dim 23 Nov 2014 Répondre

    Bonsoir Bruno,

    Ce qu’on oublie souvent de dire c’est que les règles exégétiques d’Origène ont été reprises par presque tous les exégètes antiques, y compris ses détracteurs, et que sans Origène, Augustin ne serait jamais devenu chrétien !

    En effet, Augustin avait abandonné le christianisme car il trouvait la Bible trop fade et il n’y est revenu qu’en écoutant les homélies d’Ambroise de Milan qui étaient entièrement inspirées par l’exégèse d’Origène. Sans compter que nombre de ses homélies n’étaient que la traduction latine d’homélies d’Origène, ce que Jérôme n’a pas manqué de souligner avec son sacarsme habituel. Dans le cadre de ma série sur l’inspiration et l’interprétation de la Bible, je consacrerai d’ailleurs un article à Origène et aux Pères Cappadociens en publiant une série d’extraits de leur Philocalie d’Origène sur les Ecritures.

    Pour ce qui est de Collins et Blocher, je n’ai pas encore eu l’occasion de lire leurs écrits. Toutefois, de mon expérience personnelle, j’ai pu constater que les théologiens évangéliques (même les « plus sérieux ») sont plutôt de mauvais historiens. Ils n’ont jamais lu les textes anciens auxquels ils font références et utilisent des ouvrages « de références » peu sérieux. J’ai pu constater cela lors de discussions sur l’inerrance biblique, ce que j’évoque dans mon article : http://didascale.com/inerrance-biblique-infaillibilite-bible/.

    Dans le cadre de mon deuxième master, Blocher est justement un des 4 auteurs sur lesquels je vais travailler. Je pourrai donc t’en dire un peu plus à la fin de l’année :D

    Toutefois, là où tu as raison c’est que le modèle adamique d’Augustin était loin de faire l’unanimité. Après, sur cette question, il me semble que la distinction est certainement un peu plus complexe qu’une simple opposition entre Orient et Occident. La question de la mortalité d’Adam a aussi été débattue. Un certain nombre de Pères le considéraient plus comme amortel que comme immortel, quelques uns allant peut-être même jusqu’à proposer une création mortelle (il semble que cela soit notamment la position de Théodore de Mopsueste, mais je n’ai pas réussi à retrouver la référence précise, je mets donc pour l’instant cela entre parenthèse).

    Par ailleurs, même si je n’ai plus les noms précis en tête, il me semble que le débat que tu évoques s’est au moins poursuivi au cours du Moyen Age ( et peut-être même à l’époque moderne). Preuve que même dans l’Eglise occidentale, la position d’Augustin ne s’est pas imposée si facilement.

    Cependant, je ne suis pas spécialiste des commentaires de la Genèse, puisque jour mon mémoire, j’ai surtout travaillé sur les prophètes. Néanmoins, je compte m’y mettre prochainement. A cette occasion, je proposerai peut-être une série d’articles sur l’interprétation de la Genèse au cours de l’histoire, en commençant par Philon d’Alexandrie.

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    Bruno Synnott mar 25 Nov 2014 Répondre

    Oup! Désolé David !

  6. Avatar
    David sam 29 Nov 2014 Répondre

    Ce n’est pas grave Bruno, j’ai l’habitude !

    Il y aussi ceux qui se demandent si mes parents étaient fans des envahisseurs … mais non, c’est juste une coïncidence :D

    https://www.youtube.com/watch?v=dn2dFUO5-9o&spfreload=10

    Sinon, pour rebondir sur mes propos précédents, je viens de publier un article sur l’inspiration et l’interprétation de la Bible dans l’Antiquité et il y a notamment à la fin une réflexion sur le récit de la Genèse :

    http://didascale.com/linspiration-et-linterpretation-de-la-bible-dans-leglise-ancienne/

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    Manu jeu 04 Déc 2014 Répondre

    Bonjour,

    La théologie de la chrétienté occidentale est largement augustinienne. Il faut en prendre conscience lucidement et avoir le courage de la remettre en cause sur certaines doctrines. Une erreur ancienne ne devient pas une vérité. Il ne s’agit pas de blâmer nos devanciers qui ont réfléchi avec les données dont ils disposaient à leur époque, mais nous sommes des hommes du 21ème siècle avec des connaissances que n’avaient pas nos prédécesseurs, et on ne peut plus croire comme nos ancêtres dans la foi du 5ème siècle croyaient. Comment nier le progrès des connaissances ? Comment nier, quand on est croyant, que ce progrès des connaissances est le fruit de l’esprit humain créé par Dieu et donc que ces connaissances nouvelles viennent en définitive de Dieu et font partie de « tout ce qui est vrai » (Philippiens 4,8) ?

    Précisément, on peut constater que l’Eglise en général a du mal à remettre en cause la doctrine du péché originel, alors que, quand on y réfléchit bien, cette doctrine repose sur le monogénisme (tous les humains descendent d’un seul couple). Or la science réfute sans appel le monogénisme : l’humanité présente une diversité génétique telle qu’il est impossible qu’elle descende d’un seul couple (ou de 3 ou 4 : Déluge). D’après le généticien Francisco J. Ayala (The Myth of Eve, Science, 1995), le minimum d’ancêtres pour expliquer la diversité génétique actuelle serait de 4000 humains reproducteurs. On n’imagine pas des milliers d’hommes préhistoriques qui se seraient TOUS rebellés contre Dieu au tout début de l’humanité. Dans ce cas, cette rébellion générale correspondrait à un défaut de leur nature créée par Dieu. Par ailleurs, la mort physique n’est pas liée au péché mais plutôt à la procréation : il faut bien que les anciennes générations laissent la place aux nouvelles. Alors pourquoi les facultés de théologie « évangéliques » refusent-elles de regarder la réalité en face et continuent-elles d’enseigner, comme si de rien n’était, le dogme du péché originel ?

    Manu

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    David jeu 04 Déc 2014 Répondre

    Bonsoir Manu,

    Je pense que justement l’histoire peut être utile à ce niveau là.
    En effet, beaucoup d’évangéliques ont l’impression que leurs croyances représentent ce que les chrétiens ont toujours cru et que la remise en cause de ces croyances n’est que le résultat du « libéralisme moderne ».

    Or un regard historique permet justement de constater que beaucoup de nos croyances, loin d’avoir été toujours partagées par tous les chrétiens, sont souvent apparues très progressivement dans l’histoire de l’Eglise.

    En disant cela, je ne prône pas un retour « naïf », et à mon sens imaginaire, à une théologie primitive, mais un ré-examen des différents concepts.

    Je partage par ailleurs tout à fait ton opinion concernant la question du péché origineL

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