Création et évolution

Posté par Benoit Hébert
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La foi dans le Créateur : une évidence.

Elevé dans une famille de confession évangélique, je n’ai jamais douté de l’existence et de l’amour du Dieu créateur. La nature est trop belle, trop complexe et merveilleusement organisée pour qu’une intelligence supérieure ne l’ait conçue. “Depuis la création du monde, les oeuvres de Dieu parlent à la pensée et à la conscience des hommes de ses perfections invisibles : quiconque sait regarder, peut y discerner clairement sa divinité et sa puissance. Aussi, depuis les temps anciens, les hommes qui ont sous les yeux la terre et le ciel et tout ce que Dieu a créé, ont connu son existence et son pouvoir éternel. Ils n’ont donc aucune excuse de dire qu’ils ne savent pas s’il y a un Dieu.” (Romains 1:20)

Le choix entre l’évolution et la création?

  Comme tout petit français on m’a parlé des hommes préhistoriques à l’école. A la maison, ma mère, elle-même institutrice dans l’enseignement publique et respectueuse du principe de  laïcité faisait parfois quelques remarques du genre : « Ce serait plus honnête d’enseigner les deux options, la création et l’évolution, et de laisser chacun faire son libre choix. » Avec du recul, je la comprends tout à fait. La théorie de l’évolution a souvent été utilisée par beaucoup comme un argument de poids contre la foi chrétienne. Comment concilier avec la science un récit « naïf » vieux de plusieurs milliers d’années qui nous dit que Dieu a créé l’homme et la femme à partir de la poussière de la terre?  Inconsciemment, l’évolution constituait pour moi une théorie alternative athée et incompatible avec ma foi. Il me fallait donc choisir entre deux options : être chrétien ou être évolutionniste, croire que Dieu était le créateur ou bien que nous étions le fruit du « hasard ». Mon choix a été sans état d’âme : Dieu est le créateur, l’évolution est une invention de l’homme qui ne veut pas reconnaître que Dieu l’a créé. Nous avions à la maison le disque d’un pasteur auteur compositeur qui tournait en dérision la philosophie évolutionniste athée. Vingt cinq ans plus tard, j’ai encore en mémoire les paroles d’une de ses chansons qui m’amusait beaucoup :

C’était un  intellectuel,
Un gars toujours habillé chic,
Il ne maniait pas la truelle,
Mais sortait d’ Polytechnique,

Quand un jour je lui ai parlé,
Il m’a dit avec un air de pitié
: « Moi monsieur j’crois pas en Dieu
Je descends du singe c’est beaucoup mieux !
Si c’est pas du singe c’est du poisson,
J’suis l’fils du jumeau de l’homme de cromagnon ! »

Ce pasteur dénonçait l’idée que l’évolution constituerait une explication rationnelle alternative à la création.

Ma rencontre avec Jésus.

Après une enfance et une adolescence sans histoire,  J’ai été saisi d’une angoisse existentielle à l’âge de 14 ans. La fréquentation régulière de l’église ne suffisait pas à apaiser ma peur de la mort. Petit à petit, je réalisais que j’avais besoin de saisir personnellement le salut de Dieu pour mon âme, et que ma destinée était éternelle. Après plusieurs mois de lutte intérieure et d’insomnies fréquentes, je capitulai devant l’amour de Jésus démontré sur la croix pour le pardon de mes péchés et acceptai Jésus comme Sauveur et Seigneur de ma vie. La joie du salut et la paix du Saint-Esprit ont immédiatement envahi mon âme, j’étais une nouvelle créature !

Le choix d’une carrière :

J’aimais les sciences et la physique en particulier. Je me destinais à une carrière scientifique. Après 3 ans en classe prépa, j’étais admis à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, une école principalement orientée vers la recherche scientifique et l’enseignement. J’avais le sentiment intérieur que c’était ma place.
J’ai donc passé quatre années passionnantes à étudier la physique fondamentale : mécanique quantique, physique statistique, relativité…Je m’émerveillais de ce que l’homme soit capable « d’avoir les pensées de Dieu après lui », comme le disait Kepler. Durant ces années, j’ai témoigné de ma foi chrétienne, j’ai organisé des réunions d’étudiants dans ma chambre. Un camarade de promotion s’est même tourné vers le Christ et s’est fait baptiser par immersion pour ma plus grande joie. Un jour, j’ai voulu témoigner de ma foi à un brillant chercheur en physique théorique. Je me rappelle m’y être pris bien maladroitement en voulant lui expliquer le plan du salut de « A à Z ».  J’ai bien sûr commencé par la Genèse et le récit d’Adam et Eve, au lieu de simplement partager avec lui que Jésus avait changé ma vie ! J’insistais lourdement sur le fait qu’il était important de croire qu’Adam et Eve étaient nos ancêtres ! J’ai alors réalisé à mes dépend que le récit biblique de la création n’est pas le passage le mieux choisi pour faire de l’évangélisation !
Durant mon adolescence, la lecture d’un ouvrage créationniste affirmait que la terre était jeune avait suscité en moi certaines interrogations. Etait-il raisonnable de penser que la terre avait quelques milliers d’années, le déluge était-il responsable du paysage géologique actuel ? La théorie de l’évolution ne me posait pas de problème, elle était trop liée à une vision matérialiste de l’homme que je rejetais.
J’ai cherché à creuser ces questions et à approfondir ma connaissance de la Bible et de la théologie en général. Il m’est rapidement apparu que des notions élémentaires de géologie permettaient de réfuter sans l’ombre d’un doute les arguments des partisans d’une terre et d’un univers récent. Je suis rapidement « tombé » sur l’excellent livre (mais difficile à lire) de Henri Blocher: La  révélation des origines. J’y ai trouvé des réponses à mes questions sur la façon de réconcilier la Bible et la science grâce à l’interprétation littéraire de Genèse 1. Le récit de la création est avant tout présenté dans sa structure poétique logique, sa vocation n’est ni chronologique ni scientifique. J’étais libéré d’un certain « concordisme scientifique», c’est à dire d’une volonté de chercher dans le récit biblique une correspondance temporelle avec la science. Le livre de Jean Humbert  Création/Evolution, faut-il trancher ? a également joué un rôle important dans ma réflexion. L’auteur, professeur de biologie en classe préparatoire (comme moi aujourd’hui en physique!) expliquait que Dieu s’était certainement servi d’un processus évolutif pour créer les espèces. Toutefois, il jugeait nécessaire que Dieu soit intervenu directement dans ce processus, à la fois pour des raisons théologiques et scientifiques. A ce stade de ma réflexion, j’étais devenu ce qu’on pourrait appeler un « Old Earth creationnist » ou créationniste progressif. Quelqu’un qui croit que la terre est ancienne, mais qui croit que Dieu est nécessairement intervenu directement à un moment ou à un autre de la macroévolution, en particulier pour créer Adam et Eve.

Les années d’approfondissement.

Quelques années plus tard, j’ai découvert qu’ aux Etats-Unis, en Angleterre, au Canada et dans le monde entier, de nombreux chercheurs de confession évangélique dans les plus grandes Universités avaient eux-mêmes réfléchi à ces questions et s’étaient constitués en association : l’American Scientific Affiliation (ASA), et Christian In Science (CIS). Mon horizon théologique et scientifique s’est encore élargi quand j’ai réalisé que la grande majorité des biologistes chrétiens conciliaient leur foi et la théorie de l’évolution. Plusieurs livres m’ont beaucoup guidé dans ma réflexion.
Sur le plan scientifique par exemple, la lecture de  Coming to piece with science : « faire la paix avec la science » de Darrel Falk m’a convaincu des preuves innombrables et INDEPENDANTES d’une origine commune aux différentes espèces vivantes et à leur évolution. Francis Collins, directeur du Human Genome Project consacrait un chapitre aux preuves génétiques de l’évolution dans The language of God.
Dans  Relics of Eden, Fairbanks, généticien croyant me démontrait les preuves de notre parenté avec le reste du monde vivant et le chimpanzé en particulier (pas un ancêtre mais un cousin !!) dans la structure de l’ADN.

Etant convaincu que la théorie de l’évolution offrait une explication permettant d’expliquer et d’unifier une quantité considérable d’observations en paléontologie (l’étude des fossiles), en biogéographie (la répartition des espèces sur le globe), en anatomie et surtout en génétique (c’est ce qui m’a donné le coup de grâce), j’avais besoin de réponse sur le plan théologique.
 Un livre a bouleversé mes conceptions dans bien des domaines : Evolutionnary Creation de Denis Lamoureux. J’ai été frappé par sa capacité à décortiquer les raisonnements et à séparer des concepts que l’on associe souvent inconsciemment. Sa double compétence : doctorat en biologie et théologie lui donne une vision imprenable de la situation. Son histoire personnelle est elle aussi très particulière: il a d’abord rejeté la foi de son enfance et est devenu athée en étudiant l’évolution à l’Université. Après un retour à la foi et une véritable conversion à la lecture de l’évangile de Jean, il a renoncé à son poste de dentiste dans l’armée canadienne pour devenir un « creation scientist », c’est-à-dire quelqu’un qui démontre « scientifiquement » que la Genèse doit être lue de manière littérale. En voulant démontrer que la théorie l’évolution était fausse, il a réalisé qu’elle était au contraire très solide et a poussé ses recherches sur la question. J’ai découvert un nouveau monde théologique: le principe « d’accomodation » du Saint Esprit dans le processus d’inspiration, la science ancienne dans la Bible, la question de l’historicité de Genèse 1-11, l’histoire du déluge, la symbolique des généalogies de la Genèse…un choc ! J’ai aussi pris conscience de certains préjugés théologiques dont le monde évangélique n’est souvent pas conscient, comme le fait de croire que Dieu a forcément révélé la science aux auteurs inspirés (le « concordisme scientifique »), et ses conséquences dans le débat science/foi.

 Ce voyage intérieur à la recherche d’une cohérence entre ma foi en Jésus, sa Parole et la connaissance de la création par la science m’a conduit en terrain inconnu. Ma foi n’a pas diminué, elle s’est approfondie. Mon désir de partager ces découvertes passionnantes m’a poussé à créer le site science et foi. Je souhaite de tout cœur que vous soyez édifié et que vous trouviez de vraies réponses à vos questions en parcourant ce site et ce blog.

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5 Commentaires

  1. Avatar
    Pierre Henry mar 02 Fév 2010 Répondre

    Il faut des années d’enseignement de la foi dans le milieu chrétien, et une forte communion avec Dieu pour pouvoir par la suite se mêler au monde et proclamer la parole de Dieu.
    Il en va de même avec l’évolution. Si vous passez tout votre temps avec des évolutionnistes sans écouter l’ avis des scientifiques créationnistes, il est clair que vous deviendrez un adepte de l’évolution et ne comprendrez jamais l’ensemble de la problématique ! Tout cela est bien normal !

    • Avatar Auteur
      benoît Hébert mar 02 Fév 2010 Répondre

      Cher Pierre,
      Sachez que je suis chrétien depuis plus de 20 ans, et que je n’ai pas toujours pensé que l’évolution était compatible avec la foi. Je ne doute pas de votre sincérité, mais comme dirait Henri Blocher à l’égard des créationnistes, : « leurs motivations sont forts belles, édifiantes pour qui les reconnait: le respect de la Révélation Ecrite….Mais il ne suffit pas pas que les motivations soient saines. Les données sont-elles correctement perçues et jaugées? Le zèle, nous rappelle l’apôtre, peut manquer de lumière et de pénétration (Rom10,2. »
      Si aucun journal sérieux ne publie les soit disantes découvertes des « scientifiques » créationnistes, ce n’est pas parce qu’il s’agirait d’une communauté d’athées, mais parce que ces travaux ne remplissent pas les critères requis.

  2. Avatar Auteur
    benoît Hébert jeu 18 Mar 2010 Répondre

    Après mûre réflexion, j’ai supprimé deux commentaires de Pierre Henry car le ton ne me parait pas conforme à l’esprit de dialogue fraternel que je souhaite entretenir sur le blog. J’ai également supprimé ma réponse, car pour être très franc, je me suis aussi laissé quelque peu emporter par la virulence des propos de Pierre Henry.

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    gakari1 lun 28 Fév 2011 Répondre

    Je viens de finir « La révélation des origines » de Henri Blocher.

    C’est assez difficile à lire de part le style de l’auteur et le nombre de références à d’autres ouvrages… mais aucuns regrets, bien au contraire !
    J’ai l’impression que Mr Blocher s’est nourri de toutes les différentes interprétations pour les livrer, les expliquer et donner du sens à certaines d’entres elles. On a donc un large panel d’interprétation, avec celles que privilégient l’auteur.
    Je me demande bien combien de mois ou d’années de travail pour un livre aussi riche…

    Lors d’études sur l’Apocalypse, on m’avait dit que l’on ne pouvait tout comprendre des visions de Jean sans connaître réellement la Genèse. Je n’avais pas compris cela jusqu’à la lecture de la révélation des origines.
    Nous trouvons, dans ce mythe, tout ce qui fait l’explication du pourquoi de l’homme, de la créature et la création en général, de l’explication de sa position de pècheur vis à vis de Dieu et du péché en général (arbre de la connaissance du « bien-et-mal ») et de la finalité de tout cela (alliances, Grâce de Dieu et Jugement).
    Même s’il reste beaucoup de mystères (et il en restera toujours, je pense), l’exégèse de Mr Blocher lève le voile sur la relation entre Dieu et les hommes tout au long des écritures, de la Genèse à l’Apocalypse.
    Et après ces explications, il est dur d’interpréter littéralement ces chapitres, tant le symbolisme est riche, spirituellement.

    Personnellement, je pense que quelques fois, l’exégèse va un peu trop loin mais lorsqu’elle révèle si bien la personnalité du Créateur, c’est assez édifiant.

    Je pense que je relierais ce livre dans un an ou deux car il est si riche que je n’ai pas réussi à tout assimiler en une lecture. Dans tous les cas, je le recommande à tous.

    • Avatar Auteur
      Benoit HEBERT lun 28 Fév 2011 Répondre

      Bravo gakari, tu as tenu le choc jusqu’au bout. je suis sur qu’effectivement, tu le relieras dans qq temps. je l’ai lu au moins trois fois à plusieurs années d’intervalle…

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