« création, chute, rédemption » revisitées 4 – Une rédemption globale

Posté par Bruno Synnott

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Partie 4 : Une rédemption globale

Avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons-nous que le prologue de la Genèse (1-11) revisite les mythes sur l’origine du monde répandus au Proche Orient Ancient (POA) connu également par le peuple d’Israël. Ce qui rend possible cette relecture complète, c’est la révélation historique de Yahvé aux patriarches et au peuple d’Israël. La Révélation de Dieu envers le peuple élu bouleverse la réflexion. La réécriture de la pré-histoire a suivi celle de la Révélation dans l’histoire.

Cette réflexion a su lier ensemble le Dieu Rédempteur (qui aime et sauve) et le Dieu Créateur (qui est Tout-Puissant, qui ordonne et vainc le chaos).

« C’est toi, Éternel, qui es notre père, qui, dès l’éternité, t’appelles notre sauveur » (És 63.16).

Le fondement de l’histoire universelle se trouve ainsi dans la Révélation historique, dans l’expérience et la réflexion d’un peuple. Cela lui permet de relire les mythes païens existants à la lumière théologique inspirée par la Révélation historique. Le point d’ancrage, le pivot, n’est pas dans la matérialité des faits relatés dans Genèse 1-11, mais dans la Révélation vécu historiquement et la JUSTE réflexion humaine qui en découle.

La Révélation progressive, devenant de plus en plus claire (son point culminant étant Jésus-Christ et la Pentecôte) amène le peuple d’Israël à relire et à revisiter, avec l’aide du Saint-Esprit, l’histoire « païenne » qu’il trouve déjà là. La pré-histoire biblique a-t-elle un ancrage historique ? Certes oui, au sens d’un « réalisme critique ». Ce ne sont pas une pure construction de l’esprit, ni des donnés scientifiques exactes (positivisme). Mais c’est sa relecture théologique qui est importante. L’histoire comprise à la lumière de la Révélation Yahviste affirme que Dieu a créé le premier individu, que celui-ci a péché, que le péché s’est répandu dans le monde. Et parallèlement, que le Dieu créateur est aussi le Dieu sauveur de tous les hommes puisqu’il ne cesse d’agir dans l’histoire, depuis le début, pour les sauver du mal par sa puissance.

Encore aujourd’hui c’est le choix de chacun d’y adhérer par la foi et d’entrer dans l’expérience de la Révélation. Ce qui peut « prouver » à quelqu’un que cette révélation est vraie, c’est la foi, avec la cohérence rationnelle qui en découle, et qui permet de mieux comprendre le monde et y donner un sens valable.

Cette révélation dans le genre littéraire du mythe a finalement un grand avantage : c’est qu’en s’inculturant dans une vision particulière du monde, on a l’assurance que la révélation est contextuelle. On est en droit de dégager le contenu de foi de son récipient culturel pour l’adapter au langage et à la science contemporaine. Et ça marche !

eXploration_TheologiqueGenèse 2 offre une compréhension encore plus « réaliste » que celle d’Irénée qui est déjà hautement plus réaliste que celle d’Augustin. Le rédacteur présente un adam conforme à la condition humaine actuelle, hormis l’aliénation du péché qui rend dorénavant captives nos pensées. Ceci dit, l’adam n’est pas le « surhomme achevé » et totalement béatifié auquel nous a habitué la lecture augustinienne. Qu’on ne s’en étonne pas : Un monde sans épreuve, sans défi, sans obstacle aurait été un monde sans saveur. Comme on dit : À combattre sans péril, on triomphe sans gloire. Ces éléments « dérangeants » que nient certains croyants ne sont pas les composantes d’un monde dynamique, d’un monde réaliste.

Ceci dit, le projet créateur est étroitement lié au « plan du salut ». Il est important de distinguer entre création et rédemption, mais sans nécessairement les séparer. Ces deux aspects forment les deux faces d’une même réalité. Créer implique donc secourir. Dans la doctrine de la création, Dieu créé, mais aussi soutient sa création. C’est déjà une forme de secours. Irénée de Lyon mentionnait autrefois que Dieu, en créant, ne se duplique pas et donc que sa création est ontologiquement moindre que lui. Elle est en-deçà de la perfection divine.

Pour plusieurs théologiens, la rédemption débute après « la chute ». Dans notre optique, elle est dans la pensée de Dieu depuis toute éternité (1 Pi 1.19-20; Éph 1.9-10; Rom 16.25; Col 1.26; Jean 8.58; 2 Tim 1.9).

Cela nous « sauve » d’une conception purement anthropologique de la rédemption et permet de reporter le mystère du salut en Dieu lui-même. En créant un monde dans lequel bonté rime avec adversité, Dieu prévoit un secours complet et absolu en Jésus. Tous les parents savent à l’avance que leur enfant, dans leur quête maladroite d’autonomie vont commettre des erreurs. Or aucun parent normal ne va cesser d’aimer son enfant à cause de cela. La faute, pourrait-on dire, est déjà pardonnée si l’enfant revient dans le droit chemin. C’est la parabole du fils prodigue.

Nous voyons aujourd’hui poindre la possibilité – étonnante je l’admets – que Ge 2-3 ne va pas dans le sens d’une lecture augustinienne qui idéalisa l’état adamique, comprenant un jardin d’Éden compris comme un environnement bucolique, éthéré, aseptisé et sans souffrance. Bien que tout fut créé « très bon », force est de constaté que la « bonté » du monde n’excluait pas l’adversité, la faillibilité, l’angoisse, la fragilité, l’incertitude et les dangers inhérents à l’existence humaine.

Ces nouveaux développements en science et en théologie montrent qu’il est possible d’avoir de solides assises évangéliques, avec une approche contextuelle de la Bible, tout en étant ouvert à la science et aux méthodes d’interprétation critiques.

Nous pouvons croire au Dieu sauveur et créateur en même temps. Tout ce que Dieu crée, il le sauve en même temps. La caractéristique d’être créé, c’est d’avoir besoin d’être sauvé. Et c’est ce que Dieu réalise en Jésus :

Col 1.15 : Il est l’image du Dieu invisible, le premier–né de toute la création. 16  Car en lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible, trônes, souverainetés, principautés, pouvoirs. Tout a été créé par lui et pour lui. 17  Il est avant toutes choses, et tout subsiste en lui. 18  Il est la tête du corps, de l’Église. Il est le commencement, le premier–né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier. 19  Car il a plu (à Dieu) de faire habiter en lui toute plénitude 20  et de tout réconcilier avec lui–même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. 21  Et vous, qui étiez autrefois étrangers et ennemis par vos pensées et par vos œuvres mauvaises, 22  il vous a maintenant réconciliés par la mort dans le corps de sa chair, pour vous faire paraître devant lui saints, sans défaut et sans reproche ; 23  si vraiment vous demeurez dans la foi, fondés et établis pour ne pas être emportés loin de l’espérance de l’Évangile que vous avez entendu, qui a été prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi Paul je suis devenu le serviteur.

 


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2 Commentaires

  1. Avatar
    Benoit Hébert dim 06 Nov 2016 Répondre

    Article très éclairant. merci Bruno. Cela s’inscrit en plein dans l’usage du principe herméneutique du « message véhiculé » cher à Denis Lamoureux dans son cours.

    Le message spirituel universel s’applique aux hommes de tous les temps, mais ‘l’emballage  » est celui de la culture des auteurs bibliques anciens…Nous avons aujourd’hui la connaissance pour distinguer les deux (souvent), et par là faire un usage positif des découvertes de l’histoire et de la science.

    C’est tout le sens du message que nous cherchons à faire passer.

  2. Avatar
    Antoine mer 09 Nov 2016 Répondre

    Merci Bruno!
    Je viens de me rendre compte que dans la partie dédiée au paradis (celle de gauche) du « Jardin des délices » de Jérôme Bosch, on voit des prédateurs. Il semble donc que cette idée d’un jardin d’Eden où ni la souffrance ni la mort n’existent, même chez les animaux, n’était déjà pas universelle au XV siècle. D’où vient-elle, au juste ?

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